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Perplexe je suis …

… Comme dirait ce cher Salvo.

Faisant confiance à des critiques unanimement dithyrambiques, de Libération au Figaro en passant par Télérama, l’Humanité, le Monde etc … Un film France Inter loué par tous qui devait me mettre la patate. On est allé voir Licorice Pizza, « film solaire, porté par des acteurs extraordinaires, dont on ressort ému, revigoré, regonflé par une BO géniale », et j’en passe et des meilleures.

Et donc perplexe je suis. C’est long, mais que c’est long. Plus de deux heures, un scénario sans queue ni tête, une succession de sketchs avec des guest stars qui viennent cabotiner, plus ou moins bien, plutôt bien pour Tom Waits, plutôt moins bien pour les autres, des scènes que rien, aucune logique, ne relient les unes aux autres, des démarrages de thématiques jamais poussées, immédiatement chassées par une autre ..

On se croirait dans les média avec un scandale qui chasse l’autre pour des spectateurs incapables de fixer leur attention plus de 5 minutes.

Et tout ça pendant plus de deux heures. Comme je suis gentil, et que je veux vous épargner une perte de temps et d’argent, pour que vous ayez plus de l’un et de l’autre pour lire, voici un conseil, n’y allez pas !

Un petit tour au cinéma ?

Les vacances, une bonne occasion pour aller faire un tour au cinéma.

Autant commencer par un incontournable, le dernier Pedro Almodovar, Madres paralelas. Janis, 40 ans, photographe, et Ana pas encore 18, se retrouvent à l’hôpital pour accoucher. Les deux élèveront leurs filles seules. Ana en essayant de se débrouiller sans l’aide de sa mère, très prise par sa carrière d’actrice, Janis très préoccupée par la fosse commune qu’elle veut faire ouvrir dans son village pour donner à son grand-père, et aux autres hommes tués par les franquistes au début de la guerre, une sépulture digne. Mais nous sommes chez le grand Pedro, il va y avoir aussi du mélo dans l’air.

Certes ce n’est pas le meilleur Almodovar, et pour moi il y a quelques longueurs au milieu. Mais … Mais un bon Almodovar reste bien au-dessus de la moyenne de la production cinématographique. Penelope Cruz est magistrale, comme toujours avec son réalisateur fétiche, et la jeune Milena Smit qui joue Ana fait le poids en face, ce qui n’est pas peu dire. Ceux qui seraient surpris de voir le Almodovar s’attaquer aux meurtrissures du franquisme et au silence ne savent peut-être pas qu’il a trempé dans l’excellent documentaire Le silence des autres, et la scène finale du film est forte, simple, pudique et émouvante. A voir donc.

La grosse claque de ces vacances c’est un film iranien, Le diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof. Quatre épisodes. La vie simple d’un père de famille ordinaire. Un soldat, appelé, qui ne veut pas faire ce qu’on lui demande. Un jeune homme qui profite d’une permission pour aller fêter l’anniversaire de sa fiancée. Une jeune femme vivant en Allemagne mais d’origine iranienne qui vient, à la demande de son père, rendre visite pour la première fois à un couple vivant en Iran. Impossible d’en dire plus sans dévoiler trop de chose et gâcher le film. Sachez seulement qu’il y a des liens, et que vous aurez de grosses, de très grosses surprises.

Un sens du rythme et de la mise en scène époustouflant, une partition musicale géniale, des paysages magnifiques, des liens subtils qui se tissent entre les histoires … Si vous risquez de vous demander pendant une bonne partie du premier épisode ce qui justifie ces louanges, sa fin et la suite devraient vous retourner la tête.

Une magnifique expérience de cinéma, le film de cette fin d’année pour moi.

Dune le film

Je l’attendais avec impatience, j’avais relu le roman pour l’occasion, je suis allé voir le Dune de Denis Villeneuve.

Je ne vais pas vous résumer l’histoire. Soit vous l’avez lu, soit vous ne l’avez pas lu et vous allez vous précipiter dans votre bibliothèque préférée, mais vous en avez entendu parler. Sinon j’en ai parlé là.

Avant de dire ce que j’ai pensé du film, deux remarques.

