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Cinéma encore

Activité cinématographique intense ces derniers temps, pour soutenir les salles … En fait non, parce que j’avais enfin un peu de temps, et pour me faire plaisir. Deux films récents donc pour se faire du bien.

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Vous avez forcément entendu parler du premier, Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec l’excellent trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, et quelques invités dont je vous laisse la surprise.

Ils sont trois. Ils vivent à crédit dans un lotissement moche quelque part dans le nord. Ils sont voisins mais ne s’en sont aperçus que lorsqu’ils se sont retrouvés, avec leur gilet jaune, sur le rond-point du Lidl. Et là, en plus de leurs problèmes habituels (endettement, solitude, boulot de merde …) ils ont tous les trois des ennuis avec internet. Marie parce qu’un connard a tourné une sextape et menace de la mettre sur internet et d’en avertir son fils ado si elle ne lui finance pas ses études de commerce. Christine, chauffeur pour une plateforme, parce qu’elle reste scotchée à une étoile malgré ses efforts. Et Bertrand parce que sa fille est harcelée au lycée. Mais s’ils ont pu prendre le rond-point du Lidl, ils ne vont pas se laisser emmerder par les GAFA.

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Tous les travers de notre société (d’avant virus) épinglés, les uns après les autres, avec un indéniable talent et grâce à l’abattage d’un trio d’acteurs exceptionnels. On rit beaucoup, on éclate de rire tout le temps, et on rit intelligent, sans jamais se moquer méchamment de ses personnages. Et comme disait l’immense Pierre Desproges, « elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ». D’ailleurs je vous encourage à aller lire, en intégral, ce que le maître pensait de ceux qui sous-estime le talent comique. C’est là, et c’est imparable, comme toujours.

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Certes, c’est un conte et il ne faut pas aller y chercher le réalisme. Mais avec son effet comique d’accumulation d’emmerdes, avec son parti pris d’en rire, grâce à son rythme et à ses acteurs, Effacer l’historique vous fera passer un excellent moment.

Le second a bénéficié de moins de pub, il faut dire qu’il est italien, et que ses acteurs sont inconnus ici. Il serait pourtant dommage de passer à côté de Citoyens du monde de Gianni Di Gregorio.

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Rome, quartier du Trastevere, à la terrasse de leur café, autour d’un verre de blanc, Prof, ancien professeur de latin et de grec à la retraite et Giorgetto, glandeur professionnel, à la retraite aussi (mais de quoi ?) font une constatation simple : leurs maigres pensions leur permettent à peine de survivre, et il parait qu’en partant ailleurs, on peut vivre très décemment. Comment ils vont se retrouver associés à Attilio, rafistoleur de meubles et fan de moto ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et où nos trois compères finiront ils leur vie ? C’est tout le sujet du film … Ou pas.

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On n’éclate pas de rire ici, ou rarement, mais on sourit beaucoup. Et toujours avec tendresse. Alors oui, comme j’ai pu le lire ici ou là, on n’est pas au niveau des Fellini, Scola ou Risi. Soit. Mais on retrouve cette patte, on est bien en présence de trois Vitelloni (surtout Giorgetto), mais à la retraite cette fois. Une thématique pas souvent traitée au cinéma et ici très joliment mise en scène, en prenant son temps, sans éluder les côtés ridicules des trois nouveaux amis, en s’en moquant gentiment, mais en mettant plutôt l’accent sur leur humanité.

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L’amitié, la peur, la vieillesse, le côté complètement dépassé de trois hommes seuls qui n’ont jamais quitté leur quartier face à un monde qu’il comprennent de moins en moins. Et pourtant, leur capacité à comprendre leurs semblables, à faire preuve d’empathie. Et puis, comme dans les meilleurs moments de ces auteurs latins que j’aime tant (les Montalban, Camilleri, Padura, Varesi …) de très belles scènes autour d’une table ou dans un café. Et ce n’est pas négligeable, de très belles images de Rome en général, et du Trastevere en particulier.

