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Le placard

Les planificateurs, puis Sang chaud, deux polars très originaux du coréen Kim Un-Su. Original, Le placard l’est sans le moindre doute. Quant à le classer dans la catégorie polar …

Le narrateur est un jeune homme que rien ne distingue des autres. A force de travail il a réussi un concours qui lui a valu un travail à l’Institut. Et s’est rapidement aperçu que ce travail consistait à rester à son bureau sans rien faire, sans se faire remarquer, comme tous ses collègues. Mais notre narrateur a un problème majeur, il ne supporte pas l’ennui.

En se promenant dans les couloirs il a remarqué qu’un placard était fermé par un cadenas à combinaison. Pour passer le temps, il a essayé, en partant de 000, et a fini par l’ouvrir et a commencé à lire les dossiers qui y sont rangés. Il s’est ainsi fait remarquer par le redoutable et mystérieux Dr Kwon.

Le voilà plus ou moins responsable du sort des personnes décrites dans les dossiers. Tous mutants, d’une façon ou d’une autre. Hybrides humains animaux ou plantes, victimes de sommeil durant des mois, de perte de périodes entières de temps … Sa vie a changé à jamais, et ce n’est qu’un début.

J’ai beaucoup de mal à me faire une idée sur ce roman, et à savoir si je le recommande ou pas. Il ressemble davantage à une série de nouvelles, plus ou moins reliées par le mince fil conducteur de la vie du narrateur.

Certains passages sont poétiques, il y a de la SF, du fantastique, un peu de polar (assez peu), des passages édifiants sur les rapports de hiérarchie et la lâcheté et la mesquinerie du monde du travail coréen … certains chapitres sont enthousiasmants, d’autres m’ont laissé assez froid. Si je comprends l’intention derrière certains chapitres, je la décerne moins dans d’autres, et je m’interroge sur le choix de la structure globale du roman. Je me suis parfois demandé : « mais qu’a donc voulu dire l’auteur ? ». Peut-être un manque de références culturelles coréennes ?

Le final est totalement inattendu, mais pouvait-il en être autrement quand on est étonné et surpris tout au long du roman ?

Comme vous pouvez le constater je continue, une fois le roman refermé, à me demander ce qu’a vraiment voulu communiquer l’auteur, et même si j’ai vraiment aimé ce livre ou non. Mais finalement, une œuvre qui vous fait vous poser autant de questions ne peut pas être totalement inintéressante.

Kim Un-Su / Le placard, (캐비닛, 2006), Matin calme (2021) traduit du coréen par Choi Kyungran et Pierre Bisiou.

Cinquante-trois présages

De Cloé Medhi j’avais beaucoup aimé Rien ne se perd. C’est avec une vraie curiosité que j’ai attaqué le surprenant Cinquante-trois présages, une belle surprise.

Dans un futur très proche, ou dans un présent dystopique, depuis quelques années est apparue une nouvelle religion : La Multitude. Une religion comptant de nombreux Dieux, morceaux d’une seule entité mais chacun avec sa personnalité. Ces Dieux s’expriment au travers de Désignés qui reçoivent des visions, subissent de grosses fièvres, et ont quelques pouvoirs qu’ils maîtrisent plus ou moins.

Raylee est une Désignée du Dieu Dix-Neuf. Native des Pyrénées orientales, elle est sous payée pour tenir l’antenne de Cherbourg, avec deux collègues. Elle reçoit les croyants, et a le pouvoir de soustraire ceux que le Dix-Neuf lui désigne à cette Terre pour un temps. Entre une immense empathie pour tout ce qui vit, les querelles entre les Dieux, un service de police qui la surveille et ses propres problèmes personnels, on ne peut pas dire que la vie de Raylee soit une sinécure. D’autant que les querelles entre les Dieux semblent prendre une ampleur inquiétante.

Autant prévenir tout de suite les lecteurs, Cinquante-trois présages n’est pas du tout un polar. C’est un roman assez, voire très difficile à classer, et c’est très bien comme ça. Si je devais absolument chercher une proximité, je le trouverais avec certains textes de Pierre Bordage, comme L’évangile du serpent.

