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Célestin Louise, suite et fausse fin

Après une demi déception le mieux est de revenir à du sûr, du solide. En l’occurrence la conclusion d’une série qui, si elle ne changera pas la face de la littérature policière, s’est avérée tout au long de ses titres, solide et bien menée : les enquêtes de Célestin Louise, flic et poilu, créé par Thierry Bourcy. A moins qu’on ne le retrouve dans les Brigades du Tigre, Le gendarme scalpé devrait être sa dernière apparition.

Eté 1918, les américains sont arrivés. Les allemands résistent encore mais ont commencé à reculer. C’est alors qu’un gendarme est retrouvé abattu dans une église à l’arrière du front. Abattu et scalpé. Ce qui semble désigner le seul indien de la compagnie américaine du coin. Un soldat qui part seul chasser à la tombée du jour. Mais Célestin Louise, chargé de l’enquête par son commandement ne compte pas s’en tenir aux apparences et va déterrer un vieille affaire. Et montrer une fois de plus que, en temps de guerre comme en temps de paix, l’appât du gain reste un moteur essentiel des actions humaines.

Belle conclusion pour une série originale qui a permis à Thierry Bourcy et à son personnage de vivre la grande guerre (et de lui survivre) et d’en explorer toutes les facettes. Une conclusion qui fait la part belle, et c’est justice, à la nouveauté de cette fin de guerre : l’arrivée des troupes américaines.

Des troupes américaines décrites au travers du prisme du regard de deux petits français totalement ignorants de ce pays : attrait et fascination, mais également étonnement devant les relations entre blancs et noirs, exotisme de l’indien … Difficile aujourd’hui d’appréhender à quel point, en 1918, les USA étaient une terre totalement inconnue. Difficile mais palpable grâce au roman de Thierry Bourcy.

Une fois de plus l’auteur maîtrise son intrigue, l’ancre dans le moment et le lieu choisis, et conclut de belle manière une série fort recommandable.

Thierry Bourcy / Le gendarme scalpé, Folio/Policier (2010).

PS. Je viens d’apprendre que Thierry Bourcy est en train d’écrire une suite aux aventures de Célestin, retourné dans le civil et intégré aux Brigades du Tigre. Suite mais pas fin donc.

Célestin Louise en congé maladie.

Avec Le château d’Amberville Thierry Bourcy poursuit sa chronique policière de la guerre de 14. Après les tranchées, l’espionnage à Paris, il nous emmène cette fois au milieu des grands blessés.

1916, la guerre s’éternise. Avec ce qui reste de son régiment Célestin Louise, le flic parisien, est envoyé à Verdun. Dès le premier soir il est blessé et, après avoir été sauvé in extremis, est évacué au château d’Amberville, transformé par le comte en lieu de convalescence. Comme les autres blessés, Célestin tombe sous le charme de Laure d’Amberville, la fille du châtelain, jeune femme d’une beauté ensorcelante qui les soigne tous avec un dévouement admirable. Après quelques jours, un jeune caporal à qui on vient d’annoncer qu’il va retourner au front est trouvé mort dans l’étang du parc. Le juge qui ne veut aucun problème avec la famille d’Amberville a très envie de conclure au suicide. Quand un second soldat est retrouvé égorgé dans son lit, il doit se rendre à l’évidence, il y a un meurtrier au château. Célestin va rapidement prendre l’enquête en main, mais sans pouvoir empêcher de nouveaux meurtres …

Après le front en 14 et Paris en 15, Thierry Bourcy nous entraîne à la suite des blessés graves en cette année 1916. On retrouve Célestin, toujours aussi attachant, et surtout cette fresque historique qui, au travers de romans policiers, nous fait vivre l’horreur de cette guerre. L’horreur et l’injustice, avec la morgue des officiers, la brutalités de soldats que les tranchées ont parfois totalement déshumanisés, et l’inertie d’une vie de province où, en termes de hiérarchie sociale, rien ne semble avoir évolué depuis des siècles. Célestin ne se heurte pas seulement à l’habileté du meurtrier, mais également au poids de notables de petite ville qui, quoi qu’il arrive, se serrent toujours les coudes face à quelqu’un qui vient d’ailleurs, et qui, de plus, fait partie du « peuple » …

Alors certes, le lecteur de polar devine assez vite qui est le coupable, et les rebondissements de l’intrigue ne le surprennent pas outre mesure, mais cela n’enlève rien à la qualité du tableau, qui vient compléter cette saga de la grande guerre.