Premièrement, et c’est la plus importante, aucune critique ne m’a averti qu’il s’agissait de la partie 1, et que l’adaptation s’arrête, pour l’instant, à la moitié du roman. J’ai commencé à m’en douter quand je me suis aperçu qu’il restait bien peu de temps pour terminer. J’ai même vu des commentaires narquois qui prévoyaient le 2, puis le 3 puis … Mais bande de truffes, avant d’écrire, ce serait bien de lire au moins le bouquin et de se rendre compte que le film n’adapte pour l’instant que la moitié du roman. Après s’il fallait un minimum de culture pour écrire dans des journaux ou sur internet ça se saurait …

Deuxièmement, je suis vieux. Et j’ai été traumatisé par l’adaptation cataclysmique de David Lynch, qui nous avait, avec beaucoup de potes, plongés dans des abimes de désespoir. Alors si on compare, on a aujourd’hui une adaptation géniale.

Première intelligence de Villeneuve, prendre son temps, justement, et adapter en 4 ou 5 heures. Ce qui permettra (peut-être) à ceux qui n’ont pas lu le bouquin de comprendre quelque chose.

Certes il y a des points faibles. Une musique parfois trop insistante, qui souligne trop l’action, une esthétique très Star Wars … mais ce sont des détails, et il faut bien accrocher une nouveau public.

Thimotée Chamalet qui joue le rôle de Paul est plus que crédible. Fragile, perturbé, loin de l’abominable tête à claques du film de Lynch, il fait le boulot. Dame Jessica, sa mère, est un peu faible face à lui, dommage, elle est censée le dominer dans la première partie. Les autres acteurs sont bons, voire très bons, et je me réjouis d’avance de voir davantage le génial Bardem dans la seconde partie.

Les décors sont beaux, les effets spéciaux, et en particuliers ceux qui étaient ratés dans la version Lynch sont parfaits, les vers sont particulièrement réussis …

Bref, fans de Dune, vous pouvez y aller. Il vous manquera une partie du contexte, il vous manquera forcément une partie de la richesse de ce roman culte, mais franchement, vous passerez un très bon moment, qui devrait vous donner envie d’aller voir la suite.

Et pour ceux qui n’ont pas lu le bouquin, vous savez ce qu’il vous reste à faire une fois que vous aurez vu le film.

Deux films pour se mettre de bonne humeur

Deux films très différents pour vous donner la pêche en cette rentrée bien morne.

Le premier est français, il passe partout, et il fait du bien, il s’agit de Un triomphe d’Emmanuel Courcol avec, entre autres, Kad Merad. Vous avez sans doute vu la bande annonce, ou entendu parler du film. Un acteur qui ne joue plus depuis un moment accepte, pour l’argent, de donner des cours de théâtre en prison. Ce qui commence avec quelques détenus peu motivés par les fables de la Fontaine, va se transformer rapidement en une aventure d’une tout autre ambition : monter En attendant Godot et faire le pari d’aller présenter la pièce dehors.

Comme Kad Merad, le réalisateur fait le choix de ne pas chercher à savoir pourquoi ces hommes sont en prison, on en saura peu, très peu, sur leur vie avant. Tout est concentré sur leur vie maintenant, les contraintes de la prison, et l’évasion que constitue le travail sur la pièce. On s’attend bien entendu au schéma classique : apprentissage, difficultés, obstacles, puis triomphe. Sauf que le triomphe survient plus tôt que prévu et que quelques surprises vous attendent.

C’est drôle, très drôle, parfois émouvant, les acteurs sont tous absolument géniaux, et ça vous file une patate du tonnerre, vous ressortez de là avec un grand sourire. Que demander de plus ?

Pour le plus, vous pouvez vous précipiter voir un film argentin : Le braquage du siècle. Inspiré par le vrai casse du Banco Rio en 2006, lui même inspiré, en partie, par le fameux casse de Spaggiari. Je ne vous cite pas le réalisateur ou les acteurs, ils sont inconnus ici. Classique dans sa construction, avec conception du casse, recrutement des complices, réalisation, puis …

Le braquage du siècle, affiche

Je suis curieux de savoir, si vous y allez, ce que peut en penser un français qui ne parle pas le porteño, à savoir l’argentin de Buenos Aires. Parce qu’au-delà d’un excellent scénario, la tchatche des acteurs est absolument géniale. Et c’est tellement, mais tellement argentin ! Une comédie hilarante quand on comprend la VO, forcément édulcorée en VF vu l’inventivité en termes d’insultes en VO. Ceci dit, rythme, performance d’acteurs, humour, inventivité du casse et, cerise sur le gâteau, une musique absolument enthousiasmante qui joue avec les références à différents genres de musiques de cinéma populaire (du big band, style panthère rose, au rock en passant par le western).

