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La fille aux papillons

Trouver l’enfant de l’américaine Rene Denfeld avait été une belle découverte. La fille aux papillons, la suite, est une superbe confirmation du talent de cette auteur hors norme.

DenfeldRevoilà Noémi, la femme qui trouve les enfants. Elle est de retour à Portland où elle a retrouvé une très vague trace de sa sœur, enlevée avec elle et qu’elle avait laissé aux mains du monstre en se sauvant à l’âge de huit ans. En parallèle d’autres disparitions l’occupent : des gamines vivant dans la rue sont tuées depuis quelques semaines, leurs corps nus jetés dans le fleuve. La police ne se mobilise pas trop, ce ne sont finalement que des mendiantes, des prostituées, il y a des affaires plus importantes à régler.

Parmi ces mômes, Celia, qui a fui un beau-père violeur, survit au jour le jour, grâce à quelques amis, et aux papillons qu’elle va admirer, tous les jours, dans les pages de son livre préféré à la bibliothèque.

Trouver l’enfant jouait sur l’imaginaire des contes de fées. La fille aux papillons va vous plonger au raz du trottoir, avec les gamins qui vivent dans la rue dans des conditions dantesques. Pas des ados en fuite, pas des étrangers en situation irrégulière, juste des mômes, de 10 à 12 ans, américains qui, dans la belle Amérique toute puissante survivent dans la rue, se prostituent pour manger et dorment sous un pont.

Cela pourrait être misérabiliste, chercher à vous tirer les larmes, pas du tout. C’est enragé, engagé, au-delà de l’indignation. Ces gamins sont incroyables de justesse, ce n’est jamais forcé, leurs voix, leurs rêves, leur désespoir sonnent juste et vous prennent aux tripes.

Et n’ayez crainte, l’intrigue n’est pas négligée, et on retrouve avec énormément de plaisir Noémi, sa rage, son obstination, son courage, ses cauchemars. Le plaisir de lecture, le plaisir de l’histoire au premier degré sont là, les pages tournent.

Mais je vous garantis que ce ne sont pas les ressorts de l’histoire qui resteront à jamais gravés en vous, ce sont Celia et Noémi. Deux figures inoubliables.

Rene Denfeld / La fille aux papillons, (The butterfly girl, 2019), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Pierre Bondil.

Le livre, l’écriture, la force de l’émotion suffisent à vous bouleverser. Mais si vous voulez savoir pourquoi les propos de Rene Denfeld sonnent si juste, allez lire ce petit texte, il finira de vous retourner les tripes.

Promenons-nous dans les bois …

Le début d’une nouvelle série chez Rivages ? Il semblerait que ce soit le cas avec Trouver l’enfant de l’américaine Rene Denfeld.

DenfeldMadison Culver a disparu il y a 3 ans. Si elle est encore vivante, elle a aujourd’hui 8 ans. Les parents désespérés font finalement appel à Naomi la trentaine, détective privée, la « femme qui trouve les enfants ».

Madison a disparu soudainement, dans la neige de cette forêt de l’Oregon où elle était allée avec ses parents choisir un sapin de Noël. C’est dans le froid et un décor à la Jack London que Naomi va devoir fouiller, chercher, retrouver les traces des vieilles concessions, des chercheurs d’or et des trappeurs. Mais c’est aussi son passé d’enfant adoptée qui va la rattraper.

Je ne vais pas vous dire que c’est le polar de l’année, ou que l’histoire est follement originale. C’est vrai que des enquêtes sur des disparitions d’enfants il y en a beaucoup dans le polar. Mais … Mais je vous conseille néanmoins de vous pencher sur Trouver l’enfant de Rene Denfeld.

Parce qu’au-delà du classicisme du point de départ, il va vous offrir quelques belles surprises.

Pour commencer, l’histoire est fort bien racontée, prenante et émouvante. Elle vous accroche dès le départ, et ne vous lâche pas jusqu’à la fin. Après tout, les clichés bien travaillés font partie des fondations du roman policier.

Ensuite parce que le lieu est original, très bien décrit, et très bien utilisé dans l’histoire. On ressent le froid, la neige, les immensités perdues. On retombe en enfance dans cet Oregon montagneux et enneigé, on revoit nos lectures de Jack London, on entend les loups (et oui, il y a aussi des renards et des belettes …). Le lieu est important, mais aussi son histoire dans laquelle l’enquêtrice va fouiller pour trouver une éventuelle piste.

Les personnages sont beaux. En premier lieu avec cette Naomi qui se consacre entièrement à la recherche d’enfants perdus, dont on sent la fêlure, le secret douloureux qu’elle se cache à elle-même. Un secret que l’on voit apparaître, peu à peu, comme la photo dans le révélateur. Mais ce n’est pas la seule, l’auteur prend le temps de brosser les portraits d’une galerie de personnage secondaires qui ne sont jamais simplifiés, et peuvent nous surprendre au cours de la lecture.

La référence aux contes de fées qui permet à la gamine de survivre (je ne spoile pas, on le sait très vite), apporte une dimension qui se marie très bien avec le décor. Et pour finir, à aucun moment l’auteur ne simplifie l’histoire. Pas de Mal absolu, venu de nulle part ici, mais beaucoup de souffrances, et malgré tout un peu d’espoir.

Une belle découverte, et l’envie de retrouver cet auteur et son enquêtrice (la quatrième parle du début d’une série).

Rene Denfeld / Trouver l’enfant (The child finder, 2017), Rivages/Noir (2019), traduit de l’anglais (USA) par Pierre Bondil.