Archives du mot-clé Warren Ellis

Les comics de début d’année

Cela faisait un moment que je n’essayais pas de nouveaux comics. Le blog et les libraires de Bédéciné m’ont donné des idées, elles sont toutes excellentes.

batman 02Je ne suis pas du tout fan de super héros et costume de clowns. Mais je fais exception, à tort ou à raison, pour Batman. J’avais déjà le Dark Knight de Frank Miller, et je me suis laissé tenter par ce Batman, White Knight de Sean Murphy et Matt Hollingsworth.

Qui démarre de façon assez surprenante avec Jack Napier, ancien Joker guéri de sa folie et devenu respectable, qui rend visite à un Batman enchaîné, prisonnier pour avoir flirté avec la limite une fois de trop.

Dessin bien sombre, ambiguïté des personnages maintenue jusqu’à la toute fin, et même au-delà de la fin, jolis coups de théâtre, et toujours cet univers typique des bons Batman, avec un pouvoir corrompu, des média dont on se demande dans quelle proportion ils se composent d’imbéciles et de cyniques uniquement intéressés par l’audience, et cette tentation toujours présente du justicier limite fascisant. Une vraie bonne histoire de héros masqué sans angélisme ni manichéisme.

batman 01

oldguardUne nouveauté avec le tome 1 d’une série, The old Guard de Greg Rucka au scénario et Leandro Fernandez au dessin. Andy, originellement Andromache de Scythie a quelques milliers d’années. Elle est la chef incontestée d’une bande des quatre, composée de Nicky et Joe, amants après avoir essayé vainement de s’entretuer lors de la première croisade, et Book, le jeunot, venu des guerres napoléoniennes. Ils sont donc soldats, et immortels, ou presque. Pas de force surhumaine, juste la malédiction qui les fait se relever de tout, quand ils devraient être morts mille fois. D’expérience, pour avoir croisé quelques-uns de leurs semblables, ils savent pourtant que la mort finit par les atteindre, un jour.

Pour l’instant ils louent leurs services à qui peut se les payer, et alors qu’une nouvelle mission s’annonce, Andy rêve d’une nouvelle immortelle, une Marine présente en Afghanistan. Dans le même temps la bande va s’apercevoir qu’à l’époque d’internet, du monde filmé et connecté, garder le secret sur son immortalité s’avère de plus en plus difficile, et que certains sont prêts à tout pour percer leur secret.

oldguard 01

Superbes personnages, à commencer par Andy, une vision assez originale de l’immortalité, une réflexion sur notre monde portée par le regard très âgé des différents personnages, et un dessin et un scénario particulièrement efficaces et nerveux, qui vous font tourner les pages avec frénésie. Un vrai bonheur pour ce tome 1 qui, cerise sur le gâteau, est parfaitement autosuffisant mais laisse la porte ouverte à de nouvelles aventures. Très recommandable et surtout très addictif.

oldguard 02

Je continue avec un vrai bon polar, moi qui y ai pris goût avec des séries comme Scalped ou Southern Bastards. C’est un premier tome, avec une suite (tomes 2 et 3) annoncée dès ce semestre, GrassKings 1/3 de Matt Kindt (scénario) et Tyler Jenkins (dessin).

grasskingsQuelque part dans la cambrouse américaine, au bord d’un lac, depuis des siècles des gens vivent en autonomie. Aujourd’hui c’est le village de Grass Kindom. Un village de gens qui veulent avoir le minimum de contact avec le reste de l’Amérique, et en particulier avec le shérif Humbert du village voisin. Robert fait figure de chef, mais il a sombré depuis la disparition mystérieuse de sa fille. Quand Maria vient se réfugier dans le village, le fragile équilibre entre intérieur et extérieur vole en éclats.

Première constatation, Matt Kindt s’y entend pour installer un mystère et un suspense, je suis déjà très très impatient de lire la suite, mais je ne peux vous en dire plus sans déjà déflorer une partie du mystère qui plane sur Grass Kindom. Ensuite on s’attache à des personnages que l’on découvre peu à peu, et à cette communauté qui est peut-être moins caricaturale qu’on ne pourrait le supposer au début. Le conflit avec un shérif que l’on découvre de plus en plus brutal, mais qui a lui aussi ses zones d’ombres, s’annonce passionnant.

