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Justice de rue

J’avais été très déçu par le précédent roman de Kriss Nelscott, Quatre jours de rage. Mais comme j’avais bien aimé les premiers de la série Smokey Dalton, j’ai persévéré et lu le dernier, Justice de rue. C’est mieux, beaucoup mieux.

Janvier 1970, il fait un froid polaire à Chicago. Lacey, 13 ans, est secourue par son frère Keith et Jimmy, celui qu’ils considèrent comme un cousin, alors qu’elle était violée et frappée dans un hôtel juste à côté de leur collège. Sachant que la police corrompue et raciste de la ville se moque éperdument de ce qui peut arriver à une gamine noire, Smokey Dalton, le père adoptif de Jimmy qui travaille comme privé sans licence, va prendre les choses en main. Et mettre à jour un réseau de prostitution qui s’attaque aux collégiennes.

J’avais trouvé l’écriture du précédent assez catastrophique, avec des lourdeurs rédhibitoires. Elles ont disparu ici. Et si on ne peut pas dire que le roman brille par la beauté ou l’originalité de sa prose, elle n’est pas gênante.

Ce qui permet de s’intéresser à l’histoire. Qui semble mieux convenir à l’auteur que la précédente. Dans Quatre jours de rage il lui manquait du souffle et de la puissance pour évoquer émeutes et chaos. Ici l’histoire est plus resserrée autour de quelques personnages, plus intime et émouvante, et elle semble plus à l’aise dans ce registre.

L’intrigue est bien menée, les personnages ont de l’épaisseur, on partage leurs émotions, on est embarqué avec Smokey. Tout fonctionne mieux. Une intrigue plus resserrée ne veut pas dire qu’on se désintéresse de la situation du pays ou de la ville. On ressent le froid glacial de Chicago. On a un bon aperçu de la corruption, de l’injustice d’un système scolaire qui se désintéresse complètement des quartiers noirs, et des violences que subissent les plus fragiles. A savoir ici des adolescentes noires, triplement victimes potentielles, parce que pauvres, noires et femmes.

Smokey n’est pas un chevalier blanc, il a ses préjugés, ses faiblesses, ses incohérences, ses doutes, et le final, très réussi, va le voir remettre en question un certain nombre de ses certitudes. Après un volume raté, un bon épisode de la saga, qui, sans être le roman le plus marquant de l’année, est un bon polar historique.

Ecrit originalement en 2014 et décrivant la réalité des années 70, il est encore tristement d’actualité.

Kris Nelscott / Justice de rue, (Street justice, 2014), L’aube noire (2020) traduit de l’anglais (USA) par Benoîte Dauvergne.

Tu me manqueras demain

Je suis souvent agacé par les quatrièmes de couverture emphatiques, et ensuite souvent déçu par ce qu’il y a à l’intérieur. Ca a été le cas, une fois de plus, avec Te me manqueras demain du norvégien Heine Bakkeid.

Thorkild Aske était flic. Suite à une affaire que l’on découvre au fil du roman, il a été blessé, arrêté et vient de sortir de prison. Son psychiatre lui conseille d’accepter d’aider une de ses patientes qui veut retrouver son fils disparu sur une île dans le nord du pays.

Dans un paysage secoué par les premières tempêtes d’automne, Thorkild va devoir affronter les éléments, des fantômes et des ennemis bien en chair qui pourraient vouloir sa peau.

On nous parle donc d’un nouveau Nesbo, d’un auteur d’exception, de dénouement fascinant … C’est un peu exagéré. Il y a du bon, et du moins bon dans ce premier roman, qui est effectivement prometteur, mais présente, à mon goût, deux gros défauts.

Ce qui est vraiment bien c’est l’évocation de ce pays du nord, du phare isolé sur l’île perdue au milieu du fjord, sur les conditions de vie, liées à une mer souvent déchaînée dans ces régions. On entend le vent, on sent le froid, l’humidité, la puissance de la mer. Et le final est vraiment réussi. Donc tout n’est pas raté.

