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A propos actudunoir

Scientifique de formation, et de métier, passionné de polars.

Le code de Katharina

La série noire continue à publier les aventures de William Wisting et sa fille Line du norvégien Jørn Lier Horst : Le code de Katharina.

William Wisting s’ennuie un peu. Il est chargé de produire un rapport sur le futur rapprochement de deux services de la police norvégienne. Passionnant. En parallèle, comme tous les ans depuis 24 années, à l’approche de l’anniversaire de la disparition de Katharina Haugen, il se replonge dans le dossier. Puis, le jour même il va rendre visite à son mari, Martin, avec qui il a établi des relations qui pourraient ressembler à une lointaine amitié.

Mais cette année la routine pourrait changer. Un policier est venu de la capitale, d’une nouvelle unité chargée de rouvrir de vieux dossiers, les fameux « cold cases ». Et dans l’affaire de la disparition d’une jeune fille, Nadia Krogh, quelques temps avant celle de Katharina, le nom de Martin Haugen vient d’apparaître. Une double enquête qui fascine les journalistes, et en particulier Line Wisting, qui s’est rapprochée de son père et travaille en indépendante depuis qu’elle a eu sa petite fille.

Certes, Jørn Lier Horst n’est pas l’auteur de polar le plus rock and roll ni le plus original. Mais c’est un excellent artisan. Ses personnages sont détaillés et parfaitement construits et crédibles. Sa description des contextes, entre les différents services de police, le monde de la presse, la vie dans une petite ville de province, est précise. Ses intrigues sans grands effets ni grandes scènes hollywoodiennes ne manquent pas de surprises et sont impeccablement menées.

Alors non, ce n’est pas le grand souffle, ce n’est pas plein de folie, de bruit et de fureur, mais c’est aussi comme ça que j’imagine bien la vie dans cette petite ville norvégienne. C’est solide, très bien fait, bien dans tradition du polar scandinave de Martin Beck à Wallander en passant par Erlendur.

Jørn Lier Horst / Le code de Katharina, (Katharinakoden, 2017), Série noire (2021) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Noir diamant

Depuis quelques romans Jean-Hugues Oppel a retrouvé un style, des thématiques et des personnages qui lui vont parfaitement au teint. Pour le plus grand plaisir des lecteurs il insiste avec Noir Diamant.

Si vous avez lu Total labrador, vous vous souvenez que malgré l’opposition de sa supérieure Darby Owens, la CIA n’avait pas hésité une seconde à sacrifier l’agent Lucy Chan pour éliminer un individu dangereux. Sauf qu’en fait Lucy n’est pas morte, avertie à temps par sa chef, elle a échappé au pire. La voilà officiellement morte, transformée en fantôme, ou plutôt en agente quantique, à la fois morte et vivante, une nouvelle chatte de Schrödinger.

Ca tombe bien, Darby Owens a une mission non officielle dans l’est de la France qui conviendra parfaitement à son nouveau statut. Une mission confiée par la sécurité intérieure qui ne sait plus où donner de la tête avec le POTUS en exercice dont la cohérence et la lucidité ne sont pas les qualités premières.

Pendant ce temps sur les réseaux sociaux, Kitdik666 touitte à tout va, pour le plus grand déplaisir des services secrets divers et variés. Car Kitdik n’aime ni Trump, ni les GAFA, ni les vampires du CAC40 et autres Dow Jones.

Jean-Hugues Oppel aime faire le pitre, ou le zouave comme dirait Tournesol, mais comme tous les bons clowns, il fait ça très sérieusement en faisant croire que c’est facile. A le lire, on croirait l’entendre raconter. Et c’est un excellent conteur. Donc c’est un régal.

C’est vif, rythmé, intelligent, méchant juste ce qu’il faut, plein de gentillesse sous la méchanceté, et drôle. Et en plus on apprend en s’amusant. Si avec ça vous n’êtes pas convaincus, je ne sais plus quoi dire.

Jean-Hugues Oppel / Noir Diamant, La manufacture des livres (2021).