Et le dessin, à l’aquarelle, est magnifique, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Une superbe réussite, vivement la suite.

grasskings 01

Les deux derniers volumes ne sont pas une nouveauté. C’est en voyant un nouveau Comic signé Warren Ellis, le génial scénariste de Transmetropolitan que j’ai demandé s’il valait la peine et que mon vendeur préféré m’a conseillé la série Trees., dessinée par Jason Howard.

trees 02Il y a dix ans, ils sont arrivés sur Terre et ont pris racine. Les gens les ont appelés Trees, des troncs démesurés. Ils se sont implantés en provenance de l’espace, créant des catastrophes, écrasant les habitants des lieux où ils ont atterri. Destruction et inondations à New York, ou implantation en plein désert au Svalbard, ils semblent totalement indifférents à notre présence, et aucune attaque ne les affecte.

En Sicile, à New York, en Chine, dans l’extrême nord, en Somalie … les hommes vont reprendre le cours de leur vie, avec quelques changements, pour le meilleur et surtout pour le pire. Pendant ce temps, des scientifiques étudient les arbres et ce qui les entoure. Et les nouvelles ne seront pas forcément très bonnes.

Voilà deux volumes qui ne sont pas fait pour les lecteurs pressés de BD survitaminées. Warren Ellis prend son temps, installent de multiples histoires sans lien apparent, et utilise ce prétexte purement SF (une invasion extraterrestre) pour explorer de façon très politique ce que nos différents pays ont de plus sombre. Moi j’ai adoré, la tension monte petit à petit, les intentions des uns et des autres se révèlent lentement, et le mystère des arbres se fait de plus en plus menaçant. L’intrusion de ces troncs monstrueux donne l’occasion au dessinateur de nous offrir des planches magnifiques avec des décors étonnants. Il parait qu’il va falloir être patient pour avoir la suite. Je suis patient, et je ne raterai le 3° volume pour rien au monde.

trees 01

Sean Murphy (scénario), Matt Hollingsworth (dessin) / Batman, White Knight, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Greg Rucka (scénario), Leandro Fernandez (dessin), Daniela Miwa (couleur) / The old guard, Tome 1 : 1 feu et à sang, Glénat/Comics (2018), traduit de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Matt Kindt (scénario), Tyler Jenkins (dessin) / GrassKings 1/3, Futuropolis (2019), traduit de l’anglais par Sidonie Van den Dries.

Warren Ellis (scénario), Jason Howard (dessin) / Trees 1 En pleine ombre, Urban Comics (2016), Trees 2 Deux forêts, Urban Comics (2016) traduits de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Les comics des vacances

Quelques comics en retard avant le rush de la rentrée polar.

Commençons par une réédition, trois volumes, indépendants, mais sur la même thématique du génial scénariste Warren Ellis. Trois volumes assez sanglants, trois histoires de super héros. Mais attention, pas de super gentil, ou de super méchant, Alan Moore et ses Watchmen sont déjà passés par là.

WarrenEllis-01Dans Black Summer, deux scientifiques ont créé 7 armes, des humains augmentés, pour rétablir l’ordre dans une cité gangrénée par le crime et la corruption. Jusqu’à la mort d’une des armes, Laura, et la disparition d’un des fondateurs, Franck Blacksmith. L’autre fondateur, Tom Noir, amputé d’une jambe, a sombré dans la déprime. Jusqu’à ce que John Horus, la plus puissante des armes, tue le président en direct, et réclame des élections libres : le gouvernement truque les élections, a menti pour envahir l’Irak (on voit que la BD s’appuie sur la réalité !) et est corrompu, donc comme les criminels que la justice n’a pu vaincre, il a été abattu par une des armes. La réaction est bien entendu toute autre. La population ne se saisit pas de l’opportunité de prendre le pouvoir, et les armes sont traquées par l’armée, ce qui les oblige, Tom Noir compris, à sortir de leurs planques. Mais pour aider ou contrer John Horus ?

Dans No hero, même thématique. C’est cette fois une drogue qui augmente les humains et les transforme en super héros. Mais il vaut mieux être motivé, les effets secondaires pouvant être assez violents. L’inventeur de la drogue a ainsi monté une milice de vigilants, au service de la population. Ou pas. C’est en suivant un jeune homme qui veut absolument intégrer la milice, au moment où ses membres se font tuer un à un, que l’on découvrira un peu comment cela fonctionne.

