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Tim Willocks sur les terres de Deon Meyer

Cette fois Tim Willocks voyage dans l’espace et non dans le temps et nous amène en Afrique du Sud : La mort selon Turner.

WillocksDans un township du Cap, quelques jeunes en bordée qui sont venus s’encanailler boivent trop. En quittant le bar, l’un d’eux écrase une jeune femme contre un conteneur d’ordures sans même s’en rendre compte. Ceux qui l’accompagnent eux ont vu ce qu’il s’est passé, mais décident de ne rien dire et de laisser la victime agonisante pour rentrer rapidement chez eux, dans la province aride du Cap-Nord.

Turner, flic incorruptible de la criminelle de la ville appelé sur place compte bien que justice soit rendue à cette jeune femme dont personne ne s’est jamais soucié. Pour cela il va partir sur place, affronter la famille Le Roux et sa chef Margot qui a construit un empire local et compte bien défendre son fils, quoi qu’il en coûte. Entre deux êtres qui ignorent totalement le sens du mot compromis, la guerre est inévitable.

Souvent je déteste les quatrième, surtout quand elles sont grandiloquentes. Mais cette fois c’est bien trouvé : « Le fauve Willocks est lâché ! » c’est exactement l’impression que l’on a à la lecture de son dernier roman.

En termes d’esthétique et d’efficacité narrative, avec cet « étranger » qui débarque au milieu de nulle part et va faire exploser le statu quo et affronter seul les puissances locales on pense immédiatement aux grands westerns de Clint Eastwood, Pale rider ou L’homme des hautes plaines. Seul contre tous, dans une petite ville au milieu du désert, coupé de tout. Sachez qu’une fois que vous aurez ouvert le roman, vous ne pourrez plus le lâcher, prévenez vos proches qu’ils ne vous demandent rien, avertissez au boulot que vous prenez un jour de récupération, et plongez.

Là où le roman est très différent de ces grands westerns, c’est qu’il ne porte pas de jugement. A part un personnage assez veule, ils ont tous leurs raisons d’agir comme ils le font. Et comme Tim Willocks aime créer des personnages hors norme, ils sont tous (presque) courageux, et cohérents dans leurs actions, même et surtout les pires.

L’affrontement est d’autant plus violent que peu de personnages agissent mus par un petit intérêt mesquin. Ils sont portés par l’amour, un besoin maladif de protéger un fils, le désir de paix, ou celui de justice. Et c’est dans cet enfer pavé de bonnes intentions, pimenté par une corruption généralisée, une pauvreté terrible et un racisme toujours présent que nous plonge l’auteur. Alors oui, c’est violent, oui il y a des scènes plutôt gore, mais ce n’est jamais gratuit et la violence et ses conséquences sont toujours questionnées par les personnages.

Ceci dit, soyons honnête, toutes ces réflexions vous viennent après la lecture. Pendant vous êtes complètement happé par le rythme, l’écriture, le suspense. Avec un final extraordinaire que je ne raconte pas, mais où Tim Willocks a le culot de complètement escamoter la scène d’action en prenant le point de vue de quelqu’un qui subit tout, paniqué, paralysé par le déluge de feu. Une scène inoubliable.

Pour son retour au polar Tim Willocks frappe très fort. Et devinez, oui, il est à Toulouse ce week-end pour fêter les 10 ans de Toulouse Polars du Sud.

Tim Willocks / La mort selon Turner (Memo from Turner, 2018), Sonatine (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Legrand.

Matthias Tannhauser à Paris

Me rv’là.

Je me réservais le pavé pour les vacances. Avalé en quelques jours ! Quel pavé ? La suite très attendue des aventures de Mattias Tannhauser, Les douze enfants de Paris de grand Tim Willocks.

WillocksAoût 1572, Carla, l’épouse de Mattias Tannhauser enceinte jusqu’au yeux est invitée à aller jouer de la viole au mariage de la sœur du roi avec Henri de Navarre. Mattias, rentré trop tard d’Afrique manque son départ et décide de la rejoindre à Paris. Quand il arrive, c’est la Saint Barthélémy, les haines entre catholiques et protestants ont atteint le point d’explosion. Carla, pour une raison qu’il ignore a été prise dans un tourbillon de complots et il a quelques heures pour la retrouver et fuir une capitale qui sombre dans la folie. Une folie meurtrière dans laquelle Mattias, plus que quiconque est dans son élément.

