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Dry bones

On a attendu, il ne venait pas, mais il est enfin là. Dry Bones, le nouveau Craig Johnson.

JohnsonQui aurait pu imaginer que la découverte d’un magnifique spécimen de T-Rex, fossile bien entendu, dans les terres de Danny Lone Elk, comté d’Absaroka allait déchainer de telles passions ? FBI, procureur adjoint, média locaux et nationaux, réseaux sociaux, musées, paléontologues, Cheyennes plus ou moins traditionalistes … Tout ce beau monde va déferler sur le dos, heureusement solide, de Walt Longmire.

Qui va bien avoir besoin de l’aide de toute sa tribu alors qu’il doit, dans le même temps, aller chercher sa fille et sa toute nouvelle petite fille à l’aéroport.

On a attendu plus que d’habitude, et c’est un bon cru, avec tout ce qui fait que l’on aime les romans de la série. La nature très présente, parfois magnifique, parfois effrayante, la bande réunie, avec des dialogues toujours ciselés et l’humour de Craig Johnson. Plus une intrigue solide.

Ça c’est la base maintenant connue, et recherchée, par les fans de Walt Longmire. Sur cette base chaque épisode apporte quelques épices nouvelles. Ici cette histoire de paléontologie qui nous montre que même dans le monde de la recherche et des dinosaures, tout finit par être une question de gros sous. Faut-il y voir un hommage discret à son défunt ami Tony Hillerman, qui a lui aussi plusieurs fois mis en scène des fouilles et les rivalités parfois meurtrières qu’elles occasionnent ? Il faudra lui poser la question la prochaine fois qu’il viendra en France.

Ajoutez également un ombre bien sombre qui pourrait s’étendre sur Walt et sa bande, qui apporte une tension supplémentaire, et va entretenir l’inquiétude dans les épisodes à venir. Mais je n’en dis pas plus, à vous de découvrir de quoi il s’agit. A lire bien évidemment.

Craig Johnson / Dry Bones (Dry Bones, 2015), Gallmeister (2019), traduit du l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Canyons

Un polar en retard de cette année : Canyons de Samuel Western.

Western1970. Ward Fall, jeune homme de très très bonne famille a invité Gwen et Eric Lindsay, frère et sœur jumeaux, avec qui il fait des études à Berkley à venir chasser dans un ranch appartenant à sa famille. A la fin d’une matinée de chasse, par accident il tue Gwen.

25 ans plus tard, la famille de Ward a fait faillite, il s’est marié avec une jeune femme très religieuse et vit dans un ranch sommaire dans le Wyomong. Eric est un musicien surdoué. Il a gagné et dépensé des fortunes et survit maintenant à Los Angles grâce à ses royalties et à quelques sessions de studio.

Jusqu’au jour où les deux hommes se croisent, et Ward invite Eric dans son ranch, pour chasser le cerf. Rage de l’un, culpabilité de l’autre, un mélange dangereux au moment de se perdre dans les canyons du Wyoming.

Pas mal mais j’ai une restriction, et il m’est difficile d’en dire plus sans révéler un élément très important de l’intrigue. Je vais essayer quand même.

Toute la première partie est très bien, belle description de la nature, deux personnages intéressants, très différents l’un de l’autre et pourtant reliés par le drame initial. La tension monte vers une résolution très ouverte.

Et puis il y a le coup de théâtre, ou la résolution, aux deux tiers du livre, et pour moi la fin, si elle est toujours bien écrite, devient gentillette et convenue. Tout ce qui suit est prévisible et un poil moralisateur pour l’amateur de noir bien noir que je suis.

Mais le récit est suffisant bien mené pour qu’on ne s’ennuie pas, et cela plaira sans doute à ceux qui n’aime pas les romans trop sombres et sulfureux.

Samuel Western / Canyons (Canyons, 2015), Gallmeister (2019), traduit du l’anglais (USA) par Juliane Nivelt.

Walt, les bisons et le charbon

Le Craig Johnson du printemps est là. Il s’appelle Tout autre nom.

