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Dictionnaire amoureux du polar

Je l’avais acheté pour offrir. Et puis j’ai fait une erreur, une erreur heureuse. Je l’ai ouvert pour le feuilleter. Et j’ai décidé de le garder et d’offrir autre chose. C’est le Dictionnaire amoureux du polar de Pierre Lemaitre. Et ce sera le dernier billet de cette année de merde (je sais je me répète mais je suis rancunier).

On peut se demander à quoi peut bien servir un tel ouvrage à l’heure où l’on trouve tous les renseignements biographiques et bibliographiques sur le moindre auteur de polar publié dans une maison d’édition spécialisé dans le polar limousin (ou savoyard ou ce que vous voulez).

Ce Dictionnaire amoureux a pour moi les vertus suivantes : Il est totalement subjectif, il est écrit par quelqu’un qui est à la fois lecteur et écrivain, il ne recherche aucune sorte de neutralité dans le ton ou dans l’écriture. Finalement, il n’a de dictionnaire que le classement alphabétique.

Alors certes, si je devais sélectionner mes entrées pour le même dictionnaire, il y en a qui ne serait pas là, et il y a des manques énormes. J’aurais forcément ajouté Gonzalez Ledesma, Eduardo Mendoza et son détective fou, Camilleri et De Giovanni bien entendu, et la trilogie déjantée de George Alec Effinger. J’aurais glissé quelques BD, et je n’aurais pas mis Millenium ! Mais c’est la loi du genre, et c’est lié à la subjectivité.

L’avantage d’être écrit par un lecteur/écrivain est qu’il partage des coups de cœur, mais sait aussi, parfois démonter des ficelles (quand elles sont trop grosses) ou dire son admiration pour une partie ou une autre du travail d’un écrivain, en mettant en avant des qualités que le simple lecteur ne discernerait sans doute pas.

Et puis ce qui a emporté mon adhésion c’est de lire des phrases comme ceci à propos de Westlake « ceux qui ne l’aimaient pas … je ne sais quoi en dire, je n’arrive même pas à imaginer que ça puisse exister. » Ou à propos de Joseph Hansen : « On a parfois dit que ses romans étaient « noir et rose ». Le monde du polar est constitué d’autant de cons que le reste du monde. »

Puis il parle de The wire, du lézard lubrique de Christopher Moore, de Pete Dexter, de Lucarelli et de Sarti de Machiavelli. Et il m’a donné envie de découvrir Jens Lapidus que je ne connais pas.

Comme il l’explique très bien dans l’introduction : « Lorsque je lis un Dictionnaire amoureux, rien ne me fait plus plaisir que de découvrir des choses que je sais déjà. C’est un peu comme pour le Nobel de littérature : le jour de la proclamation, quand il s’agit de quelqu’un dont je connais le nom, j’ai l’impression d’être cultivé. J’espère que ce dictionnaire amoureux réservera au lecteur quelques-unes de ces satisfactions, mais aussi quelques surprises quelques découvertes. » `

Mission accomplie pour moi, et je ne peux que vous conseiller de tenter l’expérience de votre côté.

Pierre Lemaitre / Dictionnaire amoureux du polar, Plon (2020).

Robe de marié, tordu à souhait

Les vacances sont là, et avant d’attaquer la très copieuse rentrée de janvier, je repêche quelques bouquins qui s’étaient accumulés sur une des nombreuses piles qui m’attendent. En commençant par combler un manque, je n’avais encore jamais lu de romans de Pierre Lemaitre, je sais c’est étonnant, mais c’est comme ça. Maintenant j’en ai lu un : Robe de marié.

LemaitreSophie est une jeune femme très perturbée. Elle est la nounou du fils d’un couple aisé et, pour ses employeurs, semble n’avoir aucun passé. Pourtant elle a été mariée, et heureuse. Mais elle a sombré petit à petit dans la folie, insidieusement, et sa belle vie est partie en lambeaux. Et là elle a très peur de rechuter, elle recommence à oublier, à perdre, et elle commence à haïr le gamin qu’elle garde. Jusqu’où va-t-elle sombrer ? Comment fuir cet enfer ? Peut-elle vraiment y échapper ? Et si tout cela n’était pas le fruit du hasard ?

Excellente lecture pour cette période de vacances et de fatigue. Construction parfaite, belle écriture, et je me suis laissé embarquer avec plaisir et quelques frissons, même si je n’ai jamais vraiment cru à l’histoire. Mais ce qui compte c’est que ce soit cohérent et bien mené. Et c’est très cohérent et surtout très bien mené.

Pour que je sois vraiment enthousiaste il aurait fallu que sois un peu ému par cette histoire, pris aux tripes. Ce ne fut pas le cas, j’y ai vu un exercice intellectuel brillant, j’ai pris plaisir, et j’ai refermé le bouquin en pensant : bien joué !

Très bonne lecture de vacances.

Pierre Lemaitre / Robe de marié, Livre de poche (2018).