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Thomas H. Cook en Afrique

Après avoir longuement écrit sur les petites villes du sud des US, Thomas H. Cook voyage. C’est de nouveau le cas pour son dernier roman : Danser dans la poussière.

CookDans les années 90, Ray Campbell, jeune homme idéaliste, part un an au Lubanda (pays imaginaire mais malheureusement réaliste) d’Afrique. Plein de bonne volonté, il veut aider les habitants, alors qu’un nouveau président semble donner une direction humaniste à son pays.

Ray tombe désespérément amoureux de Martine Aubert, jeune fermière de lointaine origine belge mais lubandaise et profondément attachée à sa terre. Tout se passe en harmonie jusqu’à ce que la pression des rebelles du fou furieux Mafumi devienne trop forte, et que Martine Aubert, tout d’un coup, devienne le symbole de l’étrangère.

Vingt ans plus tard, Ray Campbell vit à New York mais n’a jamais pu oublier les événements dramatiques de cette année au Lubanda. L’assassinat de son ancien aide et interprète Seso à New York va l’obliger à revenir sur le passé, et même à retourner dans au Lubanda où Mafumi a été renversé, pour rencontrer le nouveau président. L’occasion de faire, enfin, toute la lumière sur ce qu’il s’est passé vingt ans plus tôt.

Vous aimez Thomas H. Cook ? Vous aimez son humanité, la tendresse et la lucidité de son regard sur ses personnages ? Vous aimez sa façon de nous mener en bateau, de faire monter le mystère, et de retourner son lecteur comme une crêpe à la fin ? Vous aimez l’intelligence de sa description des rapports humains ?

Alors pas de doute, ce nouveau roman est pour vous. Et si vous ne connaissez pas cet auteur (ce qui serait très surprenant si vous trainez par ici depuis quelque temps), précipitez-vous sur Danser dans la poussière, ou sur n’importe quel autre livre de l’auteur.

L’originalité ici vient de la réflexion sur l’aide bienveillante, mais pas forcément bienvenue de toutes les ONG qui viennent « sauver » l’Afrique. Une réflexion qui, comme toujours chez cet auteur brillant, pose plus de questions qu’elle n’amène de réponses, qui oblige le lecteur à poursuivre tout seul, une fois le livre refermé.

Ne croyez pas pour autant que les lubandais soient présentés comme de simples victimes de l’aveuglement de naïfs humanitaires. Non chez Thomas Cook tout est plus complexe, chacun a sa part de bêtise, de cupidité, d’aveuglement et de grandeur.

Et une fois de plus, l’auteur crée un personnage de femme fascinante, Martine Aubert, dont Ray tombe amoureux, et que le lecteur ne peut s’empêcher d’admirer.

J’ai juste un petit, tout petit reproche à faire à ce roman. J’ai lu beaucoup de Thomas H. Cook, et il utilise toujours le même procédé narratif, fait d’allusions et d’aller-retour entre présent et passé. Un procédé qui m’a longtemps surpris mais auquel cette fois j’étais préparé.

Ce qui ne m’empêche pas d’attendre le prochain avec impatience.

Thomas H. Cook / Danser dans la poussière (A dancer in the dust, 2014), Seuil/Cadre noir (2017), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

Le Thomas Cook de la rentrée

Cela devient une excellente habitude. Tous les ans, le Seuil nous livre un nouveau bijou de finesse et de sensibilité du grand Thomas H. Cook. Cette année c’est Sur les hauteurs du mont Crève-cœur (qui a vingt ans mais n’a pas pris une ride).

CookChoctaw, Alabama, début des années 90. Ben est médecin, un des médecins les plus reconnu et aimé de la ville. Il mène une vie tranquille, avec sa famille et auprès d’amis qu’il connaît depuis le lycée.

Malgré cette apparente tranquillité que rien ne semble pouvoir troubler, Ben et Luke, son meilleur ami, restent marqués par la fin de Kelli, morte sur les hauteurs du mont Crève-Cœur en mai 1962. Kelli lumineuse, incandescente, dont Ben était désespérément amoureux au lycée. Kelli qui défendait les droits des noirs en ces périodes de luttes pour les droits civiques.

Un homme avait été condamné, mais ni Ben ni Luke n’avaient été totalement convaincus de sa culpabilité. Et trente ans plus tard, le hasard pourrait bien faire resurgir la vérité, dans une communauté qui cache plus de secrets qu’il n’y paraît.

Plus caractéristique du style, des thématiques, de l’humanité et du talent de Thomas Cook … On peut pas.

