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La fin d’une œuvre exceptionnelle.

Et voilà. Je ne voulais pas le lire, je retardais le moment. Mais il faut bien conclure l’histoire. La couronne du berger est bien le dernier tome du Disque-Monde. Reste plus qu’à tout relire. Ciao Sir Terry Pratchett.

PratchettCa frémit dans le Causse. Tiphaine Patraque et les Nac mac feegle le sentent dans leurs os. Tiphaine avec appréhension, les affreux avec impatience. Il semblerait que les elfes, ces saloperies malfaisantes à qui Tiphaine avait mis une raclée se préparent de nouveau à venir dévaster le monde.

Mais ils ne savent pas que le monde change, que le chemin de fer est arrivé, que les gnomes ne sont plus des parias absolu, et que les hommes sont peut-être moins sensibles à leur magie. Ceci dit une invasion d’elfes et de fées n’est pas une chose à prendre à la légère. D’autant plus que chez les sorcières aussi il y a du changement …

C’est donc bien le dernier Pratchett, le testament, la fin d’un Disque-Monde qui change inexorablement. L’auteur fait ce qu’il veut. Mais ce chapitre 2, merde, c’est pas cool comme diraient mes ados. C’est pas gentil, ça double le bourdon, ça ravive la peine ressentie à l’annonce de la mort du grand Terry.

Un épisode crépusculaire, avec quand même son lot d’inventions, de sourires, de personnages que l’on aime d’autant plus qu’on ne les reverra plus. C’est l’adieu du maître à ce monde auquel il a donné vie et qui a donné tant de bonheur à ses lecteurs.

Notre monde va être un poil plus gris, un poil plus triste maintenant qu’on sait qu’on n’aura pas, année après année, quelques centaines de pages synonymes de quelques heures de bonheur et d’intelligence. On doit tous mourir. Egoïstement, j’aurais préféré que Terry Pratchett, Tiphaine, Mémé, Nounou, Rincevent, Vimaire, Vétérini, Côlon et Chicard, Détritus, Hilare Petitcul … vivent un peu plus longtemps que moi, disons encore une petite cinquantaine d’années.

Et je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir une pensée pour Patrick Couton qui traduit le Disque depuis le début. Lui aussi a dû avoir un pincement au cœur.

Heureusement, pour chasser la grisaille, je peux recommencer, depuis le début, avec La huitième couleur, et les retrouver tous.

Terry Pratchett / La couronne du berger (The shepherd’s crown, 2015), L’Atalante/La dentelle du cygne (2016), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Terry Pratchett, extraits.

Pour ceux qui découvrent ce blog depuis peu et auraient envie de comprendre pourquoi je voue une telle admiration à Terry Pratchett (et je ne suis pas le seul), un petit exercice de fainéant : Quelques extraits que j’ai relevé dans mes chroniques passées :

Dans Nation, qui est un roman à part, hors du Disque-Monde :

« On pourrait croire que ce roman a pour cadre l’océan Pacifique. Rien ne serait plus éloigné de la vérité ! Il se situe pour tout dire dans un univers parallèle, un phénomène connu seulement des physiciens de pointe et de quiconque a déjà visionné n’importe quel épisode de n’importe quelle série n’importe où. »

« La petite vieille lui lança un sourire si large que ses oreilles faillirent tomber dedans. »

Je m’habillerai de nuit, volume d’une série aux marges du DM

« La cuisinière m’a dit que vous êtes très croyante, toujours à genoux, et je n’ai rien contre ça, rien du tout, mais il ne vous est jamais venu à l’idée d’en profiter pour prendre une serpillère et un seau avec vous ? »

Dans Allez les mages :

« Techniquement, la cité d’Ankh-Morpok est une tyrannie, ce qui n’est pas forcément l’équivalent d’une monarchie, et, pour tout dire, le seigneur Vétérini a même largement redéfini la fonction de tyran dont il est titulaire comme étant la seule forme de démocratie qui marche. […]