Mais il y a pour moi deux éléments qui gâchent le roman.

Le premier tient au personnage central. Je ne suis absolument pas convaincu par le traumatisme de départ, révélé petit à petit, qui a entrainé sa mise en prison et son état suicidaire, ou pour le moins dépressif actuel. Je n’y crois pas, il est très forcé, et du coup difficile de croire vraiment au personnage.

Le second vient de l’utilisation du fantastique, ou sur surnaturel. Quand De Giovanni, ou Connolly mêlent du fantastique, ils n’essaient pas de nous le faire avaler comme les charlatans qui vendent leur soupe de voyants ou de guérisseurs. Là on dirait que l’auteur y croit, qu’il veut nous convaincre que, dans la vraie vie, un medium est habité par la voix d’une morte. Et le pire est que cela offre un des éléments qui met l’enquêteur sur la piste de la vérité, et là c’est tricher.

Donc du bon, et du moins bon, mais comme c’est effectivement prometteur, j’essaierai sans doute le prochain.

Heine Bakkeid / Te me manqueras demain, (Jeg skal savne deg i morgen, 2016), Les arènes/Equinox (2020) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

La dernière affaire de Jonnhy Bourbon

Le nouveau Carlos Salem est là, juste à temps pour Toulouse Polars du Sud. Il reprend son personnage le plus célèbre, à savoir Johnny Bourbon pour La dernière affaire de Johnny Bourbon.

Vous vous souvenez d’Arregui, le privé de Madrid, basque d’origine, l’un des rares personnages récurrents de Carlos Salem ? Il a le blues. La cinquantaine approche, il ne s’est jamais remis de la mort de Claudia, mais il gère son agence de main de maître, entre autres parce que les puissants savent qu’il a ses entrées au palais royal.

Mais c’est pour sa tête dure et son honnêteté que son ancien supérieur, du temps où il était flic, vient le chercher. L’un des hommes les plus haïs d’Espagne, magouilleur fini, qui doit avoir un dossier sur quasiment tous les politiques du pays, vient de se suicider en attendant sa mise en examen. Un suicide vraiment ? C’est pour mettre ses gros pieds dans les plats qu’Arregui est contacté.

Dans le même temps, son instinct lui dit d’éviter soigneusement cette fille aux cheveux verts qui veut absolument le voir. Pour combien de temps ? Il va bien avoir besoin dans cette affaire de ses deux associés, et de l’aide ponctuelle de son adjoint le moins discret, Johnny Bourbon qui s’ennuie depuis qu’il n’est plus roi.

Je ne suis pas très objectif avec les romans de Carlos (je ne suis jamais objectif en fait, mais encore moins ici), je suis un fan convaincu de la première heure. Mais là, croyez-moi, même si vous n’êtes pas comme moi, faites-moi confiance allez-y, c’est peut-être un de ses meilleurs romans.

C’est drôle, tendre, mélancolique, j’ai souri souvent, rit plusieurs fois, été au bord des larmes parfois. Du grand Salem qui maîtrise totalement son sujet sans rien perdre de sa folie et de son humour absurde. La façon qu’il a de mettre en scène le roi d’Espagne, à la fois touchant, ridicule, pathétique, courageux, le « sidekick » le plus improbable et pourtant un des plus réussis de la planète polar qui en compte un certain nombre.

Ajoutez une très belle description de son quartier à Madrid, une relation entre Arregui et son père magnifique, l’éloge de l’amitié et de l’amour, une empathie toujours là pour les perdants, les paumés, ceux qui sont différents, ceux qui ont dû se battre bec et ongles pour survivre, de très beaux portraits de femmes de tous âges, et un hommage pastiche aux grands anciens du polar.

Un grand Carlos Salem.