Thierry Bourcy / Le château d’Amberville, Folio/Policier (2009).

Thierry Bourcy, 1915.

J’avais aimé la côte 512 de Thierry Bourcy puis, noyé sous l’avalanche des sorties, laissé passer les suivants. La rencontre avec ce très sympathique auteur lors du premier salon TPS m’a donné envie de me replonger dans la série. Voici donc l’arme secrète de Louis Renault.

Noël 1915. Célestin Louise ne s’attend absolument pas à bénéficier d’une permission. Il reçoit pourtant bien une lettre de son ancien patron à la tête de la police parisienne qui le rappelle pour dix jours loin du front. Sa précédente enquête l’a fait remarquer de l’état-major qui le réclame pour une affaire très embarrassante : Les plans d’un nouveau char ont été volés dans le coffre-fort de l’appartement de Louis Renault. Et bien entendu, les seules personnes à en avoir le code sont absolument insoupçonnables. Célestin revient donc à Paris et découvre le fossé qui existe, après plus d’un an de guerre, entre la vie frivole de la capitale et l’enfer vécu par les poilus. Un fossé qui ne pourra aller qu’en grandissant.

Si l’écriture de Thierry Bourcy, parfois un poil trop sage, ne révolutionnera pas le genre, ce deuxième volume confirme tout de même l’intérêt de cette très bonne série.

Pour commencer l’idée d’écrire un polar par année de guerre, et de montrer ainsi l’évolution de l’état physique et mental des soldats et des gens de l’arrière est excellente. Ensuite, son personnage de Célestin Louise existe vraiment et certains personnages secondaires commencent à prendre de l’épaisseur. Pour finir sur la forme, l’intrigue est bien menée.

Quant au contexte historique, comme dans le premier volume il est très bien rendu. Après les tranchées, Thierry Bourcy s’attache à décrire l’incompréhension totale entre ceux qui vivent l’enfer des tranchées, et ceux qui sont restés en arrière. Même ceux (et plus généralement celles) qui souffrent de la perte d’un frère, mari ou fils ne peuvent comprendre ce que vivent les poilus. Et le fossé est encore plus grand avec ceux qui continuent à profiter de la vie, voire dans certain cas, à exploiter la guerre.

En bref une très belle chronique, que je vais poursuivre sans trop attendre.

Thierry Bourcy / L’arme secrète de Louis Renault, Folio/Policier (2008).

Thierry Bourcy prend la cote 512

Thierry Bourcy a de multiples talents, dont celui d’écrivain. Il publie aux éditions Nouveau Monde une série de romans policiers se déroulant durant la guerre de 14-18. Folio policier a entamé la réédition en poche de ces polars avec le premier titre, La cote 512.

Célestin Louise est flic à Paris. Jusqu’au jour où la guerre est déclarée entre la France et l’Allemagne. Il part alors, avec des centaines de milliers d’appelés pour le front. Il est juste moins optimiste que certains, et ne pense pas arriver à Berlin en quelques jours. Les premiers jours dans les tranchées lui donnent raison. Ils viennent tous de mettre les pieds en enfer. Un enfer où il ne perd pas son instinct de policier. Quand son lieutenant est tué d’une balle dans le dos lors de leur première offensive, Célestin qui l’a vu tomber sous ses yeux est persuadé qu’il a été tué par un français. Au nom d’une amitié naissante, et d’un sens de la justice pourtant bien mis à mal par la boucherie environnante, il décide d’enquêter.

La trame policière est ici un prétexte qui fournit son squelette au récit. Elle donne également au personnage l’occasion de quitter les tranchées pour enquêter, ce qui permet à l’auteur de mettre en évidence à quel point l’expérience de cette guerre (comme de toutes les autres), est incommunicable. C’est pourtant bien à cette tâche qu’il s’attelle, comme quelques autres avant lui. Il le fait très bien, rend palpable l’horreur, la peur, le découragement, le froid, la pluie, mais également la camaraderie, la distance entre les classes sociales, le poids de la propagande, la bêtise lointaine du commandement.

Un beau roman sur le début de la guerre de 14, accessoirement un polar plutôt réussi, et un personnage que l’on va avoir du plaisir à retrouver.

Pour en savoir davantage sur Thierry Bourcy et Célestin Louise, vous pouvez aller lire une interview de l’auteur publié sur le site Moisson noire.

Thierry Bourcy / La cote 512 (folio policier, 2008)