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Karl Kane affronte son cauchemar

Sam Millar est devenu un habitué du paysage polar, et c’est tant mieux. Il remet en scène son privé Karl Kane dans Au scalpel.

MillarLes affaires roulent pour Karl Kane, privé à Belfast. Ses relations avec le police restent exécrables, et il continue à se mettre dans des situations impossibles, en allant par exemple tabasser un ponte de la pègre londonienne, aussi bête et lâche que méchant, qui était en train de cogner sur Lipstick, jeune prostituée camée que Karl s’est juré de protéger.

Mais tout cela n’est rien quand il s’avère qu’une gamine a été enlevée, et qu’elle pourrait bien l’avoir été par le pire cauchemar de Karl, l’homme qui a assassiné sa mère, Walter Arnold. Une dernière confrontation semble inévitable.

Vous voulez un vrai privé actuel, ancré dans sa ville, mal embouché, dur à cuire et dur au mal, méchant comme une teigne avec les pourris, cœur d’artichaut avec les plus faibles, amoureux d’une beauté coriace, à la répartie qui fait mouche et en conflit avec les flics ? Vous voulez qu’il explore les côtés les plus sombres de sa ville et qu’il lutte contre ses fantômes ? Vous voulez une ambiance qui vous fasse rire, rager, ou trembler comme devant les grands films noirs ? Vous aimez les références aux grands anciens ?

Facile, lisez Au scalpel de Sam Millar, vous aurez tout ça.

Sam Millar / Au scalpel (Past darkness, 2015), Seuil/Cadre noir (2017), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

Privé dur à cuire à Belfast

J’aime en général les romans de Sam Millar. Mais je n’avais pas accroché avec le second de la série Karl Kane, Le cannibale de Crumlin Road. Je raccroche avec le troisième Un sale hiver.

MillarL’hiver est rude à Belfast. Neige, froid, ciel bas, jours courts … Sale temps pour tout le monde, y compris pour Karl Kane et Naomi son amante et secrétaire. Un sale temps qui va encore se gâter quand une main coupée atterrit sur leur palier, entre le journal et la bouteille de lait. Comme c’est la deuxième main trouvée à Belfast, contre l’avis de la police, Karl pense à un tueur en série. Appâté par la promesse de récompense proposée par un riche industriel à quiconque trouve qui coupe des mains dans la ville, Karl commence à fouiner.

Dans le même temps il est embauché par une jeune femme qui désire retrouver un oncle disparu. Bien que peu convaincu par son histoire, il accepte l’affaire. Il va bien entendu se retrouver au milieu d’un nid de serpents, pris dans une vieille histoire de vengeance, de flics pourris et de justice véreuse.

J’avais bien aimé le premier Karl Kane, décroché au second, j’aime ce troisième qui se revendique ouvertement de la veine hard-boiled à l’ancienne, avec privé coriace à la répartie assassine, références aux films noirs (tous les titres de chapitres sont des titres de film) et de très nombreuses citations de Raymond Chandler en exergue des chapitres.

On retrouve ce plaisir à l’ancienne, avec de belles femmes, un privé qui envoie balader la police, qui prend des coups mais ne lâche jamais, de l’humour, du suspense … Et la description d’une société pourrie jusqu’à la moelle. C’est classique mais quand ça marche c’est le pied, et là ça marche.

Les curés de toutes confessions, les politiciens démagogues et les flics ripoux en prennent pour leur grade, on suit les aventures de Karl avec la rage et le sourire. Que demander de plus ?

Sam Millar / Un sale hiver (Dead of winter, 2012), Seuil/Policiers (2016), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

Un nouveau privé à Belfast

En quelques romans Sam Millar c’est affirmé comme un auteur à suivre. Encore un irlandais me direz-vous. Ben oui, il va falloir s’y faire, après la vague scandinave, on a droit à une vague irlandaise (pas encore aussi médiatisée) et c’est un vrai bonheur. Son dernier roman traduit, Les chiens de Belfast serait, si j’ai bien lu, le début d’une série. C’est une très bonne nouvelle.