On retrouve pour commencer son immense talent narratif. Là où certains écrivains s’essaient (avec ou sans succès) aux flash-back mêlant deux époques plus ou moins séparées dans le temps, lui tisse une toile subtile qui couvre les trente années entières, et passe son temps à aller et venir sur (ou dans) cette toile, la parsemant d’indices, de petits faits et gestes, de paroles angoissantes, de mystères … Qui excitent la curiosité du lecteur et trouveront leur explication à la toute fin. Une explication qui n’a rien de forcé, qui convainc totalement, et qu’on n’a pourtant absolument pas vu venir. Du grand art.

On retrouve également sa capacité à raconter des vies ordinaires pour créer des personnages inoubliables. Avec tendresse, avec une immense compréhension de la nature humaine, de ses faiblesses, ses tentations mais aussi son courage. On vibre, on pleure, ou sourit, on espère, on rage … on vit avec tous ces personnages.

Et pour finir, on retrouve cette façon qui lui est propre de dire l’Histoire, de raconter les secrets d’une petite communauté, le poids du passé, de l’éducation, du remord, sans jamais prêcher, sans jamais juger, juste en racontant merveilleusement une histoire.

Du grand Thomas H. Cook, encore et toujours.

Thomas H. Cook / Sur les hauteurs du mont Crève-cœur (Breakheart hill, 1995), Seuil/Policiers (2016), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

  1. Je vous aime, je ne vous abandonne pas, mais là je viens d’attaquer le monstre de la rentrée. Donc selon mon rythme de lecture il pourrait ne pas y avoir de nouvelles pendant quelques jours !

Un Thomas Cook en retard.

Encore un auteur que j’aime beaucoup et dont j’avais laissé passer un roman : Les liens de sang de Thomas H. Cook.

CookDavid et Diana vivent dans une petite ville américaine. Après une enfance et une adolescence difficiles, élevés par un père schizophrène paranoïaque ils semblent avoir réussit à construire une vie normale. David est un avocat sans ambition, marié et père d’une fille de 17 ans. Diana, d’une intelligence brillante, se consacre à l’éducation de son fils Jason handicapé, et s’éloigne peu à peu de son mari Mark, un généticien ambitieux.

La mort de Jason, qui se noie alors qu’il était sous la surveillance de son père fait voler en éclats le fragile équilibre. Diana utilise alors toutes ses ressources pour prouver que Mark est responsable de la mort de son fils, et David qui tente désespérément de maintenir une apparence de banalité se retrouve pris dans un tourbillon de folie.

Du pur Thomas Cook, d’une finesse, d’une subtilité dans la construction et l’écriture qui laissent admiratifs. Aucun effet, aucun forçage, on a l’impression qu’il ne nous raconte que de petits détails de la vie quotidienne et pourtant le suspense et l’angoisse sourde montent du début à la fin du roman, jusqu’à la dernière phrase qui laisse le lecteur pantois.

La montée de l’intrigue, avec ses alternances entre l’interrogatoire de David et les retours sur le passé, récent ou plus ancien, est magistrale et pourtant sans scène de bravoure ni détail sanglant. On est happé par la folie supposée, on doute de tout jusqu’à la fin, qui laisse plus de questions ouvertes qu’elle ne donne de réponses.

Impressionnant d’humanité, de tendresse et en même temps de lucidité, bouleversant quand il décrit la panique face à une folie redoutée, d’une justesse terrible dans la description des relations humaines, au sein d’une famille, entre frères ou dans le monde professionnel, décidément Thomas H. Cook est le maître des romans noirs familiaux et des secrets enfouis.

Thomas H. Cook / Les liens de sang (The cloud of unknowing, 2007), Folio / Policier (2011), traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude.

Thomas H. Cook autour du monde

Un nouveau roman de Thomas H. Cook, c’est toujours une bonne nouvelle. Avec Le crime de Julian Wells, l’auteur change (un peu) de registre.

CookUn soir Julian Wells, écrivain d’une cinquantaine d’années, monte dans sa barque, rame jusqu’au milieu de l’étang de sa propriété et s’y ouvre les veines. Sa sœur Loretta et son ami le critique littéraire Philip Anders, commencent alors à s’interroger sur les raisons d’un tel acte. Julian Wells avait écrit sur les pires atrocités commises dans le monde et côtoyé, littérairement, les pires monstres, en se mettant toujours du côté des victimes.

Mais, visiblement, juste avant son suicide il s’intéressait à l’Argentine, où il avait voyagé avec Philip, au temps de la sale guerre. Ils étaient revenus très marqués par la disparition soudaine de leur guide, Marisol. Une disparition dont Julian, de façon inexplicable, pourrait se sentir coupable des dizaines d’années plus tard ? La recherche de la vérité va faire sortir Philip de son bureau, sur les traces des enquêtes de son ami.