La maison du commandant

Avec La maison du commandant Valerio Varesi revient au personnage central de son premier roman traduit en France : le Pô. 

Notre ami Soneri est envoyé par son chef caractériel et pas bien malin, surveiller des pêcheurs/braconniers d’origine étrangère (hongrois, russes, ukrainiens …) sur les bords du Pô. Les habitants s’en plaignent, ils pêchent des silures, campent, font du bruit, et puis, ils ne sont pas d’ici. On imagine facilement avec quel zèle Soneri va transformer ça en balade dans le brouillard le long d’un fleuve en crue, avec arrêt dans une bonne auberge.

Jusqu’à ce qu’un des hongrois soit tué. Et que Soneri découvre en allant lui rendre visite une ancienne figure de la résistance communiste mort seul depuis des jours dans sa maison isolée. Alors que le fleuve monte et que le froid et le brouillard envahissent la région, les illusions de notre commissaire mélancolique vont encore en prendre un coup.

« Tu l’aimes, toi, cette société où les arrogants et les malhonnêtes dirigent les gens bien ? où les pires gouvernent les meilleurs ? où la méchanceté est toujours victorieuse ? Tu l’aimes ce monde où tout s’achète ? La justice, la respectabilité, le droit d’être aux commandes ? (…) Tu le sais ou tu le sais pas que tu es payé par ceux qui font les guerres et qui affament les peuples ? »

Le ton est donné par cet ami de Soneri qui vit sur une maison flottante et écoute Verdi à plein volume sur le fleuve déchaîné. Un fleuve qui est de nouveau l’un des personnages principaux du roman. Mais un fleuve à l’image du moral de Soneri : gavé de pollution et de saloperies. Un fleuve qui sent la mort, littéralement, et que même une belle grosse crue a du mal à nettoyer.

Un fleuve à l’image des habitants de la région, déboussolés, pleins de rage, qui s’en prennent aux étrangers, qui crachent leur haine de tout et de tous, sans comprendre pourquoi. Et le pauvre Soneri au milieu qui a de plus en plus de mal à justifier son travail à ses propres yeux. Heureusement, de temps en temps, un bon repas, des moments avec Angela, quelques minutes de tranquillité sur les digues …

Un Soneri désabusé, mélancolique et parfois enragé, mais toujours avec l’humanité et l’empathie de ce cher Valerio Varesi.

Valerio Varesi / La maison du commandant, (La casa dela comandante, 2008), Agullo (2021) traduit de l’italien par Florence Rigollet.

Un indien qui dérange

J’avais besoin d’un peu d’humour et de légèreté. J’ai eu en plus une belle intrigue intelligente avec Un indien qui dérange de Thomas King.

Thumbs Dreadfulwater, cheyenne, fut flic en Californie. Puis il a tout lâché et est venu s’installer à Chinook, au pied des Rocheuses, comme photographe. Un photographe au succès mitigé se définissant lui-même comme « chômeur indépendant » plutôt que « travailleur indépendant ». Il faut dire que Thumps ne court ni après le travail, ni après l’argent et qu’il a peu de besoins tant qu’il peut nourrir sa chatte Freeway, prendre de bons petits déjeuners, et passer du temps en compagnie de Claire, responsable de la réserve Cheyenne voisine.

Sa routine est mise à mal quand on découvre un cadavre dans un appartement du luxueux Buffalo Mountain Resort, complexe immobilier et casino pour riches touristes construit sur les terres de la réserve. Voilà qui n’arrange pas les affaires de Claire alors que l’inauguration approche. Cela l’arrange d’autant moins que le shérif a un coupable tout désigné, Stick, membre des Aigles Rouges qui s’opposent au casino et … fils de Claire. Sur sa demande, parce qu’il ne sait rien lui refuser, Thumbs qui était juste venu faire des photos pour le shérif va se retrouver à enquêter sur une mort qui va en entrainer bien d’autres.

