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Le sourire de Jack Rabbit

Oyez oyez, réjouissez-vous, Hap et Leonard sont de retour dans Le sourire de Jack Rabbit. Vive Joe R. Lansdale, Vive Hap et Leonard !

Hap et Brett ont finalement décidé de se marier. Et c’est au moment de l’arrivée des invités que débarque un couple improbable, Judith Mulhaney, et son fils Thomas qui porte un teeshirt clamant « White is right ». Mauvaise pioche, car parmi les dits invités se trouve, entre autres, le charmant Leonard qui, comme les savent les lecteurs fidèles, est noir, homosexuel, spécialiste d’arts martiaux et soupe au lait, pour ne pas dire un rien provoquant.

Malgré un mauvais départ, ils arrivent à embaucher nos amis pour retrouver leur sœur Jackrabbit dont ils n’ont plus de nouvelles depuis quelques semaines. Une jeune femme qui semble s’être détournée de Dieu (quelle horreur) et pourrait même avoir eu des relations avec des n…, enfin, vous, savez, des gens comme ça.

Parce qu’ils payent, parce que l’argent n’a pas d’odeur même si, on s’en doute, ni Brett, ni Hap, ni Leonard ne les aiment beaucoup, ils acceptent le boulot et vont se retrouver, une fois de plus, dans une petite ville texane qui est tombée sous la coupe d’un gros con raciste. La routine.

Il vous faut une lecture réjouissante, de belles scènes de baston et des dialogues qui vous feront éclater de rire ? Facile, il suffit de lire le dernier Hap et Leonard, le duo de privé le plus iconoclaste du polar.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, en prime vous aurez le portrait d’une Amérique complètement paumée, livrée aux prédicateurs les plus tarés et aux manipulateurs populistes les plus cupides.

Alors si vous n’avez pas le palais trop délicat et que des personnages qui appellent une bite une bite, font des blagues de cul et se réjouissent de tarter les gros cons comme ils le méritent ne vous rebutent pas, précipitez-vous, c’est le bon moment de ce début d’été.

Joe R. Lansdale / Le sourire de Jack Rabbit, (Jackrabbit smile, 2018), Denoël/Sueurs Froides (2021) traduit de l’anglais (USA) par Frédéric Brument.

Le baiser des Crazy Mountains

Chez Gallmeister, il y a depuis maintenant quelques années les aventures de Walt Longmire dans le Wyoming, et plus récemment celles de Dean Stranahan et Martha Ettinger dans le Montana de Keith McCafferty. La dernière en date : Le baiser des Crazy Mountains.

Max Gallagher, écrivain en panne d’inspiration, vient s’installer dans un bungalow du Montana. Quand il veut allumer le feu dans la cheminée, il a la mauvaise surprise de la trouver bouchée par un cadavre. Il s’avère que c’est celui de Cindy Huntington, jeune fille d’une quinzaine d’années disparue depuis plusieurs mois de chez elle.

La shérif Martha Ettinger va demander à Sean Stranahan, guide de pêche, peintre et privé occasionnel de proposer ses services à la mère de la jeune fille, une ancienne star du rodéo pour l’aider à découvrir ce qu’il s’est passé durant ces mois de fuite.

Keith McCafferty a vraiment trouvé son rythme de croisière depuis le roman précédent. Ca fonctionne du feu de dieu. Une galerie de personnages épatants, de plus en plus attachants, des descriptions d’une nature à la fois rude et magnifique très réussies, de l’humour, des dialogues qui fonctionnent, et des intrigues bien menées.

Comme donc chez son collègue du Wyoming, on prend énormément de plaisir à ces lectures qui nous apportent le dépaysement, le suspense, l’émotion et le sourire qui manquent cruellement en cette période. Un vrai plaisir, avec en prime ici quelques personnages secondaires bigger than life.

Ce serait dommage de s’en priver.

Keith McCafferty / Le baiser des Crazy Mountains, (Crazy Mountains kiss, 2015), Gallmeister (2021) traduit de l’anglais (USA) par Marc Boulet.

Le plongeur

Une découverte, un polar grec, ce qui est rare : Le plongeur de Minos Efstathiadis.

Chris Papas est privé à Hambourg. Chris Papas est le nom qu’il utilise en Allemagne, son vrai nom est Christos Papadimitrakopoulos, du nom de son père, grec du Péloponnèse. L’histoire commence de la façon la plus classique qui soit, il s’agit de suivre une jeune femme, Eva Döbling pendant 48 heures.