Le crime de Julian Wells est un roman à la fois typique de Thomas H. Cook et différent de ceux que l’on a pu lire ces dernières années.

Typique parce que l’on retrouve des thématiques très présentes dans ses polars : les relations père-fils, les secrets inavouables, les non-dits. Typique parce qu’on retrouve la finesse de son écriture, sans grands effets apparents mais si juste pour décrire la tristesse, le sentiment d’oppression, le doute. Typique aussi par la tendresse tout en retenue pour ses personnages et la délicatesse avec laquelle il explore leurs traumatismes.

Mais différent parce qu’il sort des huis-clos de ses derniers romans, voyage dans le monde entier à la manière d’un thriller, et s’interroge sur la responsabilité d’un homme, non pas face uniquement à sa famille ou sa communauté, mais face à l’état du monde. Sur sa responsabilité, sur l’envie d’héroïsme, sur la relative naïveté de cette posture et son inefficacité contre le cynisme du mal, et même sur les impacts négatifs et parfois dramatiques qu’elle peut avoir, à son corps défendant.

Cette enquête sur le supposé crime (nous verrons au final ce qu’il en est) de Julian Wells, si elle est peut-être moins émouvante que ses derniers romans (dont certains m’avaient totalement bouleversé), est passionnante et Thomas H. Cook prouve une fois de plus qu’on peut accrocher le lecteur, le faire douter ou trembler sans avoir recours à des serial killers, des étripages ou des flots de sang. Il suffit d’écrire juste et de toucher au cœur. La marque des grands.

Thomas H. Cook / Le crime de Julian Wells (The crime of Julian Wells, 2012), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc.

Une nouvelle délicieuse de Thomas H. Cook

Il y a peu je vous causais ici d’un texte court, un vrai bonbon signé John Connolly publié chez Ombres Noires. Et bien dans la même boite, il y a un autre chocolat, signé Thomas H. Cook cette fois : Le secret des tranchées.

Cook-secret-des-tranchees1968 à New York. Franklin Altman a eu du succès dans la vie. Il a fait de très bonnes études en Allemagne, a survécu aux tranchées de la Grande Guerre et a immigré aux Etats-Unis dans les années vingt, quand la situation économique de l’Allemagne, saignée par le traité de Verdun s’est dégradée. Intellectuel reconnu il est invité dans une librairie pour faire un discours commémoratif, en ce 11 novembre qui fête la fin de la dernière guerre importante du XX° siècle. Dans un coin, très discret, un petit homme mal habillé attend la fin de la rencontre pour venir lui parler …

Fin, subtil, intelligent, bien écrit, très bien construit avec une chute certes prévisible mais joliment amenée … Du pur Thomas H. Cook qui semble s’être bien amusé dans cette longue nouvelle. Il prouve ici qu’il est aussi à l’aise dans ce format que dans ses merveilleux romans, et qu’il maîtrise également avec élégance l’uchronie.

Un vrai plaisir, aussi délicieux, dans un autre genre, que le livre de John Connolly. Comme dans le cas de ce dernier d’ailleurs la nouvelle est suivie d’une courte interview.

Thomas H. Cook / Le secret des tranchées (What’s in a name ?, 2014), Ombres Noires (2014), traduit de l’anglais (Irlande) par Philippe Loubat-Delranc.

Le dernier message de Sandrine Madison

Un nouveau roman de Thomas Cook, c’est toujours l’assurance d’un moment de finesse, de subtilité et d’humanité. Le dernier message de Sandrine Madison ne fait pas exception.

CookSam Madison, professeur à l’université de la petite ville de Coburn, Géorgie est en mauvaise posture. Il se retrouve accusé du meurtre de sa femme, la belle Sandrine. Elle est morte une nuit, après avoir avalé une bonne dose de médicaments mélangés à de la vodka. Atteinte d’une maladie dégénérative, tout laisse penser qu’elle n’a pas voulu vivre la déchéance annoncée. Mais le procureur et le policier venu constater la mort sont persuadés que c’est son mari qui l’a empoissonnée. Et voici donc Sam devant un jury, obligé de voir son histoire et ses petits secrets révélés à tous, en essayant de surmonter la peine de la perte de cette femme qu’il a tant aimé.