Bien entendu, une question se pose : Les douze enfants de Paris est-il à la hauteur du choc que fut La religion ? De mon point de vue, non pas tout a fait. Reste-il un roman très au dessus de ce qu’on peut lire ici ou là ? Sans aucun doute.

Ceux qui ont été complètement estomaqués par le précédent se doutent bien que Mattias Tannhauser lâché dans une boucherie de l’ampleur du massacre des protestants lors de la Saint Barthélémy, cela ne peut être que sanglant, très sanglant, avec profusion de tripes, de cris et de fureur. Et là, pas de doute, on n’est pas déçu. Tim Willocks sait très bien faire sentir l’horreur physique du massacre, les odeurs, les hurlements, le côté très charnel de la chose.

On lui fait aussi confiance pour décrire les scène de bataille et de baston, pour donner vie et chair à une multitude de personnages, et pour éclairer les raisons du massacre au-delà de la rhétorique religieuse qui n’est jamais là que pour donner du cœur aux ventre à ceux qui vont mourir :

« Des différences dans les exégèses bibliques, si infimes que seuls quelques évêques les comprenaient, étaient la prétendue cause de la violence entre catholiques et protestants, mais pour Tannhauser de telles causes n’étaient rien de plus que les inventions habituelles grâce auxquelles les élites persuadaient les crédules de mourir et de s’avilir en masse, en leur faveur et à leur avantage ».

Voilà c’est dit dès le début.

Alors pourquoi moins puissant que La religion ? Je sais, plus ou moins, mettre le doigt sur ce qui m’a moins emballé : Dans son déluge de violence La religion a une dimension héroïque et, d’une façon très troublante fait ressentir le « plaisir » que l’on peut ressentir à se camper, dos à dos avec son frère, face à l’assaillant. Très troublante car on y ressent la jouissance de la violence, sa fascination en même temps que son horreur. Ici, rien d’héroïque, comme il le dit lui-même, Mattias ne se bat pas contre des soldats, il égorge des moutons qui se sont pris pour des loups. Pour moi, sans cette fascination trouble, on en arrive à un côté presque répétitif, et c’est moins intéressant car moins ambigu …

Ceci dit, cela reste un grand roman. Avec des scènes et des personnages inoubliables, et que j’ai dévoré en quelques jours, les premiers de tranquillité estivale, avec un immense plaisir. Et au final cette question : reverrons-nous Mattias ?

Tim Willocks / Les douze enfants de Paris (The twelve children of Paris, 2013), Sonatine (2014), traduit de l’anglais par benjamin Legrand.

Tim Willocks pour les petits ?

Un Tim Willocks en littérature jeunesse, quand on a lu La religion ou Bad city blues ça parait un peu risqué. Risqué mais prometteur. N’écoutant que mon sens du devoir, j’ai donc décidé de lire Doglands avant de le mettre dans les pognes de mes deux affreux. Il y a des sacrifices plus douloureux.

Willocks doglandsLa fosse de Dedbone, véritable enfer canin. Les lévriers y sont parqués, réduits en esclavage et entraînés pour la course. Ceux qui ne font pas l’affaire sont éliminés. C’est là que naissent Fulgur et ses trois sœurs, promis à la mort. Si leur mère est Keeva est la plus rapide, leur père est un maraudeur exceptionnel qui, par amour, réussit à entrer et à ressortir de cet enfer. Bâtards, les quatre chiots sont promis à la mort. Mais Fulgur signifie « Brave » en langue chien. Il entend l’appel de Doglands, lieu mythique où courent les chiens libres, et il décide de se rebeller contre la tyrannie des hommes.

Pas de doute, on est bien chez Willocks, et c’est bien accessible aux minots.

On est chez Willocks, en premier lieu, parce qu’il y a une sacré histoire, c’est un conteur exceptionnel ce bonhomme, et cela se vérifie une fois de plus. On est chez Willocks parce qu’il y a de la colère, de la rage, de la révolte. On est chez Willocks parce ce que même quelqu’un qui comme moi n’aime pas les chiens se passionne pour les aventures de la bande. On est chez Willocks parce qu’il y a de la violence, jamais gratuite, mais bien présente. On est chez Willocks car il y a une écriture puissante et poétique et de grands moments d’émotion.