Au grand dam d’un certain nombre de citoyens qui ne trouvent pas ça normal et qui préfèreraient une monarchie, ce qui conduirait à remplacer un homme qui a atteint sa position grâce à la ruse, une profonde compréhension des réalités de la psyché humaine, une diplomatie stupéfiante, une certaine habileté dans le maniement du stylet et, de l’avis de tous, un esprit comme une scie circulaire finement équilibrée, par un quidam qui s’est contenté de naître. […]

Une troisième solution proposant que la cité soit gouvernée par une sélection de membres respectables de la communauté, qui promettraient de ne pas se donner de grands airs ni de trahir la confiance de leurs administrés à la première occasion, fit aussitôt l’objet de blague de music-hall dans toute la ville. »

A propos d’une fille pas complètement éveillée :

« La dernière chose qu’elle voulait, c’était que son amie se mette des idées en tête. Elles y trouveraient beaucoup d’espace où rebondir et causer des dégâts. »

Et d’une brute :

« il se sentait complètement désemparé devant ce qu’il ne pouvait pas brutaliser, ni frapper du poing ou du pied. Ses mains au bout de ses bras ballants se serraient et se desserraient comme si elles voulaient réfléchir à sa place. »

Dans Monnayé :

« C’était effectivement ce qu’on appelait une « vieille fortune », donc une fortune acquise si loin dans le passé que les forfaits qui avaient au départ rempli les coffres étaient désormais historiquement hors sujet ».

Dans L’hiverrier

« D’après elle, on peut compter sur leur sagesse paysanne.

– Ben, c’est madame Obol, la vieille dame qui est passée, et tout ce qu’elle a c’est une ignorance paysanne. […]. Ecoute, ce n’est pas parce qu’une femme n’a pas de dents qu’elle a du bon sens. Ca veut peut-être simplement dire qu’elle est bête depuis très longtemps ».

Enfin, dans Un chapeau dans le ciel, à propos de l’inoubliable Mémé Ciredutemps, sorcière au caractère … avec du caractère.

« – D’après maîtresse Ciredutemps, tu dois apprendre que la sorcellerie consiste surtout à faire des choses ordinaires.

Et vous êtes obligée de suivre ce qu’elle dit ? demanda Tiphaine.

J’écoute ses conseils, répondit mademoiselle Niveau avec froideur.

– Maîtresse Ciredutemps est la sorcière en chef alors, c’est ça ?

– Oh non ! se récria mademoiselle Niveau d’un air scandalisé. Toutes les sorcières sont sur un pied d’égalité. On n’a rien qui ressemble à des sorcières en chef. C’est tout à fait contraire à l’esprit de la sorcellerie.

– Oh, je vois, fit Tiphaine.

– Et puis, ajouta mademoiselle Niveau, maîtresse Ciredutemps ne permettrait pas une chose pareille. »

Voilà, c’est tout ça, et bien plus encore qu’on n’aura plus … ou plutôt, on n’en aura pas de nouveaux (sauf sans doute ceux qui ne sont pas encore traduits, s’il en reste).

J’en profite pour tirer mon chapeau à Patrick Couton, traducteur exceptionnel de tous les Pratchett.

MORT EST VENU CHERCHER TERRY PRATCHETT !

Ca suffit maintenant ! Ce mois de mars est décidément funeste. Après Francisco Gonzalez Ledesma c’est le génial Terry Pratchett qui nous quitte.

Si vous suivez ce blog, vous savez forcément que je lui voue une admiration sans borne, et surtout que je lui suis infiniment reconnaissant. C’est qu’ils sont rares les écrivains à m’avoir tant fait rire, et aussi intelligemment.

Terry Pratchett c’est bien entendu la génialissime série des Annales du Disque Monde. La série de fantazy la plus inventive, la plus déjantée et pourtant la plus proche de notre monde qui soit. Car si chez Pratchett la monde vogue dans l’espace sur le dos d’une tortue géante, si on y trouve des mages, des sorcières, des vampires, des zombies, des nains, des trolls … On y trouve surtout un humour dévastateur et le miroir à peine déformé de notre triste monde.