JohnsonL’hiver s’abat sur le Wyoming. Walt Longmire s’apprête à rentrer en hibernation quand son mentor, l’ancien shérif Lucian Connally lui demande de l’aide. Dans le comté voisin Gerald Holman, flic incorruptible, s’est suicidé sans laisser aucune explication. Le problème est qu’il s’est tiré deux balles dans la tête.

Sur place, Walt, Lucian et Vic Moretti qui est revenue de convalescence vont découvrir que lors de la dernière année trois femmes seules ont disparu dans le coin. Et que Gerald enquêtait sur ces disparitions. Une fois de plus Walt va se retrouver à patauger dans la neige, le vent et le brouillard.

Comment se renouveler dans la continuité ? Pour l’instant Craig Johnson a trouvé la manière.

Continuité des personnages bien entendu, que l’on retrouve avec un immense plaisir. Continuité dans la qualité des dialogues, toujours aussi mordants et drôles, surtout quand l’Ours ou Vic sont de la partie. Continuité du décor, avec une nature toujours présente, et ici une nature d’autant plus présente qu’en hiver elle devient rapidement mortelle. Continuité dans les visions de Walt qui, une fois de plus va risquer sa peau, se retrouver au bord du gouffre, et avoir les visions que ses lecteurs connaissent bien.

Et renouvellement parce que d’autres thèmes sont abordés, parce que, d’une façon ou d’une autre, le décor change quand même. Il est ici question de responsabilité, de culpabilité (mais je ne peux pas en dire plus sans dévoiler le fin mot de l’intrigue). Et surtout, notre shérif préféré va, dans l’espace de quelques jours, se trouver confronté à la nature la plus sauvage, ce qui va l’amener à essayer d’imiter le bison en colère (sans succès d’après Standing Bear) et être mis en danger par le symbole de l’Amérique industrielle dans ce qu’elle a de plus déshumanisé. Le tout au détour de deux scènes d’anthologie.

J’espère que vous n’avez rien compris mais que votre curiosité est piquée, et que vous allez vous précipiter sur ce nouveau Walt Longmire. Alors vous verrez que j’ai raison.

Craig Johnson / Tout autre nom (Any other name, 2014), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Putain, j’y crois pas !

J’ai un peu tardé, mais je respecte la tradition, une année de plus, avec le Craig Johnson de (fin de) printemps. Cette fois c’est : La dent du serpent.

JohnsonCela commence de façon assez étrange : Une vieille dame qui parle des anges qui logent chez elle et réparent tout ce qui ne marche pas, en échange d’un peu de nourriture qu’elle laisse à leur intention. Quand Walt va faire un tour avec la terreur, alias Vic, il trouve, dans le cabanon au fond du jardin, un ado d’une quinzaine d’années qui semble complètement coupé du monde. Il s’avère qu’il vient d’une communauté du comté voisin, une communauté qui ressemble à s’y tromper à une secte.

Et on pourrait s’arrêter là. Si les adeptes n’étaient pas aussi installés chez Walt, s’ils n’étaient pas lourdement armés, et s’ils ne disposaient pas de fonds dépassant de très loin ceux générés par les ventes de gâteaux qu’ils font au bord de la route …

Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas mon Walt Longmire préféré, mais, et là aussi sans vous mentir, il est hors de question que j’en rate un seul, tant c’est toujours aussi bon !

Je ne suis pas certain d’être complètement convaincu par l’intrigue, mais une fois de plus, je suis totalement emballé par l’humour, l’écriture, les dialogues, les personnages haut en couleur, les relations entre Walt et sa bande … Une fois de plus, c’est une plaisir immense de les retrouver, de rire, sourire, aimer, plaisanter, rager, castagner avec eux.

Une fois de plus c’est un plaisir immense de découvrir de nouveaux cinglés concoctés par Craig Johnson, de profiter des paysages du Wyoming. Et cette fois, son regard sur les différentes religions de cinglés qu’abrite l’ouest est un régal supplémentaire.

Et puis, un livre qui tout en ne cachant rien des saloperies de notre monde, peut donner un tout petit espoir dans ce que l’humanité a de meilleur, ce n’est pas à négliger en ces temps où les trois valeurs mises en avant sont le fric, le fric et le fric. A lire donc, sans faute.