Le monde décrit est notre monde actuel, avec une composante religieuse et/ou fantastique qu’il n’a pas. Le socle matériel de cette France permet à l’auteur, comme dans son roman précédent, de faire une peinture sans concession de notre beau pays, des difficultés qu’y rencontrent les plus pauvres, surtout s’ils ont le malheur de ne pas avoir une couleur de peau ou une orientation sexuelle qui plaise à la majorité.

Mais Cloé Medhi n’est jamais larmoyante, sa narratrice est tout sauf une victime qui se lamente. Elle souffre parfois, mais elle réagit, et sa voix qui donne le ton du récit est vive. Ses « pouvoirs », son empathie naturelle en font le témoin privilégié (si on peut parler de privilège), des horreurs que nous imposons au monde, mais si elle souffre pour les autres, ce n’est pas pour autant qu’elle accepte de tendre l’autre joue, il lui arriverait même parfois de balancer des tartes.

Cette tonalité sans prêche, les beauté de la langue et en particulier de certains poèmes glissés dans le cours du récit, ont réussi à faire passer au mécréant et matérialiste réfractaire à toute forme de mysticisme que je suis ce récit malgré une conclusion un poil « religieuse » (je ne trouve pas de termes mieux adapté) à mon goût. Ce qui n’est pas un mince exploit.

Un roman original, prenant, d’une romancière qui se renouvelle complètement. A découvrir.

Cloé Medhi / Cinquante-trois présages, Seuil/Cadre Noir (2021).

Dune

Avant d’attaquer les livres de janvier j’ai voulu faire une expérience. La sortie prochaine d’une adaptation cinématographique m’a donné envie de relire Dune de Frank Herbert. Non sans une certaine appréhension. Ecrit en 1965, tenait-il toujours la distance ? Livre qui m’avait marqué, premier livre de SF que j’avais lu sur les conseils d’un copain pendant les vacances de Pâques de ma première année d’études en … 1983. Mais est-ce que le souvenir ébloui que j’en avais allait résister à une relecture presque 40 ans plus tard ? Je ne vais pas faire durer le suspense, c’est toujours génial.

Ce qu’il y a de bien quand on veut parler d’un classique parmi les classiques comme Dune, c’est que tout le monde en a entendu parler, et tout le monde sait, plus ou moins, ce qu’il raconte. Pas la peine donc de se casser trop la tête à faire un résumé.

Dune est donc la planète désertique où l’on récolte le produit le plus rare et le plus précieux de l’empire, l’épice, ingrédient indispensable aux voyages dans l’espace et à la Guilde qui a le monopole sur ces voyages. Dans une empire à la structure très médiévale, avec un empereur et des grandes maisons rivales, la planète qui se trouvait sous la coupe des Harkonnens qui, sont n’ayons pas peur des mots, d’authentiques fils de putes, va passer sous celle leur ennemi juré, le Duc Leto Atréides.

Bien qu’il sache que c’est un piège Leto accepte et sera assassiné. Son épouse Jessica et son fils Paul sauvent leurs peaux et fuient dans le désert. Là les Fremens, seul peuple qui survive dans ces lieux pour le moins inhospitaliers, les reconnaissent comme les sauveurs annoncés par la prophétie. Puis viendra, bien entendu, l’heure de la vengeance.

Tout le monde loue ce roman pour sa richesse et sa puissance, et tout le monde a raison, mais il ne faudrait pas que ces louanges soient contreproductifs et intimidants. Parce qu’en première impression, ce qui frappe, 40 ans après la première lecture, c’est le pur plaisir de lire une histoire exceptionnelle. Comme en ce lointain temps où j’étais jeune, j’ai été happé par le roman, dévorant les deux tomes de chez pocket en trois jours. Frank Herbert est un putain de raconteur d’histoires. Même en connaissant la fin, j’ai repris un immense plaisir à suivre les intrigues, les combats, les ruses, les paysages, les extraordinaires vers de sable. Et j’ai été emballé de nouveau par la cohérence du monde inventé sur cette planète, cohérence tournant autour du manque d’eau, qui sculpte le géographie, la langue, les coutumes, les croyances, les structures politiques … C’est un pied de lecture immense, donc allez-y sans crainte.

Et oui, ensuite, derrière une trame archi-classique de roman d’apprentissage et de vengeance, que de thématiques abordées, et surtout quelle actualité pour un roman écrit en 1965. Ecologie, utilisation de ressources rares, politique, religion, messianisme, jihad … Y a t’il un seul de ces thèmes qui soit démodé ? Plus qu’actuel Frank Herbert, visionnaire.

Comme je ne suis pas universitaire, et que mon ambition n’a jamais été d’analyser les œuvres (ce dont je suis bien incapable) mais de donner envie de les lire, je m’arrête là avec ces simples mots : lisez ou relisez Dune.

Frank Herbert / Dune, (Dune, 1965), Pocket (1970) traduit de l’anglais (USA) par Michel Demuth.

En quête de Jake

Encore un peu de SF/Fantastique en cette fin d’année. Entre l’auteur anglais China Mieville et moi, c’est un coup ça marche, un coup non (littérairement parlant of course). J’avais adoré The City and the city et Merfer, pas réussi à finir Kraken. Une valse hésitation qui s’est poursuivie avec son recueil de nouvelles En quête de Jake et autres nouvelles.

13 nouvelles et une novella rasssemblées ici, avec une véritable cohérence tant l’auteur, à chaque fois, introduit l’étrange, parfois horrible, parfois simplement autre, dans notre quotidien, ou plus précisément dans le quotidien des londoniens.

Une distorsion qu’il explique rarement, et jamais complètement, et la description de tranches de temps de ses personnages, souvent sans réelle conclusion. C’est ce qui rend difficile parfois d’accrocher au texte. Soit vous adhérer à l’idée de départ, qui est toujours très originale, souvent poétique, soit vous restez en dehors et vous n’avez plus grand chose à quoi vous raccrocher.

C’est ainsi que la première nouvelle, qui donne son titre au recueil, En quête de Jake, m’a laissé perplexe. Une ambiance d’apocalypse dans Londres, sans que l’on sache pourquoi, et sans que j’ai pu comprendre où l’auteur voulait m’amener. Ratée pour moi.

Même chose avec La piscine à balles où je n’ai pas compris le sujet de l’histoire, ou Le familier, ou la seule nouvelle illustrée Sur le chemin du front tant j’ai trouvé la mise en page et les dessins difficiles à lire, d’un simple point de vue de la typographie.

Mais il y a aussi des pépites qui m’ont emballé.

Fondations, qui voit un homme entendre ce que racontent les murs, et prévoir les catastrophes, pour le meilleur ou le pire. Une belle variation fantastique sur un événement réel bien sombre que je vous laisse découvrir.

De certains événements survenus à Londres qui exploite l’idée géniale de rues sauvages qui apparaissent et disparaissent au fil des siècles dans les grandes villes du monde.

Les détails, étrange plongée dans la folie d’une vieille femme qui se croit persécutée par les détails visibles dans tout motif autour d’elle (les nuages, les branches des arbres, les lézardes dans le mur …), à moins qu’elle n’ait raison.

Intermédiaire, variation autour de la responsabilité de chacun dans les événements du monde, au travers du fantastique bien entendu.

Mort à la faim quitte le fantastique pour la SF, avec la figure classique de hacker, confronté cette fois à une ONG qui exploite les bons sentiments et s’enrichit sur la faim dans le monde.

De saison pousse avec un humour très british la logique de la privatisation de tout, absolument tout, y compris … Noël. Où comment, par un retournement de situation très drôle, vouloir chanter Jingle Bell peut devenir un acte révolutionnaire.

Jacques est une belle nouvelle sur la résistance au pouvoir, dans un monde où les condamnés se voient « recréés » pour leur ajouter des appendices non humains qui les désignent immédiatement comme anciens délinquants.

Pour finir la novella, Tain, part d’une idée géniale : de l’autre côté des miroirs vivent des créatures qui sont obligés de se figer à notre image quand nous nous regardons dans une glace. Après des siècles d’esclavages, elles ont trouvé le moyen de passer de notre côté et de nous faire la guerre pour s’affranchir de cette tyrannie. Une idée assez géniale, bien racontée, malheureusement, de mon point de vue, la conclusion de l’histoire est un peu bancale. Peut-être lui a t’il manqué quelques chapitres pour en faire un vrai roman plus consistant.

China Mieville / En quête de Jake et autres nouvelles, (Looking for Jake and others stories, 2005), Outrefleuve (2020) traduit de l’anglais par Nathalie Mège.

La chose

Je continue avec les nouvelles parutions de Une heure lumière, mais avec moins d’enthousiasme : La chose de John W. Campbell.

Tout le monde, ou presque, a au moins entendu parler de cette histoire, rendue célèbre par l’adaptation de John Carpenter.

Quelque part en Antarctique, les membres d’une expédition qui passe l’hiver sur place dans une station découvrent sous la glace un vaisseau spatial. Dans le vaisseau, complètement gelé, une créature extraterrestre. Ils la ramènent à la station, et le biologiste entreprend de décongeler la chose. Ce que tout lecteur de SF ou habitué des films d’horreur aurait pu lui déconseiller fortement de faire …

Si je suis moins enthousiaste, cela n’a rien à voir avec la qualité du texte. Etonnant d’ailleurs de voir comment il passe parfaitement bien en 2020 alors qu’il a plus de 80 ans. Pour qu’un texte de SF passe 80 ans plus tard sans sembler ridicule ou ampoulé, c’est qu’il est bon. Et pour moi qui ne suis pas du tout un fan d’horreur, qu’elle soit SF ou pas, la partie la plus intéressante est la variation sur la paranoïa, que je vous laisse découvrir si vous n’avez pas la moindre idée de ce que vous allez lire. Comme une prémonition de la paranoïa anti-communiste qui allait déferler sur le pays quelques 15 ans plus tard.

Le suspense est bien mené, je vois bien ce qui doit plaire à ceux qui aiment se faire peur. Pour ma part la chose me laisse de glace, et comme en plus je le lis juste après Vigilance, je ne suis pas particulièrement emballé. Mais si vous êtes amateur de monstre abominable lâché dans un lieu clos avec des victimes potentielles qui ne peuvent pas s’échapper, allez-y sans hésiter.

John W. Campbell / La chose, (Who goes there ?, 1938), Le Belial/Une heure lumière (2020) traduit de l’anglais (USA) par pierre6paul Durastanti.

Vigilance

Je l’avais repéré sur les blogs, et j’adore cette collection, donc en cette fin d’année calme et sinistre, j’ai lu Vigilance de Robert Jackson Bennett. Magistral. Même si ce n’est pas cette novella qui va rendre la fin d’année moins sinistre.

 « Tout tenait au fait que depuis toujours, l’Amérique est une nation qui a peur.

Peur de la monarchie. Peur des élites. Peur de perdre ses biens, par le fait du gouvernement ou d’une invasion. Peur qu’un voyou stupide ou un petit malin de la ville trouve un moyen légal ou non de voler ce qu’on a durement gagné à la sueur de son front.

Voilà ce qui faisait battre le cœur de l’Amérique, non l’amour de son pays ou de ses semblables, non le respect de la Constitution … mais la peur.

Et là où il y avait peur, il y avait des armes à feu. »

Quelques années auparavant, lors d’une tuerie dans une école, un gamin a filmé en direct, et mis en ligne. Fil suivi par des millions de gens fascinés. Et les IA du web ont réagi immédiatement, collant des pubs sur le fil. Horreur des firmes … Jusqu’à ce qu’elles s’aperçoivent que loin d’en souffrir, leurs ventes explosent.

John McDean crée alors le grand show TV Vigilance. Un lieu public (gare, centre commercial …), gardé secret jusqu’à la dernière seconde, est entièrement bouclé. Trois tueurs volontaires y sont lâchés. Les drones filment. Si un bon citoyen vigilant abat un des tueurs, il gagne des millions. Si un des tueurs s’en sort, il gagne encore plus de millions. En direct les IA analysent les flux, et adaptent et ciblent les pubs. La force et la beauté de la simplicité. Branchez-vous sur ONT (One Nation Truth !) et profitez du spectacle.

Absolument magistral. Grande novella ou court roman, glaçant, dérangeant, horriblement cohérent et plausible. Si les technologies et la situation politique décrites ne sont pas celles d’aujourd’hui, elles sont suffisamment proches pour foutre sacrément les jetons, sauf peut-être ce qu’implique le retournement final (qui n’est que la cerise sur le gâteau, ou le ruban sur la paquet cadeau). Mais ce qui effraie encore plus, c’est que la peinture sociologique de cette Amérique, la psychologie d’une partie de ses habitants, n’a rien, elle, d’une anticipation.

Ajoutez une écriture fluide, un découpage parfait qui fait monter la tension, et vous avez un texte que vous dévorez, fébrile, et refermez abasourdi.

Cette collection nous propose décidément de vrais diamants, Vigilance est à mettre, à mon avis très subjectif, au niveau de L’homme qui mit fin à l’histoire et Un pont sur la brume.

Robert Jackson Bennett / Vigilance, (Vigilance, 2019), Le Belial/Une heure lumière (2020) traduit de l’anglais (USA) par Gilles Goullet.

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du blanc

Une petite pause SF pour ce roman réédité en poche, C’est l’inuit qui gardera le souvenir du blanc, de Lilian Bathelot.

Fin du XXI° siècle. L’Europe séparée en deux. Les zones sécurisées où ne vivent que des gens connectés grâce à un implant qui leur permet d’être en liaison permanente avec le réseau, et des zones franches où vit le rebut, ceux qui n’ont pas d’implant, ne sont pas sécurisés. Du côté de Montpellier le commandant Manuel Diaz, un des meilleurs éléments des forces de police a disparu depuis 15 jours. Or c’est impossible, on ne peut pas modifier son implant, et on est en permanence traçable grâce à lui, partout dans le monde.

Loin, très loin, en territoire inuit Kisimiipunga vient de terminer sa Première Chasse, elle dépèce le caribou qu’elle a tué avec sa vieille carabine. Au bout de la fatigue après deux jours de traque, elle s’apprête à rentrer quand elle aperçoit, au loin, un traineau vide poursuivi par une meute de loups …

Liberté contre sécurité, grands espaces contre traçage et suivi … Un roman écrit originalement en 2006 et réédité à point nommé. Le rythme est vif, l’alternance entre les lieux et les deux histories est très bien utilisée pour faire monter le suspense vers un final qui, on s’en doute bien, va renouer les fils.

Les personnages sont suffisamment bien campés pour ne pas être juste des prétextes à l’histoire, le dérapage vers la folie et la violence résonne lui aussi étrangement en ces temps troublés. Les scènes d’action sont impeccables et il est difficile de lâcher le roman passé la moitié, tant on a envie de savoir comment les quelques personnages auxquels on s’est fortement attaché vont s’en sortir. Un vrai plaisir.

Lilian Bathelot / C’est l’inuit qui gardera le souvenir du blanc, Pocket (2020).

Contes sages d’autres mondes et d’autres temps

Je découvre la collection « Contes des Sages » du seuil avec le recueil de Pierre Bordage : Contes des sages d’autres mondes et d’autres temps.

15 contes, présentés dans le premier comme le peu qu’il reste dans la mémoire extrêmement vieille d’une IA qui vogue dans l’Univers et ne comprend pas pourquoi son nom est drôle : Capitaine Mémo.

15 contes qui collent aux préoccupations habituelles de Pierre Bordage et aux différents thèmes de classiques de la SF. Ecologie, religion, voyage dans le temps, voyages dans l’univers, immortalité, IA, emprise des machines, apparitions de messies, réfugiés climatiques …

Le livre est très beau, d’un format inhabituel, belles illustrations et très agréable à tenir en main. Les contes font le minimum syndical, ils se tiennent, présentent leur « morale ».

Mais je pense que la nouvelle, et encore plus la nouvelle très courte, n’est pas le format qui permet à l’auteur de mieux exprimer son talent et son souffle. Je le préfère dans ses grandes sagas, quand il a la place et le temps développer ses imaginaires particulièrement puissants, de bien nous faire rentrer dans la peau d’une multitude de personnages.

Un recueil agréable sans plus donc, mais un joli cadeau pour quelqu’un qui ne serait pas grand lecteur et se trouverait plus à l’aise dans le format court, et trouverait là des histoires bien racontées, qui peuvent l’amener à réfléchir, le tout emballé de bien belle façon.

Pierre Bordage  / Contes des sages d’autres mondes et d’autres temps, Seuil (2020).

Les larmes du cochontruffe

La quatrième de couverture, le titre, tout est intrigant dans Les larmes du cochontruffe de Fernando A. Flores. Mon problème est que je suis toujours aussi intrigué après avoir refermé le roman.

Sud du Texas dans un futur plus ou moins proche indéterminé, deux murs séparent le Mexique des USA. Le trafic de drogue a été supprimé par la légalisation, mais les cartels se sont reconvertis dans le filtrage, façon de créer artificiellement des animaux qui ont disparu, voire des créatures mythiques.

Bellacosa, veuf, survit en cherchant pour le compte d’un client mexicain les engins de chantiers d’occasion dont il a besoin. Il est aussi, mollement, à la recherche de son frère disparu. Une recherche qui va l’amener à rencontrer Paco Herbert, journaliste, qui enquête sur les diners clandestins où l’on sert à une toute petite élite économique des espèces disparues à des tarifs astronomiques.

Leur quête entre rêve et réalité va leur faire croiser le chemin du mythique cochontruffe des indiens Aranañas.

« C’est ici que le réalisme magique rejoint le roman noir » dit la quatrième. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je suis complètement passé à côté de ce roman et n’ai été rejoint ni par le réalisme magique ni par le roman noir. Pour être plus précis, je n’y ai rien compris.

Autant chaque chapitre pris séparément est intéressant, original dans le monde qu’il décrit, autant je ne vois pas le tableau d’ensemble. Le tout est très décousu, des situations, des mystères sont présentés mais non résolus. Je n’ai compris ni l’histoire, ni l’intention de l’auteur. J’ai eu l’impression de lire des chapitres peu, ou pas, ou mal reliés entre eux, je n’ai rien compris à tout le côté mystique et fantastique. Je n’ai pas compris non plus l’intérêt ou le but de ce monde pseudo futuriste et je ne vois pas du tout où l’auteur voulait en venir.

Complètement raté pour moi donc. Les amis Nyctalopes sont restés aussi perdus que moi.Fernando A. Flores / Les larmes du cochontruffe, (Tears of the trufflepig, 2019), La Noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Paul Durant.

Soleil de cendres

Je découvre Astrid Monet avec un roman catastrophe, Soleil de cendres. Et je ne suis pas vraiment convaincu.

Dans un futur plus ou moins proche, l’Europe crève de chaud, l’eau est rare, les lacs sont à sec. Marika qui vit sur la côte atlantique avec son fils Solal de 7 ans revient pour la première fois depuis la naissance de Solal à Berlin où vit le papa Thomas, un homme de théâtre. Alors qu’elle a laissé le père et le fils faire connaissance, une éruption volcanique et un tremblement de terre transforment Berlin en décor de film catastrophe. En plein chaos Marika part à la recherche de son fils.

Je n’ai rien à reprocher à l’écriture du roman, et l’évocation d’une Europe suffocant de chaleur est assez convaincante. La description de Berlin est belle, elle donne envie d’aller visiter une ville qui semble libre et animée.

Mon problème est que l’auteur n’a pas réussi à me faire croire à son histoire. Et pourtant, si c’est bien emballé je peux marcher, croire le temps d’un roman à un monde porté sur le dos d’une tortue, au retour de requins préhistoriques, ou à un créateur d’émissions de télé poubelle qui a des états d’âme. Mais là je n’ai cru à quasiment aucun des ressorts de l’intrigue. Ni le volcan, ni le tremblement de terre, ni la façon violente dont est gérée l’évacuation, rien.

Et ça m’a totalement sorti du récit, et m’a désintéressé de la recherche de Marika (en plus je me doutais bien de comment ça allait se terminer). Je crois que je n’ai pas non plus été convaincu par la relation d’amour exclusif, limite maladif entre la mère et son fils. Autant Vanda m’a bouleversé, autant là je suis resté de marbre.

Pour résumer, malgré une belle écriture et un décor intéressant, je n’ai ni saisi, ni embarqué par ce Soleil de cendres.

Astrid Monet / Soleil de cendres, Agullo (2020).