Et tout est passé à la moulinette : Le foot (Allez les mages), le cinéma (les zinzins d’Olive-Oued), la révolution chinoise (Les tribulations d’un mage en Aurient), le conflit israélo-palestinien (Jeu de nains), les privatisations à outrance (Timbré), les contes de fées (mécomptes de fées), Shakespeare, les histoires de flics à la McBain, la guerre, les injustices, la révolution, la presse … Tout je vous dit.

Et quels personnages ! Ils ne me quitteront jamais. MORT qui se révèle très sérieux et aimerait être jovial (j’espère n’avoir besoin de rappeler à personne que MORT QUI PARLE TOUJOURS COMME CA EST UN MONSIEUR, PAS UNE DAME), le mage Rincevent et son coffre à pattes, Mémé Ciredutemps la meilleure sorcière du monde (mais pas la plus aimable) et sa copine Nounou Ogg, le Seigneur Vétérini, despote éclairé , mais surtout despote de la Ville d’Ankh-Morpok, Samuel Vimaire, le Steve Carella de la ville, l’ourang-outang bibliothécaire de l’Université de L’invisible, Colon et Chique les deux flics les plus minables du Guet, leurs collègues nains (ou naines), louve, troll, Moite von Lipwig, l’escroc devenu par la force des choses le plus ardent défenseur du service public, Cohen le barbare … Sans compter le vendeur de pâtés infâmes, l’avocat zombi …

Il y en a tant, ils sont tous inoubliables, j’avais un tel plaisir à les retrouver, tous autant qu’ils sont, ils m’ont tant fait rire, parfois aux éclats, ils m’ont ému, ils m’ont presque fait pleurer, ils m’ont enthousiasmé … Ils m’ont fait réfléchir.

Terry Pratchett avait un don pour jouer avec un lecteur qu’il savait connaisseur de son œuvre. Il jouait avec son intelligence, ses souvenirs, le traitait en ami à qui on n’a plus besoin de tout expliquer et avec qui on se comprend à demi-mot. C’est extraordinaire à lire, ça rend heureux et fier de partager quelque chose avec quelqu’un qu’on n’a jamais vu mais avec qui on se comprend si bien.

Même si je ne l’ai jamais rencontré, j’ai l’impression de perdre un copain.

Et je ne voudrais pas conclure sans citer un autre de ses chef-d’œuvre, écrit à quatre mains avec Neil Gaiman, cela s’appelle De bons présages, si vous ne le connaissez pas, précipitez-vous, c’est hilarant et terriblement juste.

C’est fini, Comme le grand Terry ne pouvais pas rater sa sortie, il avait préparé un message envoyé par son copain MORT (vous le trouverez en cherchant sur gougueule). On pourra se consoler en relisant la quarantaine de bouquins qui se passent sur le Disque-Monde.

Le dernier Pratchett

Déjà la 35° volume des Annales du Disque Monde. Et cela sans compter la série parallèle consacrée à Tiphaine Patraque. Le nouveau roman de l’immense Terry Pratchett s’appelle Déraillé.

Pratchett-derailleRichard Simnel est inventeur et surtout ingénieur. Il a inventé Poutrelle-de-Fer, une machine à vapeur capable de se déplacer sur des rails. Et il est tombé sur Henri Roi, devenu richissime en débarrassant Ankh-Morpok de sa merde (littéralement) et capable de reconnaître une bonne idée. Moite von Lipwip, ex escroc brillantissime (pas toujours ex d’ailleurs) et devenu directeur de banque et chef des postes sur ordre de Vétérini (et on s’oppose rarement aux ordres de Vétérini si on veut garder sa tête) va lui aussi, toujours sur ordre, s’intéresser à ce que l’on peut faire avec cette machine.

Ailleurs, au plus profond des mines, certains nains très traditionalistes ne voient pas d’un bon œil les changements dans la société naine, les jeunes qui quittent la mine, ceux qui deviennent copains avec les trolls ou les humains … Ils ne vont, c’est certain, pas aimer cette nouvelle machine qui permet d’aller ailleurs plus facilement. Alors, en douce, dans le noir, ils préparent le retour de la grande tradition pour les nains, le chaos pour les autres.

