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Un nouveau Sandman

Je pensais la série Sandman de Neil Gaiman terminée, et là, cadeau de Noël, un tout nouvel épisode : Ouverture.

Ce nouvel ouvrage se situe avant le premier de la série originale. Il se termine par la capture de Sandman, épuisé, qui revient d’une quête qui va le mettre en relation avec son père et sa mère, le voir affronter une étoile folle et tenter d’empêcher la disparition de l’univers.

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Pour une fois, je ne vais pas insister sur le scénario du génial Neil Gaiman. Car je dois avouer que, pour la première fois j’ai eu un peu de mal à suivre et que je ne suis pas certain d’avoir saisi tous les tenants et aboutissants de cette quête de Dream. Alors que dans toute la série j’ai toujours été scotché par l’art du maître et l’incroyable facilité avec laquelle il tisse ses histoires, mêle mythes, personnages historiques et inventions propres, cette fois certains passages m’ont laissé perplexe.

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Mais, car il y a un mais, cette BD est époustouflante de beauté. Toutes les pages, sans exception sont hallucinantes. Explosions de couleurs, noirs et blancs magnifiques, montages et cadrages toujours changeants et somptueux. On peut ouvrir la BD n’importe où, faire quasiment abstraction du texte (dont même la mise en bulle est magnifique) et se régaler.

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Un cadeau de Noël superbe, même pour qui n’est pas forcément fan de la série. Indispensable pour les fans. Seule restriction, ce n’est pas forcément par ce numéro qu’on entre le plus facilement dans cet univers fabuleux.

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Neil Gaiman (scénario), J.H. Williams (dessin), Dave Stewart (couleur)/ Sandman : Ouverture (Sandman : Overture, 2013-2015), Vertigo/Urban comics (2016), traduit de l’anglais par Patrick Marcel.

 

Sandman

Le dernier roman de Neil Gaiman, la fatigue de fin d’année, l’envie de faire une pause … Tout ça m’a fait me tourner vers la partie BD de ma bibliothèque, pour m’apercevoir que cela faisait un moment que je n’avais pas feuilleté les Sandman. Résultat : Quelques heures de lectures pour un œuvre magistrale de plusieurs centaines de pages, 11 volumes, deux histoires supplémentaires un peu à part … Si vous cherchez encore un cadeau de Noël ou pour quelqu’un que vous aimez vraiment beaucoup j’ai la solution.

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Ils sont 7 éternels :

Destiny : l’ainé, le moins drôle. Il a finalement un rôle assez faible dans les histoires

Dream : alias Sandman, alias Morphée, alias le Seigneur du rêve, alias … Pas particulièrement sympathique même si c’est lui que l’on suit le plus. Arrogant, souvent froid, parfois vindicatif, il ne devrait pas nous sembler très sympathique et pourtant … Ah, très important, Dream est Responsable, très Responsable. Il faut dire que tout ce qui touche au Rêve est sous sa Responsabilité.

Despair : atroce, horrible … Elle aussi (comme Destiny) a un rôle assez marginal.

Delirium : autrefois Delight, la petite dernière, celle qui souffre de la disparition du grand frère, le n°7 qu’on ne découvrira que tardivement dans la série (et donc je ne vous dirai pas qui c’est). Avec elle c’est donc la folie qui rentre en scène, un vent rafraichissant et touchant de folie. Elle arrive même à émouvoir Sandman.

Desire : homme et femme, insupportable, totalement égocentrique. Il/Elle est en conflit larvé avec Dream, et c’est il/elle qui lui pourrit souvent la vie, en particulier la vie affective.

Sandman 03Death : paradoxalement l’éternel la plus sympathique et de loin (avec le n°7 brièvement aperçu). Belle, joyeuse, c’est elle qui se préoccupe de plus de nous autres, pauvres mortels (et pour cause !). Si Sandman s’occupe de nous, c’est parce qu’il a le sens des responsabilités, Death, elle, nous aime. Elle est aussi la seule que Dream semble écouter, celle auprès de qui il va parfois chercher conseils et consolation.

Et puis il y a tous les autres, croisés un peu ou beaucoup … Orphée, les Furies, Lucifer (superbe pianiste de bar, vous verrez), Caïn et Abel (très drôles), une version revendicatrice (quasi syndicaliste) de Mr Jack, une multitudes de Dieux tout droit échappés de American Gods (Loki, Thor et les autres), quelques archanges qui n’ont pas l’air de rigoler tous les jours, un centaure, une sorcière, Shakespeare, des lutins, des fées (pas toujours brillantes, parfois très émouvantes) …

Et puis il y a nous. Des gens qui vivent, rêvent, chantent, pleurent, meurent, luttent, aiment, souffrent … des gens qui ne comprennent pas pourquoi ils font des rêves aussi « réels », des gens qui ont des aventures étonnantes, qui croisent des tueurs en série, des clochards, des vieilles dames excentriques, qui tombent amoureux, qui trahissent, qui sont parfois embarqués dans des histoires qui les dépassent …

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D’un épisode à l’autre les dessinateurs changent, les têtes des éternels aussi. Ce qui ne change pas c’est le talent de Neil Gaiman pour emmêler ces destins, ces histories, petites et grandes, réelles et fantasmées. Il jongle avec les lieux, les époques, les mythes et l’Histoire, reprend un personnage à peine entraperçu, lui donne de la chair, le place, l’espace d’un épisode, au centre de l’histoire … On le retrouvera plus tard, plus ou moins important, mais toujours là.

