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Au paradis je demeure

Après Bluebird, bluebird, Attica Locke remet en scène son ranger noir dans Au paradis je demeure.

Jefferson, au bord du lac Caddo, ville de l’est du Texas qui tente de se raccrocher à sa splendeur passée, une splendeur en grande partie fantasmée, avec beaux messieurs et galantes du grand Sud, en oubliant soigneusement les esclaves qui servaient tout ce beau monde. De l’autre côté du lac, Hopetown, village perdu où cohabitent un vieux noir et des indiens Caddos, premiers habitants du lieu, récemment envahis par des caravanes et des camions peuplés de blancs pauvres proches de la Fraternité Aryenne du Texas.

C’est d’ailleurs le fils de 9 ans d’un des chefs de la FAT, en prison pour trafic de drogue, qui disparait un soir, parti en bateau sur le lac et jamais revenu. Darren Mathews, Ranger noir, est envoyé par son chef, officiellement pour aider à retrouver le gamin, officieusement pour voir s’il peut trouver des éléments compromettant contre la Fraternité, et vite, avant que l’administration Trump, qui vient d’être élu, ne mette un frein à toutes les poursuites contre ces gentils patriotes.

Je ne sais pas exactement mettre le doigt sur ce qui m’a gêné, mais je trouve ce nouveau roman moins réussi que le précédent qui m’avait enthousiasmé. Je ne dis pas que c’est mauvais mais, de mon point de vue très subjectif, c’est moins bon. Je crois que ce qui m’a le plus embêté c’est l’affaire précédente qui vient à de nombreuses reprises interférer avec la nouvelle, sans que, de mon point de vue, cela apporte quelque chose. Au contraire je trouve que ça embrouille l’histoire. C’est surtout le démarrage qui s’en trouve ralenti, sans que l’on voit bien dans les premiers chapitres où l’on veut nous amener.

Puis Darren commence son enquête entre Jefferson et Hopetown, nous plonge dans l’histoire trouble et étonnante de ces lieux, nous fait ressentir de nouveau le racisme structurel bien présent malgré des dehors parfois plus policés (parfois, pas toujours), et on est parti dans la lecture.

Une fois de plus Attica Locke évite tout manichéisme, sans pour autant masquer ce qu’ont subi, et continuent à subir les noirs dans cette région. Elle évite le manichéisme parce que certains personnages peuvent changer, parce qu’être une victime ne fait pas de vous un homme fréquentable, parce que Darren lui-même a parfois honte de ses premières réactions.

Malgré un début un peu difficile pour moi, un bon roman. Et comme de toute évidence une suite est à prévoir, on retrouvera Darren Mathews avec plaisir dans un futur proche.

Attica Locke / Au paradis je demeure, (Heaven, my home, 2019), Liana Levi (2022) traduit de l’anglais (USA) par Anne Rabinovitch.

De cendres et d’or

Je n’avais pas lu le premier roman traduit de l’australien B. Michael Radburn. Les critiques sur les blogs auxquels je fais confiance étaient tièdes. J’ai testé le second De cendres et d’or, je suis tiède aussi, voire frais.

Ahora et Dylan, jeunes et sportifs, explorent un canyon dans le parc national Victoria quand ils tombent sur le cadavre d’une jeune femme. Au même moment un incendie les oblige à remonter en toute hâte, et à fuir pour sauver leur peau. Ahora a juste le temps de voir une silhouette courir entre les arbres.

Quand les policiers viennent enquêter, le feu a détruit presque toutes les traces et le cadavre a disparu. La police de Melbourne est avertie et le sergent en charge fait appel à un ami proche d’Ahora et de son père, le ranger Taylor Bridges. L’enquête va devoir revenir au passé, à la mine d’or qui fut exploitée dans ce canyon par le révérend Jacob qui avait créé une sorte de secte.

Comme on dit dans le Sud-Ouest, ça casse pas trois pattes à un canard. Ca se lit, on va au bout sans trop de peine mais c’est quand même cousu avec de gros ficellous, et on voit venir les rebondissements de loin. Et quand je parle de rebondissements …

Le plus gros reproche que je ferai au roman c’est de se concentrer uniquement sur l’intrigue (pour un résultat passable sans plus) sans en profiter pour décrire un peu de contexte. Par exemple il y a un incendie, mais juste pour faire fuir les deux témoins et cacher des traces. Alors qu’il me semble qu’un incendie, en Australie, depuis quelques années, c’est un machin assez traumatique. Non ?

Et c’est un peu tout comme ça, superficiel, et on sait que ça va bien finir. Donc rassurant, pas de maux de tête, pas d’émotions trop fortes … Pour moi de l’eau tiède. L’eau tiède c’est bien pour la douche, en polar, c’est pas mon truc.

B. Michael Radburn / De cendres et d’or, (The falls, 2016), Seuil/cadre noir (2021) traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Troin.