Un vrai plaisir, de quoi vous mettre en joie pour quelques jours.

Cinéma : La loi de Téhéran

Pas mal de films depuis que les cinémas ont rouvert. Mais j’ai eu la flemme d’en causer. Je vais faire une exception pour une sortie récente qui va, je l’espère passer encore quelques temps, pour vous donner envie d’aller la voir : La loi de Téhéran de Saeed Roustayi.

En Iran où la vente de drogue est punie de mort, le tarif pour 5 g ou 50 kg est le même. Résultat, la vente et la consommation de crack explose. L’un des « parrains » actuel est Nasser Khakzad, dont personne n’a de photo. Samad Majidi à la tête de la brigade anti drogue a fait de son arrestation une priorité. Tous les moyens seront bons.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas pour le suspense qu’on va voir ce film. Il a beaucoup d’autres atouts qui devraient vous précipiter dans les salles.

Tout d’abord c’est superbement filmé. La scène d’ouverture est saisissante et vous met tout de suite dans le bain (noir le bain). Et le film vous réserve quelques moments magnifiquement filmés, dont une rafle dans un « campement » de camés absolument époustouflante.

Ensuite c’est joué avec une énergie incroyable par tous les acteurs, et en particulier les deux protagonistes principaux.

Pour finir, cela nous offre un tableau très étonnant et très original (du moins pour le public français) de la société iranienne. Avec des allers retours marquants entre les bidonvilles, la misère crasseuse des prisons et les lofts les plus luxueux.

Vraiment une réussite, ne ratez pas ce polar iranien.

PS. Vu aussi, et si ça passe encore, il vaut la peine, le classique, bien fait et très bien joué Désigné coupable avec la grande Jodie Foster et un très bon et les très bons Tahar Rahim et Benedict Cumberbatch.

Sale nouvelle.

En ce moment, on cherche plutôt les bonnes nouvelles, et voilà que nous tombe sur le coin du nez la mort de Bertrand Tavernier. Sale tuile.

Je n’ai jamais pu le rencontrer en vrai, mais toute personne ayant vu un de ses films, ayant lu un de ses livres, ou l’ayant entendu par hasard à la radio sait une chose : C’était un merveilleux raconteur et passeur d’histoires.

Chaque fois que je suis tombé sur sa voix reconnaissable entre mille à la radio j’ai systématiquement écouté le programme jusqu’au bout. Il avait la verve, la culture immense, la passion et la manière de faire tout passer. Il savait être à la fois très pointu dans ses analyses, jamais pédant, et mettait systématiquement en avant le plaisir du spectateur quand il parlait des films des autres.  Un plaisir, un savoir et une passion qui sautent aux yeux dans son livre Amis américains. Un plaisir qui éclate à la lecture de sa collection de westerns chez Actes Sud.

Et puisqu’on parle de westerns, aucune pédanterie chez lui, aucun mépris pour aucun genre. Et comme cela se sentait dans ses films !

Pour les amateurs de polars il reste celui qui a su adapter deux monstres, 1275 âmes de Jim Thompson et Dans la brume électrique de James Lee Burke. Deux adaptations pour moi excellentes. Parce que l’idée de transposer le Texas poisseux du grand Jim dans l’Afrique coloniale de Coup de torchon était géniale. Parce que faire incarner Robicheaux par Tommy Le Jones l’était tout autant.  J’ai adoré les deux, alors qu’il est toujours casse gueule d’aller voir l’adaptation d’un roman qu’on a beaucoup aimé.

Et puis je n’ai pas vu tous ses films, mais tous ceux que j’ai vus m’ont plu. C’est peut-être lui qui a donné ses plus beaux rôles à l’immense Noiret. Magistral dans Que la fête commence, jubilatoire dans La fille de Dartagnan (vu et revu dans la période cape et épées de mes gamins), magnifique dans La vie et rien d’autre. Sans compter un de mes souvenirs de cinéclub, Romy Scheider bouleversante dans La mort en direct, salement prémonitoire.

Monsieur Bertrand Tavernier, avant ce jour sinistre, vous n’aviez apporté que du bonheur dans ma vie, merci pour tout.

Cinéma encore

Activité cinématographique intense ces derniers temps, pour soutenir les salles … En fait non, parce que j’avais enfin un peu de temps, et pour me faire plaisir. Deux films récents donc pour se faire du bien.