Cerise sur le gâteau, le final redonne une peu de foi dans notre monde, sans optimisme béat (que je ne supporterai pas), mais ça fait du bien de mettre parfois en avant les petits et grands gestes d’humanité, au lieu de d’insister uniquement sur ce qui va de mal en pis. Un moment de bonheur, dont le souvenir adoucira cette rentrée de merde.

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Disque Monde n°10

« Du friçon ! De l’aventure ! Avec les étoiles Victor Marasquino et Delorès de Vyce. Et avecque mille éléfants !

Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse : QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN »

TP 10Avant la rentrée, encore quelques vacances avec la suite de ma lecture de l’intégrale des Annales du Disque-Monde du génial Terry Pratchett, le 10° volume consacré à la naissance du cinéma : Les zinzins d’Olive-Oued.

A l’université de l’invisible, le jeune Victor est un étudiant de génie. Pour continuer à toucher l’argent de l’héritage de son oncle, il doit devenir mage. Mais comme il n’a pas envie de travailler, il s’ingénie à rater les examens. Facile ? Non car il doit quand même avoir une note minimale pour continuer à toucher l’argent. Un génie vous dis-je. Jusqu’au jour où il assiste à un spectacle proposé par les alchimistes, ces rigolos qui habituellement passent leur temps à faire sauter des machins. Des images animées projetées sur un drap.

Et peu de temps après, avec un corniaud qui parle (et dit « ouah » quand il veut passer inaperçu), des nains, des trolls, des charpentiers, des peintres … le voilà en route vers Olive-Oued, sans trop savoir pourquoi. La magie d’Olive-Oued commence à agir et rend fous ceux qu’elle appelle. Une magie et une folie qui vont conquérir Ankh-Morpork. Mais en parallèle la réalité s’affaiblit, et la membrane qui la sépare des choses qui rodent derrière devient fine, fine, fine …

Naissance du cinéma donc, dans toutes ses dimensions. La naissance des stars, des producteurs, de la publicité (avec un génial Planteur-Je-Me-Coupe-La-Gorge), des agents, la couleur, le muet … Tout ça dans le monde de Pratchett, ce sont des diablotins qui peignent les images enfermés dans une boite. Références constantes aux premiers grands films, très drôles pour qui a un minimum de culture cinématographique et de l’histoire du cinéma.

Le tout émaillé de quelques réflexions très pratchettiennes :

« Bref, une guerre civile avait éclaté, phase par où toute civilisation adulte se doit d’être passée … »

« Cette Ankh-Morpork-là ressemblait beaucoup plus à Ankh-Morpork que la vraie. »

Vétérini assis à côté des deux acteurs, des deux étoiles devrais-je dire, se pose des questions sur leur célébrité :

« Il avait l’habitude des gens importants, du moins de ceux qui se jugeaient importants. Les mages devenaient importants par des hauts faits magiques. Les voleurs par les vols audacieux, de même, quoi que de manière légèrement différente que les marchands. Les guerriers en gagnant des batailles et en restant en vie. Les assassins par des inhumations habiles. Les sentiers ne manquaient pas qui menaient à la gloire, mais balisés, on suivait leur tracé. Ils respectaient une certaine logique. […]

Oui c’était fascinant. On pouvait devenir célèbre rien qu’en étant … célèbre, quoi. »

Je me demande ce qu’aurait pensé Vétérini du monde d’aujourd’hui …

Un excellent volume, à la fois critique et hommage, moquerie tendre et respectueuse, un des très bons.

Terry Pratchett / Les zinzins d’Olive-Oued, (Moving pictures1990), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1997) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Cinéma : Mano de obra

ManoObra-00Pour une fois je vous cause d’un film qui vient juste de sortir, donc vous avez une chance de le voir si j’arrive à vous convaincre : Mano de obra du mexicain David Zonana, avec des acteurs dont je n’avais jamais entendu parler (ce qui ne veut pas dire grand chose vu ma connaissance du cinéma actuel).

Francisco travaille à la construction d’une maison moderne luxueuse dans un très beau quartier, quelque part dans une ville mexicaine (Mexico City ?). Un jour son frère meurt en tombant du toit. Quand sa belle-sœur lui montre un rapport disant que les analyses ont montré qu’il avait bu, il décide de protester, son frère ne buvait pas.