Ouf, que ça fait du bien de lire un auteur qui a de l’humour. Un humour qui fait penser à celui des compères Walt Longmire et Standing Bear, jamais forcé, mais qui m’a fait souvent sourire, et parfois même rire. Exemples, parmi tant d’autres :

« Ora mae Foreman cherchait un euphémisme autre que « pour bricoleurs avertis » afin de décrire un bungalow du quartier sud en partie ravagé par un incendie »

« Thumps était relativement certain que la puissance et l’argent ne corrompaient pas toujours, même si, à brûle-pourpoint, aucun exemple du contraire ne lui venait à l’esprit. »

Ajoutez à cela des personnages très attachants, aucun manichéisme dans la description des travers des uns et des autres, qu’ils soient uniquement intéressés par l’argent, ou nostalgiques d’une époque et de valeurs qui n’existent que dans leur esprit. Des personnages qui savent nous surprendre, nous émouvoir ou nous enrager.

Avec légèreté et une fausse simplicité et facilité si difficile à atteindre, l’auteur dépeint sans jamais forcer le trait le racisme dont souffrent les indiens, la misère dans laquelle ils sont la plupart du temps maintenus, mais aussi la beauté des Rocheuses ou d’un ciel étoilé.

Un excellent livre. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, sachez que la série originale compte déjà 4 romans, donc il faut absolument que ce premier soit un succès fou pour que la suite soit traduite. Donc lisez-le, impérativement, offrez-le, conseillez-le, c’est un ordre.

Thomas King / Un indien qui dérange, (Dreadfulwater, 2002), Liana Levi (2021) traduit de l’anglais(Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Eblouis par la nuit

Un auteur polonais chez Rivages, c’est rare. J’ai essayé Eblouis par la nuit de Jakub Zulczyk. J’ai détesté.

Jacek est dealer de cocaïne à Varsovie. Toute la nuit, et une bonne partie de la journée il parcourt la ville en voiture pour livrer ses clients. Contrairement à la majorité de ses collègues, Jacek fait profil bas. Il ne boit pas, ne consomme pas ses produits, ne s’achète rien d’ostentatoire, ne sort pas, ne fréquente pas les prostituées. Il investit son fric pour rester invisible et il accumule en prévision de vacances en Argentine.

Personne ne sait où il habite, il n’a pas d’amis, pas de couple, pas de vie. Quand un nouveau truand apparait en ville, son fragile équilibre commence à se fissurer, jusqu’à la chute inévitable.

Mettons tout de suite les choses au clair. Je ne dis pas que c’est un mauvais roman, et il est parfait dans sa forme et son fond, et sans doute en adéquation avec ce qu’a voulu l’auteur. Mais j’ai détesté, et je me suis copieusement ennuyé.

Essentiellement parce que plus de 500 pages à décrire le vide d’une vie de vendeur (que ce soit de cocaïne ou de chaussettes), qui n’a aucun lien social avec personne, aucune aspiration, aucune valeur morale (à part c’est vrai : on ne tape pas une femme, ce qui en fait le gène surtout quand c’est les autres qui le font) … c’est long, très long.

Plus de 500 pages à répéter à longueur de paragraphe que les polonais sont tous des cons, sans cervelle, sans culture, uniquement occupés à s’arnaquer et se voler, et à baiser des putes, boire de la vodka ou snifer de la cocaïne pour ceux qui en ont les moyens, c’est long. Ah j’oubliais, et toutes les polonaises sont des putes. Et en plus d’être long c’est au mieux discutable, au pire très con. A ma connaissance il n’existe pas de communauté aussi homogènement dépourvue de la moindre humanité.

Plus de 500 pages centrées sur un personnage qui a plus peur de vivre que de mourir, c’est long.

La question est sans doute, pourquoi suis-je allé au bout. Il me faut avouer que j’ai sauté de plus en plus de passages. Que ce soit les rêves de Jacek, ou ses monologues répétitifs où il se glorifie de son intelligence et crache sur ses compatriotes. Et je voulais voir si l’auteur allait enfin m’amener quelque part. Et bien non, c’est 500 pages de surplace, juste de plus en plus violent, ce qui ne l’a pas rendu moins ennuyeux.

