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La fabrique de la terreur

Fin de la superbe trilogie de Frédéric Paulin avec La fabrique de la terreur.

Paulin17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immole par le feu. C’est le début de la révolution tunisienne et des printemps arabes. 13 novembre 2015, attentat au Stade de France, au Bataclan et massacres dans les rues de Paris. Entre les deux, l’affaire Merah et l’attaque de Charlie Hebdo, entre autres. Entre les deux, La fabrique de la terreur.

On suit des personnages que l’on connaît bien. Réif Arno, devenu prof à Lunel, Tedj Banlazar, à la retraite dans la nature, sa fille Vanessa, journaliste indépendante qui s’intéresse aux mouvements islamistes, Ludivine Fell aussi peu écoutée de ses supérieurs que Tedj en son temps, et qui, depuis son poste à la sécurité intérieure vivre cette période comme autant d’échecs personnels.

Et puis Simon, Karim, Wassim, Maram … De Lunel, de Tunis, de Bruxelles qui, pour une raison ou un autre vont sombrer dans le fanatisme. Sans compter quelques barbouzes qui font le sale boulot sur le terrain et ont l’impression que cela ne sert à rien. Et d’autres, pris dans l’engrenage.

Voilà, c’est fini, du moins pour l’œuvre littéraire, la réalité malheureusement continue à donner raison à Ludivine, Tedj et les autres. Une conclusion particulièrement oppressante et angoissante tant elle nous replonge droit dans les journées d’horreur que nous avons tous en tête. On suit les enquêtes des personnages, et on sait bien évidemment qu’ils ne vont rien empêcher.

La force du roman est d’offrir différents angles de vue, de tenter de montrer, sans excuser ou expliquer, juste décrire différents parcours différents lieux. C’est implacable, on en prend plein la figure, on revit ces moments. Une fin de trilogie plus détachée des personnages, vue de plus haut. Un dernier roman qui plonge le lecteur dans ce tourbillon en donnant à penser, en donnant aussi à voir comment toute cette période a été perçue ailleurs qu’en France, ailleurs que dans notre entourage proche.

Je ne dirais pas que c’est une lecture aimable ou plaisante. Mais c’est certainement une lecture qu’on n’oublie pas.

Frédéric Paulin / La fabrique de la terreur, Agullo (2020).