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Un bon divertissement polonais

Avec La rage Zygmunt Miloszewski a abandonné son personnage de Teo Szacki. Mais il n’a pas abandonné l’écriture. Il revient avec un thriller survolté : Inavouable.

Miloszewski1944, du côté de la chaîne des Tatras en Pologne un résistant part, en pleine tempête de neige, pour cacher le secret le plus important de la guerre. Il meurt de froid sans atteindre sa destination.

De nos jours, toujours du côté des Tatras, un terroriste aux revendications assez floues menace de faire sauter les câbles du téléphérique alors que les cabines sont bloquées à mi-chemin au-dessus du vide.

Peu après, à Varsovie, Zofia Lorentz, chef du service de recouvrement des biens volés pendant la guerre, est contactée par les plus hautes autorités du pays. Le tableau le plus célèbre volé par les allemands a été retrouvé. Mais il est la propriété d’un citoyen inattaquable d’un pays ami, très ami. Pour le reprendre sans risquer le scandale, une seule solution : le voler.

Le début d’une course au trésor bien plus dangereuse qu’il n’y parait.

Autant le dire tout de suite, j’ai nettement préféré la série Teo Szacki, bien plus dense, où l’action est profondément ancrée dans la société polonaise d’hier et d’aujourd’hui, avec ses traumatismes, ses héritages et ses travers.

Ici, nous sommes dans le thriller d’action pure. Une sorte de Ocean Eleven, mâtiné de James Bond et d’Indiana Jones. Secrets enfouis, trésors mythique, une bande de spécialistes qui passent de chasseurs à proies, et une action qui va de Varsovie à New York, en passant par l’Ukraine, la Suède et la Croatie. Bref du cinémascope grand spectacle.

Ceci dit, même si je ne suis pas totalement convaincu par la résolution du mystère, l’auteur a un réel talent, ses scènes d’action sont impeccables, parfaitement rythmées et découpées, les pages tournent toutes seules, et il y a ce qu’il faut d’humour et de noirceur, de suspense et de poursuites pour que le pavé se lise d’une traite.

Je n’en garderai sans doute pas d’autre souvenir que celui d’avoir passé de bons moment de lecture plein d’adrénaline (ce qui n’est déjà pas mal), l’auteur s’est visiblement amusé (j’espère), et j’espère aussi qu’après cette récréation, il reviendra vers le style de romans qui l’ont fait connaître chez nous.

Zygmunt Miloszewski / Inavouable (Bezcenni, 2013), Fleuve Noir (2017), traduit du polonais par Kamil Barbarski.

Fin de partie pour Teo Szacki

Troisième et dernier volet, La rage du polonais Zygmunt Miloszewski conclut en beauté une trilogie qui est allé en s’améliorant.

miloszewskiLe procureur Teodore Szacki se fait peu à peu à la vie dans la petite ville de province d’Olsztyn. Il est en couple, et son ado de fille est venue vivre avec lui. Il regrette juste de n’avoir aucune affaire intéressante à se mettre sous la dent. Jusqu’à la découverte d’un squelette dans des souterrains mis à jour par des travaux sur la voirie. Dans un premier temps il livre les os à la faculté, pensant qu’il s’agit d’un mort de la deuxième guerre. Mais il s’avère que les os appartenaient, moins d’une semaine avant, à quelqu’un de bien vivant. Un tueur en série, ayant vu trop de séries américaines serait-il lâché dans les rues de la ville ?

La même semaine, Teodore fait une grossière erreur en sous-estimant la plainte d’une femme qui se dit harcelée par son mari. D’erreur en erreur, la vie de Szacki va devenir un véritable enfer.

Après deux volets qui exploraient le passé, Zygmunt Miloszewski conclut sa série avec un polar qui s’intéresse à la maltraitance au sein de la famille. Et au travers de cette peinture qui pourrait être intimiste et réduite au cercle familial, c’est toute la société polonaise actuelle qu’il radiographie.

Voilà pour la thématique. Par ailleurs, Teodore, au moment où il va falloir se séparer de lui, commençait à devenir un de ces personnages que l’on aime dans le polar : tête de lard, grande gueule, langue acéré et as de la formule qui claque, raide dans ses principes mais capable d’humanité, touchant dans ses erreurs et ses faiblesses … Bref le vrai enquêteur de polar comme on les aime.

Et pourtant, au moment où il pouvait devenir un personnage à suivre comme un Montalbano ou un Charitos, l’auteur nous l’enlève. C’est cruel, sans pitié, mais il faut bien avouer que cela donne une grande force au roman.

Zygmunt Miloszewski / La rage (Gniew, 2014), Fleuve Noir (2016), traduit du polonais par Kamil Barbarski.

Teodore Szacki acte deux.

Il y a peu j’ai enfin lu Zygmunt Miloszewski, et je vous avais promis de lire le suivant : Un fond de vérité. C’est chose faite. J’attends maintenant le troisième avec impatience.

Miloszewski-veriteRevoici Teodore Szacki, le procureur rencontré dans Les impliqués. Sa vie a complètement dérapé, il a divorcé et quitté Varsovie pour venir s’enterrer dans la très belle mais très provinciale et très calme ville de Sandomierz, où il ne se passe … rien. Alors Teodore déprime. Jusqu’à ce qu’on découvre le cadavre d’une femme, nue, égorgée au moyen d’un étrange coupe-coupe qui se révèle être un couteau utilisé par les rabbins pour tuer les bêtes de telle sorte que la viande soit casher.

Teodore se heurte à deux difficultés : Il ne connaît pas les gens de cette petite ville et du coup personne ne lui parle franchement. Et il doit affronter une hystérie antisémite grandissante, dans une ville au passé récent fort peu glorieux. Raison de plus pour ne rien lui dire, à lui l’étranger venu de la grande ville.