MillarKarl Kane est privé à Belfast. Fauché comme beaucoup de privés, préposé aux affaires minables, divorcé, beau-frère d’un flic, et victime de fortes crises d’hémorroïdes. Voilà pour le héros. Il est contacté par un homme qui veut des renseignements sur un cadavre récemment trouvé dans les rues de Belfast. Une affaire plutôt bien payée et a priori sans risque. A priori. Car les cadavres mutilés s’amoncellent et de vieilles histoires sinistres remontent à la surface.

Ceux qui connaissent les premiers romans de Sam Millar se doutent bien qu’ils ne vont pas lire une bluette … Et ce n’en est pas une. Le prologue donne le ton, ce sera sanglant. D’un autre côté, Sam Millar est irlandais. Ce qui implique un humour noir grinçant qui vient faire passer la pilule. Là encore l’entame du premier chapitre donne le ton. Je n’en dis pas plus, lisez !

Ensuite, ça déroule : un privé dans la grande tradition (un rien paumé, tenace, grande gueule, fauché, peu copain avec la police), une intrigue mêlant passé et présent fort bien menée, des dialogues très réussis, du bonheur.

En toile de fond de cette histoire une ville de Belfast qui n’a rien à envier aux autres métropoles décrites par les grands du polar : pluie, crasse, corruption, police pourrie, faibles systématiquement matraqués par les plus forts, impunité des puissants. Bref la « routine », une routine dont peu de romans parlent … sauf les meilleurs polars et Les chiens de Belfast en fait partie.

On peut trouver que l’histoire est un brin dense, mais je mets cela sur le compte du premier d’une série où il faut présenter les personnages et leur lourd passé. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangé, et surtout, ça me donne encore plus envie de lire la suite.

Sam Millar / Les chiens de Belfast (Bloodstorm, 2008), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’irlandais par Patrick Raynal.

Karl Kane est privé à Belfast. Fauché comme beaucoup de privés, préposé aux affaires minables, divorcé, beau-frère d’un flic, et victime de fortes crises d’hémorroïdes. Voilà pour le héros. Il est contacté par un homme qui veut des renseignements sur un cadavre récemment trouvé dans les rues de Belfast. Une affaire plutôt bien payée et a priori sans risque. A priori. Car les cadavres mutilés s’amoncellent et de vieilles histoires sinistres remontent à la surface.

Ceux qui connaissent les premiers romans de Sam Millar se doutent bien qu’ils ne vont pas lire une bluette … Et ce n’en est pas une. Le prologue donne le ton, ce sera sanglant. D’un autre côté, Sam Millar est irlandais. Ce qui implique un humour noir grinçant qui vient faire passer la pilule. Là encore l’entame du premier chapitre donne le ton. Je n’en dis pas plus, lisez !

Ensuite, ça déroule : un privé dans la grande tradition (un rien paumé, tenace, grande gueule, fauché, peu copain avec la police), une intrigue mêlant passé et présent fort bien menée, des dialogues très réussis, du bonheur.

En toile de fond de cette histoire une ville de Belfast qui n’a rien à envier aux autres métropoles décrites par les grands du polar : pluie, crasse, corruption, police pourrie, faibles systématiquement matraqués par les plus forts, impunité des puissants. Bref la « routine », une routine dont peu de romans parlent … sauf les meilleurs polars et Les chiens de Belfast en fait partie.

On peut trouver que l’histoire est un brin dense, mais je mets cela sur le compte du premier d’une série où il faut présenter les personnages et leur lourd passé. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangé, et surtout, ça me donne encore plus envie de lire la suite.

Sam Millar / Les chiens de Belfast (Bloodstorm, 2008), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’irlandais par Patrick Raynal.

Plus noir que la Guiness

J’ai plusieurs fois écrit ici même que les polars irlandais étaient en général sauvé du désespoir par l’humour. C’est souvent vrai. Pas toujours. Malgré le titre, peu d’espoir, et pas d’humour pour éclairer Redemption factory de l’irlandais du nord Sam Millar, dont j’avais déjà beaucoup aimé Poussière tu seras.

