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A propos actudunoir

Scientifique de formation, et de métier, passionné de polars.

Encore un bon film

Sous la petite note consacrée à Sélection Officielle, un commentaire attentionné me conseillait d’aller voir El buen Patrón, de Fernando León de Aranoa, avec l’immense Javier Bardem.

Nous sommes dans l’entreprise Blanco, spécialisée dans les balances, tous types de balances, de la balance de précision à la balance à bestiaux. Blanco lui-même, le si bon patron, aime à répéter que ses employés sont ses enfants et que l’entreprise est une grande famille. Une grande famille dans une petite ville où Blanco fait la pluie et le beau temps, grâce à sa proximité avec le maire ou le patron du journal local.

Une belle famille qui se retrouve finaliste pour un prix décerné par la région. Mais une famille avec ses affaires de famille, un ouvrier licencié qui ne veut pas partir, une jeune stagiaire qui tape dans l’œil du patron, un numéro deux qui n’a plus la tête au travail … Et Blanco va devoir montrer à ceux qui en doutaient que « qui aime bien, châtie bien ». Le masque du bon patron, bon père de famille pourrait bien se lézarder.

Sans minimiser les seconds rôles qui sont tous excellents, le film repose entièrement sur les épaules, solides, d’un Javier Bardem absolument magistral. Charmeur, hypocrite, aussi creux que baratineur, on s’aperçoit peu à peu que non seulement il ne fait pas grand-chose dans sa boite si ce n’est de grands discours moralisateurs, mais qu’il peut aussi se transformer en un sacré fils de pute.

Le film dresse le portrait grinçant de la vie en entreprise paternaliste et de l’existence dans une petite ville de province. On rit beaucoup, même si le rire se fait parfois jaune. Et on ne peut qu’applaudir à la performance du maestro, et féliciter les autres acteurs qui arrivent à exister face à lui, ce qui n’est pas une mince affaire.

La nuit du hibou

Alors qu’ici et là on lit des critiques fort élogieuses, après m’être copieusement ennuyé avec Le jardin de Hye-Young Pyun, je suis encore totalement passé à côté de La nuit du hibou. Je crois que nous sommes incompatibles.

L’avocat Lee Ha-in débarque dans un bourg en lisière de forêt à la recherche de son frère, disparu depuis peu alors qu’il était gardien de la forêt. C’est du moins ce qu’il a prétendu lors du dernier coup de téléphone à leur mère. Des recherches peu actives tant les relations entre les deux frères sont exécrables. Le nouveau gardien, un alcoolique, ne sait rien, il vient d’arriver. Au village les questions de Ha-in se heurtent à un silence hostile. Se passerait-il de drôles de choses dans cette forêt ?

J’imagine qu’il faut lire ce roman comme un conte, une métaphore que je n’ai pas saisie, tant les situations décrites ne tiennent pas la route, et tant il est impossible de s’attacher au moindre personnage. Aucune chaleur, aucune empathie, aucune rage, pas la moindre émotion. Mais un vrai sentiment d’étrangeté.

Le problème est que je suis sans doute trop rationnel. En avançant, quand j’ai vu que l’atmosphère cauchemardesque ne semblait aboutir sur aucune résolution, ou aucune explosion, que tout resterait brumeux, j’ai commencé à me désintéresser complètement de l’histoire, après m’être désintéressé des personnages. D’où le décrochage complet.

J’en conclut que Hye-Young Pyun et moi sommes incompatibles, ce fut ma dernière tentative.

Hye-Young Pyun / La nuit du hibou, ( ???, 2012), Rivages/Noir (2022) traduit du coréen par Lee Tae-yeon et Pascale Roux.

Queens gangsta

Karim Madani traverse l’Atlantique pour le Queens des années 80 avec ce Queens Gangsta.

Années 80, dans les cités noires ravagées par les politiques successives de Reagan puis de Bush père, Kenneth « Preme » McGriff, et son neveu, de quelques années plus jeune que lui, Gerald « Prince » Miller montent la Supreme Team, une organisation qui va régner sur le quartier dans le domaine de la vente de crack et de cocaïne. L’argent coule à flot, mais attire les convoitises et l’attention des flics.

