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Quelques BD

Si j’ai été moins présent ces derniers temps c’est aussi que je me fais une overdose de comics.

Pour commencer, les nouvelles de chez nous, ou de l’autre côté de l’Atlantique m’ont donné envie de relire Transmetropolitan. Je sais je suis lourd, mais que voulez-vous, c’est un chef-d’œuvre, au même titre que La griffe du chien. Ni plus ni moins. J’ai tout relu c’est grandiose, c’est atrocement d’actualité, et je vous renvoie à ce que j’ai écrit là.

planetary-01Du coup j’ai eu envie de découvrir l’autre BD culte scénarisée par Warren Ellis, Planetary. Coup de chance, l’intégrale est sortie en deux volumes.

Jakita Wagner, le Batteur et Elijah Snow sont l’équipe Planetary. Trois agents dotés de pouvoirs spéciaux, chargés de découvrir ce qui se cache derrière les phénomènes paranormaux sur Terre. Ils vont, au fil de leur enquête, s’apercevoir qu’ils luttent en fait contre les Quatre, qui ont acquis un savoir scientifique hors norme dans les années 60. Et leurs aventures les amèneront à affronter, ou collaborer avec Wonder Woman, Batman ou … Sherlock Holmes et Dracula. Sans compter des fourmis géantes, ou des créatures venues des profondeurs.

J’avoue, j’ai eu un peu de mal à entrer dans la série, dont les épisodes sont asse

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z décousus. Mais les dessins, les décors, sont tellement beaux, que j’ai persévéré. Et même si ma culture comics est assez limitée, et si j’ai vu peu de films d’épouvante ou de SF des années d’or, mon petit vernis culturel est suffisant pour que je m’amuse aux références innombrables qui émaillent les différents épisodes.

Puis peu à peu, la magie opère, le puzzle se révèle, et c’est un véritable pied. Que c’est jouissif de voir apparaître telle ou telle référence, de voir les fils se relier, d’apprécier la beauté d’une pleine page. Certes, on n’a pas là la puissance de Transmetropolitan, mais le voyage est magnifique.

deadlyclass2Autre série que je découvre petit à petit : Deadly Class, de Rick Remember, Wes Craig et Jordan Boyd. Marcus Lopez, orphelin après la mort accidentelle de ses parents a vécu dans la rue. Il est sur le point de se suicider quand il est sauvé par une jeune fille, Saya, qui le fait entrer à l’académie des Arts Létaux, qui forme des assassins. Il va vite s’apercevoir que là aussi, les classes sociales existent, et qu’on n’est pas traité de la même façon si on vient de la mafia russe ou mexicaine, que si l’on est un orphelin.

Quatre albums sont déjà parus, qui se terminent sur une épreuve de passage en seconde année … sanglante.

C’est sec comme un coup de trique, sanglant, resserré et violent. Les dessins sont au diapason, une sorte de récit de vie académique ou étudiante où les relations entre les élèves sont un peu plus tendues et nerveuses que dans les collèges anglais ou chez Harry Potter … Très bien si on veut du nerveux bien noir, et je suis curieux de voir la suite, les auteurs ayant le chic pour vous laisser sur un superbe cliffhanger, ou sur de sacrés chocs.

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Warren Ellis (scénario), John Cassaday (dessin) / Planetary, Urban comics (2016, 2017), traduit de l’anglais par Alex Nilolavitch et Jérémy Manesse.

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class, Urban comics (2015, 2017), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

 

 

Pour rester de bonne humeur

Le programme de ce matin sur France Culture (oui, j’écoute France Culture dans ma voiture le matin, je suis un abominable bobo), m’a donné envie de vous remettre une couche sur quelques BD.

La thématique ? La vérité compte-elle encore en politique. Bon poser la question est déjà assez rigolo … mais comme souvent sur cette radio, et même si je n’aime guère l’animateur que je trouve beaucoup trop bavard, il y avait des invités intéressants qui avaient le temps de développer. Et de montrer, en l’occurrence, que oui, le mensonge en politique remonte à la plus haute antiquité comme disait l’autre, mais qu’avec Trump ou la campagne du Brexit entre autres on était passé à une autre dimension.

