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Les brillants, suite.

Vous vous souvenez peut-être, l’an dernier, un thriller-SF d’une efficacité redoutable, c’était Les brillants de Marcus Sakey. La suite est sortie, Une monde meilleur, les brillants II. Toujours aussi redoutable !

SakeySi vous avez lu le premier, vous vous souvenez que dans les années 80 le monde a changé : 1 % des enfants sont nés surdoués. 1 % c’est énorme, et au début des années 2000 quand tous ces génies ont eu 20 ans, tout a basculé : tous ne sont pas adorables, les « normaux » ont commencé à avoir peur, peur de perdre tout pouvoir, peur pour leurs enfants. La peur a engendré la violence et aujourd’hui les US sont au bord de la guerre civile.

Le nouveau président (voir le premier volume) essaie de résister à des militaires qui veulent de plus en plus employer la force, l’enclave créée par le milliardaire brillant dans le Wyoming est au centre de toutes les attentions, des terroristes brillants, Les enfants de Darwin, ont coupé l’électricité et l’approvisionnement de trois villes autour de Cleveland, créant un chaos sans précédent …

Nick Cooper est un brillant, il est capable de lire les schémas, sait si vous mentez, sait ce que vous allez faire juste avant que vous ne le fassiez … c’est un soldat, il travaille pour le gouvernement et se retrouve conseiller du Président. Une fois de plus, il va falloir qu’il sauve le monde comme il le dit non sans ironie.

Première chose : On ne peut pas lire ce deuxième volume si on n’a pas lu le premier.

Ensuite une évidence : c’est un vrai pied cette lecture ! Comme dans le premier je me suis fait embarquer à fond. L’attention et le plaisir n’ont pas fléchit une seule seconde. Marcus Sakey est un excellent conteur, maître des rebondissements, du suspense, du rythme et des scènes d’action. On pourrait passer la journée affalé dans son fauteuil préféré pour lire non-stop, si on ne souhaitait pas aussi faire durer le plaisir le plus longtemps possible. Cruel Dilemme.

Et, mine de rien, sous l’excellent roman d’action, il y a aussi un fond. Certes, si on veut chipoter, se dire que le message de fond est bateau : il faut accepter les différences, le pouvoir corrompt et l’abus de pouvoir et gouverner par la peur c’est infect … On peut dire que ce discours humaniste est déjà entendu et lu. OK, pourquoi pas.

Mais en ces temps troublés, l’entend-on tant que ça ce discours ? Présenter un personnage (des personnages même) qui peuvent, par moment, comprendre et même défendre des gens présentés comme des terroristes ; construire et mettre en scène des personnages complexes, dont on peut comprendre les réactions et les motivations même si on n’est pas d’accord avec leurs moyens d’action, accepter l’ambigüité, ne pas classer entre bons et méchants, blancs et noirs … Et bien tout cela n’est pas inutile, loin de là, et encore moins inutile quand c’est porté par un roman très addictif et « facile » d’accès.

« Donc c’est intelligent, pas bourrin et donne matière à réfléchir. ».

Je concluais ainsi ma chronique sur le premier volume. Cela conclut également très bien le second. Et maintenant il va falloir avoir la patience d’attendre le troisième et dernier !

Marcus Sakey / Une monde meilleur, les brillants II (A better world, 2014), Série Noire (2016), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Raizer.

La série noire brille de mille feux

Encore une découverte à la série noire, encore un roman atypique : Les brillants de l’américain Marcus Sakey.

Sakey-brillantsDébut des années 80, pour une raison non expliquée, il commence à naitre des génies. Pas un par siècle comme avant, non, 1 % des enfants sont de vrais surdoués. Stratèges hors pair, capable de déchiffrer les secrets de chacun ou de se rendre quasiment invisible en se déplaçant dans les angles morts, génie du traitement d’information ou capables de déduire immédiatement les schémas ce qui permet d’anticiper les actions de chacun, voire les actions d’un groupe … mais comme le dit le premier docteur qui étudie ces cas en 1986 : « Une question qui est sur toutes les lèvres et que pourtant personne ne pose, sans doute parce que nous avons peur de la réponse. Que se passera-t-il quand ces enfants grandiront ? »

La réponse on l’a en 2013. Les brillants font peur, très peur, et suscitent la jalousie. Donc ils commencent à être maltraités, individuellement et collectivement. Donc ils se rebellent. Et les USA se retrouvent au bord de la guerre civile.

Un activiste, génie des échecs, John Smith est entré dans la clandestinité et la lutte armée. C’est devenu un dangereux psychopathe qui a déjà des dizaines de victimes à son actif. Un milliardaire a créé une zone privée, un état dans l’état, dans le Wyoming, pour servir de « patrie » aux brillants.