Grandeur et décadence d’un gang, ascension et dégringolade de leaders, on est dans l’archi classique du polar. Suivant comment c’est écrit et construit, cela peut être juste une redite, ou un roman original et passionnant. Ici, c’est original et passionnant.

Tout d’abord parce que l’histoire est bien menée, portée par de vrais personnages dont l’auteur ne masque ni les défauts, ni les doutes. Il n’en fait pas des héros, pas de simples victimes, pas de simples salauds non plus. Certes ils sont victimes de la politique américaines des années 80, certes ils tuent et font fortune avec un commerce de mort, mais, comme souvent dans la vraie vie, les choses sont complexes. Et toute cette complexité est bien décrite.

Ensuite parce que même s’il s’attache à quelques destins individuels, Karim Madani élargit son propos et parle du collectif, montre (sans se perdre dans les explications), en quoi ces destins sont forgés par tout en environnement et tout un contexte politique. Et c’est là qu’en plus du pur plaisir de lecture, du plaisir de suivre ces destins particuliers, le lecteur referme le bouquin en se sentant un peu moins ignare. Ce qui est toujours valorisant.

A découvrir donc.

Karim Madani / Queens Gangsta, Rivages/Noir (2022).

Compétition officielle

Il fait encore chaud, et sans doute pour un moment. Une idée pour trouver de la fraicheur et passer un bon moment ? Aller voir Compétition officielle des argentins Mariano Cohn et Gaston Duprat.

Un vieux et riche patron de boite pharmaceutique veut passer à la postérité pour autre chose que d’être vieux et riche. Et décide de financer un film. Il va acheter les droits d’un livre cher (qu’il n’a bien entendu pas lu), puis embaucher la réalisatrice la plus en vue du moment, mais pas la plus abordable ni la plus facile. Qui a son tour va prendre pour le film deux acteurs que tout oppose : Une star internationale, champion du box-office, des blockbusters et des récompenses, et le Maître intello reconnu pour ses théories sur le jeu d’acteur, adulé par « l’élite », inconnu du grand public qu’il dit mépriser. De quoi faire des étincelles.

Avec Penelope Cruz dans le rôle de la réalisatrice allumée, Antonio Banderas, la star au QI inversement proportionnel à l’ego, et l’acteur fétiche des réalisateurs, l’argentin Oscar Martinez, le Maître, tout aussi boursoufflé d’orgueil que la star. Tout est en place, il suffit de laisser faire …

Je ne connaissais pas ces réalisateurs, honte à moi, je vais essayer de voir leurs autres films. Et là ils font fort avec leur trio d’acteurs. On a l’impression qu’ils se sont tous beaucoup amusés, et ça fonctionne parfaitement avec le spectateur. Des acteurs moins talentueux seraient tombés dans le cabotinage pénible, avec ces trois-là c’est génial.

Les scènes d’anthologie se succèdent, chacun aura sa préférée, je n’en dévoilerai aucune, ce serait vraiment injuste pour vous, je vous laisse le plaisir de les découvrir. Tout le monde en prend pour son grade, du financier, aux trois caricatures d’artistes, et même les journalistes y auront droit. Et mine de rien, on perçoit ici ou là, que ce sont toujours les modestes employés moins prestigieux qui devront faire le sale boulot à la fin.

Vraiment, un excellent moment qu’il serait dommage de manquer.

La compagnie

On ne peut pas tout lire, on ne peut pas avoir tout lu. Mais il est des manques plus flagrants que d’autres. Parmi ceux-là, je n’avais jamais lu La compagnie de Robert Littell. Une semaine de vacances et une semaine de colloque loin de la maison, et voilà un manque comblé.

Berlin, fin 1950, début 1951. Harvey Torriti, le Sorcier, et sa nouvelle recrue Jack McAuliffe, l’apprenti sorcier préparent l’exfiltration d’un transfuge du KGB. Pour se faire accepter il a promis de leur livrer le nom d’une taupe haut placée dans l’espionnage anglais. L’opération tourne mal, le transfuge est arrêté et les deux hommes s’en sortent de justesse.

