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SF chinoise, pas emballé

L’été est là, les vacances approchent, le moment de piocher dans la pile SF les curiosités accumulées et pas lues pendant l’année (voire l’année précédente). Avec un succès mitigé pour cette fois : Le problème à trois corps du chinois Liu Cixin.

CixinLa révolution culturelle fait rage. Ye Wenjie assiste au lynchage public de son père professeur de physique, par de très jeunes gardes rouges. Puis elle est envoyée loin, très loin, défricher des forêts. Avant que certains se souviennent d’elle et viennent la chercher pour travailler sur un site très secret, un immense radio télescope chargé d’espionner les communications des satellites ennemis, mais également et surtout de trouver des traces de vie extraterrestre.

Quarante ans plus tard, une vague de suicides décime les plus grands scientifiques chinois quand le professeur Wang Miao, spécialiste en nanotechnologies est convoqué par la police à une réunion avec de hauts responsables de l’armée, et même des représentants de la CIA. Qui donc a intérêt à couper la tête de la science mondiale ?

Première recommandation si vous décidez de lire ce roman (malgré mon enthousiasme limité) : ne lisez pas la quatrième qui dévoile de façon lamentable une révélation qui n’arrive qu’à la fin du roman. Comment a-t-on laissé sortir un résumé aussi catastrophique ? Un vrai mystère.

Pour moi il y a du bon et du moins bon dans ce roman qui, si j’en crois ce que j’ai lu à droite et à gauche, a reçu un très bon accueil critique.

Le bon c’est l’entame, forte, se déroulant pendant la révolution culturelle. C’est cash, ça fait mal, l’horreur n’est pas édulcorée. Le bon c’est encore le démarrage de l’intrigue contemporaine, mystérieuse, très intrigante. Le bon encore c’est l’ambition et la richesse des thématiques abordées.

Le moins bon, outre la calamiteuse quatrième (mais ça ce n’est pas la faute de l’auteur), c’est que si le roman est très intelligent, il est aussi très froid et théorique. A part l’émotion qui passe bien au début, les personnages sont ensuite tellement désincarnés qu’on finit par se fiche de ce qui leur arrive. J’avoue avoir même eu du mal à me souvenir de qui était qui. Certes les noms inhabituels n’aident pas, mais je n’ai jamais ce problème avec Qiu Xiaolong par exemple. Là les personnages ne sont que des silhouettes, des porte-parole de théories ou d’idées.

Et en parlant d’idées justement, si la SF tendance scientifique vous fait peur, vous pouvez passer directement votre chemin, il y a de longues pages expliquant les fondements de physique théorique de tel ou tel élément de l’intrigue. Très longues même … Au point que j’ai un peu survolé le final.

Pour résumer, intelligent, bien construit, bonne entame, mais manquant singulièrement de chaleur, de chair, d’humain.

Liu Cixin / Le problème à trois corps (San ti, 2006), Actes Sud (2018), traduit du chinois par Gwennaël Gaffric.

Le chat moins convainquant que le poisson

J’avais lu le premier roman de Christine Adamo, Requiem pour un poisson, et beaucoup apprécié sa démarche mêlant roman policier et découverte scientifique. Démarche reprise récemment dans L’équation du chat. Avec moins de bonheur à mon avis.

AdamoCambridge, un premier janvier. Normalement tout le monde cuve. Mais cette année le professeur McLeod est venu d’Ecosse pour boucler un partenariat de biologie moléculaire et obtenir des crédits. Des crédits importants. Et ses interlocuteurs de Cambridge ont tout changé au dernier moment.

McLeod est vert de rage, et se demande ce que ces foutus anglais cherchent à lui imposer, et ce que la physique quantique vient faire là-dedans. Les guerres pour les budgets ne se mènent pas toujours à fleuret moucheté !

Dehors, il neige, et des plongeurs de la police retirent de l’eau le cadavre d’une femme … Toutes ses affaires, et d’autres plus vieilles encore, sont-elles liées ?

C’est justement là que le bât blesse … je n’ai toujours pas compris ce que ces affaires ont à voir entre elles. Pour ce que j’en comprends, l’intrigue principale tourne autour de l’attribution de la fameuse subvention, des coups bas, plus tordus les uns que les autres entre directeurs de labos, et du suspense créé par l’heure fatidique avant laquelle il faut rendre le dossier.

Cette intrigue principale est le prétexte pour explorer Cambridge et la physique quantique, de ses débuts à nos jours. C’est (pour ceux que j’ai lus) la marque de fabrique des polars de Christine Adamo de profiter d’une intrigue policière pour explorer un domaine des sciences. Et ici ça marche plutôt bien, même si certaines scènes entre scientifiques m’ont semblée un poil exagérées et forcées.

Mais je n’ai pas du tout vu ce que les histoires parallèles venaient faire autour. Comme si l’auteur avaient eu pleins d’idées et n’avait voulu en abandonner aucune, tout en ne sachant pas très bien comment les relier. Parfois ce genre de démarche peut fonctionner, là je trouve que cela alourdit et ralentit le récit.

Dommage l’idée de départ me plaisait bien.

Christine Adamo / L’équation du chat, Liana Lévi (2015).