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3° William Boyle, raté pour moi.

William Boyle est décidément l’écrivain de Brooklyn. Il confirme avec son troisième roman traduit Le témoin solitaire, qui cependant ne me convainc qu’à moitié.

Boyle 02Amy a eu une jeunesse mouvementée, barmaid à Manhattan, elle a fini plus d’une nuit complètement bourrée. Elle était venue s’installer avec Alessandra, son amante du moment à Gravesend, quartier de Brooklyn. Quand Alessandra l’a quittée pour fuir ce quartier qu’elle déteste et s’installer à Los Angeles, elle est restée, et a décidée de se rendre utile aux gens.

Depuis elle fréquente l’église, porte la communion aux vieilles dames qui ne peuvent plus sortir de chez elles, leur tient compagnie … C’est comme ça qu’elle surprend Vincent, un jeune homme louche qui prétend venir visiter la Mme Epifanio de la part de sa mère bloquée par la grippe. Elle décide de le suivre dans le rue, le soir. Et elle se retrouve témoin de son meurtre, tué par un autre homme d’un coup de couteau. Au lieu d’appeler les secours et la police, elle ramasse le couteau. Première d’une série de mauvaises décisions.

Une fois de plus il ne se passe pas grand-chose dans ce roman de William Boyle, mais ses lecteurs ont l’habitude, ils savent que ses romans sont des chroniques du quartier pas des thrillers dopés à la testostérone. Mais si dans les deux premiers il avait réussi à m’intéresser au sort de ses personnages et à m’émouvoir, cette fois c’est raté.

Il faut dire qu’Amy accumule les choix aberrants. C’est simple, face à quasiment chaque situation, elle prend la plus mauvaise option. Mais ce n’est pas ça qui m’a gêné. C’est qu’à aucun moment je n’ai pu comprendre la raison de son attitude. Je ne sais pas si c’est voulu par l’auteur, mais on ne comprend absolument pas ce qui l’anime, ce qui motive ses actions. Et c’est également le cas d’une bonne partie des personnes qui l’entourent.

J’ai lu, étonné, un peu surpris au début, mais j’ai fini par me désintéresser du sort de personnages dont je ne comprenais aucune des réactions. Le cours de l’histoire même a fini par me sembler incohérente, avec les péripéties peu crédibles. Pour tout dire, j’ai terminé le livre au ralenti, sans trop me préoccuper de ce qui allait arriver aux uns ou aux autres.

Après c’est peut-être moi qui suis de mauvais poil en ce moment, ou qui sature en fin d’année, j’ai lu des avis positifs sur d’autres blogs. A vous de vous faire une opinion. Je reviens bientôt de meilleure humeur grâce à quelques BD.

William Boyle / Le témoin solitaire (The lonely witness, 2018), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

William Boyle simple et juste

Avec un certain retard je découvre Tout est brisé, le deuxième roman traduit de l’américain William Boyle.

BoyleErica est à bout de force. Dans sa petite maison de Brooklyn elle s’occupe de son père en fin de vie qui la tyrannise, bosse pour arriver à payer péniblement les dépenses quotidiennes, et est sans aucune nouvelles de son fils, Jimmy, parti vivre au Texas. Une vie de fatigue permanente.

Jimmy de son côté passe de cuite en cuite, et se retrouve à la rue, largué par son ami du moment. En désespoir de cause il décide de revenir à la maison, où la cohabitation avec sa mère et son grand-père ne s’annonce pas facile.

Autant avertir tout de suite le lecteur, Tout est brisé n’est pas un polar, ni même un roman noir, c’est une tranche de vie, quelques jours de l’existence d’Erica et Jimmy, sans révélation fracassante ni chute inattendue. Donc si vous cherchez du suspense, des renversements, du mystère ou des affrontements, vous pouvez éviter.

Pourtant William Boyle arrive à nous intéresser et à nous émouvoir.

Chacun selon son âge et son vécu se reconnaîtra forcément, à un moment ou un autre, dans ce que vivent et ressentent Erica et Jimmy. C’est la force de ce roman qui sonne terriblement juste, grâce à l’empathie de l’auteur et à l’apparente simplicité avec laquelle il décrit des moments et des émotions que nous sommes tous amenés à connaître. J’ai pour ma part été très touché par la fatigue, la frustration et malgré tout la résistance d’Erica face à l’épuisement, le boulot, la maladie de son père, la relation difficile avec sa sœur et celle quasi inexistante avec son fils.

Un roman court, juste et émouvant.

William Boyle / Tout est brisé (Everything is broken, 2017), Gallmeister/Totem (2018), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

Rivages Noir n°1000

Avec quelques mois de retard, je lis enfin le numéro 1000 de l’excellentissime collection Rivages/Noir. Gravesend de William Boyle.

unknownGravesend, quartier italien du sud de Brooklyn. Conway, 26 ans, ne s’est jamais remis de la mort de son frère Duncan, percuté par une voiture alors qu’il essayait d’échapper à la bande de petites frappes de Ray Boy Calabrese. Et voilà qu’après 16 ans de prison, Ray Boy va sortir.

Eugene était à peine né quand son oncle Ray Boy est parti en prison. Il a fait de lui son héros et veut, lui aussi, devenir la terreur du quartier.

Alessandra était partie à LA, faire une carrière d’actrice. Rien n’a fonctionné, et elle revient dans son quartier à la mort de la mère, sans trop savoir ce qu’elle va faire de sa vie.

Autant de destins qui vont se télescoper dans le quartier de Gravesend que l’on ne quitte jamais vraiment.

Du bon vrai roman noir, digne de porter ce numéro 1000 de Rivages/Noir. Ce roman prend le contrepied complet du rêve américain. Il raconte une fuite impossible : l’impossibilité à échapper à son milieu social, culturel, à sa classe et à son quartier.

Il le fait au travers de destins que l’on sait sur le chemin de la catastrophe, dans le courant du fleuve qui les mène aux chutes inévitables. Les personnages tentent sans succès de quitter un quartier qui change. Impossible d’échapper à son histoire italienne, impossible d’échapper à son histoire ouvrière. L’accent, le goût de la cuisine familiale, la pauvreté, sont autant l’élastiques qui les rattachent et ne rompent jamais.

Tout est décrit avec un vrai sens de la tragédie et surtout beaucoup d’empathie, de tendresse et de justesse. Même s’ils sont souvent égoïstes, lâches, faibles … On se les aime ces personnages parce que l’auteur nous fait sentir leur humanité et nous aide à les comprendre.

Un beau n°1000 pour une belle collection.

William Boyle / Gravesend (Gravesend, 2013), Rivages / Noir (2016), traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.