Paul Goodman a besoin d’argent. Pour vivre (ou survivre ?) et pour s’entraîner au snooker. C’est pourquoi il se présente aux abattoirs, prêt à accepter n’importe quel boulot. Et il faut du cœur au ventre pour bosser dans cet enfer de sang et de tripes, mené d’une main de fer par Shank, le patron, une brute épaisse à la réputation sinistre et ses deux filles, complètement cinglées. Shank qui, si l’on en croit les rumeurs, n’a pas abattu que des vaches et des moutons dans sa vie …

Bienvenue en enfer, un enfer à la Jérôme Bosh (le peintre, pas le personnage de Connelly). Car c’est bien dans un tel univers que Paul Goodman met les pieds. Un univers où l’on teste les nouveaux en les plongeant dans un bain de sang (littéralement), un univers de difformités physiques et psychiques, un univers de violence et d’anormalité …

Ajoutez à cela un passé qui pèse encore son poids, un passé très présent même si le cesser le feu est effectif depuis quelques années, un passé de violence, de trahisons, de vengeances, de secrets, de non dits … Vous l’aurez compris, on ne rentre pas dans la Redemption Factory pour rigoler.

Et pourtant, l’ensemble n’est jamais complètement désespérant, parce qu’il reste une forme de solidarité, une humanité, des amitiés, et même la naissance d’amours pourtant difficiles. Il y a le plaisir d’une bonne Guiness, celui du jeu, le goût des belles choses.

Autant de détails qui, alliés à une très belle écriture font que ce tableau rouge sombre est plus émouvant que déprimant, plus chaleureux que glaçant. Bref une nouvelle réussite de Sam Millar.

Sam Millar / Redemption factory (The redemption factory, 2005), Fayard/Noir (2010), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

Un nouvel irlandais en noir

Le polar irlandais se porte décidément très bien. Fayard Noir a découvert un nouvel auteur qui semble tremper sa plume directement dans la Guiness tant son propos est sombre. Voici donc Poussière tu seras (tout un programme) de Sam Millar.

C’est l’hiver, il a neigé, et il fait froid. Adrian, livré à lui-même depuis la mort de sa mère, découvre un os dans un bois proche de Belfast. Il le cache à son père, Jack, ancien flic reconverti à la peinture, qui passe plus de temps à cuver sa gnole et à déprimer qu’à s’occuper de lui. Non loin de là, Jeremiah, un barbier à l’ancienne, et Judith, sa femme qui cache un secret et une violence effroyables sont en train d’atteindre le point de non retour.

Adrian ne sait pas encore qu’il a déterré bien plus qu’un os, et que de bien sales histoires vont revenir à la surface. Jack lui ne se doute pas qu’il va devoir décuver et retrouver toutes ses facultés pour sauver son fils.

Enfer et damnation, quand les irlandais arrêtent de plaisanter pour plonger au plus profond des âmes ça fait mal. Comme John Connolly, comme le plus torturé des Jack Taylor, Sam Millar nous entraîne au fond, tout au fond. Aucune lueur d’espoir dans cette histoire cauchemardesque de folie, de vengeance et de mort. Et pas moyen d’y échapper, on se fait happer dès les premières pages et on coule avec les personnages.

Pas la peine non plus de chercher le gentil de service, il n’y en a guère. Et ici pas d’humour à la Ken Bruen, Hugo Hamilton ou Colin Bateman pour faire passer la pilule. Cela pourrait être trop, ou déjà vu, si le propos n’était pas servi par une écriture impeccable qui fait sentir le froid, la déprime, les corbeaux sur un champ de neige, la nausée, la rage ou la montée de la peur face à la folie furieuse.

Une vraie découverte, et un auteur à suivre très attentivement.

Sam Millar / Poussière tu seras, (The darkness of the bones, 2006) Fayard Noir (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.