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Keller, tueur amateur de timbres

De Lawrence Block je connais trois personnages récurrents. Dont Keller, tueur à gage qui s’est rangé et mène une vie tranquille. Jusqu’à ce qu’on le rappelle dans Tue-moi.

BlockKeller s’appelle maintenant Nicholas Edwards. Il vit à la Nouvelle-Orléans avec sa femme et sa petite fille, retape des maisons, et collectionne des timbres. Jusqu’à ce que Dot l’appelle. Dot c’est une ancienne vie, quand il était tueur à gage, habitait New-York et s’appelait Keller. Et comme les affaires immobilières sont au point mort, et qu’il y a un contrat dans une ville où il voulait aller pour une vente aux enchères de timbres, il accepte. Une première affaire. En attendant les suivantes.

Comme avec son voleur de petites cuillères, avec Keller Lawrence Block s’amuse. Comme Bernie Rhodenbarr, libraire et cambrioleur, Keller a deux occupations : philatéliste et tueur. Et il aime joindre l’utile à l’agréable. Donc tous ses contrats, ou presque, seront couplés à des achats de timbres.

Ce n’est pas le roman de l’année, et l’auteur a déjà écrit des bouquins beaucoup plus forts et marquants. Mais il a un sacré savoir-faire. Il s’amuse, se montre délicieusement immoral, se permet de nous apprendre beaucoup de choses sur la philatélie, sans jamais lasser (et pourtant je ne suis vraiment pas un collectionneur), arrive à mettre autant de suspens dans une vente aux enchères que dans la mise au point d’un meurtre, tout cela avec légèreté et élégance. Les dialogues sont délicieux, c’est fin, pétillant et érudit, ce qui n’est pas gagné quand on décrit le travail d’un tueur.

J’oublierai sans doute très rapidement les différentes péripéties, mais il me restera le souvenir d’un vrai plaisir de lecture.

Lawrence Block / Tue-moi (Hit me, 2013), Série Noire (2017), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Raizer.

Une réédition bienvenue

Je ne vous abandonne pas, mais j’ai dû un peu lire et relire pour préparer mes interventions le week-end dernier dans le cadre du marathon des mots, puis je suis ensuite tombé sur un machin mal écrit que j’ai lâché au bout d’une cinquantaine de pages. J’en ai aussi profité pour me reposer avec pas mal de BD (j’en causerai plus tard) … Bref, j’avais besoin de quelque chose de rapide, facile et bien écrit. Coup de chance, un copain me vante La princesse de crève de Kââ, un des titres réédités par Jérôme Leroy dans sa collection à la Table Ronde. Bonne pioche.

KaaNous sommes au début des années 80. Le narrateur est un truand-tueur qui travaille en solitaire. Il aime les belles voitures, les flingues, Bach, les grands vins et les bons restaurants. Il vient d’intercepter la voiture d’un pigeon qui devait passer la frontière Suisse pour aller planquer 150 000 francs pour le compte d’un marlou parisien. Le passeur est mort, tout devrait bien se passer.

Sauf quand, au repos en Belgique pour se faire oublier, il tombe sur Michelle qui boit du whisky, en attendant son repas. Blonde, sexy, regard magnifique, énigmatique … D’autant plus énigmatique que, lors de leur promenade digestive dans les dunes, ils se font tirer dessus, et qu’il s’avère que Michelle est armée, qu’elle sait se servir de son Astra et qu’elle descend un des tueurs.

Commence une cavale meurtrière, à travers toute la France, une cavale qui réserve bien des surprises à Michelle et à notre narrateur.

Ca fait du bien un bon polar à l’ancienne, dans un monde où on allongeait quelques beignes pour obtenir une information au lieu de pirater un serveur, dans un monde où on pouvait prendre l’avion sans être contrôlé mille fois et repéré grâce à sa carte biométrique. Dans un monde où un tueur et deux belles en cavale pouvaient prendre le temps de s’arrêter dans un bon restau. Un monde qui n’a bien entendu pas vraiment existé (mais un peu quand même) où toutes les femmes sont sexy, libres et dangereuses, où les hommes costauds, solitaires et dangereux, où on pouvait conduire de belles voitures, fumer en buvant de grands vins … on voit parfaitement ce qui plait à Jérôme Leroy dans ce monde d’avant écrit par Kââ.

Ca fait surtout du bien parce que l’auteur mène son affaire tambour battant, sans un mot de trop, sans discours moralisateur, sans la moindre boursouflure, et avec un vrai sens du rythme et de la beauté. On lit d’une traite, sourire nostalgique aux lèvres. Et mine de rien, derrière cette histoire de gens extraordinaires, on devine le portrait de toute une époque que l’auteur n’idéalise aucunement. Vraiment une lecture parfaite pour se reposer, s’amuser ou se remettre de quelques bouquins un peu pénibles.

Kââ / La princesse de crève, La Table Ronde/La petite vermillon (2017).

Un bel hommage de Jo Nesbo

Jo Nesbo ne nous avait plus trop habitués à faire court, Du sang sur la glace est un tout petit format, tout juste 150 pages.

Nesbo-SangOlav est le tueur habituel de Daniel Hoffmann, qui est à la tête d’une bonne partie du trafic de drogue et de la prostitution d’Oslo. Non qu’Olav soit sanguinaire, mais il compte très mal et n’aime pas maltraiter les femmes, ce qui lui laisse peu de place dans l’organigramme … Et puis, dans son boulot, Olav est plutôt bon.

Jusqu’au jour où son boss lui demande d’aller tuer … sa propre femme qui le trompe. Olav tombe amoureux de sa future victime et tout bascule.

On ne va pas crier au génie, mais on a là quand même un très bel exercice de style : Tueur à gage, femme fatale, final … prévisible. On est dans l’hommage à Thompson, Goodis ou Williams.

Et l’hommage est très réussi. Tous les éléments attendus sont là dans un roman à la fois sans surprise et … original à sa façon. Original parce qu’on est à Oslo et pas à Memphis, New York ou los Angeles. Original parce que les failles d’Olav sont assez inédites. Original par le ton à l’humour noir subtil.

Sans en faire des tonnes, sans tomber ni dans la copie ni dans le pastiche Jo Nesbo réussit donc un parfait hommage aux grands maîtres.

Jo Nesbo / Du sang sous la glace (Blood on snow, 2015), Série Noire (2015), traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.