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Pour le plaisir

Après ma rencontre laborieuse et raté avec Adlène Meddi, j’avais besoin d’une lecture plaisir. Un truc un peu bourrin mais qui avance. Gagné avec Les secrets de la terre brisée de S. Craig Zahler.

ZahlerVers 1900, deux sœurs sont enlevées par un affreux, conduites quelque part au Mexique, emprisonnées et forcées à se prostituer. Pas de chance pour l’affreux, ce sont les filles de John Lawrence Plugford, ancien chef de gang qui s’était marié, puis rangé. Mais pour sauver ses filles il rappelle deux de ses anciens associés, et avec l’aide de ses fils, d’un ami de toujours et d’un étranger recruté pour l’occasion, il monte une expédition punitive.

Pour tous, il y aura du sang et des larmes. Beaucoup de sang et beaucoup de larmes.

Je ne vais pas prétendre que c’est un grand roman, ni qu’il va changer ma vie, ni même que je m’en souviendrai dans quelques mois. C’est juste une série B, bien outrancière, qui peut certainement en dégouter certain par son côté gore, ou se laisser lire le sourire aux lèvres parce qu’on ne la prend pas complètement au sérieux.

J’ai lu avec l’impression que l’auteur s’est bien amusé à inventer des décors insolites, à déchainer des ouragans de feu, et à dézinguer les personnages les uns après les autres. La question, la seule, étant : qui sera encore debout à la fin ? Les scènes d’action fonctionnent, on arrive à être surpris, et bien malin qui peut prévoir la fin.

Si vous avez besoin d’une lecture facile, sans autre ambition que celle de vous faire passer un bon moment, et si vous avez vu et apprécié (même si vous ne l’avouez à personne) Machete, ce roman est pour vous.

Sinon, il vaut mieux passer à autre chose.

S. Craig Zahler / Les secrets de la terre brisée (Wraiths of broken land, 2013), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Janique Jouin-de Laurens.

Un western qui déménage

Un western de plus un ! Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler.

ZahlerIls sont trois à recevoir une invitation à un mariage : Oswell Danford et son frère Godfrey paisibles ranchers de Virginie et Dicky Sterling, séducteur et joueur de New York. Ils sont invités par Jim Lingham dans le Montana. A priori rien d’alarmant.

Pourtant si. Des années plus tôt, les quatre hommes étaient le Gang du boxeur et ont pillé des banques dans le sud du pays. Jusqu’à un moment précis, un événement particulièrement atroce, suite auquel ils s’étaient séparés. Si Jim les invite, c’est que le passé violent auquel ils avaient tourné le dos est de retour. Et qu’il va falloir l’affronter une bonne fois pour toute.

Attention ça tâche ! Pour une fois, la quatrième de couverture qui en appelle à La horde sauvage et à Tarantino ne raconte pas n’importe quoi.

« L’exploit » de l’auteur, c’est d’arriver à manipuler autant d’outrance sans tomber dans le ridicule et le grand guignol. L’exercice est périlleux, et il aurait été facile de se casser la gueule ; mais là ça fonctionne.

Il ne faut certes pas être trop fine bouche, et ne pas s’évanouir devant les flots d’hémoglobine et une inventivité exceptionnellement morbide dans la saloperie. Mais si on se laisse prendre, la construction est parfaite. Dès le début on a un petit aperçu de la folie furieuse des méchants. Puis, lentement, la tension s’installe, on se familiarise avec les personnages, le suspense monte, monte, monte, vers une dernière partie de bouquin complètement cinglée qui ne déçoit pas.

On pourrait se demander ce que peut bien avoir l’auteur dans la tête pour inventer de telles horreurs. Ce à quoi il pourrait faire la réponse du grand Valerio Evangelisti lors d’une table ronde à Toulouse : C’est vous, les lecteurs, qui devraient vous demander ce que vous avez, vous. Vous qui payez pour lire ça.

Je vous laisse répondre … Pour ma part, je crois qu’il faut prendre tout ça au second degré, comme un Kill Bill du Far West.

Z. Craig Zahler / Une assemblée de chacals (A congregation of jackals, 2010), Gallmeister/Néonoire (2017), traduit de l’anglais (USA) par Janique Jouin-de Laurens.