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Walt Longmire fait un tour en ville.

C’est avec une certaine appréhension que j’ai ouvert ce troisième volume des aventures de Walt Longmire de Craig Johnson. En effet, contrairement aux deux premiers, L’indien blanc ne se déroule pas dans le Wyoming sauvage, mais dans une grande ville. L’auteur n’allait-il pas y perdre son latin ? Son ton ? Son enchantement ? Des craintes qui se sont révélées totalement injustifiées.

Walt Longmire, shérif dans le Wyoming, décide d’accompagner son ami Henry Standing Bear à Philadelphie où il présente une série de ses photos sur la Nation Cheyenne. L’occasion pour lui de voir sa fille Cady, avocate dans une grand cabinet, et de faire connaissance avec son ami Devon, avocat comme elle. Malheureusement, le soir de son arrivée, Cady est agressée et se retrouve dans le coma. Walt acquiert très rapidement la certitude que Devon est mêlé à l’agression. Il a peu de temps pour s’en assurer. Moins de 48 heures plus tard le jeune avocat est tué. Impliqué malgré lui, Walt décide alors d’enquêter dans la grande ville.

Donc tout va bien, Craig Johnson est aussi à l’aise à la ville quand dans les immensités du Nord-Ouest sauvage. Il faut dire que s’il est actuellement propriétaire d’un ranch situé à quelques kilomètres d’une métropole de 25 habitants, il fut, en son temps, flic à New York ! Donc le bonhomme a plus d’une corde à son arc, et plus d’une expérience dans sa besace.

Résultat, l’écriture est aussi belle et convaincante quand il décrit un environnement urbain que dans ses tableaux des montagnes sauvages, les personnages sont plus attachants que jamais, l’émotion est palpable et son humour n’a pas changé. Le roman permet d’approfondir les relations entre Walt et sa fille, et d’apprendre à connaître une peu mieux La Terreur, Vic, adjointe de Walt, et de faire connaissance avec sa famille, tous (ou presque) flics à Philadelphie.

Bref, le lecteur se régale et en redemande. C’est quand le prochain ?

Craig Johnson / L’indien blanc (Kindness goes unpunished, 2007), Gallmeister (2011), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

Walt Longmire chez les basques du Wyoming

Depuis la découverte du comté (imaginaire) d’Absaroka et la rencontre avec son attachant nounours de shérif Walt Longmire, j’attendais la suite avec impatience. La voici avec Le camp des morts, sous la plume (d’aigle ?) de Craig Johnson.

Un soir le corps de Mari Baroja est découvert, sans vie, dans la chambre qu’elle occupe dans la maison de retraite de Durant, Wyoming. Une mort sans histoire. Qui devrait être sans histoire. Mais son voisin de chambre, Lucian, l’ancien shérif, demande à Walt Longmire de faire pratiquer une autopsie. Comme Walt ne peut rien refuser à son mentor, il accepte, sans savoir qu’il vient de mettre les pieds dans une sale affaire vieille d’un demi siècle. Dehors, la tempête fait rage, la neige s’accumule, Noël approche. Un Noël qui s’annonce agité.

Revoici donc Walt Longmire, Vic son adjointe, Henry Standing Bear son ami indien et barman, et les paysages grandioses du Wyoming. Il va sans dire que je suis enchanté de les retrouver.

Un deuxième volume tout aussi réussi que le premier, qui met au centre de l’intrigue, après les indiens des réserves Crow et Cheyenne, un autre peuple étrange … les Basques, installés depuis longtemps dans ces régions peu peuplées. Des basques venus faire les bergers et qui ont amené avec eux leur langue, leur religion, leurs curés et leurs traditions, et ont transplanté le tout si loin de leur terre natale.