On sourit, on s’émeut, on se passionne, puis on se met à chercher sur internet, ou dans une encyclopédie qui est ce personnages mythologiques ou réels. On s’intéresse aux Euménides, à Songe d’une nuit d’été, à Loki ou à Orphée.

C’est intelligent, cultivé, passionnant, humain, poétique, mythologique, enfin, c’est indispensable. Convaincus  ?

Sandman 8, Neil Gaiman

J’ai écrit ici même il y a peu que Neil Gaiman est grand, et que Sandman est son prophète. D’ailleurs je ne suis pas le seul à le dire :

« Les histoires, je m’y connais. Je suis un mordu d’histoires. Sans exagérer, je peux dire que les histoires sont toute ma vie. […] Neil Gaiman s’y connaît aussi. Il est la caverne d’Ali Baba des contes et nous avons de la chance de l’avoir, quel que soit le média qu’il choisit. Sa fécondité et la qualité de son travail sont à la fois miraculeuses et inquiétantes. Son savoir-faire aussi ». Et ce n’est pas ce guignol de JM qui dit ça, mais Stephen King qui sait de quoi il parle quand il cause d’histoires …

Au bout des mondes est une auberge où on arrive par hasard, sans trop savoir comment. Bran Tucker et Charlene Mooney y échouent une nuit de tempête. Une drôle de tempête. Parce vraiment, la neige en juin sur la route de Chicago … Il y a là toutes sortes de voyageurs, qui se racontent des histoires pour passer le temps. On y trouve Chiron, un habitant de féérie, un jeune marin qui a vu le serpent de mer, un chercheur qui attend le Président Parfait, des Nécromants … Et bien d’autres.

Et surtout, pleins d’histoires dans lesquelles, de temps à autre, on croise la silhouette impressionnante de Dream et de ses frères et sœurs.

Comme toujours chez Gaiman, c’est magique, beaucoup plus profond que ça en a l’air, humain, parfois drôle, souvent émouvant, toujours poétique. Dans la série des Sandman, il y a des œuvres magistrales, amples, impressionnantes, et d’autres qui semblent plus … légères, « mineures » mais qui restent gravées, longtemps, et se révèlent tout aussi importantes et belles que les autres.

Le volume 8 fait partie de ces dernières. Outre de belles histoires, il offre une réflexion, ou plutôt des questions, sur des thèmes aussi variés que, le rêve bien sûr, mais aussi le pouvoir, la mort … Rien que ça. Le tout sans jamais pontifier ni se prendre au sérieux.

Gaiman (scénariste) et de très nombreux dessinateurs … / Au bout des mondes (Sandman 8) (Worlds’ end, 199), Vertigo (2008), traduit de l’anglais par ????.

Sandman 9, Les bienveillantes

Comme je l’écrivais hier, j’avais plusieurs fers au feu, l’autre était un pur chef-d’œuvre, une merveille, d’un génie qui en a produit quelques-unes. Je suis peut-être un peu excessif, mais je ne crois pas … Il s’agit du 9° volume de Sandman, la géniale création de Neil Gaiman. Ca s’appelle Les bienveillantes.

A ceux qui pourraient s’étonner que la lecture d’une BD prenne du temps, il faut préciser, tout de suite, que Sandman de Neil Gaiman, ce n’est pas Titeuf ou Astérix. Comme certaines œuvres de l’autre anglais génial (à savoir Alan Moore), ce sont des BD longues (beaucoup de pages), très denses, avec un texte extrêmement riche. Des BD, des romans graphiques, qui se lisent lentement, sur plusieurs jours. Et qui se relisent parce qu’on laisse, forcément, passer pas mal de choses à la première lecture.

Dream (alias Sandman, alias Morphée, alias …) est l’un des sept éternels, plus anciens et plus puissants que les Dieux. Il est le maître du monde des rêves (et bien entendu des cauchemars). Dans son palais on croise Caïn, un bibliothécaire qui veille sur tous les livrer qui auraient pu être écrits, une citrouille d’halloween mal embouchée, une corneille philosophe et bien d’autres personnages.