Tout le monde le balade, le contremaître, le client et patron, les services sociaux. Et sa belle-sœur enceinte ne touche rien. Petite vexation après petite vexation, ce n’est pas la fameuse goutte d’eau, mais le déluge qui inonde sa misérable cahute qui va faire déborder le vase (comme dans Parasites). Et faire basculer sa vie, et le film.

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Excellent film, très bien joué, superbement photographié. Essayez de ne pas trop lire de choses sur l’intrigue pour pouvoir être surpris par ce qui va se passer. Le film rend très bien une certaine passivité des personnages, une façon d’accepter, malgré quelques sursauts, toutes les injustices qui leur tombent dessus, tant ils ont l’habitude d’être écrasés. Puis montre comment il faut éviter de trop pousser le bouchon. Tous les enchainements sont logiques, l’évolution de Francisco, sa vengeance, la justice qu’il va appliquer lui-même, et la façon dont les choses dérapent.

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Certes, il ne faut pas trop chercher la crédibilité de l’histoire. Pour qui connaît les pays d’Amérique Latine, si l’on veut prendre le film au pied de la lettre, trop de choses sont irréalistes. Il faut plutôt le voir comme une métaphore, un conte grinçant, parfois drôle, parfois pathétique, qui laisse un arrière goût amer et illustre de façon imagée l’histoire récente de beaucoup de pays de cette partie du monde.

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Une vraie curiosité à découvrir.

Un peu de cinéma ?

C’est les vacances, l’occasion d’aller au cinéma. Je sais que je ne peux pas voir tout ce que je voudrais, mais quand l’occasion se présente, on y va. Avec deux films très différents, mais, de mon point de vue, très recommandables.

Le premier est le dernier film controversé d’un papy qui à près de 90 ans, continue à filmer, comme il l’a toujours fait, à savoir Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood.

Jewell-01On peut reprocher à Clint de refaire Sully, avec cette histoire tirée d’un fait réel qui voit Richard Jewell, employé à la sécurité dans un parc lors des JO d’Atlanta éviter un bain de sang lors des JO d’Atlanta en signalant un sac suspect. Sac qui contenait vraiment une bombe. Trop gros et benêt pour n’être pas la risée de ses collègues, il devient un héros du jour au lendemain, avant d’être massacré par les media quand ils apprennent que le FBI le suspecte d’avoir lui-même mis la bombe, pour, justement, devenir un héros. Trois mois d’enfer pour lui et sa mère, avant d’être enfin innocenté.

Oui, c’est la même trame que Sully, à la différence que, si le pilote joué par Tom Hanks est directement un héros, un vrai, auquel on s’identifie immédiatement, Richard Jewel est un peu niais, gentil mais au demeurant pas le pote qu’on aimerait avoir : casse-bonbon, à cheval sur le règlement, fan de la police, collectionneur d’armes à feu … Bref je ne sais pas si Eastwood cherche ou non à le rendre sympathique, mais avec moi c’est raté. Sauf que l’acteur est immense, et que le spectateur compatit à défaut de sympathiser, tant le FBI et les media se montrent immondes. Et au siècle dernier, sans réseaux sociaux.

Il parait que le film est misogyne … Parce que la journaliste à l’origine du lynchage est une vraie pourriture. C’est pourtant un bien beau rôle, très bien joué. Et elle est beaucoup plus intéressante que le bellâtre du FBI qui s’acharne sur lui. Car le film, avec son lot de scènes drôles et émouvantes tient sur quatre acteurs, Olivia Wilde, la journaliste, Kathy Bates (remember Misery !) la mère et le duo de choc, Sam Rockwell, l’avocat et le génial Paul Walter Hauser dans le rôle-titre.

The Ballad of Richard Jewell

Un bon divertissement, classique mais efficace.

Le second : 1917 de Sam Mendes. Tout le monde connaît l’histoire, deux soldats anglais sont envoyés avertir un bataillon qu’ils courent droit dans un piège allemand et que 1600 hommes vont se faire massacrer. On va suivre les deux soldats du début à la fin.

