Archives du mot-clé Tim Gautreaux

Tim Gautreaux, enfin.

J’ai raté le premier roman traduit de Tim Gautreaux pas le suivant : Nos disparus (et merci à celui qui a beaucoup insisté pour que je le lise, il se reconnaîtra !).

Gautreaux-DisparusSam Simoneaux avait six mois quand sa famille a été massacrée. Il a grandi chez son oncle et en 1918, il se retrouve en France. Arrivé le jour de l’armistice il participe au début du nettoyage des champs de bataille avant de revenir et de s’installer à la Nouvelle-Orléans. Sa vie semble stabilisée quand, à l’étage du grand magasin dont il est responsable, une petite fille de trois ans se fait enlever. Tenu pour responsable il est renvoyé et s’engage auprès des parents à retrouver la gamine.

Son enquête va l’amener sur L’Ambassador, un bateau à aubes qui, de ville en ville, est transformé suivant les besoins, en bateau de croisière tranquille, ou en exutoire et qui met à portée de populations totalement incultes la musique de jazz naissante à la Nouvelle-Orléans, mais surtout des litres de tord-boyau et des machines à sous. Durant des semaines, Sam va croiser tous types d’échantillons d’humanité et voir remonter les fantômes de son passé.

Pas de doute, Tim Gautreaux ne manque ni de style, ni de puissance d’évocation. Si j’avais un reproche à lui faire (et c’est très subjectif), ce serait de faire preuve de trop de retenue. Certaines scènes, déjà fortes, auraient pu être absolument hallucinantes : Des moments de folie pure quand les hordes barbares investissent le bateau, où la visite chez les dégénérés de l’Arkansas. Tim Gautreau fait le choix de la retenue et d’une certaine pudeur et distance là où un Tristan Egolf dans Le seigneur de porcheries emporte tout sur son passage, y compris et surtout le lecteur qui finit complètement KO.

Ceci n’enlève rien à la qualité de cette fresque qui englobe toute un pan de l’humanité, à un moment où beaucoup de choses bougent et changent, où certaines zones de barbaries disparaissent, englobées dans un début de civilisation qui, pour être plus policée, n’en est pas moins rude pour les perdants.

Les pages sur la musique sont très belles, le refus très humaniste de la vengeance assez inhabituel (surtout chez un auteur US) pour être souligné et les pages sur l’identité, le manque et le sentiment de perte belles et profondes.

Est-ce un roman noir ? Bien entendu. Est-ce aussi autre chose ? Oui. Faut-il le lire ? sans le moindre doute.

Tim Gautreaux / Nos disparus (The missing, 2009), seuil (2014), traduit de l’anglais (USA) par Marc Amfreville.