Le dernier, Supergod, est totalement différent dans sa narration, c’est un survivant qui raconte, Simon Redding, dans un paysage d’apocalypse. Des années auparavant, plusieurs pays ont créé des super héros. Chaque pays suivant sa culture ou ses croyances. Parfois par le plus grand des hasards. Voilà l’humanité avec de nouveaux dieux, anglais, américain, russe, chinois, iranien … Jusqu’à ce que les indiens créent Krishna avec une seule instruction : sauve l’Inde. Or pour sauver l’Inde, atrocement polluée, surpeuplée, il faut en réduire la population. Et c’est le début de la fin. Fin que nous raconte Simon.

WarrenEllis-02

Trois réflexions autour du pouvoir, de la violence avec pour point central le mythe du super héros. Trois histoires très différentes mais toutes trois très politiques. Trois histoires finalement assez proche de notre réalité. Trois album passionnants rassemblés en une trilogie à découvrir pour ceux, comme moi, qui ne connaissaient pas.

BlackMonday-01Une nouveauté ensuite, recommandée par mon fournisseur de comics : Gloire à Mammon, premier tome d’une série à suivre, par Jonathan Hickman (scénario) et Cocker Tomm (dessin). On commence par le jeudi noir de 1929. Puis on arrive en 2016 avec le meurtre sanglant et semble-t-il rituel d’un membre de la famille Rothschild. Théo Dumas, flic black va mener l’enquête. Et même si un coupable semble évident, il sent qu’il y a derrière tout ça plus qu’une histoire de lutte pour l’argent dans le milieu de la grande finance. Car derrière la puissance des grandes familles banquières se cache un pacte très ancien, le culte du Mammon, et la puissance magique de l’argent.

BlackMonday-02On peut voir l’histoire (assez complexe, voire très complexe) comme une nouvelle théorie du complot. Ou comme une allégorie de la puissance financière. Disons qu’elle illustre par le fantastique le fait que la grande richesse ne s’acquiert et ne se garde qu’en sacrifiant du monde (les fameux œufs de l’omelette), ici les sacrifices sont juste ritualisés. Il faudra que je relise ce numéro quand la suite sortira, c’est sans doute la limite de la BD pour qui aime les récits linéaires et immédiatement compréhensible. Mais ce qui frappe surtout, c’est la beauté des dessins et de la mise en page. Des pages sombres, tout en clair-obscur absolument somptueuses, sur lesquelles on revient, plusieurs fois, rien que pour le plaisir des yeux. Magnifique.

Je conclue avec deux volumes fin de rééditions sous forme d’intégrale.

100-bullets-01Dernier volume donc pour l’édition de l’intégrale de 100 bullets de Brian Azzarello (scénario) et Eduardo Risso (dessin). Si vous vous souvenez, au tout début, l’agent Grave qui travaille pour on ne sait qui, rencontre des inconnus, et leur propose un flingue et 100 balles qui leur garantissent qu’ils pourront se venger de ceux qui leur ont pourri la vie, sans qu’il y ait la moindre conséquence judiciaire. Puis on s’aperçoit qu’il remet sur pied une organisation, les minutemen, qui était au service d’un trust, l’entente des plus puissantes familles de la mafia, avant de se retourner contre eux et d’être dissout. Il semble que Grave veuille maintenant combattre le Trust.

Complots, trahisons, retournements de veste et de situation, bastons … On ne peut pas dire que l’ensemble soit complètement clair, et il faudrait que je reprenne tout pour voir ce qui m’a échappé. Mais chaque péripétie est assez addictive pour qu’on ne puisse lâcher l’ensemble, si l’on ne craint pas l’outrance, si on aime les personnages à la Sin City, avec ce côté jouissif et défouloir de la violence bien exagérée à laquelle on ne croit pas complètement, et des coups de théâtre permanents.

Scalped-01Et pour finir le dernier volume de la série BD qui m’a le plus retourné les tripes et la cervelle depuis que je me suis mis au comics : fin du génial Scalped de Jason Aaron (scénario) et R. M. Guéra (dessin). Dans la réserve Lakota de Prairie Rose, Red Crow, parrain de la réserve et de son casino, Bad Horse, agent infiltré du FBI, Catcher sorte de fantôme hantant la réserve, et l’agent du FBI qui manipule Bad Horse vont s’affronter pour un final qui réserve encore quelques surprises.