Pas de grande scène de bataille, pas de vue d’ensemble, on est complètement scotché, littéralement aux deux personnages, et on voit les tranchées, le no man’s land, les villages dévastés … totalement à hauteur d’homme, en temps réel. Je comprends qu’on puisse ne pas accrocher, mais si on accepte le parti pris, l’effet est absolument spectaculaire. Je me suis fait totalement embarquer, surprendre, et j’avoue que je n’ai commencé à réfléchir à la prouesse technique qu’à posteriori. Et c’est d’ailleurs là qu’on se rend compte, après coup, de la difficulté de tourner un tel film, et qu’on l’apprécie d’autant plus.

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Une vraie claque pour moi, un expérience nouvelle, mais il est vrai que cela fait des années que je vais très peu au cinéma, cela a peut-être déjà été fait … Moi j’ai découvert, et j’en ai pris plein la figure.

Encore au cinéma !

De nouveau un week-end long et de nouveau un temps pourri, résultat, de retour au cinéma pour deux films récents, avec un résultat mitigé.

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Une petite déception pour commencer, 5 est le numéro parfait de Igort. Peppino lo Cicero était tueur pour la camorra, et depuis qu’il est à la retraite son fils a pris le relais. Un soir de pluie il part dans les rues de Naples pour un contrat ordinaire. Mais c’est lui qui se fait descendre. Persuadé qu’il est le prochain sur la liste, Peppino ressort les flingues, fait appel à son ami de toujours, Toto le boucher et part en guerre.

Je suis pourtant allé voir ce film avec enthousiasme, tenté par de très bonnes critiques, une bande annonce intrigante et un sujet qui ne peut qu’attirer l’amateur de polars que je suis. Et puis flop. Enfin demi flop. Je ne me suis pas vraiment ennuyé, Toni Servillo alias Peppino joue très bien, les images de Naples, sous la pluie, avec les reflets de néons sont belles, les voitures drôles … mais le choix esthétique d’amener les personnages et toutes les scènes d’action vers l’outrance et la caricature m’a complètement sorti du film.

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J’ai pas mal souri, certains dialogues font mouche, mais je n’ai réussi à m’intéresser ni aux personnages ni à l’histoire, malgré un joli coup de théâtre final.

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La très bonne demi surprise c’est Joker de Todd Philipps. Demi parce qu’on m’en avait dit le plus grand bien. Et je confirme. Si vous voulez y aller, ou ne pas y aller, en pensant que c’est un film de super héros, oubliez tout de suite. De Batman, on ne garde que le décor, un Gotham City au ras du sol, jamais vu de haut comme avec le chevalier noir, l’ambiance noire, la société très inégalitaire, la télévision omniprésente, et la famille Wayne, comme symbole de ceux qui ont le fric et le pouvoir.

Pour le reste, c’est à la fabrique du monstre que l’on assiste. Où comment on crée un tueur à force d’opprimer, de ridiculiser, de rabaisser Arthur Fleck, un homme à l’origine totalement inoffensif, qui ne cherche qu’à faire rire et apporter du bonheur, mais qui a la malchance d’être mal né.

Scénario impeccable, la mécanique qui va enfoncer Arthur Fleck de plus en plus profond dans la folie est superbement démontée, étape après étape. La ville telle qu’elle est filmée est en parfait accord avec l’évolution du personnage. Mais au-delà du plaisir immédiat de l’histoire, deux choses m’ont frappées et resteront dans ma mémoire.

Tout d’abord l’interprétation époustouflante de Joaquin Phoenix. Torturé, la peau sur les os, gauche dans son attitude, dans sa démarche, émouvant, le spectateur souffre pour lui quasiment tout au long du film. Et quelle métamorphose dans la dernière partie. Sans que l’on puisse mettre le doigt sur ce qui change, il devient tout d’un coup inquiétant, mortellement inquiétant. Le tout sans le moindre effet spécial, sans maquillage supplémentaire. Je sais, c’est ça le boulot d’un acteur. Et bien c’est un sacré acteur.