Mais son client se suicide, les flics allemands lui demandent des comptes et Eva est partie à Aigion, près de là où est né Chris. Le voici en route pour sa terre natale, où il aura rendez-vous avec de nombreux cadavres, et des résurgences d’une histoire ancienne.

Un roman bien étrange. Presque tout du long il s’apparente à une errance. Commencée en Allemagne elle se poursuit en Grèce. Un pays fort éloigné des clichés touristiques, l’auteur ayant choisi de la décrire en hiver, froide et grise, comme en hommage à certains films de Théo Angélopoulos (qui est d’ailleurs cité nommément dans le roman).

Chris Papas est plus un prétexte qu’un enquêteur. Il enquête fort peu et se déplace, ou plutôt est déplacé par les gens qu’il rencontre, et les informations lui sont fournies plus qu’il ne les cherche. Le lecteur déambule avec lui, découvre un pays structurellement délabré qui ne tient que grâce au dévouement de certains. Il découvre aussi des habitants naturellement accueillants et chaleureux.

Puis arrivent les dernières pages qui plongent le lecteur dans le passé, et lui font l’effet d’une énorme gifle glacée. Pour le laisser en état de choc.

Un roman très étonnant, original, gris puis très noir. Un autre regard sur la Grèce et son histoire, bien différent de la rage et l’humour chaleureux du commissaire Charitos de Petros Markaris.

Minos Efstathiadis / Le plongeur, (O Δύτηϛ, 2018), Actes sud (2020) traduit du grec par lucile arnoux-Farnoux.

Justice de rue

J’avais été très déçu par le précédent roman de Kriss Nelscott, Quatre jours de rage. Mais comme j’avais bien aimé les premiers de la série Smokey Dalton, j’ai persévéré et lu le dernier, Justice de rue. C’est mieux, beaucoup mieux.

Janvier 1970, il fait un froid polaire à Chicago. Lacey, 13 ans, est secourue par son frère Keith et Jimmy, celui qu’ils considèrent comme un cousin, alors qu’elle était violée et frappée dans un hôtel juste à côté de leur collège. Sachant que la police corrompue et raciste de la ville se moque éperdument de ce qui peut arriver à une gamine noire, Smokey Dalton, le père adoptif de Jimmy qui travaille comme privé sans licence, va prendre les choses en main. Et mettre à jour un réseau de prostitution qui s’attaque aux collégiennes.

J’avais trouvé l’écriture du précédent assez catastrophique, avec des lourdeurs rédhibitoires. Elles ont disparu ici. Et si on ne peut pas dire que le roman brille par la beauté ou l’originalité de sa prose, elle n’est pas gênante.

Ce qui permet de s’intéresser à l’histoire. Qui semble mieux convenir à l’auteur que la précédente. Dans Quatre jours de rage il lui manquait du souffle et de la puissance pour évoquer émeutes et chaos. Ici l’histoire est plus resserrée autour de quelques personnages, plus intime et émouvante, et elle semble plus à l’aise dans ce registre.

L’intrigue est bien menée, les personnages ont de l’épaisseur, on partage leurs émotions, on est embarqué avec Smokey. Tout fonctionne mieux. Une intrigue plus resserrée ne veut pas dire qu’on se désintéresse de la situation du pays ou de la ville. On ressent le froid glacial de Chicago. On a un bon aperçu de la corruption, de l’injustice d’un système scolaire qui se désintéresse complètement des quartiers noirs, et des violences que subissent les plus fragiles. A savoir ici des adolescentes noires, triplement victimes potentielles, parce que pauvres, noires et femmes.

Smokey n’est pas un chevalier blanc, il a ses préjugés, ses faiblesses, ses incohérences, ses doutes, et le final, très réussi, va le voir remettre en question un certain nombre de ses certitudes. Après un volume raté, un bon épisode de la saga, qui, sans être le roman le plus marquant de l’année, est un bon polar historique.

Ecrit originalement en 2014 et décrivant la réalité des années 70, il est encore tristement d’actualité.

Kris Nelscott / Justice de rue, (Street justice, 2014), L’aube noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Benoîte Dauvergne.

Tu me manqueras demain

Je suis souvent agacé par les quatrièmes de couverture emphatiques, et ensuite souvent déçu par ce qu’il y a à l’intérieur. Ca a été le cas, une fois de plus, avec Te me manqueras demain du norvégien Heine Bakkeid.