Et pour comprendre le titre de ma chronique, il faut lire le bouquin …

Craig Johnson / La dent du serpent (A serpent’s tooth, 2013), Gallmeister (2017), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Notre shérif préféré

Tous les ans, on sait qu’il y a au moins deux bonnes nouvelles : Le nouveau roman de Camilleri et le nouveau roman de Craig Johnson : A vol d’oiseau.

couv rivireWalt Longmire se retrouve avec une mission très compliquée : organiser le mariage de sa fille. Pire, l’organiser avec son ami Henry Standing Bear dans la réserve Cheyenne … Alors qu’ils sont en repérage, ils sont témoins de la mort d’une jeune femme qui tombe du haut d’une falaise. Il s’avère qu’elle avait son fils de quelques mois dans les bras. Et que le suicide est fort improbable. Voici donc Walt embarqué dans une enquête sur un territoire où il n’a aucune autorité, en butte à l’hostilité de la nouvelle (et très en colère) chef de police de la réserve. Et le FBI qui leur débarque dans les pattes …

Tout cela risque de faire passer les préparatifs du mariage au second plan. Ce qui est une très mauvaise idée pour la paix familiale.

Quel plaisir de retrouver Walt, Henry et les autres. Craig Johnson une fois de plus nous régale en nous offrant ce qu’on cherche dans ses romans : retrouver des amis, sourire s’émouvoir, sentir les grands espaces, l’humanité et la noirceur. Il nous offre ce qu’on attend et en même temps arrive à se renouveler à chaque fois.

Ici, comme pour le premier roman de la série, nous sommes dans la réserve. Une bonne intrigue, de l’humour, la peinture de gens qui vivent (ou survivent) dans une pauvreté inimaginable, mais une peinture sans angélisme ni misérabilisme, capable de montrer la dignité, la rage, la lutte mais aussi le renoncement, l’abandon et la violence retournée contre les plus faibles.

Même si ce nouvel épisode ne se hisse pas au niveau du magistral Tous les démons sont ici, c’est encore et toujours un très bon roman que l’on referme déjà nostalgique et pressé de retrouver toute la bande. Décidément le temps n’a de prise ni sur Walt Longmire ni sur le talent de Craig Johnson.

Craig Johnson  / A vol d’oiseau (As a Crow flies, 2012), Gallmeister (2016), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Contre la barbarie ? Walt Longmire.

J’avais besoin d’humanité, d’amitié, de souffle et de chaleur. Paradoxalement, cette chaleur on la trouve dans l’hiver glacial de Steamboat de notre cowboy préféré : Craig Johnson.

couv rivireSoir de Noël, Walt Longmire s’apprête à quitter son poste quand arrive une jeune femme, visiblement très émue, qui demande à rencontrer Lucian Connally, l’ancien shérif. Bien qu’elle refuse de dire son nom et la raison de sa visite, Walt l’accompagne à la maison de retraite où il avait, de toute façon, l’intention de se rendre.

Sur place, la jeune femme ne dit qu’un mot : Steamboat. Un mot qui les ramène à une autre nuit de Noël, plus de vingt ans auparavant, en 1988, l’année du premier Noël de Walt comme shérif.

Ce n’est pas un roman, ce n’est pas non plus une nouvelle, c’est entre les deux. Ce n’est pas non plus un polar, plutôt une novella d’aventure. Mais on s’en fout, ça fait chaud au cœur. En attendant le prochain « gros » roman, aucun bouquin ne pouvait mieux tomber que celui-là.

Qui nous raconte magnifiquement une histoire comme on en lisait quand on était gamins. Une histoire de lutte contre les éléments, d’hommes (hommes au sens êtres humains, OK ? il y a aussi des femmes dedans) qui se serrent les coudes, qui balancent de grosses vannes quand tout va mal, et qui quand le boulot est fait, vont boire un coup pour évacuer la tension.

Et puis il y a cette réponse, si simple, si évidente et pourtant si importante de Walt à quelqu’un qui refuse de risquer sa vie, et lui demande pourquoi il fait ça : « c’est une question de ce qu’on doit faire, et comment continuer à vivre si on ne le fait pas ». Et ça aussi, ça fait du bien de le lire ces jours-ci … Parce qu’il y a des gens, des français, qu’on présente souvent comme de plus en plus égoïstes, individualistes, superficiels … Qui sont sortis de chez eux vendredi soir pour aider un blessé, qui ont ouvert leur porte pour accueillir un inconnu.

