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Une belle découverte pour commencer

C’est Lionel Besnier, rencontré à l’époque où il dirigeait la collection Folio Policier qui a attiré mon attention sur ce roman au titre étrange que je n’aurais surement pas lu autrement : Taqawan d’Eric Plamondon. Et il aurait été bien dommage que je le rate.

PlamondonNous sommes au Québec, en 1981. Plus de trois cent policiers viennent de rentrer en force dans la réserve des indiens mig’maq. Les fauves sont lâchés, les coups pleuvent, les matraques fracassent cranes et côtes, une vingtaine de prisonniers sont embarqués. Leur tort ? Refuser les quotas de pêches de saumons que le gouvernement québécois veut leur imposer, eux qui ont de tout temps sans jamais mettre l’espèce en péril.

Une répression brutale qui va entraîner la démission d’un garde-chasse, la disparition d’une adolescente, et bien d’autres événements, plus violents les uns que les autres.

Quel beau roman qui prouve qu’il n’est pas indispensable d’écrire un pavé pour raconter une histoire, créer des personnages, planter un décor et émouvoir le lecteur. Car Eric Plamondon réussit parfaitement tout cela en moins de 200 pages.

Les chapitres courts passent d’un personnage à l’autre, reviennent sur le passé plus ou moins récent, racontent des légendes ou des histoires indiennes, parlent de l’hiver canadien, de l’odeur de la neige, de l’importance du saumon dans le monde. Et tout cela semble couler de source, facile, évident.

C’est plein de poésie mais aussi de violence, la situation des indiens, méprisés par tous, pions dans les luttes de pouvoir entre le Québec et le gouvernement fédéral est décrite avec précision, clarté, empathie mais aucun misérabilisme.

Le rythme est bon, on enchaine naturellement entre le récit présent, et des épisodes passés, voire des informations n’ayant (en apparence), aucun rapport avec l’histoire, mais qui à l’arrivée complètent le tableau. Et cela sans jamais tomber dans la démonstration ni le plaidoyer.

Un très beau roman, juste, sur une situation que nous connaissons mal ici. Un roman qui se lit tout seul, avec un véritable plaisir de lecture au premier degré, et que l’on referme en se sentant plus intelligent. Une belle réussite à ne pas manquer.

Eric Plamondon / Taqawan, Quidam éditeur (2018).

Andrée Michaud passe l’Atlantique.

Quand on suit quelques blogs de fans de polars québécois, on connaît le nom d’Andrée A. Michaud. Mais de notre côté de l’Atlantique, on n’en avait encore jamais lu (moi, du moins, je n’en avais jamais lu). Grâce à Rivages, on va pouvoir la découvrir avec un roman envoutant : Bondrée.

bondree.inddBoundary Pond, ou Bondrée, un lac entouré de forêts sur la frontière entre le Maine et le Québec. Autrefois entièrement sauvage, en cet été 67 il abrite quelques familles venues passer les vacances en pleine nature. Un camping, quelques chalets et des familles qui ne se fréquentent pas vraiment.

Emma a une douzaine d’année et court partout, en admiration devant les deux filles scandaleuses du coin, Zaza Mulligan et Sissy Morgan, belles, libres, sensuelles, inséparables, riant de tout et de tous, se moquant de ce que pensent les autres. Jusqu’à ce que Zaza disparaisse et qu’on la retrouve morte, la jambe sectionnée par un vieux piège à ours.

Un accident. Mais quelques jours plus tard, c’est Sissy qui meurt de la même manière. La peur et la suspicion s’installent, on reparle d’un trappeur, sauvage, mort pendu des années auparavant et l’été fuit définitivement Bondrée.

Même si un tueur rôde autour de Bondrée, et même si on est en pleine nature, inutile d’attendre ici une traque sanglante à grand spectacle. Bondrée est un roman tout en finesse, en petites touches, qui fait la part belle aux ambiances : le bruit de la pluie quand on est à l’abri, l’odeur des peaux au soleil, la liberté totale de gamines, soudain perdue à cause de la peur, les rires et les chansons de deux jeunes filles, deux filles qui jouent à se faire peur dans les bois … Ou qui ont raison d’avoir peur …

La puissance et la justesse des évocations fait que l’on ressent tout cela. Qu’on revit forcément des sensations d’enfance (même sans jamais être allé là-bas).

Ca c’est côté Emma … Pour les flics, là aussi sans jamais jouer le côté sensationnel, c’est la fatigue, la présence des morts croisés en chemin, le poids insupportable de quelques cas où le coupable n’a jamais été retrouvé, le mauvais café pris au milieu de la nuit, la difficulté de maintenir une vie familiale.

Autant de pages très justes qui s’appuient sur une belle écriture. Une écriture avec laquelle l’auteur s’amuse, jonglant avec les niveaux de langages : les dialogues qui mêlent français et anglais que l’on entend, qui claquent à l’oreille et sonnent parfaitement juste, alternent avec des descriptions qui se font tour à tour oniriques, lyriques, dramatiques ou romantiques.

Une très belle découverte pour les lecteurs français.

Andrée A. Michaud / Bondrée, Rivages/Thriller (2016).

Marre du rugby ? Essayez le hockey !

C’est grâce à l’ami Holden que j’ai pu lire ce nouveau petit roman de François Barcelo dont j’avais beaucoup aimé les série noire (Cadavres, Chiens sales et L’ennui est une femme à barbe). Merci donc pour ce réjouissant J’haïs le hockey.

Antoine donc hait le hockey. Ce qui n’est pas facile à porter quand on est québécois. D’autant plus que ce n’est pas une détestation tiède :

« J’haïs le hockey !

J’y ai joué juste assez pour savoir que je suis le plus nul des joueurs. Et j’en ai vu juste assez pour savoir que c’est le plus nul des sports. »

Voilà donc un bon point de départ quand sait qu’Antoine, la quarantaine, en instance de divorce est appelé au dernier moment pour être le coach de l’équipe de son ado de fils lors d’un déplacement. Malgré ses réticences, parce qu’il n’a rien à faire et qu’il n’est pas particulièrement dynamique (même pour dire non il manque d’énergie !) Antoine finit par accepter. Bien entendu, il sera un coach pathétique, mais surtout, il va découvrir que son prédécesseur a été assassiné ; entre autres découvertes qui vont l’amener à se poser beaucoup de questions sur son fils …

C’est un peu court, on en aurait bien repris quelques pages de plus … Mais pas de doute, c’est bien du Barcelo, même si le final est plus noir et grinçant que ce que j’avais lu précédemment.

Du Barcelo ça veut dire une écriture gouleyante, de l’humour noir, des histoires déjantées et des personnages de paumés, minables pathétiques et pourtant incroyablement attachants.

Et on a bien tout ça ici. Avec une mention spéciale pour un looser particulièrement gratiné. Pauvre Antoine qui ne comprend rien à rien, se fait chaque fois des films plus tordus et invraisemblables les uns que les autres et provoque, avec une bonne volonté touchante, catastrophe sur catastrophe.

C’est lu en deux temps trois mouvements, on se régale, on sourit beaucoup, on compatit. Et au final … Mais je n’en dirai pas plus pour vous laisser la surprise.

François Barcelo / J’haïs le hockey, Coup de tête (2011).

PS. Je sais, j’ai classé à polars français et c’est québécois … Il faudra que je crée une catégorie de plus.