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Red power

J’avais découvert Thomas King et son ex flic cheyenne devenu photographe dans Un indien qui dérange. Ils reviennent avec Red power, et c’est toujours aussi bien.

Vous vous souvenez peut-être de Thumps DreadfulWater, qui fut flic en Californie et est venu se perdre dans la toute petite réserve de Chinook, dans les Rocheuses, pour se consacrer à la photographie. Et si vous avez lu le premier, vous vous rappelez que le shérif local l’appelle comme photographe sur les lieux de crime, et sollicite même parfois son aide réticente. Parce que ce que Thumps aime, en plus de faire de belles photos, c’est rester au chaud avec Freeway, sa chatte, jusqu’à ce que l’hiver se termine.

L’arrivée étonnante en ville de Noah Ridge, venu dédicacer son livre va obliger Thumps à se bouger. Il l’a connu il y a longtemps, au temps des manifestations du Red Power Movement, quand Ridge aimait déjà passer à la télé et montrer au monde entier son personnage de rebelle. Déjà Thumps ne l’aimait guère, et ça a peu de chance d’avoir changé. D’autant plus qu’autour de Ridge traine le FBI et que les cadavres vont s’accumuler, faisant resurgir les fantômes des années 70.

On retrouve l’humour du premier roman, même s’il est ici moins présent et tempéré par une vision sans illusion des leaders politiques. C’est le portrait d’un narcissique, plus préoccupé par son image et son intérêt que par ceux des gens qu’il prétend défendre que dresse ici un DreadfulWater complètement congelé. Le pouvoir corrompt, même un tout petit pouvoir, comme on peut le constater tous les jours, et comme Thomas King le montre parfaitement, sans donner de leçon mais en déroulant son intrigue, les souvenirs de son personnage principal, et son scepticisme face à quiconque prétend parler au nom des autres.

C’est une fois de plus très plaisant à lire grâce au style alerte, aux réflexions désabusées du personnage principal et à ses discussions de bar toujours aussi drôles. Et en même temps on apprend beaucoup sur des mouvements qui ont eu lieu en parallèle des mouvements des droits civiques mais que l’on connait ici beaucoup moins.

Apprendre en s’amusant, que demander de plus ? Le prochain bien entendu.

Thomas King / Red power, (The red power meuders, 2006), Liana Levi (2022) traduit de l’anglais (Canada) par lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Un indien qui dérange

J’avais besoin d’un peu d’humour et de légèreté. J’ai eu en plus une belle intrigue intelligente avec Un indien qui dérange de Thomas King.

Thumbs Dreadfulwater, cheyenne, fut flic en Californie. Puis il a tout lâché et est venu s’installer à Chinook, au pied des Rocheuses, comme photographe. Un photographe au succès mitigé se définissant lui-même comme « chômeur indépendant » plutôt que « travailleur indépendant ». Il faut dire que Thumps ne court ni après le travail, ni après l’argent et qu’il a peu de besoins tant qu’il peut nourrir sa chatte Freeway, prendre de bons petits déjeuners, et passer du temps en compagnie de Claire, responsable de la réserve Cheyenne voisine.

Sa routine est mise à mal quand on découvre un cadavre dans un appartement du luxueux Buffalo Mountain Resort, complexe immobilier et casino pour riches touristes construit sur les terres de la réserve. Voilà qui n’arrange pas les affaires de Claire alors que l’inauguration approche. Cela l’arrange d’autant moins que le shérif a un coupable tout désigné, Stick, membre des Aigles Rouges qui s’opposent au casino et … fils de Claire. Sur sa demande, parce qu’il ne sait rien lui refuser, Thumbs qui était juste venu faire des photos pour le shérif va se retrouver à enquêter sur une mort qui va en entrainer bien d’autres.

Ouf, que ça fait du bien de lire un auteur qui a de l’humour. Un humour qui fait penser à celui des compères Walt Longmire et Standing Bear, jamais forcé, mais qui m’a fait souvent sourire, et parfois même rire. Exemples, parmi tant d’autres :

« Ora mae Foreman cherchait un euphémisme autre que « pour bricoleurs avertis » afin de décrire un bungalow du quartier sud en partie ravagé par un incendie »

« Thumps était relativement certain que la puissance et l’argent ne corrompaient pas toujours, même si, à brûle-pourpoint, aucun exemple du contraire ne lui venait à l’esprit. »

Ajoutez à cela des personnages très attachants, aucun manichéisme dans la description des travers des uns et des autres, qu’ils soient uniquement intéressés par l’argent, ou nostalgiques d’une époque et de valeurs qui n’existent que dans leur esprit. Des personnages qui savent nous surprendre, nous émouvoir ou nous enrager.

Avec légèreté et une fausse simplicité et facilité si difficile à atteindre, l’auteur dépeint sans jamais forcer le trait le racisme dont souffrent les indiens, la misère dans laquelle ils sont la plupart du temps maintenus, mais aussi la beauté des Rocheuses ou d’un ciel étoilé.

Un excellent livre. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, sachez que la série originale compte déjà 4 romans, donc il faut absolument que ce premier soit un succès fou pour que la suite soit traduite. Donc lisez-le, impérativement, offrez-le, conseillez-le, c’est un ordre.

Thomas King / Un indien qui dérange, (Dreadfulwater, 2002), Liana Levi (2021) traduit de l’anglais(Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.