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Le Blues de Joe Meno

Encore un nouveau venu chez Agullo, américain cette fois : C’est Joe Meno, Le blues de La Harpie.

menoLuce Lemay sort de prison. Trois ans auparavant, en fuyant le lieu d’un braquage pathétique il a renversé une femme poussant un landau. Le bébé est mort. Il a purgé sa peine et, toujours sous contrôle judiciaire, il revient à La Harpie, sa ville d’origine (oui, La Harpie du titre c’est la ville, pas une femme fatale).

Là il retrouve Junior Breen, un ami sorti de prison avant lui qui travaille dans un garage tenu par un ex taulard qui essaie de leur donner une seconde chance. Une vie triste et morne, un sommeil ravagé par le remord et les images de l’accident. Jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de la belle Charlene, à qui il n’est pas indifférent. Cela va faire remonter la rancœur de toute la ville qui n’est pas prête à pardonner.

Voilà un roman bien singulier. S’il reprend des thématiques classiques (sortie de prison, remord, rédemption, pardon … et amour), le traitement et l’écriture sont définitivement originaux.

On est à la lisière du rêve ou du cauchemar. On voit les fantômes qui hantent Luce Lemay et son ami Junior, on suit leurs tentatives pour sauver un oisillon, on entend les voix qui les poursuivent. En même temps, la violence terre à terre et bien matérielle est aussi présente, le poids de la petite communauté, des « bonnes gens » de plus en plus insupportable. L’écriture épouse ces temps, oniriques ou au ras du sol.

Alors, avec Luce, on espère les rayons de soleil apportés par Charlene ou on plonge dans le désespoir. Et on se dirige bien évidemment vers une fin tragique, mais pas forcément là et comme on l’attendait. Vraiment un roman singulier.

Joe Meno / Le blues de La Harpie (How the hula girl sings, 2001), Agullo/Fiction (2017), traduit de l’anglais (USA) par Morgane Saysana.

Un livre étrange à découvrir

Sandro Bonvissuto, chaudement recommandé par Serge Quadruppani sera présent au prochain festival Toulouse Polars du Sud. L’occasion de découvrir Dedans à côté duquel j’étais passé ce printemps.

BonvissutoLe narrateur est dans la voiture des flics qui l’amène en prison. Il y arrive de nuit et devra attendre le matin pour découvrir les deux inconnus avec lesquels il partagera sa cellule. Puis apprendre, petit à petit, à vivre dans cet espace totalement codifié. Jusqu’à sa libération. On ne saura pas pourquoi il est là, ni pourquoi il sort. Mais on le retrouvera au collège, puis en vacances le jour où son père lui apprit à faire du vélo.

Trois récits à la première personne, trois récits reliés uniquement par leur narrateur. Rien sur les raisons de l’incarcération et on ne voit pas le lien narratif avec les deux autres récits. Trois moments de vie, trois environnements, trois âges.

On pourrait s’ennuyer, on pourrait se lasser, et pourtant il n’en est rien. Pourquoi ? J’ai du mal à l’analyser. Il y a une justesse du ton, une précision dans la description qui évite tout sensationnalisme tout en rendant palpable la force d’une amitié, le lien soudain et extrêmement fort avec un père, l’injustice entre enfants, l’horreur d’un mur, le manque d’horizon, les odeurs, la pudeur du respect ou de l’amitié avec un condamné …

Autant de petites choses décrites sans pathos mais avec une vérité qui rend la lecture de cet étrange livre passionnante.

Sandro Bonvissuto / Dedans (Dentro, 2012), Métailié (2016), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.