Une conclusion à la hauteur d’une série exceptionnelle, par la richesse du récit, le réalisme terrible de la peinture de la survie dans une réserve dévastée par la pauvreté, l’alcool et la drogue, par la complexité des relations humaines mises en scène, le refus du manichéisme, la beauté d’un dessin qui fait ressentir la violence sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le gore gratuit.

Vraiment, La Série policière à lire, et relire. Cerise sur le gâteau pour les toulousain, le dessinateur R. M. Guéra a accepté de venir pour le festival Toulouse polars du Sud. Mais on en reparlera.

Warren Ellis (scénario), Juan Jose Ryp (dessin) / Black summer et No hero, Hi Comics, traduit de l’anglais par Eric Betsch puis Warren Ellis (scénario), Garrie Gastony (dessin) / Supergod Hi Comics, traduit de l’anglais par Philippe Tullier.

Jonathan Hickman (scénario), Cocker Tomm (dessin) / Black Monday murders (T1), Gloire à Mammon, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Maxime Le Dain

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Quelques BD

Si j’ai été moins présent ces derniers temps c’est aussi que je me fais une overdose de comics.

Pour commencer, les nouvelles de chez nous, ou de l’autre côté de l’Atlantique m’ont donné envie de relire Transmetropolitan. Je sais je suis lourd, mais que voulez-vous, c’est un chef-d’œuvre, au même titre que La griffe du chien. Ni plus ni moins. J’ai tout relu c’est grandiose, c’est atrocement d’actualité, et je vous renvoie à ce que j’ai écrit là.

planetary-01Du coup j’ai eu envie de découvrir l’autre BD culte scénarisée par Warren Ellis, Planetary. Coup de chance, l’intégrale est sortie en deux volumes.

Jakita Wagner, le Batteur et Elijah Snow sont l’équipe Planetary. Trois agents dotés de pouvoirs spéciaux, chargés de découvrir ce qui se cache derrière les phénomènes paranormaux sur Terre. Ils vont, au fil de leur enquête, s’apercevoir qu’ils luttent en fait contre les Quatre, qui ont acquis un savoir scientifique hors norme dans les années 60. Et leurs aventures les amèneront à affronter, ou collaborer avec Wonder Woman, Batman ou … Sherlock Holmes et Dracula. Sans compter des fourmis géantes, ou des créatures venues des profondeurs.

J’avoue, j’ai eu un peu de mal à entrer dans la série, dont les épisodes sont asse

planetary-02

z décousus. Mais les dessins, les décors, sont tellement beaux, que j’ai persévéré. Et même si ma culture comics est assez limitée, et si j’ai vu peu de films d’épouvante ou de SF des années d’or, mon petit vernis culturel est suffisant pour que je m’amuse aux références innombrables qui émaillent les différents épisodes.

Puis peu à peu, la magie opère, le puzzle se révèle, et c’est un véritable pied. Que c’est jouissif de voir apparaître telle ou telle référence, de voir les fils se relier, d’apprécier la beauté d’une pleine page. Certes, on n’a pas là la puissance de Transmetropolitan, mais le voyage est magnifique.

deadlyclass2Autre série que je découvre petit à petit : Deadly Class, de Rick Remember, Wes Craig et Jordan Boyd. Marcus Lopez, orphelin après la mort accidentelle de ses parents a vécu dans la rue. Il est sur le point de se suicider quand il est sauvé par une jeune fille, Saya, qui le fait entrer à l’académie des Arts Létaux, qui forme des assassins. Il va vite s’apercevoir que là aussi, les classes sociales existent, et qu’on n’est pas traité de la même façon si on vient de la mafia russe ou mexicaine, que si l’on est un orphelin.

Quatre albums sont déjà parus, qui se terminent sur une épreuve de passage en seconde année … sanglante.

C’est sec comme un coup de trique, sanglant, resserré et violent. Les dessins sont au diapason, une sorte de récit de vie académique ou étudiante où les relations entre les élèves sont un peu plus tendues et nerveuses que dans les collèges anglais ou chez Harry Potter … Très bien si on veut du nerveux bien noir, et je suis curieux de voir la suite, les auteurs ayant le chic pour vous laisser sur un superbe cliffhanger, ou sur de sacrés chocs.

deadlyclass1

Warren Ellis (scénario), John Cassaday (dessin) / Planetary, Urban comics (2016, 2017), traduit de l’anglais par Alex Nilolavitch et Jérémy Manesse.