Carlos Salem / La dernière affaire de Johnny Bourbon, (Sigo siendo el rey (emérito) de España, El último caso de Johnny Bourbon, 2018), Actes Sud/Actes Noirs (2020) traduit de l’espagnol par Judith Vernant.

Lucky

J’ai découvert Joe Ide cet été avec son premier titre qui datait déjà de quelques années. J’ai poursuivi avec le suivant : Lucky.

IdeRevoilà Isaiah Quintabe, dit IQ, petit génie de Los Angeles qui survit grâce aux maigres paiements de ceux qu’il aide par ses enquêtes dans son quartier. Retrouver une broche en toc, protéger un club scientifique de lycée d’une grosse brute, dissuader une autre brute de harceler son ex … Voilà à quoi il s’emploie, quand il ne promène pas son chien, un magnifique pitbull qui a peur des gens. Cela lui laisse le temps de ruminer, encore et encore, la mort de son grand frère Marcus, tué par un chauffard quelques années plus tôt.

C’est alors qu’il est contacté par Sarita, la fiancée de Marcus au moment de sa mort. Elle a entendu parler de ses exploits et voudrait qu’il aide sa sœur, Janine, joueuse compulsive, qui s’est mise dans un sacré pétrin à Las Vegas. Accompagné par Dodson son, ami ? faire valoir ? il part pour la cité du jeu, sans savoir où il va mettre les pieds.

Si je devais avoir une petite restriction, je dirais que ce second volume ne bénéficie pas de l’effet de surprise du premier. Surtout pour moi qui l’ai lu il y a peu. Donc il peut laisser une impression d’un peu moins bon.

Mais objectivement, toutes les qualités de ce premier roman sont là. La description que l’on sent juste de ce quartier de LA, avec ses habitants qui essaient de vivre tranquillement mais aussi sa culture de gangs dans laquelle sont pris les plus jeunes. La dénonciation sans morale mais sans concession du choix de la violence comme mode de vie.

Et puis des dialogues impeccables et souvent très drôles, quelques personnages qui murissent et évoluent, y compris IQ qui, peut-être, va commencer à être un peu moins sauvage et s’apercevoir que même lui a besoin d’un peu de chaleur humaine, et le rythme trépidant de deux enquêtes en parallèle avec tout ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action.

Bref, c’est tout bon, et j’attends la suite vu qu’il semble y avoir 4 volumes publiés aux US.

Joe Ide / Lucky, (Righteous, 2017), Denoël/Sueurs Froides (2020) traduit de l’anglais (USA) par Dominique Garneray.

Gangs of L.A.

Je l’avais laissé passer en grand format, je me rattrape en poche grâce aux vacances. Gangs of L.A. de Joe Ide.

IdeIsaiah Quintabe, dit IQ, est noir, habitant d’un quartier populaire de L.A. Il rend service aux uns et aux autres grâce à ses talents d’investigateur, et à son intelligence hors du commun. Et se fait payer quand il peut, parfois en muffins immangeables. Mais là il va peut-être avoir une affaire qui va enfin lui rapporter de l’argent. Un rappeur qui a reçu des menaces de mort et a fait appel à Dodson, connaissance d’IQ, aussi magouilleur qu’IQ est honnête, aussi agité qu’il est calme.

Comment Isaiah qui semblait promis à un brillant avenir en est arrivé là ? Pourquoi connait-il une crapule comme Dodson ? Et en quoi consiste cette mission ? Il faudra lire pour le savoir.

Ouvrez, plongez, et c’est parti, à fond, pour un bon moment de pure énergie. Une écriture dynamique en diable, des dialogues parfaits, la description sans pitié du milieu archi bling bling des rappeurs californiens, une vulgarité hors norme. Des scènes d’action très réussies, un vrai talent pour accélérer et ralentir le rythme comme il faut pour le suspens.

Bref tout le savoir faire de nos amis ricains, au service d’une histoire parfois émouvante, souvent très drôle. Un vrai moment de bonheur que cette lecture jubilatoire.