Ellis TransUne dimension déjà prévue et somptueusement mise en scène par Warren Ellis et Darick Robertson à la fin des années 90 dans le génial Transmetropolitan. Si vous voulez savoir à quoi pourraient bien ressembler les années à venir, je vous conseille d’attaquer les cinq volumes sans tarder. C’est méchant, férocement drôle, scatologique, explosif, jouissif … Et prémonitoire.

Et puis comme il a été question, entre autres, de croyance, et de comment, face aux mensonges éhontés de certains, toute tentative de démonter le mensonge ne fait que renforcer la croyance des fanatiques, ben j’ai pensé à une autre BD géniale, Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Je vous avais causé du numéro 1 de l’intégrale. Je m’étais rué sur les volumes 2 et 3, et le 4 est paru fin août.

Preacher 01Ca tape toujours aussi fort sur mes amis les curetons, avec un descendant de Jésus pas piqué des hannetons, une espèce de pape dont vous me direz des nouvelles, et les « biographies » des certains personnages qui s’étoffent. On retrouve le délicieux Tête de Fion qui devient une star, des vrais fachos croyants comme on les aime, c’est parfois gras mais putain que c’est bon !

Voilà, c’était la bonne humeur rageuse de la journée …

 

Transmetropolitan, c’est fini.

Et voilà, ce coup-ci c’est l’affrontement final entre Spider Jerusalem et le Sourire, dans Transmetropolitan année 5 de Warren Ellis et Darick Robertson.

transmetropolitan-tome-5Ceux qui suivent ce blog en général et les aventures de Spider Jerusalem en particulier savent donc qu’on arrive à la fin : Spider Jerusalem est malade, condamné à assez court terme, le Président a réussi à le faire virer de son journal et à détruire toutes ses archives et il s’apprête à l’achever. Sauf que la bête à de la ressource et la vie dure. Et qu’il faut se méfier d’une bête blessée.

Le duel final a donc bien lieu, il est violent, trash, sanglant. Tous les coups sont permis (des deux côtés) et on ne s’arrêtera pas au premier sang.

Quel final ! Quand on suit la série, on ne peut s’empêcher, par moment, de craindre que la tension ne retombe, ou que le final ne soit pas à la hauteur des promesses. Crainte totalement injustifiée ! Ce cinquième et dernier volume monte encore en puissance, en violence, en humour et en rage. Un véritable feu d’artifice, une énergie hallucinante, une explosion de bruit, de fureur, de sons et de couleurs.

On en prend plein les yeux, plein les neurones, et on ne peut que regretter que ça se termine déjà tout en reconnaissant que l’histoire est bien bouclée, cohérente, et que la poursuivre ne pourrait que l’affaiblir.

Si je n’ai qu’un conseil à vous donner c’est celui-ci : Noël approche, vous allez recevoir ou faire des cadeaux, ces cinq années de Transmetropolitan font un magnifique cadeau ! Evitez quand même les âmes un peu trop sensibles ou trop attachées au politiquement correct et au langage châtié.

Pour les autres, cette série rentre sans le moindre doute dans mon panthéon des BD à avoir dans sa bibliothèque. Aux côtés de Maus, Sandman, Corto Maltese, V pour Vendetta, Blast et une petite poignée d’autres.

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 5 (The cure, One more time, I hate it here et Filth of the city 2000, 2001, 2002 et 2015), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Spider Jerusalem revient

Remercierai-je un jour assez celui ou celle qui m’a signalé la série Transmetropolitan de Warren Ellis et Darick Robertson ? Non. Même ainsi qu’il ou qu’elle soit assuré(e) de ma gratitude éternelle. Tout ça pour dire que le volume 4 qui reprend cette œuvre géniale est sorti et qu’il déménage.

