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William Boyle simple et juste

Avec un certain retard je découvre Tout est brisé, le deuxième roman traduit de l’américain William Boyle.

BoyleErica est à bout de force. Dans sa petite maison de Brooklyn elle s’occupe de son père en fin de vie qui la tyrannise, bosse pour arriver à payer péniblement les dépenses quotidiennes, et est sans aucune nouvelles de son fils, Jimmy, parti vivre au Texas. Une vie de fatigue permanente.

Jimmy de son côté passe de cuite en cuite, et se retrouve à la rue, largué par son ami du moment. En désespoir de cause il décide de revenir à la maison, où la cohabitation avec sa mère et son grand-père ne s’annonce pas facile.

Autant avertir tout de suite le lecteur, Tout est brisé n’est pas un polar, ni même un roman noir, c’est une tranche de vie, quelques jours de l’existence d’Erica et Jimmy, sans révélation fracassante ni chute inattendue. Donc si vous cherchez du suspense, des renversements, du mystère ou des affrontements, vous pouvez éviter.

Pourtant William Boyle arrive à nous intéresser et à nous émouvoir.

Chacun selon son âge et son vécu se reconnaîtra forcément, à un moment ou un autre, dans ce que vivent et ressentent Erica et Jimmy. C’est la force de ce roman qui sonne terriblement juste, grâce à l’empathie de l’auteur et à l’apparente simplicité avec laquelle il décrit des moments et des émotions que nous sommes tous amenés à connaître. J’ai pour ma part été très touché par la fatigue, la frustration et malgré tout la résistance d’Erica face à l’épuisement, le boulot, la maladie de son père, la relation difficile avec sa sœur et celle quasi inexistante avec son fils.

Un roman court, juste et émouvant.

William Boyle / Tout est brisé (Everything is broken, 2017), Gallmeister/Totem (2018), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

Rivages Noir n°1000

Avec quelques mois de retard, je lis enfin le numéro 1000 de l’excellentissime collection Rivages/Noir. Gravesend de William Boyle.

unknownGravesend, quartier italien du sud de Brooklyn. Conway, 26 ans, ne s’est jamais remis de la mort de son frère Duncan, percuté par une voiture alors qu’il essayait d’échapper à la bande de petites frappes de Ray Boy Calabrese. Et voilà qu’après 16 ans de prison, Ray Boy va sortir.

Eugene était à peine né quand son oncle Ray Boy est parti en prison. Il a fait de lui son héros et veut, lui aussi, devenir la terreur du quartier.

Alessandra était partie à LA, faire une carrière d’actrice. Rien n’a fonctionné, et elle revient dans son quartier à la mort de la mère, sans trop savoir ce qu’elle va faire de sa vie.

Autant de destins qui vont se télescoper dans le quartier de Gravesend que l’on ne quitte jamais vraiment.

Du bon vrai roman noir, digne de porter ce numéro 1000 de Rivages/Noir. Ce roman prend le contrepied complet du rêve américain. Il raconte une fuite impossible : l’impossibilité à échapper à son milieu social, culturel, à sa classe et à son quartier.

Il le fait au travers de destins que l’on sait sur le chemin de la catastrophe, dans le courant du fleuve qui les mène aux chutes inévitables. Les personnages tentent sans succès de quitter un quartier qui change. Impossible d’échapper à son histoire italienne, impossible d’échapper à son histoire ouvrière. L’accent, le goût de la cuisine familiale, la pauvreté, sont autant l’élastiques qui les rattachent et ne rompent jamais.

Tout est décrit avec un vrai sens de la tragédie et surtout beaucoup d’empathie, de tendresse et de justesse. Même s’ils sont souvent égoïstes, lâches, faibles … On se les aime ces personnages parce que l’auteur nous fait sentir leur humanité et nous aide à les comprendre.

Un beau n°1000 pour une belle collection.

William Boyle / Gravesend (Gravesend, 2013), Rivages / Noir (2016), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.