Et comme IQ ressemble fort à un personnage qui pourrait revenir, je vais regarder tout de suite s’il n’est pas déjà de retour en grand format.

Joe Ide / Gangs of L.A., (IQ 2016), Folio Policier (2020) traduit de l’anglais (USA) par Diniz Galhos.

PS. Le titre français est quand même un peu con, et n’a rien à voir avec le roman.

La Vénus de Botticelli creek

Besoin d’un bol d’air pour cet été ? Ça tombe bien, voici le troisième roman de Keith McCafferty, La vénus de Botticelli Creek.

McCaffertyNous revoilà dans le Montana, du côté du parc de Yellowstone, avec Martha Ettinger, shérif, et Sean Stranahan, guide de pêche, peintre et privé, que Martha sollicite parfois pour l’aider dans ses enquêtes les plus difficiles. Et il semble que ce soit le cas avec la disparition de Nanika Martinelli, jeune femme flamboyante qui vient de disparaitre alors qu’elle est employée comme guide dans un des ranchs de la région.

Lors des recherches, un jeune cow-boy trouve la mort et l’enquête de Sean et Martha est dans une impasse, alors qu’autour du parc rangers et écologistes s’affrontent autour de la présence des loups. Loups et grizzlis … Mais comme le dit un des personnages, dans le coin, le prédateur le plus dangereux n’est pas forcément celui qui a les plus grandes dents et les plus grandes griffes.

Du bon boulot, solide pour un grand bol d’air, des paysages grandioses, la pêche dans les rivières du Montana (à laquelle l’auteur arrive à m’intéresser alors que je n’ai jamais pêché de ma vie). Deux personnages principaux auxquels on s’attache de plus en plus, une belle galerie de personnages secondaires, et une histoire qui offre ce qu’il faut de rebondissements et de scènes d’action pour que les pages tournent toutes seules.

Ajoutez que l’auteur décrit aussi bien les habitants du coin que la nature, sait éclairer des conflits particuliers à cette région, ici avec la lutte entre locaux, bergers et écologistes et naturalistes autour de la présence du loup (et oui, là-bas comme ici), et que l’écriture passe de façon très fluide du lyrisme à la colère, avec en prime l’humour de dialogues ciselés, et vous avez un vrai bon polar, très addictif, dans la veine des grands espaces.

Plus que recommandable donc, et vivement le prochain !

Keith McCafferty / La vénus de Botticelli Creek, (Dead man’s fancy, 2015), Gallmeister (2020) traduit de l’anglais (USA) par Janique Join-de Laurens.

Le pacte de l’étrange

Heureusement qu’un lecteur attentif m’a signalé la sortie d’un nouveau Charlie Parker, pas le saxophoniste bien entendu, mais le privé de John Connolly : Le pacte de l’étrange.

ConnollyCela commence de façon on ne peut plus classique : Charlie Parker est contacté par l’agent Ross du FBI pour retrouver un privé qui bossait pour lui, Jaycob Eyklund, disparu depuis quelques jours. Mais quand Charlie Parker et ses deux amis Angel et Louis se mêlent d’une affaire, elle reste rarement classique.

C’est comme ça qu’il va se retrouver sur le traces d’une étrange communauté vieille d’un peu plus de deux siècles, les Frères. Une communauté très secrète qui aurait pas mal de disparitions et de meurtres à son actif. Ajoutez des mafieux, Rachel, son ex, qui ne veut plus qu’il voit leur fille Sam ;  la vie de Charlie Parker continue à être compliquée.

Les habitués le savent, je suis fan de cette série Charlie Parker. J’aime le mélange des genres avec sa pointe de fantastique, j’aime son humour, j’adore les personnages, et j’aime le talent de conteur de l’auteur.

Une fois de plus, je n’ai pas été déçu. Même si ce n’est pas le meilleur de la série, la faute peut-être à des adversaires un peu plus faibles que d’habitude, qui font qu’on ne tremble guère pour Parker et ses deux acolytes, cela reste le très haut de gamme du divertissement.