Loin de là, « Maman », le patron du contre-espionnage américain rendu totalement paranoïaque par sa partie d’échec contre son redoutable adversaire soviétique est persuadé qu’il y a aussi une taupe à la CIA. De 1950 à 1995, de Prague à la Baie des Cochons, de Washington à Moscou en passant par les vallées d’Afghanistan, les destins d’une dizaine d’espions vont se croiser dans un jeu mortel, et c’est une bonne partie de l’histoire de la deuxième moitié du XX° siècle qui va se dérouler sous nos yeux éblouis par tant de maestria.

Ne tournons pas autour du pot, il s’agit bien d’un chef-d’œuvre. Et comme beaucoup de chefs-d’œuvre, il se mérite. Ceux qui n’aiment pas les pavés peuvent abandonner de suite, la version poche pèse le poids de ses plus de 1200 pages. Par contre si vous cherchez un bon gros roman qui vous accompagnera tout au long de vos vacances, n’hésitez plus.

Robert Littell réussit le tour de force d’être une précision et d’une richesse extraordinaires dans la description des différentes puissances antagonistes, des enjeux politiques, stratégiques et militaires, mais en même temps de ne jamais tomber dans l’essai désincarné, grâce à une galerie de personnages fantastiques. Ils sont tous fascinants, côté américain et côté russe.

Grace à eux on revit ses cours d’histoire et ce que l’on a connu personnellement (pour les moins jeunes) de l’intérieur, avec un accès privilégié aux discussions avec les Kennedy, Reagan ou Andropov, aux guerres internes de deux côtés.

Et pour ce qui est de la complexité des montages espionnage, contre-espionnage, c’est la première fois que je vois un récit à la hauteur de ceux du maître John Le Carré.

Vous l’aurez compris, si comme moi vous ne l’aviez jamais lu, n’hésitez pas, vous avez trouvé une des lectures de vos vacances.

Robert Littell / La compagnie, (The company : a novel of the CIA, 2002), points/Policier (2004) traduit de l’anglais (USA) par Nathalie Zimmermann.

Le loup d’Hiroshima

Pour changer, j’ai sorti un livre qui se trouvait sur ma pile depuis quelque temps. Bonne pioche avec Le loup d’Hiroshima de Yûko Yuzuki.

Eté 1988, le jeune flic Hioka est nommé dans le groupe anti yakuzas de la ville d’Hiroshima. Il se retrouve sous les ordres du commandant Ogami, une véritable légende. Flic aux méthodes très peu orthodoxes, soupçonné de proximité avec certains yakuzas, craint par ses supérieurs, ses résultats exceptionnels le rendent intouchable.

Alors que le jeune homme tente de se faire aux méthodes extrêmes de son supérieur, à l’opposé de ce qu’on lui a appris à l’école, des incidents éclatent entre deux gangs locaux rivaux et éviter le bain de sang semble impossible.

C’est une expérience de lire ce roman. L’écriture y est aussi raide que la hiérarchie dans la police japonaise, et que les rapports sociaux décrits dans le roman. Ce n’est pas une écriture qui fait se pâmer ni s’extasier, mais la lecture est passionnante pour tout ce qu’elle décrit de la société japonaise, en passant par le filtre de la lutte entre la police et les yakusas.

On découvre une ville, un système de valeurs qui nous est en grande partie étranger, des fonctionnements complètement exotiques pour le lecteur français, et en même temps une corruption et des pulsions qui sont elles bien universelles.

Comme de plus l’histoire est bien menée, le suspense efficace et les personnages attachants, c’est une vraie découverte, autant littéraire que géographique et sociologique à côté de laquelle il serait dommage de passer.

Yûko Yuzuki / Le loup d’Hiroshima, (The blood of wolves, 2015), Folio/Policier (2021) traduit du japonais par Dominique et Frank Sylvain.

La cité en flammes

Un nouveau Don Winslow est toujours un événement. Alors même si La cité en flammes n’a pas la puissance de la trilogie de La griffe du chien, ce serait très dommage de passer à côté.

