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Avis de décès

Ce n’est pas une nouvelle, je ne suis pas fan de thriller. Mais un thriller chinois, ça se tente, pour voir. Avis de décès de Zhou Haohui ne m’a pas convaincu, pas du tout, chinois ou autre, je reste allergique au genre.

HaohuiVille de Chengdu, capitale de Sichuan (c’est gougueule qui me l’a dit). Zheng Haoming, sergent de la police de la ville est trouvé assassiné chez lui. 18 ans après une affaire qui avait secoué la police locale, il enquêtait toujours et semblait avoir trouvé de nouveaux indices concernant les meurtres de trois policiers. L’affaire avait été complétement étouffée, et à part la cellule spéciale formée pour l’occasion, dont faisait partie Zheng Haoming, personne ne s’en souvient.

Il va bien falloir déterrer le dossier et reformer une nouvelle cellule d’investigation alors qu’un tueur particulièrement déterminé et machiavélique recommence à défier la police.

Soyons bref et efficace : Si vous voulez absolument lire un thriller, lisez américain, après tout, mieux vaut l’original que la copie. Quand je veux me vider la tête je lis un Stephen Hunter, bien bourrin. Et si vous voulez lire un polar qui vous apprenne quelque chose sur la Chine d’aujourd’hui, lisez plutôt Qiu Xiaolong.

Ici on a un bouquin tressé avec de très grosses ficelles, voire des cordes, qui n’a d’étonnant que les relations très hiérarchiques et raides au sein de la police de Chengdu. Pour le reste, tueur super intelligent, procédés littéraires gros comme des maisons pour épaissir le mystère, style, j’ai un narrateur omniscient qui raconte tout, et hop, je change de point de vue pour que le lecteur ne sache pas comment on se retrouve avec un nouveau cadavre, apparemment en présence des flics, et hop voilà un mystère qui épaissit. Quant à la façon dont le « cerveau » sorti du chapeau arrive à exécuter ses victimes … Je préfère ne rien en dire tant elle est au-delà de toutes les limites de la vraisemblance.

D’un simple point de vue de l’intrigue, quand on multiplie les questions et les apparentes impossibilités, il faut être très fort pour ne pas décevoir le lecteur à la fin. Si vous ne connaissez pas, lisez La caverne aux idées ou Clara et la pénombre de José Carlos Somoza. Là c’est raté, on n’y croit pas un instant, donc on ne peut que se sentir floué.

Et on ne saura rien de plus sur la vie dans la province du Sichuan, sinon qu’on ne rigole pas avec le devoir et la hiérarchie dans la police. Je m’arrêterai donc là dans ce qui est annoncé comme une trilogie.

A noter en prime, cette traduction, faite à partir de la version anglaise … Je croyais qu’on ne faisait plus ce genre de choses.

Zhou Haohui / Avis de décès (Si wang tong zhi dan : an hei zhe, 2014), Sonatine (2019), traduit du chinois à partir de la version anglaise par Hubert Tézenas.

Pas bouleversé par le requiem pour Miranda

Je continue la découverte de l’univers de la collection dirigée par Aurélien Masson, encore avec un texte court, encore un texte très abouti, mais qui ne me touche pas vraiment : Requiem pour Miranda, de Sylvain Kermici.

Kermici« Elle demande Pourquoi vous faites ça ? » Ainsi débute le huis clos. Elle est attachée, face à deux hommes, elle se réveille et peine à se souvenir comment elle est arrivée là. Elle veut voir son bébé. Elle est totalement à leur merci.

Texte court, resserré, étouffant, noir mais pas complaisant ni voyeur. Phrases et chapitres courts. Rien à dire c’est parfaitement maîtrisé, que ce soit dans la première partie où on se trouve dans la tête de la victime, ou dans la deuxième où l’on se partage entre les deux agresseurs.

Le problème est que la thématique ne me touche pas. Le début fonctionne, j’ai été pris par la première partie, par la panique d’une conscience qui émerge après avoir été droguée, et se rend compte de l’horreur de la situation. Curieux de savoir jusqu’où va aller l’auteur.

Mais ensuite mon intérêt est retombé comme un soufflet. La folie des bourreaux ne me parle pas et malgré la qualité littéraire du texte, je suis sorti totalement le récit. Du coup, au final je me suis demande : Mais pourquoi écrire un tel texte ? Pour raconter quoi ? Pour montrer quoi ?

Fort, mais pas pour moi. Peut-être pour vous ?

Sylvain Kermici / Requiem pour Miranda, Les Arènes/Equinox (2018).

Piquant et délicieux.

Je n’ai pas lu beaucoup de romans de Brigitte Aubert. Mémoires secrets d’un valet de cœur était une bonne occasion de rattraper ce retard.

Aubert1910 à Paris, Dédée est la star d’une très chic et très discrète maison : l’hôtel Sélignac. Un lieu où les messieurs de la bonne bourgeoisie parisienne peuvent venir assouvir des désirs inavouables : coucher avec des travestis. Car Dédée est née André.

Soixante ans plus tard, à plus de 80 ans, Dédée se souvient de cette année là, quand à 20 ans, avec la fougue de la jeunesse, elle se passionnait pour les enquêtes policières et pour des pratiques encore balbutiantes, celles de la police scientifique. Une police scientifique qu’elle va pouvoir voir à l’œuvre quand autour des dames de l’hôtel Sévignac des travestis sont sauvagement assassinés.

Je ne vais pas vous dire que c’est le roman de l’année, mais c’est un polar que l’on lit avec un réel plaisir.

