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R&B de retour !

Ca commençait à faire longtemps qu’on n’avait pas eu un bon R&B à se mettre sous la dent. Et le voilà enfin, joli cadeau offert par Ken Bruen et la série noire. Celui-ci s’appelle Munitions, et c’est toujours aussi bon. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul on a deux autres Ken Bruen ce mois-ci, un Jack Taylor chez Fayard et un roman à quatre mains chez Rivages, à suivre ici même bien entendu.

BruenL’inévitable et pourtant impensable vient d’arriver : Brant s’est fait tirer dessus. Il s’en est tiré mais il semble que le commanditaire ne compte pas en rester là (ce qui aurait tendance à arranger pas ma de monde dans son commissariat). Parallèlement Liz Falls se retrouve à patrouiller pour arrêter de jeunes cons qui pratiquent le nouveau jeu à la mode : gifler quelqu’un au hasard dans la rue et photographier sa tronche ahurie pour faire circuler les photos sur le net. Quand Angie, la cinglée de Vixen refait surface les choses prennent vraiment un mauvais tour …

Je sais, c’est court et c’est lu en moins de deux heures. Je sais, l’intrigue est mince. Je sais tout ça. Mais qu’est-ce que c’est bon nom de Dieu !

C’est court parce que Ken Bruen est capable de faire exister un personnage en quelques lignes. C’est court parce que les dialogues sont d’un tranchant absolu. C’est court parce qu’il n’explique pas ce que font ses personnages, il le montre. C’est court parce qu’il écrit avec une économie et une efficacité rares … Du coup c’est bon, très bon.

C’est sanglant, cinglant, méchant, drôle, et ce qui pourrait n’être qu’un jeu de casse pipe un peu vain prend toute son épaisseur quand on s’aperçoit, presque surpris qu’on est aussi ému. Et que ça dit des choses sur l’arrogance des puissants et la dégradation de la société anglaise. Et le pire c’est qu’on apprécie de plus en plus cet espèce d’animal qu’est Brant, roc immuable de méchanceté, de mauvaise foi, d’irrespect … Mais en même temps bonhomme définitivement cohérent et fidèle à ses principes (des principes discutables certes, mais des principes quand même).

Allez, un petit extrait pour la route :

« De retour au poste de police, Roberts lui dit d’aller chercher deux thés à la cantine et de les apporter dans son bureau. Elle eu envie de protester, de répondre qu’elle était policière, qu’aller chercher du thé ne faisait pas partie de ses attributions, mais il lui sembla que ce n’était pas le moment.

– Comment le voulez-vous, monsieur ? lui demanda-t-elle sur un ton sarcastique.

Il ne se démonta pas.

– Vite. »

Ken Bruen / Munitions (Ammunition, 2007), Série Noire (2012), traduit de l’anglais (Irlande) par Daniel Lemoine.

Aimez-vous Brant ?

Après deux romans bien noirs et éprouvants, le lecteur a droit à une petite récréation. Comme la vie, et le monde de l’édition, sont parfois bien faits, parait ce mois-ci à la série noire un nouvel opus de la série R&B (pour Roberts et Brant) de Ken Bruen. Comme toujours sur les derniers titres, celui-ci est court et efficace : Calibre.

Londres. Dans le fief de Brant, le flic le plus dangereux de Londres, un illuminé a décidé de faire respecter la politesse. Sa méthode ? Simple. Il tue ceux qu’il surprend en flagrant délit de grossièreté. Puis il s’en vante auprès de la police et de la presse.

Erreur. Car si Brant ne tient pas particulièrement à sauver les cons et autres malpolis autour de lui, il est bien décidé à être le seul à choisir qui il faut éliminer …

Ken Bruen prouve, une fois de plus, que le thème le plus rabattu (ici le serial killer), donnant lieu aux pires soupes commerciales, peut aussi, dans les pattes d’un auteur de talent (et il en a le bougre !), donner un petit bijou, tout noir.