Lorsque le cadavre du mari de la première victime est trouvé, lui aussi macabrement mis en scène, la situation dérape.

C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé ce Teodore Szacki, qui pourtant, a priori, n’est pas la personne la plus sympathique au monde ! Un poil arrogant, parfois méprisant, content de lui … Et pourtant on ne peut s’empêcher de bien l’aimer. Parce qu’il est lucide sur lui-même et sur ses semblables, parce qu’il ne fait pas semblant, parce qu’il doute parfois, et parce qu’il appelle un chat un chat, et un abruti un abruti, sans se préoccuper de sa carrière. C’est le premier succès de cette série, avoir créé un personnage qu’on a eu tout de suite envie de revoir.

Mais ce n’est pas le seul. Le style est très plaisant. L’auteur (et le personnage) manient à merveille l’humour noir et grinçant et l’écriture est alerte et vive, donnant du rythme au récit. Un récit parfaitement maitrisé qui sait alterner construction de l’énigme, moments de suspense et coups de théâtres.

Pour finir, comme dans le premier volume, le roman est l’occasion pour l’auteur de revenir sur quelques belles saloperies de son pays, et de montrer que si elles ont eu lieu dans le passé, tout n’est pas terminé. C’est ici l’antisémitisme qui est au centre du propos. Zygmunt Miloszewski ne fait aucun cadeau à son pays, les horreurs de la guerre, d’avant la guerre et même d’après la guerre remontent à la surface. Le roman est aussi l’occasion de montrer que même aujourd’hui, la bêtise malfaisante reste vivace. La grande force de l’auteur étant de décrire tout cela sans jamais être larmoyant ni tomber dans le discours moralisateur et sans que jamais son personnage se départisse de son humour très noir et grinçant.

Un vrai plaisir, qui vient s’ajouter aux autres et fait de ce Fond de vérité un excellent polar, qui confirme le talent révélé par un premier roman très réussi. J’attends donc la suite avec impatience.

Zygmunt Miloszewski / Un fond de vérité (Ziarno prawdy, 2014), Mirobole (2014), traduit du polonais par Kamil Barbaski.

 

Découverte (tardive) d’un polar polonais

On n’arrive jamais à lire tout ce qu’on voudrait. C’est comme ça que, malgré le bien que j’en avais entendu dire, je n’avais pas trouvé le temps de découvrir Zygmunt Miloszewski, édité chez Mirobole. La sortie du second ouvrage traduit chez le même éditeur m’a donné l’occasion de revenir sur le premier : Les impliqués.

Miloszewski-impliquesNous sommes à Varsovie, en juin 2005. Cezary Rudzki, psy renommé spécialisé dans une forme de thérapie de groupe a réuni quatre de ses patients pour un travail d’un week-end complet dans les locaux dépendants d’une église. Le dimanche matin, après une séance très dure le samedi soir, hurlements : Un des patients, Henry Telak est mort, assassiné, une broche à rôtir plantée dans l’œil.

Le procureur Teodore Szacki est en change de l’affaire, une affaire qui l’agace prodigieusement, mais qu’il va quand même mener avec le sérieux que tout le monde lui connait. Et si le début de l’enquête lui donne l’impression de se trouver dans la peau d’un Hercule Poirot polonais ou dans un jeu de Cluedo, la suite va se révéler bien plus dangereuse, tant elle va faire remonter à la surface des fantômes que beaucoup voudraient oublier.

Ca commence un peu mou, avec en plus une séance de psy de groupe qui ne me convainc pas complètement … On croit un moment qu’on aura droit à un machin archi classique … mais très vite on est pris.

Tout d’abord par l’écriture, vive, qui sait passer du très sombre au très guilleret, toujours à propos et sans jamais forcer ses effets. L’auteur ne se regarde pas écrire mais impose son style fort agréable. Dans sa construction l’auteur à l’idée (certes pas inédite) de commencer chaque chapitre par un résumé des infos du jour. Résumé passé au crible d’un humour noir et critique. Cela rajoute au côté très alerte du récit et lui donne en même temps une profondeur en ancrant le récit dans une trames d’événements qui donnent une idée du cadre politique et social (ainsi que météorologique !)

Le personnage principal ensuite. Ce brave Teodore, parti pour être un peu terne se révèle fort intéressant. Courageux, fidèle à ses principes mais faillible, grande gueule mais cédant parfois à la trouille, en pleine crise dans sa vie personnelle, parfois compliqué dans sa caboche, capable d’empathie mais aussi parfois d’une certaine raideur … Bref ayant toute l’épaisseur et les contradictions qui en font un être humain, pardon un personnage, passionnant, parfois agaçant, souvent sympathique et surtout qu’on aura plaisir à retrouver.

Un autre personnage capte l’attention : la ville de Varsovie, superbement décrite dans toutes ses contradictions, ses horreurs mais également se beautés, ses traditions et ses nouveautés, ses habitants, ses quartiers, ses monuments … Un vrai personnage.

Finalement, le récit commencé comme une enquête très plan-plan surprend avant de prendre un virage assez sec pour faire remonter les pires saloperies des années passées. Au détour du récit, on voit comment les maîtres et tortionnaires d’hier n’ont rien perdu, ni de leur pouvoir économique ni de leur pouvoir de nuisance. Et ceci est fait avec une très grande cohérence dans le récit, sans révélation fracassante, sans chevalier blanc et pour un final … Dont je ne vous dirai rien mais qui est très bien !

Au final un polar classique dans sa narration, un poil lent à démarrer mais qui se révèle finalement passionnant et qui donne très envie de lire le suivant.

Zygmunt Miloszewski / Les impliqués (Uwikłanie, 2007), Pocket/Thriller (2015), traduit du polonais par Kamil Barbaski.