Bref, c’est sans doute bien fait, mais j’ai détesté.Jakub Zulczyk / Eblouis par la nuit, (Ślepnąc od świateł, 2014), Rivages/Noir (2021) traduit du polonais par Kamil Barbarski.

Le silence des bois

Les auteurs québécois publiés en France sont trop rares pour laisser passer une occasion. L’occasion c’est Le silence des bois de Maureen Martineau.

Quelque part en pleine nature, Agathe qui fait du camping sauvage est assassinée. Sa fille Lorie qui ne l’a pas accompagnée pour la première fois alors que c’est leur semaine de vacances traditionnelle ne se le pardonnera jamais. Un an plus tard, elle vient, comme en pèlerinage.

Pas loin de là, deux indiennes, la mère et la fille, débarquent elles aussi près du même lac. Elles viennent venger leur fille et petite-fille, qui s’est suicidée après avoir été violée l’hiver précédent. Comme la police a ignoré la plainte, elle se sont mise en chasse.

La dernière dans le coin, une ourse, doit accumuler du gras et du sucre pour tenir l’hiver et mettre au monde les deux vies qu’elle sent en elle.

Du grand classique dans le point de départ, la vengeance de ceux qui ne peuvent pas compter sur la justice. L’originalité est dans le décor avec cette nature québécoise intimidante. C’est bien mené sans manichéisme ni jugement. Dommage quand même que la thématique du sort réservé aux indiens ne soit qu’effleurée, mais ce n’est pas le point de vue choisie, le personnage central étant plutôt Lorie.

La langue est « exotique » pour les français, Maureen Martineau faisant le choix d’un style très parlé et local qui sonne bien, naturel et jamais forcé. Et si on est loin de la puissance évocatrice et de l’écriture d’Andrée Michaud, l’autre romancière polar québécoise connue ici, Le silence des bois vous procurera un bon moment de lecture dépaysant.

Maureen Martineau / Le silence des bois, L’aube noire (2021).

L’île des âmes

Gallmeister a donc décidé de ne plus se cantonner aux US et publie un polar italien, L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi.

Après quelques ennuis à Milan, en guise de punition, l’inspectrice Eva Croce est envoyée en Sardaigne. Elle sera obligée de faire équipe avec la locale, Mara Rais, qui a de bonnes raisons de ne pas faire confiance à ses collègues féminines. Si l’on tient compte des fantômes d’Eva, et de la langue de pute de Mara, la collaboration risque d’être explosive.

Et pourtant elles vont avoir besoin de s’entendre quand une jeune femme disparaît, et qu’on craint qu’elle ne soit assassinée. Comme les deux précédentes, bien des années plus tôt. Deux meurtres qui semblaient rituels, dont les victimes n’ont jamais été identifiées, et qui sont tombées dans l’oubli. Seul Barrali, un vieux flic qui se meurt d’un cancer cherche toujours, obsédé par ces meurtres.

J’ai trouvé du très bon et du moins bon dans ce roman. Ce qui fonctionne bien : les descriptions des beautés de l’île, du bleu incroyable du ciel et de la mer, des vallées encaissées et perdues, de la forêt primitive, du respect que peut imposer une telle nature. Les dialogues sont également bons, et la langue acérée de Mara fait merveille. Pour finir la découverte de populations rurales comme hors du temps est très intéressante.

Ce qui marche moins bien, c’est quand il s’agit de décrire les réflexions ou émotions des personnages. Ils ont un peu trop souvent « le souffle coupé » par la beauté des paysages ou « le sang qui se glace » face à l’horreur. Et l’auteur nous détaille trop ce qu’ils font et pourquoi, comme quand, lors d’un interrogatoire, il nous explique bien que l’une des inspectrice se force à avoir l’air méchante alors qu’en fait non, elle voudrait aider mais il faut obtenir des résultats … Comme s’il ne faisait pas confiance à sa construction du personnage, ou à la sagacité du lecteur. Cela donne une impression de maladresse, de défauts de débutant encore un peu scolaire. Et puis, parfois, il se laisse emporter par le lyrisme et certaines descriptions sont un poil lourdes à mon goût.

