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Aux raclures qui passent ici.

Ca fait un moment que je n’ai pas eu d’accès de rogne. Et là, une bande de raclures essaient de poster sur mon blog des pubs ordurières pour voter Macron. Déjà appeler à voter Macron, ici, c’est une insulte. Mais en plus, croyez-moi sur parole, le post est immonde.

Donc les raclures, sachez que mon joli WordPress, en général, vous classe en indésirables. Merci WordPress. Et comme les commentaires sont modérés, ceux qui passent le barrage sont impitoyablement mis à la poubelle par ma pomme.

Mais du coup, vous m’avez énervé. Donc je vais faire de la pub à votre candidat que, soit dit en passant, je vomis autant que ses deux amis, Fion et Pen. J’ai découvert grâce au journal Le Monde, ce gentil youtubeur. J’avoue que les chaînes vidéo sur Youtube, c’est pas mon truc, question de génération sans doute. Mais là, même si le ton est un poil accéléré pour moi, j’aime bien, j’aime beaucoup même.

Et donc voilà ce qu’il nous raconte sur la pourriture que vous soutenez.

Ceci dit, il y en a aussi pour Fion.

Et puis il y a aussi pas mal de vidéos sur des sujets de fond, comme celui-ci sur le rôle des tribunaux d’arbitrage.

Après, sur la forme, je préfère Guillaume Meurice, même s’il creuse moins les sujets, et là, encore sur la corruption, allez voir ça, le passage où il interroge Patoche comme il dit, est tout simplement, comment dire … Surréaliste.

Mais les deux valent la peine. Mon seul regret, c’est que je ne pense pas qu’il passe ici, à par les raclures qui postent des commentaires de merde, des gens susceptibles de voter Fion, Pen ou Macron …

Le grand retour du grand Jean-Hugues

Je n’y croyais plus, je suis d’autant plus heureux de l’annoncer : Enfin, après des années de silence, le grand Jean-Hugues Oppel, le seul, l’inimitable est de retour ! C’est dans 19500 dollars la tonne.

OppelFalcon est assassin professionnel (pas tueur à gage, il y tient), a en ligne de mire un ministre au Venezuela. Lucy Chan (alias Lady Lee) de la CIA est en route pour les champs de pétrole du Nigéria. Leonard Parker Chambord, dit Killer Bob, un des meilleurs traders de la place de Londres, est à l’affut de la bonne affaire en se grattant les couilles (c’est pas moi qui le dit, c’est l’auteur). Un mystérieux Mister K. envoie à tout le monde des petites notes explicatives pour démonter les mécanismes d’arnaque des marchés boursiers. Il conclue invariablement ses mails par « Je ne vous ai rien appris ? Tout a été dit. Mais comme personne n’écoute, il faut recommencer. »

Quatre personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, et qui n’ont aucune chance de se rencontrer. A moins que …

Quel plaisir de retrouver le grand Jean-Hugues en pleine forme ! Ecriture incisive, savant et dynamique mélange entre des infos (réelles ou inventées) et l’histoire des personnages, humour … typiquement oppellien (on aime ou pas, moi j’aime), analyse sans pitiés de notre pauvre monde, rythme et énergie, phrases et dialogues qui claquent.

On retrouve tout ce qu’on aime dans French tabloïd ou Réveillez le Président !. Jean-Hugues Oppel est en colère et inquiet, mais au lieu de pondre un pamphlet indigeste (et on peut être très indigeste quand on parle des marchés financiers), il écrit un polar survolté, capable de passer des champs de boue imbibés de pétrole africains aux magouilles des traders londoniens, sans perdre le lecteur, sans l’ennuyer (bien au contraire). Ce faisant il démontre en deux coups de cuillère à pot et trois calembours l’irrationalité et le danger mortel de cette fameuse loi du marché que d’aucuns (beaucoup de d’aucuns) nous présentent comme aussi inéluctable que la loi de la gravitation.

La fin (de l’histoire, pas du livre qui se permet une sorte d’épilogue auquel j’adhère à 100 %) est assez ouverte pour permettre une suite, donc il faut absolument lire celui-ci !