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class, Urban comics (2015, 2017), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

 

 

Pour rester de bonne humeur

Le programme de ce matin sur France Culture (oui, j’écoute France Culture dans ma voiture le matin, je suis un abominable bobo), m’a donné envie de vous remettre une couche sur quelques BD.

La thématique ? La vérité compte-elle encore en politique. Bon poser la question est déjà assez rigolo … mais comme souvent sur cette radio, et même si je n’aime guère l’animateur que je trouve beaucoup trop bavard, il y avait des invités intéressants qui avaient le temps de développer. Et de montrer, en l’occurrence, que oui, le mensonge en politique remonte à la plus haute antiquité comme disait l’autre, mais qu’avec Trump ou la campagne du Brexit entre autres on était passé à une autre dimension.

Ellis TransUne dimension déjà prévue et somptueusement mise en scène par Warren Ellis et Darick Robertson à la fin des années 90 dans le génial Transmetropolitan. Si vous voulez savoir à quoi pourraient bien ressembler les années à venir, je vous conseille d’attaquer les cinq volumes sans tarder. C’est méchant, férocement drôle, scatologique, explosif, jouissif … Et prémonitoire.

Et puis comme il a été question, entre autres, de croyance, et de comment, face aux mensonges éhontés de certains, toute tentative de démonter le mensonge ne fait que renforcer la croyance des fanatiques, ben j’ai pensé à une autre BD géniale, Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Je vous avais causé du numéro 1 de l’intégrale. Je m’étais rué sur les volumes 2 et 3, et le 4 est paru fin août.

Preacher 01Ca tape toujours aussi fort sur mes amis les curetons, avec un descendant de Jésus pas piqué des hannetons, une espèce de pape dont vous me direz des nouvelles, et les « biographies » des certains personnages qui s’étoffent. On retrouve le délicieux Tête de Fion qui devient une star, des vrais fachos croyants comme on les aime, c’est parfois gras mais putain que c’est bon !

Voilà, c’était la bonne humeur rageuse de la journée …

 

Transmetropolitan, c’est fini.

Et voilà, ce coup-ci c’est l’affrontement final entre Spider Jerusalem et le Sourire, dans Transmetropolitan année 5 de Warren Ellis et Darick Robertson.

transmetropolitan-tome-5Ceux qui suivent ce blog en général et les aventures de Spider Jerusalem en particulier savent donc qu’on arrive à la fin : Spider Jerusalem est malade, condamné à assez court terme, le Président a réussi à le faire virer de son journal et à détruire toutes ses archives et il s’apprête à l’achever. Sauf que la bête à de la ressource et la vie dure. Et qu’il faut se méfier d’une bête blessée.

Le duel final a donc bien lieu, il est violent, trash, sanglant. Tous les coups sont permis (des deux côtés) et on ne s’arrêtera pas au premier sang.

Quel final ! Quand on suit la série, on ne peut s’empêcher, par moment, de craindre que la tension ne retombe, ou que le final ne soit pas à la hauteur des promesses. Crainte totalement injustifiée ! Ce cinquième et dernier volume monte encore en puissance, en violence, en humour et en rage. Un véritable feu d’artifice, une énergie hallucinante, une explosion de bruit, de fureur, de sons et de couleurs.

On en prend plein les yeux, plein les neurones, et on ne peut que regretter que ça se termine déjà tout en reconnaissant que l’histoire est bien bouclée, cohérente, et que la poursuivre ne pourrait que l’affaiblir.

Si je n’ai qu’un conseil à vous donner c’est celui-ci : Noël approche, vous allez recevoir ou faire des cadeaux, ces cinq années de Transmetropolitan font un magnifique cadeau ! Evitez quand même les âmes un peu trop sensibles ou trop attachées au politiquement correct et au langage châtié.

Pour les autres, cette série rentre sans le moindre doute dans mon panthéon des BD à avoir dans sa bibliothèque. Aux côtés de Maus, Sandman, Corto Maltese, V pour Vendetta, Blast et une petite poignée d’autres.

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 5 (The cure, One more time, I hate it here et Filth of the city 2000, 2001, 2002 et 2015), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Spider Jerusalem revient

Remercierai-je un jour assez celui ou celle qui m’a signalé la série Transmetropolitan de Warren Ellis et Darick Robertson ? Non. Même ainsi qu’il ou qu’elle soit assuré(e) de ma gratitude éternelle. Tout ça pour dire que le volume 4 qui reprend cette œuvre géniale est sorti et qu’il déménage.

