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La compagnie

On ne peut pas tout lire, on ne peut pas avoir tout lu. Mais il est des manques plus flagrants que d’autres. Parmi ceux-là, je n’avais jamais lu La compagnie de Robert Littell. Une semaine de vacances et une semaine de colloque loin de la maison, et voilà un manque comblé.

Berlin, fin 1950, début 1951. Harvey Torriti, le Sorcier, et sa nouvelle recrue Jack McAuliffe, l’apprenti sorcier préparent l’exfiltration d’un transfuge du KGB. Pour se faire accepter il a promis de leur livrer le nom d’une taupe haut placée dans l’espionnage anglais. L’opération tourne mal, le transfuge est arrêté et les deux hommes s’en sortent de justesse.

Loin de là, « Maman », le patron du contre-espionnage américain rendu totalement paranoïaque par sa partie d’échec contre son redoutable adversaire soviétique est persuadé qu’il y a aussi une taupe à la CIA. De 1950 à 1995, de Prague à la Baie des Cochons, de Washington à Moscou en passant par les vallées d’Afghanistan, les destins d’une dizaine d’espions vont se croiser dans un jeu mortel, et c’est une bonne partie de l’histoire de la deuxième moitié du XX° siècle qui va se dérouler sous nos yeux éblouis par tant de maestria.

Ne tournons pas autour du pot, il s’agit bien d’un chef-d’œuvre. Et comme beaucoup de chefs-d’œuvre, il se mérite. Ceux qui n’aiment pas les pavés peuvent abandonner de suite, la version poche pèse le poids de ses plus de 1200 pages. Par contre si vous cherchez un bon gros roman qui vous accompagnera tout au long de vos vacances, n’hésitez plus.

Robert Littell réussit le tour de force d’être une précision et d’une richesse extraordinaires dans la description des différentes puissances antagonistes, des enjeux politiques, stratégiques et militaires, mais en même temps de ne jamais tomber dans l’essai désincarné, grâce à une galerie de personnages fantastiques. Ils sont tous fascinants, côté américain et côté russe.

Grace à eux on revit ses cours d’histoire et ce que l’on a connu personnellement (pour les moins jeunes) de l’intérieur, avec un accès privilégié aux discussions avec les Kennedy, Reagan ou Andropov, aux guerres internes de deux côtés.

Et pour ce qui est de la complexité des montages espionnage, contre-espionnage, c’est la première fois que je vois un récit à la hauteur de ceux du maître John Le Carré.

Vous l’aurez compris, si comme moi vous ne l’aviez jamais lu, n’hésitez pas, vous avez trouvé une des lectures de vos vacances.

Robert Littell / La compagnie, (The company : a novel of the CIA, 2002), points/Policier (2004) traduit de l’anglais (USA) par Nathalie Zimmermann.