Un chef d’œuvre de construction tout en subtilité. Thomas Cook mêle procès et souvenirs avec une fluidité impressionnante et, jusqu’à la toute fin, laisse le lecteur dans le doute. Sam est-il victime ou bourreau ? Est-il juste un peu minable ou vraiment machiavélique ? Et s’il est victime, de qui ? Autour de l’exercice imposé du roman de prétoire l’auteur tisse une toile aussi fine et légère que celle de l’araignée, mais également aussi implacable pour capturer le lecteur.

Et cette finesse dans la construction va de pair avec la subtilité dans l’analyse de l’évolution du couple de Sam et Sandrine, ainsi que dans celle de cette petite ville.

Thomas Cook est un grand humaniste, mais garde les yeux ouverts. Il aime les hommes tout en connaissant leurs travers. Il sait le côté étriqué, conservateur d’une petite ville du sud, mais arrive à nous faire sentir la noblesse et la dignité qu’elle peut aussi receler, et la grandeur qu’il peut y avoir à s’y intéresser.

On referme le roman en ayant l’impression d’avoir partagé un moment intense, d’avoir côtoyé des êtres humains, d’avoir un peu grandi. Comme Sandrine, magnifique personnage que l’on ne voit pourtant que par les yeux de ceux qui l’ont connue, il arrive à nous élever. Au moins le temps de la lecture.

Merci monsieur Thomas Cook.

Thomas H. Cook / Le dernier message de Sandrine Madison (Sandrine’s case, 2013), Seuil/Policiers (2014), traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc.

L’étrange destin de Katherine Carr, de Thomas Cook

J’aime beaucoup les romans de Thomas H. Cook. En plus le bonhomme que nous avons reçu à Toulouse en 2011 est absolument charmant. C’est pourquoi j’essaie depuis Les feuilles mortes de ne pas rater ses nouvelles traductions. La dernière s’appelle : L’étrange destin de Katherine Carr.

cookSur un bateau, en route vers une jungle, il raconte à son voisin de transat un certain M. Mayawati une histoire …

C’est l’histoire de George Gates, journaliste dans une petite ville des Etats-Unis. George Gates survit depuis que son fils, Teddy, a été enlevé et tué alors qu’il avait 7 ans. Ce jour là, George devait aller chercher Teddy à la descente du bus. Il ne l’a pas fait, parce qu’il cherchait à terminer une phrase pour son livre, et Teddy a disparu. Son cadavre est réapparu, quelques jours plus tard. Par hasard George rencontre un flic à la retraite qui le reconnaît. Ce flic est obsédé par une autre affaire, la disparition de Katherine Carr, vingt ans auparavant. Katherine a disparu un jour, sans laisser de traces, sinon un roman …

Un roman qui raconte comment une certaine Katherine, victime un jour d’une violente agression, est approchée par un homme mystérieux qui semble vouloir l’aider …

Vous l’aurez compris, nous avons là un roman à tiroir, chaque tiroir contenant sa part de suspense et de tension. C’est très casse-gueule comme procédé, mais ceux qui connaissent l’auteur savent qu’il est, mine de rien, un maître dans l’art de la construction subtile. Donc, pas de soucis, faites-moi confiance, tous les tiroirs finiront par se refermer sur des doigts. Reste à savoir lesquels …

Même si ce n’est pas mon Thomas H. Cook préféré (j’ai été plus ému, bouleversé même, par Les feuilles mortes ou Les leçons du mal), une fois de plus je me suis fait prendre dans sa toile d’araignée. C’est un peu ça les romans de Cook, et celui-ci plus que d’autres : On l’ouvre, on commence à y goûter, en ayant l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose, et qu’on peut le laisser de côté un moment, pour lire autre chose. Mais on continue. Et insidieusement, sans faire de bruit, la petite mélodie du roman vous rentre dans la tête. Au tiers on croit encore qu’on peut le laisser, lire autre chose, et puis tout d’un coup, vers la moitié du roman, on s’aperçoit qu’on est complètement englué, et qu’on ne peut plus le lâcher, jusqu’à la dernière ligne. Au bout on se retourne, impossible de savoir quand, à quel moment du récit, sur quelle péripétie on s’est fait accrocher de la sorte. Du grand art tout en finesse et en subtilité.

Au-delà de ce talent de conteur, on retrouve certains des thèmes chers à l’auteur : la relation parents-enfants, la douleur de la perte, la vie dans une petite ville américaine, la nature du Mal … Pimentées ici d’une touche de fantastique qui … mais je ne vous en dit pas plus.

Thomas H. Cook / L’étrange destin de Katherine Carr (The fate of Katherine Carr, 2009), Seuil/Policiers (2013), traduit de l’américain par Philippe Loubat Delranc.