Certes ce n’est pas le meilleur des épisodes des Annales. Mais ça reste un plaisir. Terry Pratchett, une fois de plus excelle dans cet exercice compliqué : démonter tous les mécanismes d’un événement historique ou récent qui se déroule ici, sur notre Terre, mettre toutes les petites roues, ressorts, vis et rondelles à plat sur la table, et tout remonter à sa façon pour en faire un machin complètement différent mais ressemblant et surtout qui marche !

Ici c’est l’arrivée de la vapeur et le début de l’ère industrielle, avec ce que cela comporte de fascination, de rejet, de changements, de rêves et de batailles. Et également le fondamentalisme religieux dans toutes ses dérives.

On se retrouve donc avec une loco un peu vivante, des nains des profondeurs qui tentent de s’opposer aux changements chez les nains, si besoin au moyen d’attentats, des petits malins qui voient un moyen de faire de l’argent avec tout ça, des moins malins qui sont contre parce que c’est nouveau et qu’ils ne comprennent pas et, comme Pratchett est un incurable optimiste, tout s’arrange à la fin.

Au cas où, et pour mettre les choses au clair sans ambiguïté, oui chez Pratchett les nains fondamentalistes sont de sales cons obtus, stupides, méchants et dangereux, mais non ce ne sont pas tous les nains, bien loin de là, et ce sont les nains eux-mêmes (la grande majorité qui veut changer tout en gardant ses spécificités), qui finissent par botter le cul des obtus.

Avec tout ça on a la plaisir de revoir Moite, Vimaire, Vétérini, quelques agents du Gué, le Petit Roi … et quelques autres. On sourit souvent (même si on rit moins que dans d’autres) et on attend le prochain.

Terry Pratchett / Déraillé (Raising steam, 2013), L’Atalante/La dentelle du cygne (2014), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

PS. Je ne suis JAMAIS objectif quand il s’agit de TP et de ses ADM.

Roublard

Vous avez sans doute remarqué que je suis un inconditionnel de Terry Pratchett. Si je ne vous ai pas convaincus de lire ses aventures du Disque-Monde, je peux peut-être essayer avec Roublard, dernier livre paru, qui ne fait pas partie de cette série mais nous plonge dans le Londres historique de Charles Dickens.

Pratchett RoublardNous sommes à Londres dans les années 50. 1850. Roublard est un jeune homme débrouillard, un ravageur, ces jeunes qui fouillent les égouts de la ville et y trouvent leur substance (pas sous forme organique ! Ils cherchent ce que les gens perdent, pièces, bagues …). A l’occasion, mais vraiment à l’occasion, il peut lui arriver d’intercepter un objet juste avant qu’il tombe dans les égouts, dans une poche ou une maison … Ce soir-là, sous une pluie battante, il tombe sur deux sinistres individus en train de tabasser une jeune fille. Il leur tombe si bien dessus qu’il les met en fuite, et est recueilli avec sa protégée par deux hommes, un journaliste du nom de Charlie Dickens et son ami Henry Mayhew. Il ne sait pas que vient de commencer une aventure qui l’élèvera jusqu’au sommet du Royaume.

Pas de suspense, c’est un grand Pratchett, même s’il n’y a ni mages, ni sorcières, ni coffre à pattes.

A force de lire cet auteur, je crois que j’ai fini par cerner ce que j’aime tant chez lui.

Il aime les gens, profondément, et il les décrit avec tendresse. Enfin, il ne les aime pas tous. Et son empathie n’exclue pas une terrible lucidité. Qui lui interdit de se faire trop d’illusions sur la nature humaine et de tomber dans l’angélisme. Ensuite il est très fort pour analyser une situation, la comprendre, et en faire ressortir les côté absurdes, drôles, piquants ou émouvants. Pour finir, il sait mettre tout ça en musique avec un humour irrésistible. En plus, c’est un grand conteur.

Vous me direz, comme j’ai bien dû lire une bonne quarantaine de ses romans, il était temps que je comprenne pourquoi je les aime … Voilà, c’est fait.