Ellis TransA la fin de l’année 3, si vous avez tout suivi, Spider Jerusalem, le journaliste allumé, grossier, inconscient et incorruptible c’est fait virer de son journal et de chez lui. Sa guerre contre le nouveau Président (Le Sourire) prend une tournure de plus en plus violente. Le voilà maintenant à la rue (enfin pas tout à fait, car il a des ressources) avec ses deux sordides assistantes. Et lui parti, la présidence contrôle entièrement tous les media.

Croit contrôler tous les media. Parce que Spider trouve le moyen de publier quand même et de révéler les manœuvres les plus pourries du Sourire. La guerre continue donc, de plus en plus violente et crade. Avec une deadline terrible : Spider est malade, et il ne lui reste peut-être plus très longtemps à vivre.

C’est toujours grandiose, teigneux, méchant, drôle, impitoyable et intelligent. Ce quatrième recueil se singularise par ailleurs par sa tonalité plus sombre (si, c’est possible !), plus angoissante avec l’arrivée de la maladie de Spider, et un récit encore plus près de ceux qui souffrent. Les cases consacrés aux malades lâchés dans la rue faute de place dans les institutions psychiatriques sont particulièrement poignantes, tant les deux auteurs arrivent à rendre leurs souffrances sans jamais tomber dans les pleurnicheries (c’est vraiment pas le genre de la maison !)

La rage devant l’impunité des puissants (ici symbolisés par Le Sourire) et la servilité des media vous prend aux tripes, et on en vient à espérer que Spider et ses sordides assistantes se mettent à défourailler à tout va pour se défouler et faire sauter quelques dents et jaillir quelques tripes.

La suite de la bataille promet des moments d’anthologie et pour vous donner une idée de la tonalité du bousin, à son assistante qui lui rappelle qu’il ne lui reste, plus ou moins, qu’une année à vivre, Spider répond : « On a donc une deadline. Les deadlines, on connaît. »

Pas d’auto-apitoiement ici. Tant qu’il y aura des BD comme V pour vendetta ou Transmetropolitan les ₰µµ !!!§§§ qui nous gouvernent avec la complicité baveuses de tous les grands media n’auront pas tout gagné.

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Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 4 (Spider’s trash et Dirge 2000, 2001 et 2005), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Transmetropolitan année 3

Les rééditions de Transmetropolitan, que j’avais découvert grâce aux conseils de certains habitués, continue. Revoici donc le journaliste allumé de Warren Ellis et Darick Robertson de retour dans Transmetropolitan année 3.

Transmetropolitan3Si vous suivez ce blog depuis quelques temps vous connaissez déjà Spider Jerusalem, le journaliste infect amoureux de la Vérité. Spider vit dans le luxe parce que ses articles rapportent beaucoup d’argent au journal. Sinon il est infect, violent, drogué jusqu’à la moelle, misogyne, misanthrope, tordu … Un amour. Mais, mais, il est d’une intégrité totale : Rien ne peut le détourner de la recherche de la Vérité, rien ni personne ne lui fait peur, ni le nouveau Président, encore plus pourri que le précédent, ni les services secrets, ni la police. Quand il décide, avec ses deux « sordides assistantes » de tout dire sur le Sourire, le nouveau Président la guerre est déclarée, et des deux côtés tous les moyens seront bons et il n’y aura pas de prisonniers.

Putain que c’est bon  et jouissifs ! C’est grossier, outrancier, violent, parfois sinistre, scato … Ça pète de partout, ça hurle, ça éructe, le sang gicle, les molaires volent … et c’est bon ! Quelle énergie, quelle vitalité, c’est frénétique … Et c’est intelligent, parfois touchant, très souvent drôle (d’un humour certes très noir).

Bref le pied complet. Et si la réussite est si complète c’est que le dessin sait à merveille épouser la frénésie, l’hyperactivité tout en respectant les rares moments de calme, d’empathie et même, n’ayons pas peur des mots, de poésie.