Et c’est accessible parce que, heureusement dirais-je, la violence n’atteint pas les niveaux de ce qu’on peut lire dans ses romans adultes. Essentiellement pour ce qui est de la violence psychologique. Parce que ça saigne quand même pas mal et un certain nombre de personnages restent sur le carreau.

Je m’apprête donc à le lire à mes deux clients préférés, je vous dirai s’ils ont autant aimé que moi.

Tim Willocks / Doglands (Doglands, 2011), Syros (2012), traduit l’anglais par Benjamin Legrand.

Le premier roman de Tim Willocks

Quand j’ai appris, en musardant sur les blogs, qu’il y avait un nouveau Tim Willocks chez Sonatine, je me suis précipité. Il s’avère qu’il s’agit de Green River, le premier roman de l’anglais givré. Un coup d’essai, et déjà un « presque » coup de maître.

Ray Klein, ancien médecin condamné pour un viol qu’il n’a pas commis se retrouve à purger sa peine à Green River, prison de haute sécurité au Texas. Le directeur, John Hobbes, certain qu’il a une mission, sombre peu à peu dans la démence et finit par déclencher une émeute raciale la veille de la libération de Klein. Alors que ce dernier n’a qu’une idée en tête, rester le plus possible à l’écart des événements, il ne peut s’empêcher de se trouver entièrement impliqué quand une partie des émeutiers s’en prend à l’infirmerie où se trouvent les malades qu’il a traité durant sa captivité, et Juliette Devlin, médecin psychiatre dont il est tombé amoureux. Qu’il le veuille ou non Ray va devoir plonger dans la mêlée, au cœur même de l’enfer.

Le principe du roman est simple, il relève de la thermodynamique la plus élémentaire : prenez un gaz, confinez le dans un récipient hermétique et rigide, élevez la température, la pression augmente. Prenez donc une population à fort pourcentage de psychopathes, enfermez-les, augmentez la température en exaspérant les antagonismes et, tout simplement, en coupant la clim … La pression augmente, jusqu’à l’explosion. Simple et imparable.

Si je n’avais encore rien lu de Tim Willocks j’aurais sans aucun doute été totalement enthousiaste. Mais ce n’est pas le cas. Et lire, après Bad city blues, Les rois écarlates et La religion ce premier roman montre tout le chemin parcouru, même si ces débuts étaient déjà très impressionnants.

On y trouve déjà les thèmes que l’on retrouvera par la suite : folie, violence extrême, relation à Dieu (pour le prier ou le nier), manipulation … Ils sont déjà là et bien là. Déjà l’auteur arrive à manipuler la dynamite sans qu’elle lui explose à la figure, à savoir nous plonger au cœur d’une violence éprouvante sans jamais faire de la surenchère gratuite ni nous donner l’impression d’être des voyeurs. Tout est justifié, à sa place, nécessaire au propos et à la structure narrative. Et ça secoue.

Sa seule faiblesse par rapport aux romans à venir réside dans quelques temps morts sous la forme de digressions un poil trop explicatives qui viennent (très légèrement, vraiment très légèrement) faire retomber le soufflet par moment. Encore une fois, venant d’un autre, je n’aurais aucune restriction. Mais j’attends maintenant beaucoup, énormément de Tim Willocks, et il est presque rassurant de vérifier qu’il n’a pas été immédiatement, dès son premier roman, totalement niveau des monuments à venir.

Ceci dit, ils sont nombreux ceux qui tueraient pour écrire un premier roman ayant une telle puissance.

Tim Willocks / Green river  (Green river rising, 1994), Sonatine (2010), Traduit de l’anglais par Pierre Grandjouan.

Tim Willocks, Bad city blues

On ne peut pas dire que je m’y prenne dans l’ordre, mais je vais quand même y arriver. Après le choc de la Religion, j’étais curieux de lire les polars de Tim Willocks. Mais je m’y suis mal pris et je finis donc par Bad city, qui vient pourtant avant Les rois écarlates.

