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Autopsie pastorale

J’ai voulu tester un nouvel auteur, un nom scandinave mais il écrit en français. Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson. Je ne suis que moyennement convaincu.

Lillemor Bengtsdotter, est retrouvée morte dans le presbytère de Sigtuna, petite ville chargée d’histoire au nord de Stockholm. Elle est selon toute apparence tombée chez elle, sans doute un malaise cardiaque, et le choc de la chute l’a achevée. Comme l’étudiant en médecine qui vient constater le décès a un doute, une autopsie est réalisée par un interne français, Pierre Desprez, sous la supervision de son mentor, le médecin légiste Antal Bo.

De petit détail en petit détail, de complication en complication, ils vont mener une enquête qui de médicale va devenir géologique et historique, jusqu’à, enfin, arriver à la vérité.

Tout commence bien. Le ton est légèrement humoristique, les personnages bien campés, les différences culturelles entre la Suède et la France décrites avec une jolie ironie, et on suit avec intérêt le travail de l’équipe de légistes. L’auteur rend parfaitement la méthode scientifique, les questions, la façon de confirmer ou d’infirmer une hypothèse, la succession d’expériences et d’enquêtes.

Le problème c’est qu’à partir d’un moment et sur plus de 300 pages ça devient répétitif. Des pages et des pages sur les différentes formes que peut prendre l’arsenic, comment selon ces formes on sait comment il a été ingéré, et les arguments des uns et des autres en faveur de telle ou telle hypothèse, j’ai fini par me lasser, j’ai commencé à sauter des paragraphes, et j’ai filé vers la conclusion, qui de plus m’a paru assez peu crédible.

Cela vous plaira peut-être si vous êtes amateur de procédural pur et dur, si vous aimez les récits très précis, instructifs et consciencieux et que vous voulez tout savoir sur le travail de la médecine légale en Suède. Sinon vous risquez de vous fatiguer après la première moitié et de trouver la fin bien longue.

Frasse Mikardsson / Autopsie pastorale, l’aube noire (2021).

1793, un excellent polar historique

Sonatine a visiblement décidé de mettre le paquet, j’ai même entendu une pub sur France Inter ! Voici donc le premier roman d’un jeune suédois au nom imprononçable Niklas Natt och Dag : 1793.

Dag1793, le roi Gustav III de Suède, qui a laissé un très mauvais souvenir est mort assassiné, le prince est jeune, et la paranoïa est de mise autour de lui. A Stockholm les pauvres, les mutilés de la guerre de Gustav contre la Russie, les femmes sans ressources, les jeunes qui arrivent en quête d’aventure et de fortune surnagent comme ils peuvent dans le froid, la crasse, et face à l’arbitraire d’une police totalement corrompue.

C’est dans ce décor que Jean Michael Cardell, colosse amputé d’un bras, survivant des batailles navales de Gustav survit, de cuite en cuite, jusqu’au jour où il repêche un corps démembré. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un des rares incorruptibles parmi les policiers, qui se meurt de tuberculose. Avec l’aide de Cardell, ils vont tenter de rendre justice à cet anonyme, et remuer la pourriture jusque très haut dans une société suédoise en pleine décadence qui tremble de voir arriver jusqu’à elle les soubresauts de la révolution française.

Avant de faire quelques mises au point, très subjectives, oui, 1793 est un excellent roman noir. C’est dit.

Ensuite, les références de la quatrième de couverture, au Parfum ou à Ellroy … C’est pour moi beaucoup plus puissant que Le parfum que j’avais trouvé original mais gentil, et on ne trouve pas le souffle d’Ellroy. Dernière référence qui m’était venue à l’esprit en lisant le résumé, forcément, La religion du maître Tim Willocks. Là aussi, de mon point de vue, on en est assez loin. Loin de la puissance d’évocation, loin de la tornade, loin de cette façon terriblement charnelle de décrire la violence qui vous prend aux tripes. Je ne me suis pas fait emporter par ce roman comme par le maelstrom Willocks.

Ces mises au point faites, on peut être moins fantastique que La religion et quand même être un excellent roman.

Finalement, le côté thriller et enquête, plutôt réussi dans sa construction et qui recèle quelques surprises n’est pas ce qui distingue 1793 du tout venant. C’est son côté historique, et le parti pris de l’auteur de décrire la Suède de cette époque non du point de vue des puissants et des intrigues de cour, mais de celui d’un peuple qui souffre.

On se gèle, on patauge dans la boue, ça pue, c’est horriblement malsain, on y tombe malade. Les femmes sont atrocement maltraitées, par tous, pasteurs, flics corrompus, matons dégueulasses, aucune pitié pour les faibles. C’est la jungle dans le froid et la nuit. Le peuple a été envoyé à la boucherie pour les guerres d’un roi devenu de plus en plus fou, on le laisse ensuite crever à petit feu.

C’est là tout l’intérêt du roman, poisseux, violent, crade et pourtant humain. On est dans Dickens ou Zola, on découvre un lieu et une époque peu communs ici, et on a l’enquête en plus. Une vraie découverte.

Niklas Natt och Dag / 1793 (1793, 2017), Sonatine (2019), traduit du suédois par Rémi Cassaigne.