Un peu plus de fantastique que parfois, toujours l’habileté de l’auteur qui arrive à mêler du surnaturel à ses histoires, mais sans jamais s’en servir pour faire avancer l’intrigue, des personnages secondaires aussi passionnants que le trio infernal, et beaucoup d’empathie, de suspense et d’émotion dans la description des relations entre Charlie, son ex, et leur fille qui, on le sent, va prendre de plus en plus d’importance dans la suite.

A lire donc pour les fans, mais attention pour ceux qui voudraient la découvrir, c’est une série qu’il faut impérativement commencer par le début si l’on ne veut pas passer à côté de beaucoup de détails.

John Connolly / Le pacte de l’étrange, (A game of ghosts, 2017), Presses de la cité/Sang d’encre (2020) traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martichade.

La fille aux papillons

Trouver l’enfant de l’américaine Rene Denfeld avait été une belle découverte. La fille aux papillons, la suite, est une superbe confirmation du talent de cette auteur hors norme.

DenfeldRevoilà Noémi, la femme qui trouve les enfants. Elle est de retour à Portland où elle a retrouvé une très vague trace de sa sœur, enlevée avec elle et qu’elle avait laissé aux mains du monstre en se sauvant à l’âge de huit ans. En parallèle d’autres disparitions l’occupent : des gamines vivant dans la rue sont tuées depuis quelques semaines, leurs corps nus jetés dans le fleuve. La police ne se mobilise pas trop, ce ne sont finalement que des mendiantes, des prostituées, il y a des affaires plus importantes à régler.

Parmi ces mômes, Celia, qui a fui un beau-père violeur, survit au jour le jour, grâce à quelques amis, et aux papillons qu’elle va admirer, tous les jours, dans les pages de son livre préféré à la bibliothèque.

Trouver l’enfant jouait sur l’imaginaire des contes de fées. La fille aux papillons va vous plonger au raz du trottoir, avec les gamins qui vivent dans la rue dans des conditions dantesques. Pas des ados en fuite, pas des étrangers en situation irrégulière, juste des mômes, de 10 à 12 ans, américains qui, dans la belle Amérique toute puissante survivent dans la rue, se prostituent pour manger et dorment sous un pont.

Cela pourrait être misérabiliste, chercher à vous tirer les larmes, pas du tout. C’est enragé, engagé, au-delà de l’indignation. Ces gamins sont incroyables de justesse, ce n’est jamais forcé, leurs voix, leurs rêves, leur désespoir sonnent juste et vous prennent aux tripes.

Et n’ayez crainte, l’intrigue n’est pas négligée, et on retrouve avec énormément de plaisir Noémi, sa rage, son obstination, son courage, ses cauchemars. Le plaisir de lecture, le plaisir de l’histoire au premier degré sont là, les pages tournent.

Mais je vous garantis que ce ne sont pas les ressorts de l’histoire qui resteront à jamais gravés en vous, ce sont Celia et Noémi. Deux figures inoubliables.

Rene Denfeld / La fille aux papillons, (The butterfly girl, 2019), Rivages/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Pierre Bondil.

Le livre, l’écriture, la force de l’émotion suffisent à vous bouleverser. Mais si vous voulez savoir pourquoi les propos de Rene Denfeld sonnent si juste, allez lire ce petit texte, il finira de vous retourner les tripes.

A peine libéré

C’est chez les Nyctalopes que j’ai eu l’info, il y a un nouveau George Pelecanos, il se déroule toujours à Washington, il s’appelle A peine libéré.

PelecanosC’est en prison, en attente de son procès, que Michael Hudson découvre la lecture, grâce aux ateliers d’Anna. Il ressort plus rapidement que prévu, son accusateur, un dealer qu’il avait volé, ayant étrangement renoncé à sa plainte pour vol. Il est aujourd’hui bien décidé à trouver un boulot et tenter de refaire sa vie.