Tout d’abord, et dès l’entame du premier chapitre, grâce au ton grinçant et à la vivacité de l’écriture. C’est drôle, acide, juste, rythmé, on lit le sourire aux lèvres. Et ce jusqu’à la dernière ligne.

Ensuite parce que ce ton est parfaitement adapté au propos, et à l’époque. On vit alors dans les dernières années d’insouciance avant les deux monstruosités que furent les guerres mondiales. Le monde, et surtout Paris, est d’une certaine façon plus libre qu’aujourd’hui, moins obnubilé par l’hygiénisme, avec moins d’interdits malgré une société totalement corsetée par la religion. Un paradoxe très bien rendu par le récit. Tout comme celui d’un monde extrêmement dur pour les plus pauvres, mais qui, étonnamment, semble aussi proposer plus de petits moments de joie, d’évasion, et de foi dans l’avenir.

Et c’est d’autant plus évident que, par son artifice d’écriture, l’auteur nous fait vivre le récit de quelqu’un qui a vécu une bonne partie de 20° siècle et raconte les choses avec recul.

Alors certes, il y a un petit coup de mou au milieu (du moins à mon goût), mais l’humour noir, l’empathie que l’on ressent pour des personnages hors du commun, et l’intrigue parfaitement menée font que l’on prend un grand plaisir à déguster ce bonbon … au poivre.

Brigitte Aubert / Mémoires secrets d’un valet de cœur, Seuil (2017).

Plus de 500 pages de plaisir

On croyait que Jo Nesbo avait abandonné Harry Hole. Mais non, il revient dans La soif.

A14504_Nesbo_Lasoif.inddHarry Hole c’est rangé. Marié, tranquille, prof à l’école de police, il ne veut plus entendre parler de meurtre, de sang et de tueurs en série. Jusqu’à ce que le cadavre d’une jeune femme soit découvert. Elle a été saigné à mort, et porte des traces de dents à la gorge. Quand un second cadavre est trouvé, Harry, sollicité par Mikael Bellman, directeur de la police et son ancien ennemi intime, finit par accepter de participer à l’enquête.

Pour sauver des vies ? Ou pour reprendre l’enquête, la seule, qu’il n’a pu mener à son terme et arrêter enfin le seul meurtrier qui lui ait échappé ?

Tant qu’à un thriller de temps en temps, autant en lire un bon, voire un très bon. Comme La soif.

Tout le savoir faire de Jo Nesbo. Ses fausses pistes, sa façon de jouer avec le lecteur, de varier les rythmes … Même quand on le connait bien et qu’on se méfie on se fait encore avoir. Enfin moi je me fais avoir. Avec délice.

C’est vrai, certains de ses autres ouvrages avaient un peu plus de fond. Mais arriver à faire passer aussi vite plus de 500 pages, sans jamais donner l’impression qu’il y en ait une seule de trop, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Un pur plaisir.

Jo Nesbo / La soif (Tørst, 2017), Série Noire (2017), traduit du Norvégien par Céline Romand-Monnier.

Les monstres de Detroit

La fin d’année est rude, le cerveau patine parfois, les derniers jours avant le repos bien mérité vont être difficiles … C’est pour cela que le rythme de lecture baisse, et que j’ai eu besoin d’une petite récréation. Allez hop, un petit thriller, Les monstres de Lauren Beukes. Bonne pioche !

BeukesDetroit, symbole des villes sinistrées. Ici c’est l’emploi dans l’industrie automobile qui s’est effondré. L’inspectrice Gabriela Versado élève seule (suite à un divorce) sa fille, Layla, une ado … avec des problèmes d’ado. Et elle manque de temps avec elle. Une situation qui ne va pas s’arranger quand elle découvre une sinistre « sculpture » : le haut du corps d’un jeune garçon a été soudé au bas du corps d’un jeune cerf et laissé à la vue de tous.

Pendant que l’enquête se met en place, Layla et sa meilleure amie décident de traquer les pédophiles sur les réseaux sociaux en se faisant passer pour une gamine naïve, au risque de tomber sur un morceau un peu trop gros pour elles …

Excellente surprise que ces Monstres ! Je m’attendais à du thriller tout venant, de ceux qui vous laissent le cerveau de côté pour profiter d’un simple divertissement. Pour le même prix j’ai eu :

  • Le divertissement (grâce à une intrigue très habilement menée)
  • Une belle écriture
  • Des personnages qui ont de l’épaisseur
  • Matière à réflexion
  • Et, cerise sur le gâteau, une belle audace au final, dont je ne dirai rien, qui déplaira peut-être à certains mais qui m’a convaincu  (débrouillez-vous avec ça !).

Franchement, dès les premières pages j’ai été séduit par le ton, les changements de types de narration, les passages d’un point de vue à l’autre, la belle description d’une ville qui tente de se relever de ses ruines, quelques portraits touchants d’êtres brisés, une description très convaincante des nouvelles voies vers la renommées au travers des chaînes du net, des personnages qui ne sont jamais caricaturaux (les monstres ne sont pas ceux qu’on croit, le vautour de la presse n’est pas QUE un vautour …).

Et un sacré final, très gonflé, qui plaira ou non, mais où l’auteur a le mérite de prendre des risques et de sortir du chemin tout tracé qui aurait emporté l’adhésion de tous. Après on aime ou pas, mais c’est parfaitement maîtrisé et moi je dis chapeau !

Lauren Beukes / Les monstres (Broken monsters, 2014), Presses de la cité/ Sang d’encre (2015), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Laurent Philibert-Caillat.