Ellis TransA la fin de l’année 3, si vous avez tout suivi, Spider Jerusalem, le journaliste allumé, grossier, inconscient et incorruptible c’est fait virer de son journal et de chez lui. Sa guerre contre le nouveau Président (Le Sourire) prend une tournure de plus en plus violente. Le voilà maintenant à la rue (enfin pas tout à fait, car il a des ressources) avec ses deux sordides assistantes. Et lui parti, la présidence contrôle entièrement tous les media.

Croit contrôler tous les media. Parce que Spider trouve le moyen de publier quand même et de révéler les manœuvres les plus pourries du Sourire. La guerre continue donc, de plus en plus violente et crade. Avec une deadline terrible : Spider est malade, et il ne lui reste peut-être plus très longtemps à vivre.

C’est toujours grandiose, teigneux, méchant, drôle, impitoyable et intelligent. Ce quatrième recueil se singularise par ailleurs par sa tonalité plus sombre (si, c’est possible !), plus angoissante avec l’arrivée de la maladie de Spider, et un récit encore plus près de ceux qui souffrent. Les cases consacrés aux malades lâchés dans la rue faute de place dans les institutions psychiatriques sont particulièrement poignantes, tant les deux auteurs arrivent à rendre leurs souffrances sans jamais tomber dans les pleurnicheries (c’est vraiment pas le genre de la maison !)

La rage devant l’impunité des puissants (ici symbolisés par Le Sourire) et la servilité des media vous prend aux tripes, et on en vient à espérer que Spider et ses sordides assistantes se mettent à défourailler à tout va pour se défouler et faire sauter quelques dents et jaillir quelques tripes.

La suite de la bataille promet des moments d’anthologie et pour vous donner une idée de la tonalité du bousin, à son assistante qui lui rappelle qu’il ne lui reste, plus ou moins, qu’une année à vivre, Spider répond : « On a donc une deadline. Les deadlines, on connaît. »

Pas d’auto-apitoiement ici. Tant qu’il y aura des BD comme V pour vendetta ou Transmetropolitan les ₰µµ !!!§§§ qui nous gouvernent avec la complicité baveuses de tous les grands media n’auront pas tout gagné.

Ellis Trans 01

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 4 (Spider’s trash et Dirge 2000, 2001 et 2005), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Transmetropolitan année 3

Les rééditions de Transmetropolitan, que j’avais découvert grâce aux conseils de certains habitués, continue. Revoici donc le journaliste allumé de Warren Ellis et Darick Robertson de retour dans Transmetropolitan année 3.

Transmetropolitan3Si vous suivez ce blog depuis quelques temps vous connaissez déjà Spider Jerusalem, le journaliste infect amoureux de la Vérité. Spider vit dans le luxe parce que ses articles rapportent beaucoup d’argent au journal. Sinon il est infect, violent, drogué jusqu’à la moelle, misogyne, misanthrope, tordu … Un amour. Mais, mais, il est d’une intégrité totale : Rien ne peut le détourner de la recherche de la Vérité, rien ni personne ne lui fait peur, ni le nouveau Président, encore plus pourri que le précédent, ni les services secrets, ni la police. Quand il décide, avec ses deux « sordides assistantes » de tout dire sur le Sourire, le nouveau Président la guerre est déclarée, et des deux côtés tous les moyens seront bons et il n’y aura pas de prisonniers.

Putain que c’est bon  et jouissifs ! C’est grossier, outrancier, violent, parfois sinistre, scato … Ça pète de partout, ça hurle, ça éructe, le sang gicle, les molaires volent … et c’est bon ! Quelle énergie, quelle vitalité, c’est frénétique … Et c’est intelligent, parfois touchant, très souvent drôle (d’un humour certes très noir).

Bref le pied complet. Et si la réussite est si complète c’est que le dessin sait à merveille épouser la frénésie, l’hyperactivité tout en respectant les rares moments de calme, d’empathie et même, n’ayons pas peur des mots, de poésie.

Warren Ellis (scénario) et Darick Robertson (dessin) / Transmetropolitan année 3 (Lonely city et Gouge away, 1999 et 2000), Vertigo/Urban Comics (2015), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.