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Vous avez forcément entendu parler du premier, Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, avec l’excellent trio Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès, et quelques invités dont je vous laisse la surprise.

Ils sont trois. Ils vivent à crédit dans un lotissement moche quelque part dans le nord. Ils sont voisins mais ne s’en sont aperçus que lorsqu’ils se sont retrouvés, avec leur gilet jaune, sur le rond-point du Lidl. Et là, en plus de leurs problèmes habituels (endettement, solitude, boulot de merde …) ils ont tous les trois des ennuis avec internet. Marie parce qu’un connard a tourné une sextape et menace de la mettre sur internet et d’en avertir son fils ado si elle ne lui finance pas ses études de commerce. Christine, chauffeur pour une plateforme, parce qu’elle reste scotchée à une étoile malgré ses efforts. Et Bertrand parce que sa fille est harcelée au lycée. Mais s’ils ont pu prendre le rond-point du Lidl, ils ne vont pas se laisser emmerder par les GAFA.

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Tous les travers de notre société (d’avant virus) épinglés, les uns après les autres, avec un indéniable talent et grâce à l’abattage d’un trio d’acteurs exceptionnels. On rit beaucoup, on éclate de rire tout le temps, et on rit intelligent, sans jamais se moquer méchamment de ses personnages. Et comme disait l’immense Pierre Desproges, « elle est immense, mon cher, la prétention de faire rire ». D’ailleurs je vous encourage à aller lire, en intégral, ce que le maître pensait de ceux qui sous-estime le talent comique. C’est là, et c’est imparable, comme toujours.

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Certes, c’est un conte et il ne faut pas aller y chercher le réalisme. Mais avec son effet comique d’accumulation d’emmerdes, avec son parti pris d’en rire, grâce à son rythme et à ses acteurs, Effacer l’historique vous fera passer un excellent moment.

Le second a bénéficié de moins de pub, il faut dire qu’il est italien, et que ses acteurs sont inconnus ici. Il serait pourtant dommage de passer à côté de Citoyens du monde de Gianni Di Gregorio.

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Rome, quartier du Trastevere, à la terrasse de leur café, autour d’un verre de blanc, Prof, ancien professeur de latin et de grec à la retraite et Giorgetto, glandeur professionnel, à la retraite aussi (mais de quoi ?) font une constatation simple : leurs maigres pensions leur permettent à peine de survivre, et il parait qu’en partant ailleurs, on peut vivre très décemment. Comment ils vont se retrouver associés à Attilio, rafistoleur de meubles et fan de moto ? Il faudra voir le film pour le savoir. Et où nos trois compères finiront ils leur vie ? C’est tout le sujet du film … Ou pas.

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On n’éclate pas de rire ici, ou rarement, mais on sourit beaucoup. Et toujours avec tendresse. Alors oui, comme j’ai pu le lire ici ou là, on n’est pas au niveau des Fellini, Scola ou Risi. Soit. Mais on retrouve cette patte, on est bien en présence de trois Vitelloni (surtout Giorgetto), mais à la retraite cette fois. Une thématique pas souvent traitée au cinéma et ici très joliment mise en scène, en prenant son temps, sans éluder les côtés ridicules des trois nouveaux amis, en s’en moquant gentiment, mais en mettant plutôt l’accent sur leur humanité.

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L’amitié, la peur, la vieillesse, le côté complètement dépassé de trois hommes seuls qui n’ont jamais quitté leur quartier face à un monde qu’il comprennent de moins en moins. Et pourtant, leur capacité à comprendre leurs semblables, à faire preuve d’empathie. Et puis, comme dans les meilleurs moments de ces auteurs latins que j’aime tant (les Montalban, Camilleri, Padura, Varesi …) de très belles scènes autour d’une table ou dans un café. Et ce n’est pas négligeable, de très belles images de Rome en général, et du Trastevere en particulier.

Cerise sur le gâteau, le final redonne une peu de foi dans notre monde, sans optimisme béat (que je ne supporterai pas), mais ça fait du bien de mettre parfois en avant les petits et grands gestes d’humanité, au lieu de d’insister uniquement sur ce qui va de mal en pis. Un moment de bonheur, dont le souvenir adoucira cette rentrée de merde.