Nous avons donc ici un R&B classique et donc jubilatoire. Brant au mieux de sa forme, des flics méchants comme des teignes, des délinquants plus bêtes que la moyenne mais presque aussi mauvais que les flics, un hommage aux grands du noir, et une écriture au scalpel. Cela donne des scènes d’anthologie, des dialogues à apprendre par cœur et une méchanceté assumée réjouissante. Du pur bonheur. Dommage que ce soit si court, mais peut-être est-ce une nécessité pour atteindre une telle efficacité et un tel tranchant …

Vivement le prochain.

Ken Bruen / Calibre (Calibre, 2006), Série Noire (2011), traduit de l’irlandais par Daniel Lemoine.

Ken Bruen, le retour de Brant

« Angie James était gravement dérangée. »

Malheureusement pour Roberts et ses collègues, elle s’est associée à deux truands sans envergure et a décidé d’extorquer du fric à leur commissariat. Résultat, des bombes commencent à exploser tout autour, et pour mener l’enquête Roberts a l’embarras du choix : l’agent Falls qui tente d’oublier ses problèmes dans la vodka ; l’inspecteur Porter Nash qui a des problèmes de santé ; l’agent McDonald qui fait toujours preuve d’une bêtise affligeante … Ou il plonge dans l’inconnu, l’imprévisible, avec Brant. Bref, Angie n’a pas finit de faire tourner la police londonienne en bourrique, et forcément, Brant va rentrer dans la danse.

Ceux qui n’aiment pas la série R&B n’aimeront pas, les autres adoreront, c’est du R&B pur jus. Pour ma part, j’ai choisi mon camp, j’adore ça. C’est réjouissant, méchant, allumé et totalement incorrect. On le lit d’une traite, et on ne s’aperçoit qu’à la fin que Ken Bruen accumuler les clichés pour mieux s’en amuser. Jugez plutôt, ne serait-ce que la composition de l’équipe de flics :

Roberts a des problèmes de relations avec un chef obtus. Il y a un homosexuel, une noire (ce qui permet de rassembler en un personnage la femme et le représentant d’une minorité), un imbécile, une nouvelle recrue. Impossible de faire plus cliché. Mais il y a aussi le bâton de dynamite : Brant. Qui déteint sur les autres, et finit par rendre tout le monde complètement cinglé.

Du coup chez Bruen les relations entre la police et les civils sont tout sauf consensuelles. Voilà ce que Falls, qui s’aperçoit avec horreur qu’elle ressemble de plus en plus à Brant, pense de tous ceux qui ne sont pas flics :

« – Ses intentions étaient peut-être bonnes.

–  Il fait partie de la population … Elle n’a jamais de bonnes intentions. »

Et quand ladite population se trouve en contact avec cette équipe de branques, la réaction est la suivante :

« – Si ce sont les bons, puisse Dieu nous venir en aide »

Le lecteur sait, lui, que face à Brant et sa bande, personne ne peut leur venir en aide !

Une fois de plus donc Ken Bruen, tout en respectant à lettre les codes du roman procédural tel que l’a « inventé » le génial Ed McBain, et tel que l’ont ressassé jusqu’à la nausée les copieurs sans talent et les scénaristes de séries télé sans imagination, dynamite le genre (l’expression est particulièrement adapté pour cet opus), pour mieux le prendre à son compte et lui rendre le plus bel hommage qui soit.

Car si les enquêtes sont souvent minces, et ne doivent leur résolution qu’à la bêtise des truands qui, miraculeusement, surpasse celle des policiers, si l’on rit beaucoup, si l’on a l’impression de ne lire qu’une farce, on s’aperçoit, peu à peu que, comme chez son grand inspirateur, les personnages prennent de l’épaisseur, gagnent en humanité et en noirceur et que la tragédie s’invite, l’air de rien, dans cette comédie loufoque.

Ken Bruen est grand, Brant est son prophète.

Ken Bruen / Vixen (Vixen, 2003) série noire (2008). Traduit de l’anglais (Irlande) par Daniel Lemoine.