Une ville de Louisiane écrasée par la chaleur humide du mois d’août. Callilou, ex prostituée, camée, femme d’un pasteur télévangéliste s’est associée avec Luther, un ancien du Vietnam et quelques truands pour dévaliser la banque où son mari a des responsabilités. Elle s’apprête maintenant à doubler tous ses associés avec l’aide de Cicero Grimes, un psy complètement déjanté. Cicero est le frère de Luther, et il a juré de le tuer. Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, Clarence Seymour Jefferson, flic colossal, brillant, sadique et complètement allumé, est mis au courant par hasard et décide d’entrer dans la danse. Une danse mortelle qui ne peut s’achever que par un bain de sang.

La vache. Quand on est lecteur de polar, on a forcément vu son comptant de fous furieux, de sadiques, de flics immondes, de tueurs déjantés … Mais même comme ça, les personnages de Tim Willocks sortent vraiment du lot. A commencer par le personnage extraordinaire de Clarence Jefferson qui constitue un des méchants les plus réussis mais également des plus ambigus de la planète polar qui en compte pourtant quelques-uns.

Bad city blues est d’une noirceur, d’une folie, d’une violence rarement égalées. Et pourtant l’auteur réussit le miracle de ne jamais donner l’impression de faire du sensationnel, de racoler, d’en rajouter pour accrocher le voyeur. Il est impressionnant de voir comme il maîtrise ses personnages, sa narration et mène le lecteur par le bout du nez, l’amenant où il veut sans lui laisser jamais la possibilité de le lâcher ; comme il impose violence, folie et noirceur sans jamais rebuter. Du grand art.

Tim Willocks / Bad city blues, (Bad city blues, 1991) Points (2007), traduit de l’anglais par Elisabeth Peellaert.

Tim Willocks, Les rois écarlates

C’était inévitable. Le choc de La religion m’a donné envie de découvrir les polars de Tim Willocks. Je me suis un peu emmêlé les pinceaux, et j’ai commencé par la fin, tant pis, c’est pas grave, on peut parfaitement lire Les rois écarlates sans avoir lu Bad city blues, même s’il reprend certains personnages.

Lenna Parillaud, richissime propriétaire de Louisiane, ne vit que par la haine et la vengeance depuis près de vingt ans, depuis que sa fille lui a été enlevée à la naissance. Le psychiatre Cicero Grimes quant à lui se vautre dans une dépression profonde depuis six mois. Les deux reçoivent une lettre de Clarence Jefferson, qui fut leur tortionnaire, et qui va, une fois de plus, changer leur vie et déclencher un ouragan de violence.

Fan de chichourle, voilà un polar qui déménage ! Du violent et sombre comme on n’en lit quand même pas tous les jours. Et pas du préfabriqué, avec serial killer, scènes bien gores pour voyeurisme pépère et flic torturé et borderline monté en kit. Non du qui prend aux tripes et qui dérange. Du qui vous fait regarder la Bête dans les yeux, qui vous plonge dans la Bête que vous avez au fond de vous. Du qui vous fait vous demander si vous aussi, parfois … Avec de vrais personnages, des fous furieux qui font vraiment peur, une bien belle écriture, et une construction en crescendo impeccable.

Et ce n’est pas tout, même si c’est déjà beaucoup. On y trouve aussi, au détour d’une page, quelques interrogations sur ce qu’est l’engagement et le sens de la responsabilité aujourd’hui, par rapport à ce qu’ont vécu des générations antérieures. On y trouve déjà une réflexion sur la pulsion de violence que nous avons tous en nous, une réflexion très présente dans La religion, mais qui est déjà là, en germe. Une réflexion qui nous touche tous.

Qui n’a jamais eu envie de prendre une barrouille (barrouille : gros morceau de bois, fer ou n’importe quoi de dur qu’on a très bien en main et qui fait, toujours, de très gros dégâts) et d’éclater la tronche de … l’Ennemi, quel qu’il soit ? Des millénaires d’éducation et de civilisation font que, habituellement, on ne cède pas, et on se dit que c’est mal. Mais cela n’enlève pas l’envie, et les millénaires ne sont parfois qu’un verni bien fin, si l’on en croit ce qu’on lit et ce qu’on voit autour de nous … C’est aussi cette envie là que Tim Willocks interroge.

Bref, je vais de ce pas acheter Bad city blues.

Tim Willocks / Les rois écarlates, (Bloodstained kings, 1995) Seuil/Points (2009), traduit de l’anglais par Elisabeth Peellaert.

Le religion, un monstre.