Rhode Island, 1986. Les mafias irlandaises et italiennes ont réussi à s’entendre et à tenir à l’écart les grands groupes de New York et Chicago. Les irlandais tiennent les docks, les italiens le jeu, la prostitution et la drogue.

Danny Ryan est le fils de l’ancien boss irlandais qui a sombré dans l’alcool. Il a épousé une Murphy, fille du nouveau patron. La vie est belle jusqu’à l’apparition de Pamela, la femme fatale qui fera exploser la paix. Hélène de Troie moderne, la rivalité pour sa conquête entre deux têtes brûlées Paulie Moretti et Liam Murphy va allumer l’incendie. Pour Danny Ryan, il faudra choisir ses priorités, son clan, sa famille ou sa sécurité.

Soyons clair, cette nouvelle série n’a pas l’ambition de celle sur les cartels. Pour paraphraser l’immense Desproges, elle a pour « seule ambition », celle de raconter une bonne histoire, et c’est une ambition immense. D’autant plus que Don Winslow se place d’emblée dans l’ombre et l’héritage des grandes épopées classiques grecques.

Mais vous connaissez l’auteur, c’est un conteur hors pair, et dès les premières pages vous vous attachez à Danny Ryan et vous ne lâcherez plus le bouquin. Don Winslow a le chic pour prendre les clichés les plus classiques, entre la femme fatale remontant à Hélène de Troie, jusqu’aux bouquins et films sur la mafia, et à les mettre à sa sauce, à les tordre, à les intégrer à son histoire, au point que vous avez l’impression que c’est la première fois que vous lisez ce genre d’histoire, et qu’elle vous passionne une fois de plus.

N’hésitez pas, plongez dans cette nouvelle saga, et comme moi vous serez impatients de lire les prochaines aventures de Danny Ryan.

Don Winslow / La cité en flammes, (City on fire, 2022), Harper Collins (2022) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

La chambre du fils

Jørn Lier Horst est un auteur solide. Son dernier roman traduit, La chambre du fils, le confirme une fois de plus.

Quand Bernhard Clausen, ancien membre influent du parti travailliste et ancien ministre meurt d’une crise cardiaque, ses anciens camarades décident d’aller voir dans son chalet s’il n’y a pas de papiers compromettants pour le parti. Et découvrent une fortune en devises étrangères. Averti le procureur général de Norvège confie l’enquête à l’inspecteur Wisting, en lui demandant de garder, un temps, le plus grand secret. Il lui laisse la liberté de constituer son groupe.

William Wisting décide alors de prendre dans son équipe un peu atypique sa fille Line, journaliste free-lance, pour l’aider dans certaines recherches. Sans savoir exactement quels secrets ils vont déterrer.

Je me répète donc, les romans de Jørn Lier Horst sont solides, la qualité scandinave. Par franchement Rock and Roll, mais du très bon travail de très bon artisan. De bons personnages que l’on a appris à aimer, une intrigue sans faille, un vrai sens du rythme, et toujours en toile de fond la description sans concession et sans illusion, mais également sans rancœur ni manichéisme de la société norvégienne.

Le genre de polar qu’il est bon d’avoir sur sa table de nuit pour les jours où on ne sait quoi lire, parce qu’avec lui on ne peut pas se tromper.

Jørn Lier Horst / La chambre du fils, (Det innerste rommet, 2018), Série Noire (2022) traduit du norvégien par Aude Pasquier.

Riley tente l’impossible

Je savais que j’avais essayé un Dexter il y a longtemps et trouvé ça lourdingue. Mais j’ai tenté Riley tente l’impossible du même Jeff Lindsay. Raté.

Riley Wolfe est le meilleur voleur du monde. Rien ne lui résiste. C’est aussi un psychopathe qui tue comme il respire, quand c’est nécessaire mais sans plaisir. Et Riley Wolfe s’ennuie. Alors il va tenter le coup impossible : voler le plus gros diamant du monde, propriété de la couronne iranienne, lors d’une exposition archi sécurisée à Manhattan.

