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Après l’Argentine, direction la Colombie

On reste en Amérique du sud, mais on remonte vers le Colombie avec Des hommes en noir de Santiago Gamboa.

GamboaQuelque part sur une route perdue de Colombie un gamin, perché dans un arbre, assiste à l’attaque d’un convoi de trois véhicules blindés. Plusieurs morts, mais les occupants du 4×4 blindé qui semble protégé par les deux autres voitures sont sauvés par l’arrivée d’un hélicoptère. Les assaillants sont abattus ou mis en fuite.

Le lendemain, plus aucune trace du drame. Et quand le procureur Edison Jutsiñamuy de Bogota veut commencer à se renseigner, il ne trouve plus aucune trace du récit du gamin, comme si rien ne s’était passé. Il va quand même s’obstiner, avec l’aide de Julieta, journaliste free-lance, et de sa secrétaire Johana, ex combattante des FARC.

L’enquête va les mener sur les traces des églises évangélistes qui s’implantent de plus en plus en Amérique Latine.

Il ne faut pas lire Des hommes en noir pour son intrigue. Elle avance cahin-caha, au gré de quelques coups de chance assez gros, et ne résout pas vraiment tout.

Par contre, si vous voulez découvrir la Colombie, les lendemains du processus de paix avec les FARC, les traumatismes résiduels, les groupes paramilitaires toujours actifs, la violence, la présence grandissante des églises évangélistes, la gastronomie, les paysages, la vie trépidante de Cali …

Si vous voulez suivre deux héroïnes attachantes et un procureur atypique, entendre des dialogues vifs et enlevés, et vivre plusieurs vies rocambolesques au gré des récits de différents personnages rencontrés, alors ce roman est fait pour vous.

Santiago Gamboa / Des hommes en noir (Será larga la noche, 2019), Métailié / Noir (2019), traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry.

Santiago Gamboa le funambule

Je vous disais il y a peu que j’étais pris dans un roman passionnant et dense, et que je vous en parlerai. C’est Nécropolis 1209, du colombien Santiago Gamboa.

Jérusalem, ville assiégée (un peu plus assiégée dans le roman que dans la réalité) accueille le CIBM, le Congrès International des Biographes et de la Mémoire. Parmi les participants, un jeune écrivain d’origine colombienne, résidant à Rome qui se demande bien pourquoi on l’a invité. Mais il vient de passer deux ans malade et sans inspiration, et l’occasion (et le cachet) lui ont semblés bienvenus. Dans un hôtel retranché, sorte d’oasis de calme relatif dans un océan de chaos, il rencontre les autres participants et écoute leurs histoires : un évangéliste ancien taulard, ancien drogué parle de sa rencontre avec Dieu et de sa conversion ; une star du porno italienne explique pourquoi son cinéma est politique ; un bibliophile raconte l’étrange amitié entre deux joueurs d’échecs ; un historien colombien invente sa version du Comte de Montecristo … autobiographie et fiction se mêlent quand, avec la mort de l’évangéliste retrouvé les veines ouvertes dans sa chambre, la réalité fait brutalement irruption dans le congrès.

C’est un véritable tour de force que nous livre Santiago Gamboa dans ce roman. Celui de faire cohabiter autant de récits, de langues, de styles et de maintenir quand même la cohérence de l’ensemble. Un tour de force d’autant plus remarquable que tout paraît naturel, qu’on passe sans heurt d’une histoire à l’autre et qu’on ne sent jamais le travail de l’écrivain. Comme ces artistes de cirque qui vous donnent l’impression qu’il est normal de marcher sur un fil.

Le lecteur est fasciné par les différents récits, comme on est fasciné dès que l’on entend « Il était un fois … » dit par un Maître Conteur.

Erudition, imagination, maîtrise des niveaux de langage, richesse de personnages, humour, humanité … On trouve tout ici. Des histoires immortelles d’amitié, de haine, d’amour, de vengeance, de sexe. Un voyage qui va d’Europe en Amérique Latine en passant par Israël et les Etats-Unis, pour terminer dans un endroit inattendu (que je vous laisse découvrir).

Un regard tendre et impitoyable sur le petit monde des écrivains habitués des colloques, sur les jalousies, les egos, les mesquineries … et la générosité. Un souffle et un sens du détail, qui dans la même phrase font cohabiter la réalité la plus prosaïque et  l’épopée.

Une ode à la littérature, à l’écriture, aux mots, à la vie. Une réflexion sur le travail de l’écrivain, être plutôt terne (quand il n’est pas ridicule) « en vrai », qui, par son travail et son talent, va révéler (ou créer de toutes pièces), puis fixer sur le papier des êtres de légende qui seront lors montrés aux monde (ou au moins, au monde des lecteurs). Cet artiste qui, par sa maîtrise des mots, donne vie aux mythes.

Tout cela, et bien d’autres choses encore … Pour compléter, vous pouvez aussi aller lire l’interview que l’auteur a accordée à Christophe Dupuis.

Santiago Gamboa / Nécropolis 1209 (Necropolis, 2009), Métailié (2010), traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry.