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Billy Summers

Je n’avais pas arrêté de lire, mais j’ai fait une pause un peu lointaine, et surtout loin de mon ordinateur. Début de rattrapage avec Billy Summers du maître Stephen King.

Billy Summers a été sniper en Irak. Depuis son retour il continue à exercer ses talents, contre rétribution, mais dans le privé cette fois. Comme tueur à gage. Avec une petite restriction morale, il n’accepte de tuer que des « méchants », sans toutefois se faire d’illusion sur ses clients qui ne valent pas mieux.

Malgré ses pressentiments, il accepte un dernier contrat, pour un montant bien supérieur à ce qu’on lui paye habituellement. Il s’agit de descendre un criminel endurci qui pourrait bien mettre beaucoup de monde dans l’embarras. Et en attendant le bon moment, qui lui sera indiqué par son client, il va s’installer sous une fausse identité dans une petite ville au milieu de rien. Et se faire passer pour un écrivain. Une idée de reconversion pour ce grand lecteur ?

En attendant, même s’il sait que dans les livres et les films, les histoires de « dernier coup avant la retraite » se terminent toujours mal Billy Summers va se prendre au jeu.

Commençons par enfoncer quelques portes ouvertes. Stephen King est un immense conteur, et Jean Esch un très bon traducteur. Donc un plaisir de lecture extrêmement addictif immédiat.

Et l’auteur est très très malin. Son dispositif narratif, qui voit le personnage principal se prendre au jeu de l’écriture est vraiment bien trouvé. Parce qu’il permet des flashbacks de façon originale, et parce qu’il donne l’occasion de causer de lecture, d’écriture, de littérature, tout ça dans ce qui aurait pu être un « simple thriller ». Chapeau l’idée.

Autre excellente idée, malgré le fait d’avoir un personnage au métier plutôt inhabituel, l’obliger à se fondre dans une petite ville va donner l’occasion de décrire le quotidien de gens ordinaires. Encore très bien vu.

Les personnages sont très attachants, l’histoire bifurque à de nombreuses reprises dans des directions que le lecteur ne pouvait absolument pas prévoir, et l’auteur joue très habilement avec tous les clichés, à commencer par celui de cette dernière affaire qui, comme les histoires d’amour, finit mal … En général. Et il s’amuse à glisser quelques références à ses anciennes œuvres.

En bref, passez outre la couverture horriblement kitch, et plongez-vous avec délice dans ce magnifique polar ; plaisir et émotions garantis.

Stephen King / Billy Summers, (Billy Summers, 2021), Albin Michel (2022) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

L’institut

Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu de roman du maître Stephen King. Je me suis rattrapé avec L’institut. Un vrai plaisir.

kingLuke Ellis est un gamin de 12 ans un peu particulier. Très particulier. Un petit génie qui vient d’être reçu dans deux universités pour suivre un double cursus, scientifique et littéraire. A 12 ans. Sa vie bascule quand un commando débarque une nuit, tue ses parents et l’enlève. Luke se réveille dans une prison, l’Institut, perdue dans le bois, en compagnie d’autres enfants.

D’autres enfants qui ont un point commun avec lui : ils ont un pouvoir, léger, presque ridicule, mais un pouvoir, soit de déplacer un objet (en général pas plus gros qu’un plat à pizza vide), soit de lire, vaguement dans les pensées de leurs voisins, les pensées superficielles.

Ici on les torture pour augmenter ces pouvoirs, puis s’en servir. Les tortionnaires ont juste oublié de prendre un compte un élément. En plus de pouvoir déplacer les petites cuillères, Luke est vraiment très intelligent …

C’est une tarte à la crème que de dire que Stephen King est un conteur hors pair, inégalable quand il met en scène des enfants et des adolescents, qui maîtrise parfaitement les changements de rythme pour amener une situation à son paroxysme. Pour ceux qui en douterait, il le prouve une fois de plus. Il se permet le luxe de mettre tranquillement son histoire en place, de poser les personnages (ce qui ne veut pas dire qu’il nous épargne les scènes rudes), pour accélérer brutalement quand l’action se précise, et mener le final tambour battant, passant d’un lieu à l’autre, d’un groupe à l’autre de façon de plus en plus rapide, obligeant le lecteur hypnotisé à ne plus lâcher le bouquin.

Comme tous les personnages sont superbes, du plus sympathique au plus pourri, que les méchants sont très réussis, que le rapport de force semble rendre toute survie des enfants impossible jusqu’à ce que … On est happé, sans s’en rendre compte, et on lit, comme un môme.

Sans concession (attention, tout ne finit pas bien), sans mièvrerie, avec beaucoup de tendresse et d’humanité, une fois de plus le maître va vous mener par le bout du nez pour notre plus grand plaisir. Adaptation à venir ?

Stephen King / L’institut, (The institute, 2019), Albin Michel (2020) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.