Shannon Burke, 911

En 2007, un des premiers romans à paraître dans la série noire nouveau format nous flanquait une immense claque dans la poire. C’était Manhattan grand-angle de l’américain Shannon Burke. Des années plus tard, le revoilà chez Sonatine avec ce 911 tout aussi marquant.

BurkeOllie Cross s’est engagé comme ambulancier à Harlem en attendant de réussir ses examens d’entrée en médecine. Il espère … Il espère quoi d’ailleurs ? Se rendre utile, aider, apprendre. En quelques semaines sa vie bascule, ses repères se diluent et il se sent un autre. Comme les anciens combattants, il sent que seuls ceux qui partagent son quotidien peuvent le comprendre, qu’ils sont devenus sa seule famille. Impossible d’expliquer, de faire ressentir ce qu’il vit au quotidien aux autres, ceux du dehors. La folie, la misère, la drogue, la haine, le désespoir … Et l’adrénaline, la toute-puissance de celui qui tient la vie d’un autre entre ses mains, et qui peut décider ce qu’il en fera. Descente aux enfers ou rédemption ?

Manhattan grand-angle était (est) un roman inoubliable, dans lequel la trame romanesque arrive à ajouter une histoire d’amour lumineuse et tragique sans jamais affadir ou affaiblir le propos et le constat.

911 est une chronique noire, sans intrigue (ou si peu) pour permettre au lecteur de se raccrocher à quelque chose. Seule interrogation, de quel côté va basculer le narrateur ? Dit avec un simplisme qui ne rend pas hommage à l’humanité du livre, vers le bien ou vers le mal ? Va-t-il, comme certains, s’autoriser à choisir ceux qu’il sauve et ceux qu’il laisse mourir ?

Pour le reste, bienvenue en enfer, avec quand même cette autre interrogation : De quel bois est donc fait cet auteur, qui a vécu les mêmes horreurs que le narrateur, pour avoir gardé une telle humanité ? Pour être capable d’autant d’empathie sans jamais pleurnicher, pour rendre aussi évidentes ces souffrances, cette rage sans jamais prêcher, sans jamais larmoyer ? Un sacré bonhomme sans doute, et un sacré écrivain de toute évidence.

Pour vous donner une idée, on ne peut s’empêcher de penser à Necropolis pour les descriptions, pour le constat, et pourtant, au désespoir macabre du roman de Lieberman, Shannon Burke répond par une foi dans l’humain qui résiste au pire, sans jamais tomber dans le pathos, l’apitoiement ou l’angélisme. Chez Burke les pauvres, les drogués, les miséreux sont des salauds, des pourris, ou des gens bien comme tout être humain, et si on trouve chez les ambulanciers des héros comme on peut en trouver en temps de guerre, tous ne sont pas non plus animés d’intentions pures et altruistes.

Au final, 911 est un très grand bouquin qui enrage, prend aux tripes, coupe le souffle, serre la gorge … Et arrive quand même à redonner un certain sourire. Putain de bouquin !

Shannon Burke / 911 (Black flies, 2008), Sonatine (2014), traduit de l’américain par Diniz Galhos.

2 réflexions au sujet de « Shannon Burke, 911 »

  1. Fred.

    Bonsoir,
    Merci pour m’avoir fait découvrir, en effet, ce putain de bouquin. C’est dur, mais tellement prenant! Je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver de l’empathie pour ces ambulanciers. Les descriptions sont tellement réalistes que je me demande si l’auteur n’a pas lui-même fait ce job.
    Vraiment, bravo! Je me suis décidé à parcourir votre bilan 2014, pour l’instant, je ne suis pas déçu, je me RéGALE…
    Merci encore,
    Frederic.

    Répondre

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