Thorkild Aske était flic. Suite à une affaire que l’on découvre au fil du roman, il a été blessé, arrêté et vient de sortir de prison. Son psychiatre lui conseille d’accepter d’aider une de ses patientes qui veut retrouver son fils disparu sur une île dans le nord du pays.

Dans un paysage secoué par les premières tempêtes d’automne, Thorkild va devoir affronter les éléments, des fantômes et des ennemis bien en chair qui pourraient vouloir sa peau.

On nous parle donc d’un nouveau Nesbo, d’un auteur d’exception, de dénouement fascinant … C’est un peu exagéré. Il y a du bon, et du moins bon dans ce premier roman, qui est effectivement prometteur, mais présente, à mon goût, deux gros défauts.

Ce qui est vraiment bien c’est l’évocation de ce pays du nord, du phare isolé sur l’île perdue au milieu du fjord, sur les conditions de vie, liées à une mer souvent déchaînée dans ces régions. On entend le vent, on sent le froid, l’humidité, la puissance de la mer. Et le final est vraiment réussi. Donc tout n’est pas raté.

Mais il y a pour moi deux éléments qui gâchent le roman.

Le premier tient au personnage central. Je ne suis absolument pas convaincu par le traumatisme de départ, révélé petit à petit, qui a entrainé sa mise en prison et son état suicidaire, ou pour le moins dépressif actuel. Je n’y crois pas, il est très forcé, et du coup difficile de croire vraiment au personnage.

Le second vient de l’utilisation du fantastique, ou sur surnaturel. Quand De Giovanni, ou Connolly mêlent du fantastique, ils n’essaient pas de nous le faire avaler comme les charlatans qui vendent leur soupe de voyants ou de guérisseurs. Là on dirait que l’auteur y croit, qu’il veut nous convaincre que, dans la vraie vie, un medium est habité par la voix d’une morte. Et le pire est que cela offre un des éléments qui met l’enquêteur sur la piste de la vérité, et là c’est tricher.

Donc du bon, et du moins bon, mais comme c’est effectivement prometteur, j’essaierai sans doute le prochain.

Heine Bakkeid / Te me manqueras demain, (Jeg skal savne deg i morgen, 2016), Les arènes/Equinox (2020) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

La dernière affaire de Jonnhy Bourbon

Le nouveau Carlos Salem est là, juste à temps pour Toulouse Polars du Sud. Il reprend son personnage le plus célèbre, à savoir Johnny Bourbon pour La dernière affaire de Johnny Bourbon.

Vous vous souvenez d’Arregui, le privé de Madrid, basque d’origine, l’un des rares personnages récurrents de Carlos Salem ? Il a le blues. La cinquantaine approche, il ne s’est jamais remis de la mort de Claudia, mais il gère son agence de main de maître, entre autres parce que les puissants savent qu’il a ses entrées au palais royal.

Mais c’est pour sa tête dure et son honnêteté que son ancien supérieur, du temps où il était flic, vient le chercher. L’un des hommes les plus haïs d’Espagne, magouilleur fini, qui doit avoir un dossier sur quasiment tous les politiques du pays, vient de se suicider en attendant sa mise en examen. Un suicide vraiment ? C’est pour mettre ses gros pieds dans les plats qu’Arregui est contacté.

Dans le même temps, son instinct lui dit d’éviter soigneusement cette fille aux cheveux verts qui veut absolument le voir. Pour combien de temps ? Il va bien avoir besoin dans cette affaire de ses deux associés, et de l’aide ponctuelle de son adjoint le moins discret, Johnny Bourbon qui s’ennuie depuis qu’il n’est plus roi.

Je ne suis pas très objectif avec les romans de Carlos (je ne suis jamais objectif en fait, mais encore moins ici), je suis un fan convaincu de la première heure. Mais là, croyez-moi, même si vous n’êtes pas comme moi, faites-moi confiance allez-y, c’est peut-être un de ses meilleurs romans.

C’est drôle, tendre, mélancolique, j’ai souri souvent, rit plusieurs fois, été au bord des larmes parfois. Du grand Salem qui maîtrise totalement son sujet sans rien perdre de sa folie et de son humour absurde. La façon qu’il a de mettre en scène le roi d’Espagne, à la fois touchant, ridicule, pathétique, courageux, le « sidekick » le plus improbable et pourtant un des plus réussis de la planète polar qui en compte un certain nombre.