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L’autre c’est comment un film, dont le projet doit exister, j’imagine, depuis au minimum deux ou trois ans, se trouve au moment de sa sortie en résonnance avec beaucoup de mouvements de révolte un peu partout dans le monde, ici avec les gilets jaunes, mais aussi au Chili, Liban, Algérie etc …

Pour finir il y a des moments de pur cinéma qui resteront dans la mémoire de ceux qui ont vu le film, émouvant, terrifiants, beaux, dérangeants … Un sacré pari, faire un film de l’univers des super héros en moule-bonbons collants sans super héros, sans effets spéciaux ou presque, sans baston ou presque, sans cascade, avec juste une bonne histoire, un décor magnifique et un grand acteur. Pari totalement réussi.

Un peu de cinéma

Un week-end long et un temps pourri, résultat, un retour au cinéma pour deux excellents films récents.

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Sorry we missed you du vétéran Ken Loach, toujours bon pied bon œil, toujours combattif. Ricky, le père, Abby la mère, Seb l’ado en pleine crise et Lisa la petite dernière. Une famille anglaise finalement assez ordinaire.

Abby est aide à domicile, elle court d’un patient à l’autre, des personnages âgées et seules, qu’elle nettoie, aide à manger, écoute, aide à se lever ou à se coucher, avec qui surtout elle passe un moment, que l’on devine le seul de leur journée pendant lequel elles échangent avec quelqu’un.

Ricky refuse le chômage et décide d’acheter, à crédit, une camionnette pour s’installer « à son compte », pour faire des livraisons pour une plateforme. Mirage d’être son propre patron alors qu’il se retrouve complètement dépendant, et même pire, de la plateforme.

Seb qui refuse de vivre la vie abrutissante et épuisante de ses parents, sèche les cours, et parcourt la ville avec ses potes graffeurs. Et Lisa la bonne élève qui voudrait que tout aille bien dans la famille.

Très vite le boulot de Ricky se transforme en enfer, un enfer dans lequel il va entrainer toute la famille.

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Ken Loach a décidé de démonter les vraies saloperies qui se cachent derrière le discours maintes fois rabâché dans notre joli monde, par les politiques, les médias, les économistes de tous poils. Et il le démonte pièce après pièce, implacablement, solidement. Alors j’imagine que les tenants de ce monde-là vont trouver le film lourd, exagéré, didactique … il semble que l’auteur s’en fiche, royalement, et moi aussi. Merci pour ce film magistralement interprété.

La scène d’ouverture, qui débute sur un dialogue sur fond noir (comme Moi, Daniel Blake) est magistrale (surtout n’arrivez pas en retard). Un exemple parfait du nouveau langage des fameux premiers de cordée, des battants, de ceux qui ne lâchent pas … effrayant, d’autant plus qu’on voit tout de suite comment Ricky vient, volontairement, solliciter les chaines qui vont le réduire en esclavage. Tout ce qui suit n’est que le déroulé des conséquences de cet esclavage consenti.

Le film est porté par les quatre acteurs principaux, tous excellents, qui donnent un nom, une voix et une chair à ceux qui dans le discours des économistes ne sont que des chiffres et des pourcentages. Un film implacable et émouvant, où la touche d’humour présente dans l’excellent La part des anges, et même dans Moi, Daniel Blake est quasi inexistante.KenLoach02

Deuxième film, totalement différent, Le traitre de Marco Bellocchio.

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Début des années 80, la mafia sicilienne se lance en grand dans le trafic de drogue. Alors qu’une entente semble avoir été signée entre les différentes famille, Tommaso Buscetta part s’installer au Brésil, avec sa troisième épouse et leurs enfants, laissant ses deux fils adultes avec son frère. Mais rapidement la famille de Toto Riina déclenche une guerre sans merci contre les alliés de Buscetta, tuant ses frères et ses fils.

Extradé par le Brésil vers l’Italie, Buscetta qui ne se reconnait plus dans ce qu’est devenu la Cosa Nostra décide de collaborer avec le juge Falcone, aboutissant au premier grand procès contre la mafia qui permit la condamnation de plus de 300 personnes.