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Disque Monde n°10

« Du friçon ! De l’aventure ! Avec les étoiles Victor Marasquino et Delorès de Vyce. Et avecque mille éléfants !

Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse : QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN »

TP 10Avant la rentrée, encore quelques vacances avec la suite de ma lecture de l’intégrale des Annales du Disque-Monde du génial Terry Pratchett, le 10° volume consacré à la naissance du cinéma : Les zinzins d’Olive-Oued.

A l’université de l’invisible, le jeune Victor est un étudiant de génie. Pour continuer à toucher l’argent de l’héritage de son oncle, il doit devenir mage. Mais comme il n’a pas envie de travailler, il s’ingénie à rater les examens. Facile ? Non car il doit quand même avoir une note minimale pour continuer à toucher l’argent. Un génie vous dis-je. Jusqu’au jour où il assiste à un spectacle proposé par les alchimistes, ces rigolos qui habituellement passent leur temps à faire sauter des machins. Des images animées projetées sur un drap.

Et peu de temps après, avec un corniaud qui parle (et dit « ouah » quand il veut passer inaperçu), des nains, des trolls, des charpentiers, des peintres … le voilà en route vers Olive-Oued, sans trop savoir pourquoi. La magie d’Olive-Oued commence à agir et rend fous ceux qu’elle appelle. Une magie et une folie qui vont conquérir Ankh-Morpork. Mais en parallèle la réalité s’affaiblit, et la membrane qui la sépare des choses qui rodent derrière devient fine, fine, fine …

Naissance du cinéma donc, dans toutes ses dimensions. La naissance des stars, des producteurs, de la publicité (avec un génial Planteur-Je-Me-Coupe-La-Gorge), des agents, la couleur, le muet … Tout ça dans le monde de Pratchett, ce sont des diablotins qui peignent les images enfermés dans une boite. Références constantes aux premiers grands films, très drôles pour qui a un minimum de culture cinématographique et de l’histoire du cinéma.

Le tout émaillé de quelques réflexions très pratchettiennes :

« Bref, une guerre civile avait éclaté, phase par où toute civilisation adulte se doit d’être passée … »

« Cette Ankh-Morpork-là ressemblait beaucoup plus à Ankh-Morpork que la vraie. »

Vétérini assis à côté des deux acteurs, des deux étoiles devrais-je dire, se pose des questions sur leur célébrité :

« Il avait l’habitude des gens importants, du moins de ceux qui se jugeaient importants. Les mages devenaient importants par des hauts faits magiques. Les voleurs par les vols audacieux, de même, quoi que de manière légèrement différente que les marchands. Les guerriers en gagnant des batailles et en restant en vie. Les assassins par des inhumations habiles. Les sentiers ne manquaient pas qui menaient à la gloire, mais balisés, on suivait leur tracé. Ils respectaient une certaine logique. […]

Oui c’était fascinant. On pouvait devenir célèbre rien qu’en étant … célèbre, quoi. »

Je me demande ce qu’aurait pensé Vétérini du monde d’aujourd’hui …

Un excellent volume, à la fois critique et hommage, moquerie tendre et respectueuse, un des très bons.

Terry Pratchett / Les zinzins d’Olive-Oued, (Moving pictures1990), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1997) traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Cinéma : Mano de obra

ManoObra-00Pour une fois je vous cause d’un film qui vient juste de sortir, donc vous avez une chance de le voir si j’arrive à vous convaincre : Mano de obra du mexicain David Zonana, avec des acteurs dont je n’avais jamais entendu parler (ce qui ne veut pas dire grand chose vu ma connaissance du cinéma actuel).

Francisco travaille à la construction d’une maison moderne luxueuse dans un très beau quartier, quelque part dans une ville mexicaine (Mexico City ?). Un jour son frère meurt en tombant du toit. Quand sa belle-sœur lui montre un rapport disant que les analyses ont montré qu’il avait bu, il décide de protester, son frère ne buvait pas.

Tout le monde le balade, le contremaître, le client et patron, les services sociaux. Et sa belle-sœur enceinte ne touche rien. Petite vexation après petite vexation, ce n’est pas la fameuse goutte d’eau, mais le déluge qui inonde sa misérable cahute qui va faire déborder le vase (comme dans Parasites). Et faire basculer sa vie, et le film.