Si vous n’êtes pas encore convaincus, un roman qui s’ouvre sur ce proverbe portugais (réel ou inventé par l’auteur) : « Si les pauvres chiaient de l’or, leurs culs ne leur appartiendraient plus. » et se termine ainsi :

« Quand le dernier arbre aura été abattu

Quand la dernière rivière aura été empoisonnée

Quand le dernier poisson aura été pêché

Alors on saura que l’argent ne se mange pas »

GERONIMO (1829 – 1909) »

Ne peut pas être entièrement mauvais …

Jean-Hugues Oppel / 19500 dollars la tonne La manufacture des livres (2017).

Après le feu, la glace.

Les amateurs de polars ont découvert Thomas Bronnec avec son polar étonnant Les initiés, qui réussissait l’exploit de les intéresser aux intrigues du ministère des finances à Bercy. Il revient avec un nouveau polar politique, En pays conquis.

bronnecJuin 2017. Aux élections présidentielles, la droite d’Hélène Cassard a été éliminée pour quelques voix du second tour qui s’est jouée entre la « gauche » déjà au pouvoir et l’extrême droite, amenant la réélection du président sortant. Mais les législatives qui ont suivi ont changé la donne. Personne n’a la majorité absolue, et la droite qui le plus de sièges choisi alors de s’allier avec le Rassemblement National pour imposer une cohabitation.

Dans l’ombre, François Belmont, nostalgique d’une France qui n’existe plus depuis longtemps, fils de collabo et ancien partisan de l’Algérie française est devenu le conseiller de Cassard, son argentier et, en sous-main, celui de l’extrême droite. Il pousse à un rapprochement entre les deux partis, et à une sortie de l’Europe. Rien ne semble pouvoir lui résister, au grand désespoir de Bercy.

A moins que la mort, quelques semaines auparavant de Christian Dumas, président de la Commission de vérification des comptes de campagne ne vienne enrayer sa mécanique.

Après le feu de Aura Xilonen, la glace de Thomas Bronnec. Après les passions déchainées de Liborio, sa vitalité, ses réactions intempestives et instinctives, son appétit de vie, le monde glacé, quasiment désincarné de gens dont le seul objectif est l’accumulation d’argent et de pouvoir, des gens qui contrôlent toutes leurs paroles et leurs réactions, qui calculent tout, et ne semblent jouir de rien.

En pays conquis prend la suite du roman précédent, et on y retrouve l’incroyable capacité de l’auteur à nous intéresser aux manigances et aux magouilles plutôt techniques (et c’est peu de le dire) de personnes qu’on voit habituellement de très loin, et qu’on considère, de plus en plus, comme tous pourris … Il nous intéresse en créant de vrais personnages, en nous faisant ressentir leur ambition, mais aussi, paradoxalement, la vacuité de leur vie. Il capte notre attention grâce à la mécanique parfaite de son intrigue, créant un suspense aussi irrésistible que celui des meilleurs thrillers.

Le complément parfait, finalement, de romans comme ceux d’Hervé Le Corre ou Aura Xilonen : Thomas Bronnec nous montre les manœuvres de nos élites auto proclamées, Le Corre ou Xilonen nous décrivent les effets directs ou indirects de leurs actes et de leurs décisions sur le commun des mortels.

Et tout ça en lisant des polars. Que demander de plus ?

Thomas Bronnec / En pays conquis Série Noire (2017).

Un suspens politique roumain

Je vous ai un peu abandonnés. C’est que j’étais dans la dernière enclave de la fracture numérique, ce qui est peut-être le dernier endroit en France sans ordinateur, ni smartphone, ni internet, ni Wifi, ni rien de tout ça : La maison de mes parents ! Heureusement, il y a quand même l’électricité, la télé (ce qui a permis aux deux jeunes de se scotcher devant les JO), mes parents et … l’océan, le Pays Basque, la proximité avec l’Espagne et ses tapas et donc du temps pour lire et rattraper du retard : Deuxième roman de chez Agullo, Spada du roumain Bogdan Teodorescu.

TeodorescuEn quelques jours, quelques petits truands d’origine tzigane sont égorgés dans les rues de Bucarest. Immédiatement l’affaire se politise. L’opposition et le seul député tzigane hurlent au génocide et appellent à la justice, avec des relents de vengeance. L’extrême droite nationaliste fait du meurtrier son héros et appelle à mater la délinquance tzigane. La presse étrangère tartine des éditos enflammés et humanistes … Sans aller regarder de trop près ce qui se passe vraiment. Les hommes au pouvoir défendent leur place et valsent entre l’envie d’arrêter le meurtrier, pour l’image internationale et pour couper l’herbe sous les pieds de l’opposition, et la peur de décevoir une partie de l’électorat en arrêtant un homme qu’une part non négligeable de la population voit comme un justicier.