Du bon et du moins bon donc, mais le bon l’emporte. En espérant qu’il a un bon éditeur qui l’aide à s’améliorer pour les romans suivants.

Piergiorgio Pulixi / L’île des âmes, (L’isola delle anime, 2019), Gallmeister (2021) traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux.

Serial Bomber

J’avais besoin d’une lecture facile, un bouquin dont les pages tournent toutes seules et qui ne sollicite pas trop les neurones. Mais bien fait quand même. Ca existe, j’ai trouvé. Le dernier thriller de Robert Pobi, Serial Bomber a très bien fait l’affaire.

Une société avait privatisé le Gunggenheim de New York pour son lancement en bourse. Tout le gratin de l’économie, de la finance  … Plus de 600 personnes. Toutes carbonisées dans une explosion parfaitement maîtrisée. On imagine le chaos, la pression sur le FBI, l’emballement médiatique, le monceau de stupidités sur les réseaux sociaux.

Brett Kohoe, FBI, en charge de Manhattan n’a d’autre solution que de se tourner vers Lucas Page. Ancien de la maison, génie des maths, astrophysicien, il a un talent hors norme pour faire parler les chiffres. Et quand on des centaines de dossiers à étudier pour trouver des corrélations, c’est bon d’avoir un génie sous la main. Bien qu’il ait juré à sa famille de ne pas y retourner, Page ne peut s’empêcher d’accepter.

Je ne suis pas devenu un fan de thrillers, et je ne vais pas essayer de vous dire que celui-ci révolutionne le genre. Mais il fait le boulot.

Robert Pobi a dû, comme beaucoup d’américains, être traumatisé par les années Trump, et les tombereaux de conneries sidérales qui se sont échangées sur le net. Il déteste les complotistes et autres abrutis, ne porte dans son cœur ni les media (en particulier télévisuels), ni la connerie largement diffusée sur les réseaux sociaux. Et comme il a le sens de la formule, et que son personnage a la dent particulièrement dure, c’est souvent très drôle.

Je retiendrai comme exemple ces imbéciles qui pour résister à l’emprise de la technologie, jettent leurs téléphone dans un brasier et meurent très connement à l’explosion de la batterie. Ou encore mieux, ceux qui créent des groupes facebook ou instagram pour promulguer la fin de l’utilisation des réseaux sociaux …

A cela ajoutez un sens du rythme aussi affuté que son sens de la formule, des chapitres courts et incisifs, et vous passerez un très bon moment en compagnie de Lucas Page.

Robert Pobi / Serial Bomber, (Under pressure, 2020), Les arènes/Equinox (2021) traduit de l’anglais (USA) par Mathilde Helleu.

L’heure des chiens

Je découvre de Thomas Fecchio avec son second roman : L’heure des chiens.

Soissons, petite ville a priori calme (que l’on a bien du mal à placer sur une carte quand on vit du côté de la Garonne). Sauf qu’en quelques heures : une nécropole de la première guerre mondiale est profanée, les tombes musulmanes éventrées, le slogan « l’invasion s’arrête ici » peinte sur les murs ; Julia une jeune femme qui est suivie psychologiquement à la clinique Mon repos trouve une main tranchée ; un cadavre mutilé est trouvé dans le rivière.

Cela fait beaucoup. Trop pour l’adjudant Gomulka, gendarme fatigué et désabusé qui n’aspire qu’à la retraite. Il demande de l’aide à sa hiérarchie. C’est ainsi que le lieutenant Delahaye, surnommé « la machine » tant il ne vit que pour le boulot viendra l’épauler. Dans une ville prête à s’enflammer, où l’extrême droite fait feu de tout bois, leur coopération ne sera pas de trop pour démêler le vrai du faux.

Avis mitigé sur ce roman. Il y a de bonnes choses, et d’autres qui auraient mérité un autre traitement, du moins à mon goût.