Sur Terre, quelque part aux USA, une jeune femme dont le bébé a été enlevé et tué sombre dans la folie et jure de se venger du père de l’enfant, qu’elle croit être le meurtrier, Dream. Elle va aller solliciter les Bienveillantes, en d’autres temps connues comme les Furies, ou les Erinyes … ce sont les vengeresses, celles qui viennent punir ceux qui ont versé le sang de leur sang. Elles obéissent à des lois qui pourraient se révéler plus fortes que Morphée lui-même. Une confrontation commence, où les protagonistes sont nombreux, de Satan aux Dieux scandinaves, des gorgones à une sorcière grecques … Le temps est venu pour Dream d’expier la mort de son vrai fils … Orphée.

Nul comme Neil Gaiman ne saurait intégrer autant de références mythologiques sans donner l’impression de faire un inventaire, de frimer et d’étaler sa culture. Cela pourrait être lourd, pédant et pompeux, c’est passionnant, poétique et éblouissant. Neil Gaiman parle autant de nos mythes fondateurs que de notre monde moderne, mêle de façon fluide les millénaires, les mythologies et la folie moderne, et y ajoute sa patte et son imagination pour créer un univers unique. Un univers souvent sombre, parfois drôle (d’un humour assez noir), toujours étonnant et poétique.

En quelques volumes, il a créé une épopée, une mythologie qui synthétise nos croyances, et y ajoute sa propre création. Un monde qui restera, qui inspirera, n’en doutons pas, des générations d’artistes. Je suis prêt à en prendre le pari, Neil Gaiman et son Sandman auront fait, dans les années à venir, autant d’émules, plus ou moins doués, qu’un Tolkien.

Si vous ne savez pas quoi offrir (ou vous faire offrir) pour Noël, si vous n’avez rien contre la BD, si vous aimez être étonnés, éblouis par un conteur d’histoire, un fabriquant de mondes hors pair, n’hésitez pas un instant, la série Sandman est pour vous. Chaque volume peut parfaitement se lire indépendamment des autres. Seul le volume 11 (et oui, étonnamment, le 11 est sorti bien avant certains volumes précédents), qui regroupe plusieurs petites histoires sans liens les unes avec les autres, est un cran en dessous. Dans tous les autres volumes, l’histoire est éblouissante, et Gaiman a su trouver des illustrateurs à la hauteur de son talent.

Neil Gaiman (scénariste) et de très nombreux dessinateurs … / Les bienveillantes (Sandman 9) (The kindly ones, 1996), Vertigo (2008), traduit de l’anglais par Geneviève Coulomb.

Neil Gaiman, Sandman VII

Neil Gaiman est un géant. La série Sandman dont il est le scénariste est un de ses multiples chef-d’œuvres. Il y donne libre cours à son talent de créateur et recycleur de légendes. Le héros de Sandman est Dream, un des éternels, avec Delirium, Despair, Destruction, Death, Desire et Destiny.

Vies brèves, le tome 7, est centré sur Delirium qui cherche de la compagnie pour partir à la recherche de Destruction disparu depuis 300 ans. Dream (que l’on appelle parfois Morphée), accepte de l’accompagner pour échapper à son palais et à son récent dépit amoureux. Leur quête ne sera pas sans risque (surtout pour les pauvres humains qui croisent leur route), et obligera Dream à revoir son fils Orphée.

Tout l’univers de Gaiman dans ce septième volume : On y retrouve des Dieux tombés dans l’oubli, des personnages de la mythologie, des légendes, tous mêlés aux vies très actuelles de notre monde moderne et matérialiste. L’originalité de ce nouveau volume tient à la personnalité de Delirium, gamine paumée et capricieuse, sans mémoire et sans inhibitions. Elle donne ses couleurs, son humour et son absurdité à l’album, et arrive même parfois à humaniser Dream qui, comme ses frères et sœurs, n’est pas un modèle de compassion !

Comme toujours dans Sandman, il faut accepter de rentrer dans ce monde à la fois onirique et très prosaïque, accepter pour les purs amateurs de BD de lire un texte dense et littéraire, accepter pour les amateurs de romans d’avoir une partie de l’histoire racontée par des dessins. La récompense est une magnifique histoire, subtile, poétique, prenante, qui donne envie, immédiatement, de relire les autres volumes.

On me reprochera peut-être de ne pas parler des illustrateurs. C’est que je suis surtout sensible aux histoires de Gaiman, et que je ne sais trop quoi dire de ses illustrateurs, sinon qu’ils les mettent superbement en valeur. Pour ce volume ils s’appellent Jill Thompson et Vince Locke.

Neil Gaiman, Jill Thompson et Vince Locke / Vies brèves (Sandman 41-49, 1992-1993), Panini Comics, traduit de l’anglais par Geneviève Coulomb.