Tout cela est décrit avec l’humanité, le sens de l’intrigue, les dialogues impeccables, et l’humour de Craig Johnson. Et puis il y a la nature. La nature toute puissante dans ce coin fort peu peuplé des US. D’autant plus puissante que cet épisode se déroule en hiver, et que l’auteur s’y entend à rendre le froid, la neige, les bourrasques … Je sais que ce n’est pas pratique, mais il est bon de prévoir les moufles pour tourner certaines pages.

Bref, on n’est pas déçu, on retrouve intact le plaisir éprouvé à la lecture de Little Bird, on se régale, et on attend le troisième.

Craig Johnson / Le camp des morts  (Death without company, 2008), Gallmeister (2010), Traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

PS. Craig Johnson sera aux quais du Polar à Lyon, il est déjà en France. Si vous avez l’occasion d’aller le voir, ne le ratez pas, il est passionnant et adorable. Pour plus de renseignements, c’est là.

Walt Longmire, shérif dans le Wyoming

Vous ignorez sans doute où se trouve le comté d’Absaroka. Je l’ignorais jusqu’à ces derniers jours. En fait il n’existe pas, mais il est sensé être dans le Wyoming, moitié ouest des US, au sud du Montana. Ca va mieux ? Pourquoi en parler ? Parce que Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka, est le héros de Little Bird, roman de Craig Johnson, la dernière découverte des éditions Gallmeister.

En général, son boulot consiste à arrêter des chauffeurs saouls comme des vaches, séparer des couples qui se castagnent, ou régler des conflits de pâturages. Sauf quelques années auparavant où il a arrêté quatre jeunes gens qui venaient de violer une jeune Cheyenne souffrant de légères déficiences mentales. Les quatre s’en étaient sortis avec des peines minimales. Le plus agressif des violeurs, Cody Pritchard, vient d’être trouvé par des chasseurs, abattu d’une balle de très gros calibre. Accident de chasse, coïncidence, ou début d’une vengeance ? La tranquillité de Walt semble prête à voler en éclat, alors que la première tempête de l’hiver est annoncée.

Du Gallmeister pur jus. Comme William Tapply ou Jim Tenuto. Les grands espaces (ici, après le Montana et le Maine, le Wyoming), une nature magnifiquement décrite, personnage à part entière du roman ; des personnages hors norme, qu’on aime instantanément ; une intrigue qui tient la route ; des dialogues qui claquent ; quelques morceaux de bravoure. Emballez, c’est pesé, vous avez là un nouvel auteur qui fait souffler un vent frais sur le polar.

Ce n’est pas d’une originalité bouleversante dans la structure (contrairement à Edward Abbey, toujours chez Gallmeister, que je mets à part), mais c’est impeccable, et le décor est, lui, assez rarement utilisé pour surprendre. Un des plus de la série Walt Longmire (car il semble bien qu’il s’agisse d’une série), c’est le regard porté sur la communauté indienne. Un regard compréhensif, humain, chaleureux, jamais misérabiliste ni culcul.

Un autre c’est, comme dans la série écrite par Jaimie Harrison qui se déroule, elle, dans le Montana, parsemant le roman, la liste des plaintes et des interventions des services du shérif qui apportent une touche supplémentaire d’humour.

Bref, encore un excellent cru, à déguster sans modération. Vivement le prochain. Pour vous donner un aperçu de l’humour, je ne résiste pas au plaisir de citer la conclusion, que je trouve excellente :

« – Tu sais Lonnie m’a dit quelque chose sur ces oies …

J’attendis un moment, mais je finis par répondre.

Ah ouais ?

Tu sais pourquoi elles volent toujours en V ?

Non ?

Et pourquoi un côté du V est toujours plus grand que l’autre ?

Son silence dura une éternité, et il n’y avait rien que je puisse faire.

Pourquoi ?

Parce que … Il y a plus d’oies d’un côté que de l’autre. Hmm … Oui, c’est bien vrai. »

Craig Johnson / Little Bird, (The cold dish, 2005) Gallmeister Noire (2009), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.