Pendant que les crocodiles se battent dans le marigot, la presse attise les braises et la tension monte dans les rues …

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le point du départ du roman, Spada est à peine un roman policier. L’enquête n’est même pas secondaire, elle est inexistante. Par choix de l’auteur qui se concentre sur les luttes au sommet de l’état, les magouilles, la compromission de la presse et son jeu trouble, et les conséquences, bien réelles, dans les rues.

Plus un roman politique que policier donc. Et un roman passionnant, car il y a un véritable suspens dans cette lutte à mort entre les différents protagonistes. Plusieurs suspens même. Qui va gagner ? Ont-ils une frontière qu’ils ne franchiront pas pour garder, ou prendre le pouvoir ? L’ignominie des puissants a-t-elle une limite ? Et quel jeu jouent les autres pays européens qui donnent des leçons aux roumains, mais s’empressent de leur renvoyer les tziganes quand ils passent la frontière.

Passionnant, et bien entendu pas seulement roumain ! Parce qu’à part en France, bien évidemment où nous avons une presse et un personnel politique irréprochables, où personne ne s’aviserait jamais de mettre en avant une communauté donnée soit pour la stigmatiser, soit pour faire semblant de la défendre, ce genre de saloperie doit bien avoir cours dans le monde entier …

Découvrez donc ce suspens politique.

Bogdan Teodorescu / Spada (Spada, 2008), Agullo (2016), traduit du roumain par Jean-Louis Courriol.

Du grand journalisme illustré

Encore un beau cadeau de Noël. Celui-là je l’avais repéré sur le site de bibliobs. C’est Cher pays de notre enfance de Benoît Collombat et Etienne Davodeau.

DavodeauLe 3 juillet 1975 le juge François Renaud est assassiné à Lyon. Il enquêtait, entre autres, sur le hold up de l’hôtel des postes de Strasbourg, un butin énorme. Il était sur la piste du SAC, Service d’Action Civique, service d’ordre gaulliste et en même temps repère de truands.

Le 30 octobre 1979, le ministre Robert Boulin se « suicide » dans trente centimètres d’eau. Gaulliste historique, résistant, il avait des dossiers sur le … SAC.

Aucune de ces deux affaires n’a été éclaircie. Les proches des victimes, ceux qui ont enquêté, tous ont été menacés.

Benoît Collombat, journaliste à France Inter n’a jamais lâché ses investigations sur ces deux meurtres. A partir de 2014, Etienne Davodeau va le l’accompagner, et faire un documentaire dessiné reprenant leurs discussions et les différentes interviews des témoins de l’époque.

Une BD documentaire sur les côtés sombres des années 70-80, du RPR, du gaullisme, de la françafrique, un véritable travail de journalisme illustré.

Attention, ce n’est pas Spirou, ce n’est pas la BD qui se lit rapidement en 30 minutes entre le fromage et le dessert (et je n’ai rien contre Spirou). C’est dense, documenté, et absolument passionnant, en même temps que très frustrant. Frustrant de voir une impunité totale, une impunité qui dure plus de 35 ans après les faits.

Le dessin d’Etienne Davodeau suit les rencontres au plus près, arrive à mettre quelques, rares, touches d’humour. Avec une mention spéciale à la superbe couverture, subtile et implacable.

Une BD à lire absolument, pour se faire une idée un peu plus complète du Cher pays de notre enfance, ce pays des droits de l’homme, une idée sur une classe politique donneuse de leçons qui est ici montrée, soit complice, soit impuissante.

A lire au risque d’avoir un peu envie de vomir.

Benoît Collombat (scénario) Etienne Davodeau (scénario et dessin) Cher pays de notre enfance Futuropolis (2015).