Mais Phil Ornazian, le privé borderline qui a « convaincu » le dealer de retirer sa plainte a besoin d’un chauffeur pour une de ses arnaques. Il vient voir Michael et lui demande de rembourser sa dette, au risque de plonger de nouveau.

On le répète tous depuis quelque temps, la priorité de George Pelecanos n’est plus la littérature, et ses romans n’atteignent plus le niveau de ceux de la série Peter Karas, Nick Stefanos ou Derek Strange. Mais, car il y a un mais, même un Pelecanos moyen reste un roman très recommandable à la lecture duquel j’ai pris beaucoup de plaisir.

On retrouve toutes ses thématiques habituelles : la description de Washington D. C. et de son évolution, la possibilité de rédemption pour des jeunes hommes ayant eu une jeunesse agitée, les tentations, la dignité de ceux qui se lèvent tous les jours pour gagner leur vie.

Il n’a rien perdu de son écriture, et même s’il manque le grand souffle de certains de ses romans antérieurs, on prend un grand plaisir à suivre le retour de Michael Hudson à la vie hors de prison. Les habitués apprécient les clins d’œil aux romans précédents. Sans jugement et sans pathos, on voit les effets de la gentrification de certains quartiers, on subit l’arrogance de ceux qui ont de l’argent, on sent le coût des études. Comme toujours avec le grand Goerge, on a un bon aperçu de la société américaine, dans sa diversité.

Et puis un roman qui met en avant les effets bénéfiques de la lecture, et qui conseille Hombre et Valdez d’Elmore Leonard ne peut pas être un mauvais roman. Donc très recommandable, même si ce n’est pas le meilleur de l’auteur.

George Pelecanos / A peine libéré, (The man who came uptown, 2018), Calman Levy/Noir (2020) traduit de l’anglais (USA) par Mireille Vignol.

La cité des chacals

Les aventures de Makana, le privé d’origine soudanaise réfugié au Caire de Parker Bilal continuent dans La cité des chacals.

BilalÇa commence comme la plus banale des enquêtes de privés, depuis que le genre existe : Makana est embauché par des parents dont le fils, étudiant, ne donne plus de nouvelles depuis trois semaines. Ça continue de façon un peu plus inhabituelle : un tête a été repêchée dans le fleuve. Celle d’un jeune homme, visiblement réfugié soudanais. Pas le genre d’affaire qui va beaucoup mobiliser la police cairote, les réfugiés peuvent mourir par dizaines, tout le monde, ou presque, s’en fiche.

Makana lui se sent une responsabilité. Et bien entendu, les deux affaires seront liées et Makana va déranger des gens très haut placés.

Vous vous en doutez au vu du résumé, ce n’est pas pour l’originalité d’une intrigue trépidante que l’on lit les romans de Parker Bilal en général, et La cité des chacals en particulier. D’autant plus que le lecteur se doute de ce qu’il se trame bien avant les enquêteurs. Mais cela ne veut pas dire que le roman n’est pas digne d’intérêt.

Car si elle n’est pas d’une originalité forme, l’intrigue est bien menée (mieux que dans le premier), et les pages tournent seules. Mais surtout elle est au service de la description de la ville, de ses habitants, de sa vie et de son évolution. On sent le froid humide de l’hiver sur la péniche de Makana, on est secoué au rythme des nids de poule, on apprécie les odeurs et les saveurs, et surtout ici on ressent la violence policière, la situation dramatique des réfugiés, et un frémissement de révolte dans la jeunesse.

Comme en plus on s’attache de plus en plus à Makana et à la petite tribu qui tourne autour de lui, c’est un bon volume, intéressant, qui donne l’impression que Parker Bilal a trouvé sa vitesse de croisière et qui donne très envie de lire la suite.

Parker Bilal / La cité des chacals, (City of jackals, 2016), Série Noire (2020) traduit de l’anglais par Gérard de Chergé.