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Amusant, le film s’ouvre sur une scène de fête dans une villa appartenant à un des parrains de la Cosa Nostra, une scène qui n’est pas sans rappeler l’ouverture du Parrain. Je suppose que le clin d’œil est voulu … Ensuite on quitte tout de suite la mythologie et l’imaginaire cinématographique pour passer dans du sordide très réaliste dans la séquence des assassinats en chaine, et de la prison au Brésil avant l’extradition, puis au grand théâtre, avec opéra et commedia dell’arte pour les séquences hallucinantes et magistrales de procès.

Des scènes d’anthologie qui sont entrecoupées de moment plus calmes, interrogatoires de Buscetta par Falcone, ou retours sur sa vie de témoin sous protection en permanence aux aguets aux US.

Une des forces du film, outre ces scènes extraordinaires, est d’avoir fait de Buscetta (superbe interprétation de Pierfranco Favino), un personnage complexe, parfois émouvant, auquel on peut s’attacher avant de le trouver arrogant, futile ou insupportable.

Un grand film, avec une très belle interprétation, et des scènes inoubliables (les procès mais aussi l’assassinat de Falcone), qui retrace le portrait sans concession des années où la mafia a basculé vers le trafic de drogue, avec quelques passages sur les liens obscurs entre mafia et monde politique italien.

Peut-on rire de tout ? Oui !

Non seulement j’ai réussi à aller au ciné, mais en plus j’ai vu un film qui vient de sortir. Et je me suis régalé. Avec Tel Aviv On Fire de Sameh Zoabi.

Parler du conflit israélo-palestinien, avec humour, au travers d’un soap opera, il fallait oser. Mais oser ne suffit pas, plus difficile, il fallait réussir. Et c’est ce pari fou qui est gagné par ce film.

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Tel Aviv on Fire, titre du film, est en fait celui d’une série télévisée bas de gamme, réalisée en territoires occupés, mettant en scène une belle espionne palestinienne qui va tomber amoureuse du général israélien qu’elle est sensée séduire à la veille de la guerre des 6 jours. Un soap bien kitsch suivi passionnément aussi bien par les palestiniennes que les israéliennes.

Imaginez maintenant Salam, une sorte de grand Duduche palestinien qui vit à Jérusalem et a réussi à se faire embaucher comme assistant, chargé du café et de corriger les fautes d’hébreu, essentiellement parce que son oncle qui réalise la série. Par un concours de circonstances déjà très drôle, Salam se retrouve scénariste, et surtout, se trouve obligé, en cachette, de coécrire la série avec le commandant du check point par lequel il passe tous les jours.

Questions : Comment arriver à écrire un scénario quand, comme lui dit une ex, il est à peine foutu d’écrire son CV ? Pire, comment dans un scénario coécrit avec un gradé israélien arriver à faire cohabiter les intérêts des financeurs palestiniens et les exigences du co-auteur militaire israélien qui veut impressionner son épouse ?

C’est à cette équation insoluble que se trouve confronté Salam.

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Premier exploit : arriver à parler du conflit en cours, sans le simplifier à outrance, mais sans s’appesantir, sans tomber dans le pathos et en faisant sourire ou rire en permanence.

Bien entendu, j’entends déjà les pisse vinaigre et indignés professionnels hurler qu’on ne peut pas rire de ces choses-là, que c’est faire injure aux victimes … Je les entends, mais je ne les écoute pas. Tout le monde, sauf à vivre sur une autre planète ou au fond d’une grotte, sait qu’il y a des morts, que la situation est intolérable. Est-ce à dire qu’on ne doit pas en rire ? Je rejoins maître Desproges pour répondre non, on peut rire de tout, et montrer légèrement l’arbitraire même dans des cas beaucoup moins dramatiques. Et faire passer un excellent moment au spectateur, en lui faisant confiance pour réfléchir une fois le fou rire passé.

Ceci pour le fond. Pour la forme, les acteurs, tous les acteurs, sont absolument extraordinaires, les scènes de « création » pour imaginer la suite de la série, impayables, la telenovela abominablement ringarde avec ses dialogues catastrophiques et ses décors fauchés aux fausses couleurs atroces, et j’offre son poids en houmous à celui capable de deviner comment le pauvre Salam va se sortir de son imbroglio. Le final est absolument génial.