Ajoutez une très belle description de son quartier à Madrid, une relation entre Arregui et son père magnifique, l’éloge de l’amitié et de l’amour, une empathie toujours là pour les perdants, les paumés, ceux qui sont différents, ceux qui ont dû se battre bec et ongles pour survivre, de très beaux portraits de femmes de tous âges, et un hommage pastiche aux grands anciens du polar.

Un grand Carlos Salem.

Carlos Salem / La dernière affaire de Johnny Bourbon, (Sigo siendo el rey (emérito) de España, El último caso de Johnny Bourbon, 2018), Actes Sud/Actes Noirs (2020) traduit de l’espagnol par Judith Vernant.

Lucky

J’ai découvert Joe Ide cet été avec son premier titre qui datait déjà de quelques années. J’ai poursuivi avec le suivant : Lucky.

IdeRevoilà Isaiah Quintabe, dit IQ, petit génie de Los Angeles qui survit grâce aux maigres paiements de ceux qu’il aide par ses enquêtes dans son quartier. Retrouver une broche en toc, protéger un club scientifique de lycée d’une grosse brute, dissuader une autre brute de harceler son ex … Voilà à quoi il s’emploie, quand il ne promène pas son chien, un magnifique pitbull qui a peur des gens. Cela lui laisse le temps de ruminer, encore et encore, la mort de son grand frère Marcus, tué par un chauffard quelques années plus tôt.

C’est alors qu’il est contacté par Sarita, la fiancée de Marcus au moment de sa mort. Elle a entendu parler de ses exploits et voudrait qu’il aide sa sœur, Janine, joueuse compulsive, qui s’est mise dans un sacré pétrin à Las Vegas. Accompagné par Dodson son, ami ? faire valoir ? il part pour la cité du jeu, sans savoir où il va mettre les pieds.

Si je devais avoir une petite restriction, je dirais que ce second volume ne bénéficie pas de l’effet de surprise du premier. Surtout pour moi qui l’ai lu il y a peu. Donc il peut laisser une impression d’un peu moins bon.

Mais objectivement, toutes les qualités de ce premier roman sont là. La description que l’on sent juste de ce quartier de LA, avec ses habitants qui essaient de vivre tranquillement mais aussi sa culture de gangs dans laquelle sont pris les plus jeunes. La dénonciation sans morale mais sans concession du choix de la violence comme mode de vie.

Et puis des dialogues impeccables et souvent très drôles, quelques personnages qui murissent et évoluent, y compris IQ qui, peut-être, va commencer à être un peu moins sauvage et s’apercevoir que même lui a besoin d’un peu de chaleur humaine, et le rythme trépidant de deux enquêtes en parallèle avec tout ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action.

Bref, c’est tout bon, et j’attends la suite vu qu’il semble y avoir 4 volumes publiés aux US.

Joe Ide / Lucky, (Righteous, 2017), Denoël/Sueurs Froides (2020) traduit de l’anglais (USA) par Dominique Garneray.

Gangs of L.A.

Je l’avais laissé passer en grand format, je me rattrape en poche grâce aux vacances. Gangs of L.A. de Joe Ide.

IdeIsaiah Quintabe, dit IQ, est noir, habitant d’un quartier populaire de L.A. Il rend service aux uns et aux autres grâce à ses talents d’investigateur, et à son intelligence hors du commun. Et se fait payer quand il peut, parfois en muffins immangeables. Mais là il va peut-être avoir une affaire qui va enfin lui rapporter de l’argent. Un rappeur qui a reçu des menaces de mort et a fait appel à Dodson, connaissance d’IQ, aussi magouilleur qu’IQ est honnête, aussi agité qu’il est calme.

Comment Isaiah qui semblait promis à un brillant avenir en est arrivé là ? Pourquoi connait-il une crapule comme Dodson ? Et en quoi consiste cette mission ? Il faudra lire pour le savoir.

Ouvrez, plongez, et c’est parti, à fond, pour un bon moment de pure énergie. Une écriture dynamique en diable, des dialogues parfaits, la description sans pitié du milieu archi bling bling des rappeurs californiens, une vulgarité hors norme. Des scènes d’action très réussies, un vrai talent pour accélérer et ralentir le rythme comme il faut pour le suspens.

Bref tout le savoir faire de nos amis ricains, au service d’une histoire parfois émouvante, souvent très drôle. Un vrai moment de bonheur que cette lecture jubilatoire.

Et comme IQ ressemble fort à un personnage qui pourrait revenir, je vais regarder tout de suite s’il n’est pas déjà de retour en grand format.