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 3 (Lonely city et Gouge away, 1999 et 2000), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Warren Ellis, Artères souterraines

Quand j’ai découvert Warren Ellis avec Gun Machine, mes lecteurs attentionnés m’ont conseillé de lire ses BD (gloire leur soit rendue !), ainsi que son premier roman traduit Artères souterraines, que voici.

EllisAnnées 2000. Michael McGill est un privé minable et, comme il le dit lui-même, un véritable aimant à emmerdes. Et celles qui arrivent sont de qualité supérieure. Le chef du cabinet du Président en personne, accompagné d’une escouade d’armoires à glace type men in black vient lui confier une mission : retrouver la version originale d’un complément à la Constitution Américaine qui est passée de mains en mains, et permettrait de restaurer l’ordre moral qui avait présidé à la création de la Nation. Pas enthousiasmant. Sauf que le gus lui vire instantanément 500 000 dollars sur son compte pour démarrer l’enquête. Que pouvait faire ce pauvre Michael ? Il accepte et débute une virée à travers ce que le pays compte de plus taré et de plus tordu. Pour notre plus grand plaisir.

Après la lecture de Transmetropolitan année 2, la version Warren Ellis du monde de la politique américain et du rôle (pas du tout iconisé !) d’une certaine forme de presse ou de lanceurs d’alerte comme on dit aujourd’hui n’est plus aussi surprenante.

N’empêche que cette version romancée est enthousiasmante, jubilatoire et très instructive. Un vrai pied pour commencer, l’auteur ayant une imagination débordante, et visiblement aucune inhibition. Ne serait-ce que pour la collection de tarés qu’il met en scène, ce court roman est un vrai bonheur.

Je donnerai un oscar spécial de la famille la plus allumée aux sous-Bush texans qui sont particulièrement gratinés et, peut-être, pas si éloignés de l’original.

Il est également « rafraichissant » de voir qu’au milieu de cet étalage d’égoïsmes, de bêtise et de folie, Warren Ellis, au travers de ses deux personnages principaux et de son final garde une certaine foi dans l’être humain. Vraiment, une bonne lecture, parfaite pour l’été. Merci à ceux qui me l’ont signalée.

Warren Ellis / Artères souterraines (Crooked little vein, 2007), Livre de poche (2013), traduit de l’américain par Laura Derajinski.

Transmetropolitan, épisode 2

J’annonçais il y a peu, qu’un bonheur n’arrive jamais seul et voici donc l’année deux du jubilatoire Transmetropolitan de Warren Ellis et Darick Roberston.

transmetro 03Cette fois c’est du sérieux. Plus question de glandouiller à couvrir les conventions des nouvelles religions ou l’instrumentalisation politique et économique des nouvelles modes. Là, on rentre dans le dur comme on dit. Ce sont les élections aux US. Avec les primaires, le fric, les conventions, les trahisons et toutes les saloperies permises. Bien entendu, Spider Jerusalem ne peut pas encaisser le Président en exercice qu’il a surnommé La Bête, mais Le Sourire, son challenger, vaut-il mieux ? Ce qui est certain, c’est que ça va saigner.

Damned, l’année 1 c’était déjà bon, mais là, avec cette plongée dans le monde de la politique américaine vu par Ellis c’est encore meilleur ! Quelle putain d’énergie, quel patate, quelle méchanceté ! Certes les grincheux vont me dire que c’est exagéré, outré, outrancier même. Mais l’est-ce vraiment tant que ça ? Et pour dénoncer la corruption de tout un système que vaut-il mieux faire ? Ecrire de articles sérieux, documentés et politiquement corrects ou se lâcher, ne rien s’interdire et emporter tout dans un tourbillon de mauvais goût assumé ? Chacun choisira ce qu’il préfère, moi je vote Spider Jerusalem !

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson / Transmetropolitan (année 2) (Transmetropolitan, 1998 à 2000), Vertigo/Urban Comics (2014), traduit de l’anglais par Jérémie Manesse.