Dans ses chroniques de haine ordinaire, l’immense Pierre Desproges, acculé par la faim est réduit à l’impensable :

« Le placard aux victuailles exhibait un bocal de graisse d’oie, deux boîtes de Ronron et une de corned-beef. […] Un voisin pauvre mais compatissant me fit le prêt d’une demi-baguette de pain mou et d’un litron sobrement capsulé dont l’étiquette, en gothiques lamentables, chantait avec outrecuidance les vertus du gros rouge ci-inclus. […]

Or donc, la rage au cœur et la faim au ventre, je me retrouvai seul à la minuit dans ma cuisine avec ce pain flasque, le litron violacé et la boîte de corned-beef que je venais de gagner à pile ou face avec le chat, le sort souvent ingrat m’ôtant le Ronron de la bouche au bénéfice de ce connard griffu.

Or, à mon grand étonnement, j’y pris quelque plaisir, et même pire, j’en jouis pleinement jusqu’à atteindre la torpeur béate des fins de soupers grandioses, et m’endormis en toute sérénité. »

Tout ça pour quoi ? Pour tenter de comprendre pourquoi je suis allé au bout de ce roman à l’humour lourd et insistant, aux personnages absolument pas crédibles et aux rebondissements qui font lever un ou deux sourcils au lecteur le plus indulgent.

Bon j’avoue, j’ai sauté quelques lignes mais j’étais curieux de savoir jusqu’où l’auteur pouvait aller. J’ai déjà du mal à lire des histoires de voleurs à Manhattan, tant pour moi il y a un et une seul voleur digne d’intérêt dans cette ville. Là en plus c’est écrit avec de gros sabots. Donc à part si vous avez une envie soudaine de gros pif et de pâté rose en boite, je vous le déconseille.

Jeff Lindsay / Riley tente l’impossible, (Just watch me, 2019), Série Noire (1998) traduit de l’anglais (USA) par Julie Sibony.

Les couleurs de l’acier

J’avais besoin d’un peu de changement et de repos, c’est pourquoi j’ai écouté les conseils d’un lecteur sympathique (mais tous les lecteurs qui passent par ici sont sympathiques) et j’ai fait une pause fantasy avec le premier volume d’une trilogie, Les couleurs de l’acier de K. J. Parker.

Bardas Loredan songe à changer de métier. Il faut dire que le sien est fatigant et risqué, il est avocat. Car être avocat à Périmadei, la cité de tous les extrêmes et de toutes les richesses, la cité imprenable, consiste à plaider l’épée à la main. Le meilleur et ses clients gagnent, l’autre meurt, et ses clients perdent. Bardas est bon, très bon, mais avec l’âge il sent que son métier devient de plus en plus risqué.

Dans la plaine, non loin de là, un des clans de « barbares » semble décidé à mettre fin à la réputation d’invincibilité de Périmadei. Voilà qui pourrait ne pas arranger les affaires de Bardas qui voit son passé lui sauter à la figure.

Un vrai plaisir de lecture comme sait en offrir la bonne fantasy. Pas trop de magie qui résout tout, presque pas de magie du tout d’ailleurs, juste un pauvre Patriarche (une sorte de chef des non magiciens) qui essaie, en vain, d’expliquer à tout le monde qu’il n’y a pas de magie mais beaucoup d’étude et de philosophie ; des scènes style « cape et épée » très réussies pour les amateurs de Jean Marais et Erroll Flynn ; pas de surhomme mais des personnages avec ce qu’il faut de mystères et de faiblesses pour être intéressants ; et un style vif non sans humour qui fait que le livre se lit tout seul.

Ajoutez à ces ingrédients qui assurent déjà une lecture plaisir une réflexion sur le pouvoir, et une ville qui n’est pas sans rappeler, par certains aspects, Ankh-Morpork (on sent bien que l’auteur connait son Pratchett, mais le contraire serait grave pour un auteur de fantasy britannique), et un cynisme et une distance tempérés par une vraie humanité, et vous avez le début d’une série tout à fait recommandable.

Encore merci au très sympathique lecteur qui m’a aiguillé vers cette série, que je poursuivrai plus tard, sans doute cet été.

K. J. Parker / Les couleurs de l’acier, (Colours in the steel, 2009), Bragelonne (1998) traduit de l’anglais par Olivier Debernard.