Martyn Waites confirme

On a découvert Martyn Waites avec l’excellent Né sous les coups. Il revient avec La chambre blanche, une véritable claque.

la chambre blanche.indd1946 à Newcastle, nord de l’Angleterre. Jack Smeaton revient de la guerre, complètement traumatisé par ce qu’il a vu lors de la libération des camps. De retour au pays il ne voit aucun espoir pour lui. Jusqu’à ce qu’il assiste à un meeting de Dan Smith, leader travailliste qui promet de refaire le monde et surtout la ville. Avec lui et Ralph Bell, ils vont éradiquer les taudis, faire surgir de terre une nouvelle ville, plus belle, une ville où les ouvriers seront fiers de vivre.

Malheureusement, le pouvoir et la construction entrainent toujours la corruption. Surtout quand dans les parages trainent des gens comme Brian Mooney, déjà fracassé et tordu, qui hait le monde entier et est prêt à tout pour se venger de tout et de tous.

Vingt, trente ans plus tard, que restera-t-il de leurs rêves à tous ?

Quel bouquin, quelle gifle ! Trente ans de la vie d’une ville du nord de l’Angleterre. Trente ans d’espoirs déçus, d’illusions fracassées, de vies détruites, de trahisons, de souffrances mais aussi d’espoirs qui renaissent, de révoltes, de courage, de révolution politique, culturelle et musicale.

Le démarrage de ces cités qui au départ furent un rêve de modernisme et sont aujourd’hui le symbole de l’échec.

Trente ans de destins d’hommes et de femmes brisés, qui se relèvent encore et encore … jusqu’à la dernière fois. Trente ans d’histoires individuelles dures, âpres, insoutenables parfois, qui dressent le portrait de toute une époque. Trente de souffrances pour les plus faibles. Des histoires qui montrent que la souffrance ne rend pas meilleur, elle rend méchant, méfiant, et, souvent, la victime devient bourreau. Des histoires racontées avec une lucidité qui n’exclue pas l’humanité, bien au contraire et avec autant d’empathie que de tranchant.

Une vraie saga avec du souffle, de l’énergie, une générosité et une écriture à la fois sans pitié et si pleine de tendresse. Des personnages incroyables, inoubliables, de la plus extraordinaire des héroïnes au dernier des salauds. Des personnages faibles, terrifiants, attachants, fragiles, indestructibles, faillibles …

Putain de bouquin ! A ne manquer sous aucun prétexte.

Martyn Waites / La chambre blanche (The white room, 2004), Rivages/Thriller (2015), traduit de l’anglais par Hubert Tézenas.

Les effets de la canicule ?

Depuis le départ des affaires des trois phares de la pensée française que sont Morano, Lefebvre et Estrosi les occasions de faire des bonds sur son siège ont un peu disparu. Pour laisser la place à un écœurement lent et déprimant.

Et puis on lit ça dans le Monde, sous le titre « Pourquoi Syriza ne peut pas être comparé au FN » : « Le Front national (…) est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d’extrême droite. », et on se dit tient, ils sont de retour ! Ou c’est un des inénarrables de la famille Le Machin qui essaie de se faire remarquer. Et on s’étonne quand même que le lecteur de ce monument de la presse libre qu’est Le Monde ait besoin qu’on lui explique pourquoi Syriza ce n’est pas le FN !

Et puis on parcourt d’un œil distrait et c’est là qu’on bondit ! Avec un triple salto. Parce que ce n’est ni la famille Le Machin, ni un chien savant (enfin savant …) du petit teigneux qui a dit ça. C’est un ministre socialiste ! Bon socialiste … disons participant à un gouvernement élu avec les voix socialistes si on veut être précis. C’est le banquier d’affaire propre sur lui, dents blanches, brushing impeccable, j’ai nommé Macron.

Et quand on retombe de son saut, on se dit que pour dire une énormité pareille, on ne voit que trois solutions :

Soit le cerveau du ministre ne supporte pas la canicule, que ses neurones ont momentanément fondu, et qu’il faudrait le mettre au frais le temps qu’il retrouve un fonctionnement normal.

Soit il nous prend vraiment pour des truffes (ce qui n’est absolument pas à exclure).

Soit il le pense vraiment, et on peut s’interroger sur la pertinence qu’il y a à garder à un poste de responsabilité un gugusse d’une bêtise aussi crasse, et doté d’une vision politique aussi pathétique.

Je vous laisse vous faire votre opinion.

Demain je vous cause de Transmetropolitan, on aurait vraiment besoin d’un Spider Jerusalem chez nous !