Ici tous les ingrédients sont rassemblés. Et ils éclairent le reste de son œuvre. Difficile par exemple de ne pas s’apercevoir que Ankh-Morpork doit beaucoup à cette Londres du XIX siècle. On y trouve un Robert Peel, créateur de la police anglaise, qui évoque fort Vimaire, la description de la foule grouillante, bagarrante, vociférante et crasseuse de l’une rappelle celle de l’autre, et roublard a quelques cousins humains, nains, gnomes et autres du côté du Disque-Monde.

Un plaisir supplémentaire ici est de croiser quelques figures connues : Charles Dickens bien entendu auquel le roman est un fort bel hommage, mais également le barbier Sweenny Todd, la reine Victoria, pas franchement joviale … On entend même parler plusieurs fois d’un juif prénommé Karl qui tient des discours étonnants sur le travail, la richesse …

Comme toujours, la ville est magnifiquement décrite, les personnages immédiatement attachants, Roublard a un tel charisme qu’on aimerait bien le retrouver un de ces jours, les femmes sont … étonnantes et détonantes, l’humour est là, bref du Pratchett pur jus.

Terry Pratchett / Roublard (Dodger, 2012), L’Atalante/La Dentelle du cygne (2013), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Terry Pratchett, Coup de tabac

C’est la tradition, tous les ans on découvre un nouveau Terry Pratchett. Une tradition absolument excellente. Le cru 2012 s’appelle Coup de tabac.

PratchettLe célèbre commissaire divisionnaire Vimaire du Guet d’Ankh-Morpork c’est fait complètement coincer. Tous ont complotés à sa perte, il est cuit. Vétérini, grand patron de la ville, ses agents, jusqu’à son épouse, dame Sybil … Tous. Et le voilà donc obligé de prendre … des vacances. Pire, des vacances à la campagne, un endroit sans rues, sans pickpockets, sans hurlements et bagarres, sans assassins patentés. Mais à la campagne il y a pire. Il y a du silence, et des yeux qui regardent, partout. Des yeux d’oiseaux, de vaches, de moutons, qui sait, de poissons ? Mais un flic est et reste un flic, partout. Et dès qu’il arrive dans le village du grand domaine de la famille de son épouse, dès qu’il met un pied au bar, dès qu’il rencontre les premiers notables … Vimaire sait que de sales, très sales coups ont été tramés ici. Le genre de vraie saloperie dont tout le monde est plus ou moins complice. Finalement, les vacances pourraient bien se révéler plus intéressantes que prévu.

Ce n’est peut-être pas le meilleur Pratchett, mais c’est un bon numéro des Annales du Disque monde. Ce qui veut dire qu’on est déjà très nettement au dessus de la moyenne ce qui peut se lire ailleurs, tous genres confondus. J’allais écrire qu’en plus on y retrouve Vimaire et ses agents du Guet, mais si je réfléchis bien j’aime toutes les « sous-séries », sorcières, mages, flics … Ils sont tous géniaux là-dedans.

Comme toujours, on rit et on sourit beaucoup. Comme toujours on est enchanté de retrouver de vieilles connaissances qui, bien que vivant dans un monde complètement loufoque en apparence, nous sont devenus aussi familiers que les personnages récurrents de Nesbo, Hurley ou Ledesma. Comme toujours, et bien qu’on en soit au 34° épisode de la série on se régale et on en redemande.

C’est qu’une fois de plus, en plus du style inimitable et de ses histoires bien léchées, Terry Pratchett met le doigt là où ça fait mal. Cette fois on s’éloigne de la ville pour pointer la rigidité, les pesanteurs, les inégalités, les silences pesants, les petites saloperies quotidiennes d’une campagne où l’ordre établi, le regard des autres et la mainmise de quelques familles sur le territoire semblent éternels.

Et là, au travers de Vimaire, l’auteur nous fait le plaisir de faire voler tout ça en éclat. Et c’est bon ! D’autant plus qu’à l’opposé d’auteurs qui parfois se complaisent dans le cynisme et la misanthropie, Terry Pratchett, de toute évidence, aime les gens. Malgré (ou à cause) de leurs faiblesses, de leurs défauts, de leurs lâchetés … Parce que chez lui ils sont aussi capable, parfois, d’un éclair d’humanité et de courage. Et ça aussi ça fait du bien.