Et certains, comme Nick Cooper, travaillent pour le gouvernement. Nick a un don pour percevoir les schémas et ainsi que des signes infimes qui passent inaperçus aux yeux du commun des mortels. Il sait avant vous ce que vous allez faire, si vous êtes à l’aise ou si vous mentez Et s’il observe vos habitude un certain temps il peut prévoir vos actions à venir. Cela en fait un traqueur effrayant. Et comme il a été soldat, il sait se battre. Et il est maintenant aux trousses de John Smith, l’homme le plus dangereux du pays.

Une uchronie à la série noire ! Et ça marche. Commençons par-là, même si le passé du roman a basculé il y a très peu de temps (dans les années 80), il s’agit bien d’une uchronie comme le rappelle, au centre du roman, un pub pour le livre « Le monde sans eux », pub qui énumère les catastrophes qui auraient eu lieu sans les brillants. Citons entre autres : « guerre avec le Moyen-Orient, montée de la violence du fondamentalisme religieux, une planète au bord d’une catastrophe écologique irréversible … ». Donc c’est un thriller et une uchronie.

Ce qui frappe d’emblée c’est l’énorme plaisir de lecture au premier degré. Une histoire magnifiquement racontée, qui vous accroche dès le premier chapitre et ne vous lâche plus, de coup de théâtre en rebondissement, suspense grandissant, tension, scène d’actions millimétrées … Impeccable et parfaitement jouissif de la première à la dernière page. Rien que pour ça, allez-y les yeux fermés, c’est le pied.

Et en plus ce n’est pas idiot !

Les héros tout d’abord sont humains. Très doués, possédant des dons qui pourraient les apparenter à des super-héros de BD, mais humains. Chez eux il a y des salauds, des lâches, des manipulateurs, les courageux, des traitres … Ils doutent, changent d’avis, souffrent, se réjouissent, pleurent et rient … Bref ce sont de vrais personnages de chair et de sang, aussi complexes et passionnants que de vrais héros de romans noirs (qu’ils sont).

Evidemment il y a une réflexion sur l’acceptation de la différence, sur la peur de l’autre et la violence que génère la réaction à cette peur. Et heureusement cette réflexion n’est pas bêtement angélique : Oui les personnes ont raison d’avoir peur de certains brillants, oui certains dons mal employés peuvent être destructeurs (même parfois de façon quasi inconsciente), oui ces dons sont effrayants d’autant plus qu’ils s’accompagnent parfois de déséquilibres inévitables … Et non la réaction, telle que décrite ici, de marginalisation et de guerre larvée n’est pas la meilleure. Mais l’auteur n’en propose pas d’autre (pour l’instant). Donc c’est intelligent, pas bourrin et donne matière à réfléchir.

Vous l’aurez deviné, c’est donc un gros coup de cœur, et la suite est déjà annoncée pour 2016. Youpi !

Marcus Sakey / Les brillants (Brilliance, 2013), Série Noire (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Raizer.

Une nouvelle délicieuse de Thomas H. Cook

Il y a peu je vous causais ici d’un texte court, un vrai bonbon signé John Connolly publié chez Ombres Noires. Et bien dans la même boite, il y a un autre chocolat, signé Thomas H. Cook cette fois : Le secret des tranchées.

Cook-secret-des-tranchees1968 à New York. Franklin Altman a eu du succès dans la vie. Il a fait de très bonnes études en Allemagne, a survécu aux tranchées de la Grande Guerre et a immigré aux Etats-Unis dans les années vingt, quand la situation économique de l’Allemagne, saignée par le traité de Verdun s’est dégradée. Intellectuel reconnu il est invité dans une librairie pour faire un discours commémoratif, en ce 11 novembre qui fête la fin de la dernière guerre importante du XX° siècle. Dans un coin, très discret, un petit homme mal habillé attend la fin de la rencontre pour venir lui parler …

Fin, subtil, intelligent, bien écrit, très bien construit avec une chute certes prévisible mais joliment amenée … Du pur Thomas H. Cook qui semble s’être bien amusé dans cette longue nouvelle. Il prouve ici qu’il est aussi à l’aise dans ce format que dans ses merveilleux romans, et qu’il maîtrise également avec élégance l’uchronie.

Un vrai plaisir, aussi délicieux, dans un autre genre, que le livre de John Connolly. Comme dans le cas de ce dernier d’ailleurs la nouvelle est suivie d’une courte interview.

Thomas H. Cook / Le secret des tranchées (What’s in a name ?, 2014), Ombres Noires (2014), traduit de l’anglais (Irlande) par Philippe Loubat-Delranc.