Joe Ide / Gangs of L.A., (IQ 2016), Folio Policier (2020) traduit de l’anglais (USA) par Diniz Galhos.

PS. Le titre français est quand même un peu con, et n’a rien à voir avec le roman.

La Vénus de Botticelli creek

Besoin d’un bol d’air pour cet été ? Ça tombe bien, voici le troisième roman de Keith McCafferty, La vénus de Botticelli Creek.

McCaffertyNous revoilà dans le Montana, du côté du parc de Yellowstone, avec Martha Ettinger, shérif, et Sean Stranahan, guide de pêche, peintre et privé, que Martha sollicite parfois pour l’aider dans ses enquêtes les plus difficiles. Et il semble que ce soit le cas avec la disparition de Nanika Martinelli, jeune femme flamboyante qui vient de disparaitre alors qu’elle est employée comme guide dans un des ranchs de la région.

Lors des recherches, un jeune cow-boy trouve la mort et l’enquête de Sean et Martha est dans une impasse, alors qu’autour du parc rangers et écologistes s’affrontent autour de la présence des loups. Loups et grizzlis … Mais comme le dit un des personnages, dans le coin, le prédateur le plus dangereux n’est pas forcément celui qui a les plus grandes dents et les plus grandes griffes.

Du bon boulot, solide pour un grand bol d’air, des paysages grandioses, la pêche dans les rivières du Montana (à laquelle l’auteur arrive à m’intéresser alors que je n’ai jamais pêché de ma vie). Deux personnages principaux auxquels on s’attache de plus en plus, une belle galerie de personnages secondaires, et une histoire qui offre ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action pour que les pages tournent toutes seules.

Ajoutez que l’auteur décrit aussi bien les habitants du coin que la nature, sait éclairer des conflits particuliers à cette région, ici avec la lutte entre locaux, bergers et écologistes et naturalistes autour de la présence du loup (et oui, là-bas comme ici), et que l’écriture passe de façon très fluide du lyrisme à la colère, avec en prime l’humour de dialogues ciselés, et vous avez un vrai bon polar, très addictif, dans la veine des grands espaces.

Plus que recommandable donc, et vivement le prochain !

Keith McCafferty / La vénus de Botticelli Creek, (Dead man’s fancy, 2015), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Janique Join-de Laurens.

Le pacte de l’étrange

Heureusement qu’un lecteur attentif m’a signalé la sortie d’un nouveau Charlie Parker, pas le saxophoniste bien entendu, mais le privé de John Connolly : Le pacte de l’étrange.

ConnollyCela commence de façon on ne peut plus classique : Charlie Parker est contacté par l’agent Ross du FBI pour retrouver un privé qui bossait pour lui, Jaycob Eyklund, disparu depuis quelques jours. Mais quand Charlie Parker et ses deux amis Angel et Louis se mêlent d’une affaire, elle reste rarement classique.

C’est comme ça qu’il va se retrouver sur le traces d’une étrange communauté vieille d’un peu plus de deux siècles, les Frères. Une communauté très secrète qui aurait pas mal de disparitions et de meurtres à son actif. Ajoutez des mafieux, Rachel, son ex, qui ne veut plus qu’il voit leur fille Sam ;  la vie de Charlie Parker continue à être compliquée.

Les habitués le savent, je suis fan de cette série Charlie Parker. J’aime le mélange des genres avec sa pointe de fantastique, j’aime son humour, j’adore les personnages, et j’aime le talent de conteur de l’auteur.

Une fois de plus, je n’ai pas été déçu. Même si ce n’est pas le meilleur de la série, la faute peut-être à des adversaires un peu plus faibles que d’habitude, qui font qu’on ne tremble guère pour Parker et ses deux acolytes, cela reste le très haut de gamme du divertissement.

Un peu plus de fantastique que parfois, toujours l’habileté de l’auteur qui arrive à mêler du surnaturel à ses histoires, mais sans jamais s’en servir pour faire avancer l’intrigue, des personnages secondaires aussi passionnants que le trio infernal, et beaucoup d’empathie, de suspense et d’émotion dans la description des relations entre Charlie, son ex, et leur fille qui, on le sent, va prendre de plus en plus d’importance dans la suite.

A lire donc pour les fans, mais attention pour ceux qui voudraient la découvrir, c’est une série qu’il faut impérativement commencer par le début si l’on ne veut pas passer à côté de beaucoup de détails.

John Connolly / Le pacte de l’étrange, (A game of ghosts, 2017), Presses de la cité/Sang d’encre (2020) traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.