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Excellent film, très bien joué, superbement photographié. Essayez de ne pas trop lire de choses sur l’intrigue pour pouvoir être surpris par ce qui va se passer. Le film rend très bien une certaine passivité des personnages, une façon d’accepter, malgré quelques sursauts, toutes les injustices qui leur tombent dessus, tant ils ont l’habitude d’être écrasés. Puis montre comment il faut éviter de trop pousser le bouchon. Tous les enchainements sont logiques, l’évolution de Francisco, sa vengeance, la justice qu’il va appliquer lui-même, et la façon dont les choses dérapent.

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Certes, il ne faut pas trop chercher la crédibilité de l’histoire. Pour qui connaît les pays d’Amérique Latine, si l’on veut prendre le film au pied de la lettre, trop de choses sont irréalistes. Il faut plutôt le voir comme une métaphore, un conte grinçant, parfois drôle, parfois pathétique, qui laisse un arrière goût amer et illustre de façon imagée l’histoire récente de beaucoup de pays de cette partie du monde.

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Une vraie curiosité à découvrir.

Un peu de cinéma ?

C’est les vacances, l’occasion d’aller au cinéma. Je sais que je ne peux pas voir tout ce que je voudrais, mais quand l’occasion se présente, on y va. Avec deux films très différents, mais, de mon point de vue, très recommandables.

Le premier est le dernier film controversé d’un papy qui à près de 90 ans, continue à filmer, comme il l’a toujours fait, à savoir Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood.

Jewell-01On peut reprocher à Clint de refaire Sully, avec cette histoire tirée d’un fait réel qui voit Richard Jewell, employé à la sécurité dans un parc lors des JO d’Atlanta éviter un bain de sang lors des JO d’Atlanta en signalant un sac suspect. Sac qui contenait vraiment une bombe. Trop gros et benêt pour n’être pas la risée de ses collègues, il devient un héros du jour au lendemain, avant d’être massacré par les media quand ils apprennent que le FBI le suspecte d’avoir lui-même mis la bombe, pour, justement, devenir un héros. Trois mois d’enfer pour lui et sa mère, avant d’être enfin innocenté.

Oui, c’est la même trame que Sully, à la différence que, si le pilote joué par Tom Hanks est directement un héros, un vrai, auquel on s’identifie immédiatement, Richard Jewel est un peu niais, gentil mais au demeurant pas le pote qu’on aimerait avoir : casse-bonbon, à cheval sur le règlement, fan de la police, collectionneur d’armes à feu … Bref je ne sais pas si Eastwood cherche ou non à le rendre sympathique, mais avec moi c’est raté. Sauf que l’acteur est immense, et que le spectateur compatit à défaut de sympathiser, tant le FBI et les media se montrent immondes. Et au siècle dernier, sans réseaux sociaux.

Il parait que le film est misogyne … Parce que la journaliste à l’origine du lynchage est une vraie pourriture. C’est pourtant un bien beau rôle, très bien joué. Et elle est beaucoup plus intéressante que le bellâtre du FBI qui s’acharne sur lui. Car le film, avec son lot de scènes drôles et émouvantes tient sur quatre acteurs, Olivia Wilde, la journaliste, Kathy Bates (remember Misery !) la mère et le duo de choc, Sam Rockwell, l’avocat et le génial Paul Walter Hauser dans le rôle-titre.

The Ballad of Richard Jewell

Un bon divertissement, classique mais efficace.

Le second : 1917 de Sam Mendes. Tout le monde connaît l’histoire, deux soldats anglais sont envoyés avertir un bataillon qu’ils courent droit dans un piège allemand et que 1600 hommes vont se faire massacrer. On va suivre les deux soldats du début à la fin.

Pas de grande scène de bataille, pas de vue d’ensemble, on est complètement scotché, littéralement aux deux personnages, et on voit les tranchées, le no man’s land, les villages dévastés … totalement à hauteur d’homme, en temps réel. Je comprends qu’on puisse ne pas accrocher, mais si on accepte le parti pris, l’effet est absolument spectaculaire. Je me suis fait totalement embarquer, surprendre, et j’avoue que je n’ai commencé à réfléchir à la prouesse technique qu’à posteriori. Et c’est d’ailleurs là qu’on se rend compte, après coup, de la difficulté de tourner un tel film, et qu’on l’apprécie d’autant plus.

1917-01

Une vraie claque pour moi, un expérience nouvelle, mais il est vrai que cela fait des années que je vais très peu au cinéma, cela a peut-être déjà été fait … Moi j’ai découvert, et j’en ai pris plein la figure.