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Rocco Schiavone en pleine déprime

Vous avez sans doute remarqué que j’aime les personnages récurrents, et que j’ai un faible particulier pour les italiens. Dont l’acide Rocco Schiavone d’Antonio Manzini qui revient dans Un homme seul.

ManziniNous sommes juste à la suite de Maudit printemps. Donc ceux qui pensent le lire bientôt, arrêtez là la lecture de cette chronique, et surtout ne lisez pas, par hasard, le résumé en quatrième de couverture.

C’est bon ? Il ne reste plus que ceux qui ont lu les trois premiers romans ?

 

 

Bien. Rocco est en pleine déprime dans ces montagnes du Val d’Aoste qu’il déteste. Le printemps qui arrive ne peut le sortir de l’horreur. Adele, la fiancée de Seba, un de ses meilleurs amis a été tuée, à sa place, dans son appartement où elle était venue pleurer la relation difficile avec Seba. Et même s’il a fait la lumière sur une sombre affaire de corruption dans laquelle trempait la ‘ndrangheta, il reste des zones d’ombre.

Alors Rocco se terre dans une pension sordide et ne met plus les pieds au bureau. Jusqu’à ce qu’un des malfrats qu’il a contribué à faire arrêter soit tué en prison. Et qu’il décide qu’Adele doit être vengée. Alors il va se remettre au boulot, pour finir le travail, et pour retrouver qui pouvait lui en vouloir au point de venir le tuer.

Donc je confirme, impossible de lire Un homme seul si on n’a pas lu Maudit printemps, car ce nouveau roman en est la suite directe.

Ceci dit, on retrouve tout ce qu’on aime dans cette série romano-alpine. Romaine car Rocco est, et reste, totalement romain, malgré ses quelques mois en Val d’Aoste, et malgré les plaisirs qu’il commence, à son corps défendant, à éprouver à se trouver au cœur d’une nature qui revit avec le printemps. Et alpine, ben parce qu’il est dans les Alpes.

Rocco tel qu’en lui-même, mauvais comme une teigne quand on l’embête, fidèle en amitié, la langue acérée, et parfois, quand on s’y attend le moins, le cœur sur la main. Il est méchant, attentif, drôle, humain, sans pitié … Excessif en tout, dans ses qualités comme dans ses défauts.

Les personnages secondaires prennent de l’importance, avec en particulier un duo d’imbéciles qui offrent un pendant nordique très convainquant à l’incontournable Catarella sicilien du Maître.

Rocco et Antonio Manzini continuent à combattre les imbéciles, ceux qui croient que leur argent les met à l’abris de la loi, les pourris et ceux qui aiment faire souffrir leurs semblables, surtout quand le semblable est plus faible. Et s’il faut pour cela faire quelques entorses à la loi, qu’à cela ne tienne.

Bref, j’adore Rocco Schiavone et sa bande, et il me tarde déjà de les retrouver.

Antonio Manzini / Un homme seul (Era di maggio, 2015), Denoël/Sueurs froides (2018), traduit de l’italien par Samuel Sfez.

Printemps froid en Val d’Aoste

Ils sont très forts ces auteurs de polar italiens. Noirceur, justesse de ton, humour … C’est encore le cas avec ce troisième volet des aventures de Rocco Schiavone d’Antonio Manzini : Maudit printemps.

ManziniChiara, lycéenne, fille d’une famille d’industriels du Val d’Aoste ne répond plus au téléphone et ne vient plus au lycée. C’est une sa meilleure amie qui alerte Rocco Schiavone alors que les parents n’ont rien signalé. C’est donc de façon non officielle que notre peu conventionnel policier commence une enquête qui va mettre à jour bien des magouilles. Alors que lui continue à bousiller ses Clarks, et que les souvenirs de sa vie romaine ne le laissent jamais en paix.

Je persiste et signe, ils sont très forts ces italiens. Ils font partie de ces rares auteurs, avec, dans un style d’humour plus désespéré, les irlandais, à réussir à décrire la noirceur totale d’une situation et d’un pays tout en gardant le sens de l’humour et en faisant sourire, voire rire, leur lecteur.

Parce qu’elle est sacrément noire la situation de Rocco, ses fantômes, ceux qui s’acharnent sur lui, et ses pauvres chaussures ruinées paire après paire. Et il est rude Rocco avec ceux qui s’approchent de lui. Il faut accepter de se faire salement secouer pour prétendre à son amitié. Quant à ceux qui veulent s’opposer à lui, ils ont intérêt à avoir la couenne dure.

Et pourtant, plus ça va plus on l’aime, plus on s’attache à ce personnage tout en paradoxes et en faiblesses, qui souffre et cache sa peine sous des dehors d’ours. On aime son intégrité, sa cohérence avec ses valeurs et ses discours, sa façon de privilégier l’humain par rapport à la loi.

Et on finit aussi par aimer son Val d’Aoste, malgré la pluie, la neige de mai, le froid, les habitants qui se surveillent tous …

Un beau personnage, que l’on suivra, on l’espère bien longtemps.

Antonio Manzini / Maudit printemps (Non è stagione, 2015), Denoël/Sueurs froides (2017), traduit de l’italien par Samuel Sfez.