Bref un film qui fait rire sans vous prendre pour un con, tout en parlant d’un sujet grave, chapeau l’artiste, il faut que tout le monde aille le voir.

A voir absolument

Même si je n’en cause pas systématiquement, essentiellement parce que je ne me sens pas légitime pour juger un film, ayant moins que pour les livres les outils, ou la patience d’analyser pourquoi tel ou tel film me parait digne d’intérêt (en gros je sais dire j’aime ou j’aime pas, mais pas vraiment pourquoi), je recommence à aller au cinéma, et j’aime ça.

SilenceAutresLà je voulais juste attirer l’attention de tous ceux qui aiment les polars espagnols, et plus particulièrement les romans de Victor del Arbol qui traitent tous, absolument tous, de la mémoire, sur un documentaire qui passe actuellement en France après avoir accumulé les prix (dont le Goya du meilleur documentaire, et le prix du public à Berlin), Le silence des autres, de Almudena Carracedo et Robert Bahar.

1977, la gauche demande l’amnistie de ceux qui sont encore prisonniers politiques, alors que Franco est mort depuis 2 ans. La droite qui est toujours là, accepte mais étend la loi d’amnistie à tous les faits s’étant déroulés durant la période franquiste. En bref, on oublie tout, on ne parle plus de rien, tout, absolument tout est, non pas pardonné, mais effacé.

Sauf que ceux qui ont été torturés, non pas pendant la guerre, mais ensuite, dans les années 50, 60 et même 70, ceux dont les parents sont enterrés dans une fosse commune, fusillés après la guerre, celles dont on a volé les bébés, leur affirmant qu’ils étaient mort-nés, et ce jusqu’en … 1981, ceux-là n’oublient pas, et n’acceptent pas qu’on leur impose le pardon sans rien leur demander.

Et quand le juge Garzon, depuis l’Espagne, arrive à faire arrêter Pinochet en Angleterre, ils se prennent à espérer ; même si Garzon qui veut enquêter sur les crimes du franquisme est démis de ses fonctions. Alors ils vont aller chercher en Argentine une juge qui ouvre des procès pour crime contre l’humanité.

Ce sont ces témoins, leurs luttes, leurs souffrances et leurs espoirs que les auteurs du documentaire filment pendant plus de 5 ans.

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Voilà un film qui éclaire de façon brutale les discussions que l’on a pu avoir à Toulouse avec Victor del Arbol sur la nécessité de faire ressurgir la mémoire, nécessité d’autant plus forte que beaucoup veulent oublier, et que resurgissent, la nostalgie de Franco et le vote d’extrême droite. L’Allemagne, l’Argentine, le Chili, l’Uruguay, l’Afrique du Sud … Tous ces pays ont, imparfaitement certes, mais ont jugé leur passé récent violent. L’Espagne a décidé de l’oublier, par loi.

La chape de silence, la négation que cela implique, avec, encore aujourd’hui, des places du Caudillo, des rues au nom des pires bouchers du franquisme, des ministres de Franco aux affaires, tout cela est une souffrance et une insulte quotidienne pour les victimes et enfants de victimes.

On a oublié tout cela, chez nous aussi, nous qui pensions que les films d’Almodovar (producteur du film), ou les romans noirs des Montalban, Ledesma, ou Del Arbol étaient représentatifs de l’évolution de toute la société espagnole. Voir ce documentaire n’en est que plus indispensable.

On ne s’ennuie pas une seconde, le film alterne interviews sobres, images d’archive, plans sur un superbe monument aux victimes du franquisme, images des ouvertures des premières fosses communes, et suit le suspense de la procédure entamée en Argentine, et des réticences (c’est peu de la dire) en Espagne.

Il est digne, il tord les tripes, fait surgir une rage noire, un dégoût terrible, et rappelle, quand on voit les remontées nauséabondes partout en Europe, Espagne , Italie, France, Hongrie etc … que contrairement à ce qu’on pouvait espérer, « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »

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Les vieux fourneaux au cinéma

J’ai craqué malgré des critiques plutôt tièdes, et puis c’était l’occasion de faire découvrir le film, et la BD à mon fils. Je suis allé voir Les vieux fourneaux.

