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Un nouvel enquêteur diplomate

Il reste encore quelques jours pour repêcher des romans oubliés avant les vacances. C’était le cas du roman de Renaud S. Lyautey : Les saison inversées.

LyauteyPierre Messand, fonctionnaire très haut placé au Quai d’Orsay est retrouvé assassiné chez lui. Tout le corps diplomatique est sous le choc. D’autant plus que, partout où il était passé, de Santiago du Chili à Téhéran en passant par les couloirs du ministère, il n’a laissé que d’excellents souvenirs. Ceux d’un homme qui cherchait à comprendre les pays où il était nommé, curieux et d’une grande humanité.

Le flic en charge de l’enquête patauge, et ne sait pas trop naviguer dans ce milieu très particulier. C’est pourquoi Mazière, secrétaire général du Quai d’Orsay, demande à René Turpin, la quarantaine, qui attend avec impatience de pouvoir repartir en poste loin de Paris, de mener sa propre enquête et de seconder Bertrand Alvarez de la DST. Turpin se demande bien pourquoi lui, mais on ne peut pas dire non à Mazière, et cela accélèrera peut-être son départ. Il ne se doute pas qu’il va voyager, sur les traces du passé de Messand, et croiser y quelques fantômes.

La quatrième de couverture nous apprend que l’auteur est lui-même diplomate, en poste à l’étranger. Cela se sent. La description des lieux, à Paris comme dans les ambassades, celle des intrigues et des jalousies entre services, les ordres plus ou moins justifiés, les peurs et rancœurs, les décisions politiques qui ne prennent pas en compte les conseils de ceux qui savent un peu de quoi ils parlent … Tout cela sonne juste et sent le vécu. Heureusement, l’auteur fait également partager la curiosité pour d’autres cultures, d’autres langues, et les amitiés qui se nouent.

Le risque était de ne pas savoir transformer ce vécu en roman, et d’en rester au stade du journal, de l’article ou du cours magistral. L’écueil est évité. Les saisons inversées n’est pas le polar de l’année, mais les personnages sont suffisamment bien construits et incarnés, et l’intrigue bien construite pour qu’il se lise avec plaisir.

Comme le métier de l’auteur et le choix de partager ses connaissances permet de voyager en Iran et au Chili, et de nous faire découvrir sans pesanteur ni lenteur certains aspects de l’histoire de ces pays, au plaisir de la lecture s’ajoute celui de la découverte, et l’impression de refermer le bouquin un peu moins idiot.

Nul doute que ce sont là des atouts qui lui permettront de trouver un public, en attendant, peut-être de nouvelles aventures de René Turpin, avec un peu de la folie ou de la noirceur qui manquent à ce premier roman pour être plus qu’un bon polar divertissant et instructif.

Renaud S. Lyautey / Les saison inversées Seuil / Cadre noir (2018).