On peut lire, ici ou là, sur les blogs ou les forums, cette exhortation incantatoire : Lisez La religion de Tim Willocks : IL FAUT LIRE La religion de Tim Willocks. Ils ont raison sur les blogs et les forums, et je vais ajouter ma voix à celles, nombreuses, des nouveaux adorateurs de ce roman monstrueux, par sa taille (plus de 800 pages), par son talent, par son écriture, par sa force, par la puissance de son évocation … Mais commençons par le commencement :

1565. Soliman le Magnifique, sultan des Turcs, a décidé d’éradiquer un de ses plus féroces ennemis : l’Ordre de Malte, aussi nommé La Religion. Il envoie des dizaines de milliers d’hommes assiéger ces moines soldats fanatiques dans leur propre forteresse. Dans le même temps, un Inquisiteur débarque sur l’île pour tenter de permettre au Pape de reprendre le contrôle de cet ordre, extrêmement riche, et de plus en plus indépendant de Rome. C’est dans ce contexte pour le moins trouble que Matthias Tanhauser, aventurier d’origine hongroise, ayant servi pendant des années dans les troupes d’élite turques avant de s’installer comme trafiquant d’armes en Sicile se laisse convaincre par une belle comtesse de l’aider à récupérer son fils à Malte. Il ne se doute pas qu’il va ainsi mettre les pieds en enfer.

« James Ellroy a transfiguré le thriller, Stephen King a réinventé le roman d’horreur. Avec la religion, Tim Willocks renouvelle le roman historique. » Peut-on lire en quatrième de couverture. En général ce genre de jugement à l’emporte-pièce m’énerve. Force est de constater qu’ici, il est parfaitement justifié.

Magistral, époustouflant, impitoyable, bouleversant … Les adjectifs manquent pour décrire le monstre. Plus de 800 pages de folie, de fureur, de sang, de merde, d’exploits, d’amour, de haine brûlante, de fanatisme et de raison, de courage insensé, de mépris, de poésie, de … Que l’on prend en pleine poire, incapable d’arrêter ne serait-ce qu’un instant pour souffler. Et au milieu des pires horreurs, des pages d’une tendresse inimaginables.

Du grands spectacle total, jamais vu, jamais lu, mais aussi des scènes intimistes bouleversantes de bonheur ou encore plus effrayantes que les batailles les plus atroces. Une ampleur, une puissance ébouriffantes, et des dialogues parfaits.

Des personnages inoubliables, complexes, capables de nous étonner après plus de 800 pages passées en leur compagnie, d’affreux salopars absolument infects (ce qui est quand même la clé de tout bon roman noir), des héros ambigus mais flamboyants, des fanatiques que l’ont devrait haïr mais dont on ne peut s’empêcher, par moment, d’admirer le courage et la force …

Une capacité à faire ressentir la trouille, l’odeur de merde et de putréfaction, mais aussi l’exaltation, l’appel de l’héroïsme, la sensation purement divine de disposer de la vie des autres, d’être plus forts qu’eux … Tout ce qui fait qu’hier, aujourd’hui, et n’en doutons pas demain, les hommes ont aimé, aiment, et aimeront toujours, d’une façon ou d’une autre, faire la guerre.

Du suspense, un souffle au service d’un message qui ne saurait être plus d’actualité : les fanatiques et les puissants s’en tirent toujours, c’est le « petit peuple » qui trinque, et qui trinque lourdement.

Des changement de rythme, de ton, de perspective, de camp, qui toujours relancent l’intérêt du lecteur, au service d’un message martelé sans lourdeur : qu’importe le Dieu invoqué, qu’importe les raisons données par les Grands, tout n’est que prétexte à envoyer la plèbe au casse-pipe et celui d’en face est, bien entendu, un envoyé du Diable (tient, on n’a pas entendu ça récemment ?)

Et une fin absolument admirable, qui permet, enfin de retrouver un semblant de paix et de sérénité.

Enfin bref, pour résumer en cinq mots : IL FAUT LIRE LA RELIGION. C’est clair ?

Tim Willocks / La religion, (The religion, 2006) Sonatine (2009), traduit de l’anglais par Benjamin Legrand.

PS. Difficile de classer le monstre dans mes petites catégories, il faudrait inventer une catégorie pour lui tout seul. Bof, je le mettrais dans les polars grands bretons, avec ses purs polars que je vais maintenant m’empresser de lire.