En préambule, si jamais il y avait, par le plus grand des hasards, quelqu’un ici qui n’ait pas lu au moins les trois premiers volumes, précipitez-vous séance tenante. Et ne revenez pas avant de les avoir terminés.

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Le film reprend, assez fidèlement, les volumes 1 et 3 : La mort de Lucette, les retrouvailles des trois zigotos, l’expédition en Toscane pour retrouver l’enfoiré de Patron, et le retour sur le passé de Mimile et de Berthe la pestiférée. Je n’en dis pas plus, faut lire les BD ! C’est une variante des films de potes, sauf qu’ici les potes ont plus de 70 ans, ne voient plus très bien, ont mal partout, mais ont gardé la mauvaise foi et la capacité d’indignation de leurs 20 ans.

Alors ce film ? C’est un moment agréable. Pas le film du siècle, pas le film à ne rater sous aucun prétexte, mais si vous avez envie d’aller au ciné, et que rien d’indispensable ne se présente, vous pouvez y aller, vous passerez un bon moment, vous rigolerez, vous sourirez, et vous aurez sans doute, en sortant, envie de relire les BD.

C’est vrai qu’il y a des moments ratés, en particulier ceux qui veulent reprendre les souvenirs en noir et blanc de la BD, mais ils passent assez vite.

Mais les acteurs sont bons, Pierre Richard ressemble furieusement à Pierrot, des répliques entières de la BD sont dites avec un plaisir manifeste. Le mix entre les deux volumes est réussi, sans paraître artificiel, et tout le final dans la villa de Toscane du grand patron devenu complètement sénile est vraiment réussi.

Bref je me suis amusé, mon fils aussi, et il a lu les 4 BD en rentrant à la maison. Donc un bilan plutôt positif.

Encore un excellent film

C’est bien le mois d’août. Moi qui ne trouve jamais le temps d’aller au cinéma, j’en suis déjà à deux films ce mois-ci. Et deux bons en plus. Le dernier : BlacKkKlansman de Spike Lee.

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Vous connaissez forcément déjà l’histoire du film, tirée d’un fait réel : comment le premier officier de police noir de Colorado Springs, pas forcément la ville la plus en pointe dans l’acceptation de l’égalité entre blancs et noirs, réussit à infiltrer la cellule locale du KKK, et même à rencontrer le grand manitou de niveau national.

Je n’ai pas lu toutes les critiques publiées ici et là, j’ai juste vu que certains étaient convaincus, et que d’autres trouvaient que Spike Lee forçait le trait.

Moi je me suis régalé, et si j’en crois les rires, le reste de la salle hier soir aussi. C’est qu’on rit beaucoup pendant le film. On rit de la bêtise des klanistes et des outrances des deux flics qui les infiltrent. On rit à un certain nombre de scènes d’anthologie. On rit parce que les deux acteurs principaux John David Washington et Adam Driver sont excellents.

Et puis on se rafraîchit la mémoire sur ces années de luttes, on voit d’où on vient, et on se dit que tant de connerie, d’ignorance, de violence, c’est fini.

BlacKkKlansman

Et puis les 2 dernières minutes du film vous font l’effet d’une bonne grosse douche bien glacée, parce l’ignorance, la connerie et la violence, c’est loin d’être fini. Et c’est là que le film prend aussi une autre dimension. Au-delà du rappel historique et de l’excellent divertissement qu’il est, il devient un film indispensable. Indispensable pour nous rappeler que rien n’est jamais définitivement acquis, que ceux qui, à un moment de l’histoire, parce qu’ils ont perdu une bataille, ont dû lâcher une once de pouvoir, ceux-là n’oublient jamais, et veulent toujours récupérer ce qu’ils considèrent comme leur dû.

Et je mets dans le sac les sorciers de toutes les religions, les racistes de tous poils et les membres des castes, économiques et politiques, au pouvoir dans tous les régimes.

A voir donc, pour passer un excellent moment, et terminer par une piqure de rappel indispensable.