Une bonne chose pour commencer est que l’auteur a créé de vrais personnages, complexes, et qu’il n’a à aucun moment cherché à les rendre complètement sympathiques. Pas de chevalier blanc (même s’il y a de parfaits connards). Julia est victime mais c’est aussi une vraie saloperie, ou elle l’a été, Gomulka et Delahaye, les « héros », ne sont pas non plus exempts de défauts, de gros défauts même, que je vous laisse découvrir.

Ensuite il a sur certains points les défauts de ses qualités. L’heure des chiens brasse de très nombreux thèmes : le sort des migrants, le racisme, la montée de l’extrême droite, le poids de l’histoire du côté de Soissons, la violence des rapports sociaux en entreprise … Il y en a beaucoup, c’est bien, mais à mon goût il y en a peut-être trop, et aucun n’est vraiment complètement creusé. C’est bien, mais c’est parfois frustrant.

Le final, aurait gagné à être retravaillé. Trop de révélations qui arrivent, d’un coup, juste parce que le coupable crache tout ce qu’on n’avait pas compris. Dommage parce que jusque-là l’intrigue est bien menée, avec ce qu’il faut de surprises et de fausses pistes.

Pour finir sur une bonne note, les amateurs de polars apprécieront le clin d’œil en hommage à l’immense James Lee Burke et à un des romans les plus réussis de la série Robicheaux. Mais ça je vous laisse le découvrir.

Thomas Fecchio  / L’heure des chiens, Seuil/Cadre noir (2021).

Les ombres

Où l’on retrouve Mortka, alias le Kub, la Sèche, sa lieutenante, et toute la bande de flics, truands et pourris de Varsovie. Les ombres de Wojciech Chmielarz.

La femme et la fille d’un des truands de Varsovie disparu depuis des années et dont le cadavre avait refait surface récemment sont abattues chez elles dans la nuit. Sur place, l’arme de Darius Kochan, flic en disgrâce, ami du Kub, qui avait justement découvert le cadavre. L’homme que tout accuse est en fuite, mais Le Kub ne peut pas croire à sa culpabilité.

De son côté son adjointe, la Sèche, enquête seule et sans en avertir ses supérieurs sur une vidéo qu’elle a récupéré de façon illégale. On y voit un certain Lazare, lobbyiste de haut vol, participer avec quelques personnalités connues de la capitale au viol d’un jeune homme.

Le Kub et la Sèche vont devoir s’entraider pour essayer de faire valoir la vérité dans une société plus que jamais pourrie par la corruption.

Dans la note sur le précédent roman de la série, La cité des rêves, je disais que l’auteur s’améliorait de roman en roman et que ses personnages entraient dans la famille de ceux que j’aurai plaisir à retrouver. Je maintiens et confirme avec Les ombres. Wojciech Chmielarz a bien trouvé sa vitesse de croisière et maintient son excellent niveau.

On retrouve avec énormément de plaisir le Kub, son entourage, ses collègues mais aussi son meilleur ennemi. Les personnages sont riches, complexes, pleins d’aspérités et de contradictions, humains attachants, de vrais bons personnages récurrents. L’intrigue, touffue, est parfaitement menée, et converge vers un final explosif. Un vrai plaisir de lecture au premier degré.

Le portrait de la Pologne actuelle qui en ressort est, comme toujours dans les polars, à la fois sombre et malheureusement universelle avec sa description de la main mise financière sur tous les pouvoirs. Ceux qui ont l’argent, comme partout ailleurs, ont tous les pouvoirs. Celui de corrompre, celui d’échapper à toute forme de justice, celui d’acheter les plus fragiles qui n’ont que leur force de travail comme source de revenus.

Tristement universel. Heureusement, il y a des fous comme le Kub et la Sèche pour, rarement mais ça fait quand même plaisir, équilibrer un peu les comptes.

Wojciech Chmielarz / Les ombres, (Cienie, 2018), Agullo (2021) traduit du polonais par Caroline Raszka-dewez.