Bref, vive Pratchett, vive le Guet, vive Vimaire !

Terry Pratchett / Coup de tabac (Snuff, 2011), L’atalante/La dentelle du cygne (2012), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Un Terry Pratchett atypique

Un scoop ici, je suis fan de Terry Pratchett ! Mais cette fois, c’est un roman un peu différent. Nation ne se situe pas dans l’univers des Annales du Disque Monde. Comme l’écrit l’auteur à la fin de l’ouvrage : « On pourrait croire que ce roman a pour cadre l’océan Pacifique. Rien ne serait plus éloigné de la vérité ! Il se situe pour tout dire dans un univers parallèle, un phénomène connu seulement des physiciens de pointe et de quiconque a déjà visionné n’importe quel épisode de n’importe quelle série n’importe où. »

Un autre océan Pacifique donc, aux alentours d’un autre XIX° siècle. Mau rentre de l’île aux Garçons, il a terminé ses rites de passage et toute la Nation l’attend sur leur île pour la fête qui va faire de lui un homme. Mais une barre noire avance vers sa pirogue … Une vague monstrueuse déferle l’emportant comme un fétu de paille. Quand il aborde enfin l’île il ne reste plus personne. Ils étaient tous sur la plage à attendre son retour quand la Vague les a frappés.

Il n’y a plus sur l’île que les animaux, et l’épave d’un voilier qui a traversé la moitié de la forêt. Sur ce voilier une seule survivante, une jeune fille, Daphné, qui partait retrouver son père gouverneur anglais quelque part dans le grand océan pélagique. Ce sont eux, qui ne parlent pas la même langue, n’ont pas la même culture, qui vont devoir accueillir les réfugiés, les protéger des pillards et des anglais et faire en sorte que la Nation ne disparaisse pas …

Voilà donc un Pratchett différent, situé hors de son univers délirant du Disque Monde. Différent certes, mais très proche. Car Daphné pourrait être la Tiphaine Patraque de ce monde ; et on y trouve une petite vieille à qui il faut mâcher la viande pas très différente des sorcières. Sans compter Mau, jeune homme qui se sent responsable de tous, fou de colère contre les Dieux et les ancêtres qu’on lui avaient appris à vénérer qui ont permis que tout son peuple soit décimé … Et surtout qui se sert de sa tête, de son intelligence pour aller au-delà de ce qu’on veut bien lui présenter comme évident et immuable.

Dans ce nouveau cadre, avec de nouveaux personnages, Pratchett écrit finalement encore et toujours la même histoire optimiste, car il est optimiste malgré les horreurs des mondes qu’il décrit. Et oui, chez Pratchett, l’intelligence, l’humanisme, la curiosité scientifique, l’envie de comprendre le monde et de changer les vieilles règles que tous semblent considérer comme allant de soi finissent toujours par gagner. Malgré les affreux, malgré les obscurantistes, malgré les avides … Comme il fait cela de façon très fine, sans jamais masquer les contradictions des uns et des autres, ni tomber dans le manichéisme idiot c’est un vrai régal.

Dont voici un exemple : « La petite vieille lui lança un sourire si large que ses oreilles faillirent tomber dedans. »

Si on y rajoute son humour, une vraie tendresse pour ses personnages et un sens de l’histoire jamais démenti, c’est plus qu’un régal, une livre, encore une fois indispensable, à lire par tous, petits et grands.

Jusqu’aux notes de l’auteur qui précisent quelques expériences scientifiques et techniques faites par les personnages, toujours avec l’humour pratchettien et qui, après avoir déconseillé à ses lecteurs un certains nombre d’expériences scientifiques … risquées (comme tirer des balles dans l’eau ou regarder le soleil avec un télescope) conclue par « Réflexion. Ce roman en contient un peu. Que vous vous y amusiez ou non chez vous, c’est à vous de voir ».

Terry Pratchett / Nation (Nation, 2008), L’atalante/La dentelle du cygne (2011), traduit de l’anglais par Patrick Couton.