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Un roman déroutant

Je n’avais jamais entendu parler de Tom Piccirilli avant la sortie de ce roman à la série noire : Les dernier mots.

PiccirilliTerrier Rand fait partie d’une famille de cambrioleurs, joueurs et arnaqueurs. Son grand-père, son père et ses deux oncles, son frère sont tous de la partie. Quand il fuit sa famille pour aller s’installer dans l’ouest, il les laisse, en compagnie de sa mère et de sa sœur, encore gamine. Cinq ans plus tard, son frère Collie est en prison, il a massacré huit personnes, a avoué, et va être exécuté dans quelques semaines. Collie l’a fait appeler, il veut lui parler.

Sans trop savoir pourquoi, Terrier revient chez lui, et va essayer de comprendre la crise de folie de son frère, et chercher à savoir si, comme ce dernier le prétend, une des victimes du massacre a été tuée par un autre homme qui continue à sévir dans la région. Une quête difficile qui va l’amener à douter de la santé mentale des membres de sa famille, et de la sienne propre.

Je ne sais pas trop quoi dire de ce roman assez déroutant. Sauf peut-être que je suis certain de lire la suite, puisqu’une suite est annoncée à la série noire. Ce qui en soi est déjà une forme de jugement.

D’un côté j’en retire une certaine frustration, tant il reste de questions en suspens. Poser plus de questions que l’on donne de réponses peut-être un gage de qualité. La seule chose qui m’interpelle ici est que je n’arrive pas à savoir si l’auteur le fait de façon volontaire, ou si c’est juste qu’il n’a pas toutes les réponses (en termes d’intrigue) aux questions qu’il pose lui-même.

Certes, on sait qui a tué qui à la fin du roman. Mais le pourquoi reste un mystère complet. Le lecteur referme la dernière page en plein doute, comme le narrateur.

C’est cette voix du narrateur qui emporte l’adhésion (ou au moins la mienne). Un personnage complexe, qui tire sa consistance et sa vérité de la qualité de l’écriture, et du refus de l’auteur de se lancer dans de grandes explications sur ses motivations. On ne saura jamais vraiment pourquoi il est parti, il ne s’explique pas totalement pourquoi il est revenu. Il doute, il tremble de devenir comme son frère, il redoute la maladie, la vieillesse, la folie. Parfois il ne comprend pas lui-même les impulsions qui le poussent à agir.

Tout cela rejaillit sur le lecteur, le déstabilise, le laisse en équilibre très instable. Comme dans la vraie vie en fait. Est-on toujours conscient des raisons qui nous font prendre telle ou telle décision ? Souvent oui, heureusement, toujours …

Ce qui est certain c’est que ce n’est pas un thriller formaté, et que je lirai la suite, parce qu’avec ses frustrations, c’est un roman intéressant, un roman qui crée une attente, et que je suis très curieux de voir où il nous amène.

Tom Piccirilli / Les dernier mots (The last kind words, 2012), Série Noire (2018), traduit de l’anglais (USA) par Etienne Menanteau.