Bien sûr, Craig Johnson nous parle d’héroïsme romanesque, d’héroïsme hollywoodien, un héroïsme à la Gary Cooper, ou Kirk Douglas. Et c’est un conteur hors pair qui vous embarque dans sa galère (ou ici son avion) comme si vous y étiez, il arrive à vous faire vibrer, sourire et pleurer en même temps, il raconte des personnages à la fois tellement proches et tellement plus grands que ceux qu’on rencontre quotidiennement.

Mais vendredi, pleins d’anonymes, d’inconnus dont personne n’écrira l’histoire ont dû, sans même y réfléchir se dire que « c’est une question de ce qu’on doit faire, et comment continuer à vivre si on ne le fait pas ». Pleins d’anonymes qui retourneront peut-être à une vie insouciante, avec qui peut-être demain je ne serai d’accord sur rien ou presque, peut-être même que je les trouverai insupportables, mais vendredi soir ils ont été des Walt Longmire l’espace de quelques instants.

C’est à eux que je veux dédier cette lecture.

Et c’est pourquoi Craig Johnson est grand.

Craig Johnson  / Steamboat (Spirit of steamboat, 2012), Gallmeister (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.

Un autre shérif dans le Wyoming

La rentrée est décidément américaine. Elle continue avec un autre nouveau venu, du Wyoming, Clayton Lindemuth : Une contrée paisible et froide.

LindemuthBittersmith, un bled paumé au nord du Wyoming. Le shérif, Bittersmith (de la famille du fondateur de la ville) y fait régner sa loi depuis des décennies. Une loi qui ressemble fort à la loi du plus fort, et le plus fort c’était lui. Mais aujourd’hui, à 72 ans, le conseil a voté son remplacement. Alors qu’une tempête de neige s’annonce, il s’apprête à vivre son dernier jour à son poste quand il est appelé chez Burt Haudesert, un fermier membre de la milice d’extrême droite locale. Ce dernier est mort, transpercé par une fourche, sa fille a disparu, ainsi que Gale le jeune homme qu’il employait comme ouvrier agricole.

Pour Bittersmith, c’est certain, Gale est coupable, et il va l’abattre dans la journée, avant de rendre son insigne. Mais d’autres sont sur ses traces : Le futur shérif qui veut prouver sa valeur, et les fils de Burt lancés à la poursuite avec leurs amis de la milice. Même si son sort semble scellé, Gale ne manque pas de ressources, et la réalité est peut-être plus complexe, et plus sordide qu’il n’y paraît.

Les grands espaces du Wyoming, une meute à la poursuite d’un fuyard, la tempête qui s’annonce … On pourrait s’attendre du western moderne en grand écran. Mais non, l’auteur a fait un autre choix. Celui d’enfermer les protagonistes dans une zone assez petite qu’il ne vont pouvoir quitter, mais également de les enfermer dans leur passé qui, petit à petit, au cours du récit nous sera révélé. Comme nous est révélé, parcimonieusement, ce qui s’est réellement passé chez Burt Haudesert.

Si j’ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman qui, à mon goût, souffre de quelques lenteurs à son début, il prend ensuite du rythme. L’auteur alterne les points de vue et les temps du récit qui éclaire le passé des différents protagonistes ; il change aussi très bien de rythme, passant d’une scène d’action à un souvenir, d’un moment plein de bruit, de fureur et de sang à un moment de réflexion ou de tendresse.

Jusqu’au bout, le lecteur ne sait pas comment tout cela va se terminer, et voit se dessiner, un tableau de plus en plus terrible d’une petite ville où les plus forts maltraitent sans aucune pitié les plus faibles (comme toujours, les enfants et les femmes), grâce à la complicité passive et la lâcheté du reste de leurs concitoyens.

Au final un beau roman, plus sombre et complexe qu’il n’y paraît au début.

Clayton Lindemuth  / Une contrée paisible et froide (Cold quiet country, 2012), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Brice Matthieussent.