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Un deux trois

J’avais entendu parler de Dror Mishani, sans jamais avoir lu ses romans. J’ai essayé avec Un deux trois. Il paraît qu’il y prend un tournant. Virage raté pour moi, et abandon en cours de route.

MishaniOrna vit seule avec son fils de huit ans, dévastée par son divorce. Le gamin renfermé vit lui aussi mal le départ de son père loin, très loin, fonder une nouvelle famille. Peu à peu, elle essaie de surnager et décide de commencer à sortir et à rencontrer du monde, et pourquoi pas démarrer une nouvelle relation. Est-ce que cela pourrait être Guil, avocat récemment divorcé ?

Je ne le saurai jamais. J’ai tenu plus de cent pages à lire les chouineries de Orna, qui est très déprimée, et très triste, et son ex est un enfoiré, et son gamin est mal, et sa mère est chiante … Putain que c’est plat. Il paraît que c’est un thriller psychologique. J’ai vu des comparaisons avec Indridason. J’ai trouvé ça mou, triste, plat, enfermé, larmoyant … chiant.

C’est peut-être pas le moment, mais en fait je n’ai jamais aimé les thrillers psychologiques. On ne sait rien de son boulot, de la ville, de rien. C’est elle et son fils, son appartement, elle, son dépit … Chiant. Abandon au premier tiers.

Dror Mishani / Un deux trois, (Shalosh, 2018), Série Noire (2020) traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

PS. Pour se sortir de ce putain de confinement, et de l’enfermement, et en attendant de pouvoir s’aérer la tête pour de vrai (et pas sous surveillance policière avec interdiction de sortir du département, plus ou moins), j’ai mis une sélection de photos en ligne ici.

L’homme aux murmures

J’ai eu un moment de faiblesse, sans doute dû à la situation un peu oppressante. J’ai lu un pur thriller, L’homme aux murmures d’Alex North. C’est nul.

NorthTom et son fils Jake, huit ans, viennent de s’installer dans une charmante petite ville. Ils essaient de se remettre de la mort de Rebecca, la maman. Ils ne savent pas que vingt ans auparavant un tueur en série y a sévi, qui a assassiné 5 petits garçons. Et un gamin vient de disparaître. Quand Jake entend des murmures la nuit, tout semble recommencer.

Donc soyons clair et concis, c’est nul.

Cousu non pas avec du fil blanc mais avec des câbles. Des coïncidences en veux-tu, en voilà. Et alors lourd, mais lourd … Lourdingues les états d’âmes du flic qui, ô surprise, essaie de ne pas retomber dans l’alcool. Encore plus lourdingue la thématique très très appuyée sur les rapports père/fils. Allez, pour le plaisir je développe, même si ça revient à révéler des parties entières de l’énigme. Le papa et le fils ont des relations difficiles, parce que le papa a peur d’être comme son papa à lui qui buvait et qu’il n’a plus vu depuis l’âge de 8 ans. Et il croit que son papa à lui (au papa) avait blessé sa maman. Ben c’était pas vrai. Et le papa du papa c’est le flic qui enquête que le serial killer. Et ils se revoient. Et à la fin ils sont presque raccommodés. Et le nouveau serial killer, en fait, c’est le fils de l’ancien qui est un vrai monstre (mais qui fait pas peur). Et il veut être un vrai papa pour les nouveaux enfants qu’il enlève. Et en même temps être digne de son papa (le serial killer) qui est en taule. Et la maman du papa est morte jeune, et celle du fils aussi, et celle du fils du serial killer aussi. Et ils font tous les cauchemars très importants, pleins de mystères.

Ajoutez que c’est écrit à la truelle. Et que même le déroulement de l’intrigue est plus que moyen, avec des tentatives de cliffhangers et de mystères pseudo fantastiques qui tombent complètement à plat.

Je dois vous avouer que plus j’avançais, plus je faisais du saute-mouton au dessus de paragraphes entiers, et pourtant, j’ai tout compris de la résolution, faut dire que l’auteur explique bien au cas où.

Bref, vous pouvez économiser votre temps et votre argent.

Le sourire du scorpion

Le sourire du scorpion de Patrice Gain attendait sur ma pile depuis le début de l’année. Je m’y suis plongé, je n’ai pas été convaincu.

GainTom et Luna, jumeaux de 15 ans se préparent à vivre une belle aventure avec leurs parents et leur guide Goran : La descente d’un canyon sauvage en rafting, dans le Monténégro. Mais la virée tourne au drame quand, après avoir été coincés par un orage, dans un rapide, leur embarcation se retourne et leur père disparaît.

De retour sur les Causses où ils vivent dans un camion, la famille va avoir beaucoup de mal à surmonter le drame, d’autant que le doute sur ce qui s’est vraiment passé dans ce canyon commence à envahir Tom et Luna.

Je reconnais qu’il y a de belles pages dans ce roman, mais pour moi tout a mal commencé, et je n’ai jamais accroché.

Tout d’abord, même en faisant confiance à un guide, il faut être vraiment con pour s’engager dans un canyon dont on ne sait rien, sans même avoir une idée de la météo. A partir de là, je me dis qu’ils ont bien cherché ce qui leur arrive.

Ensuite le narrateur Tom ne parle absolument pas, et ne pense pas, comme un ado de 15 ans. C’est censé être sa voix qu’on entend, pas celle d’un écrivain confirmé qui fait des phrases. Du coup je n’ai pas cru une seconde au narrateur, et par ricochet aux autres personnages.

A partir de là, plus grand-chose ne m’a touché, et il ne restait plus que la curiosité du final de l’intrigue, qui n’est pas non plus une grosse surprise. Donc raté pour moi, pas du tout fasciné comme certains de mes collègues.

Patrice Gain / Le sourire du scorpion, Le mot et le reste (2020).

Resurrection Bay

Une nouvelle venue, australienne, chouette. Au final Resurrection Bay d’Emma Viskic est un honnête divertissement.

ViskicCaleb Zelic est privé à Melbourne, dans une petite agence en association avec Frankie, une ex flic. Appelé à l’aide, il arrive juste à temps pour que son meilleur ami, Gary, flic qui parfois lui filait un coup de main, meure dans ses bras. Suspecté par la police, poursuivi par les tueurs, il va se réfugier à Resurrection Bay, sa ville d’origine, et celle de son ex-femme, où vit encore son jeune frère, qui a fait de la taule pour s’être fait prendre à dealer.

C’est là qu’il va s’apercevoir qu’il y a quelque chose de pourri dans la police de Melbourne, et que tous ceux qu’il approche sont peut-être en danger.

« Effréné, violent, et bouleversant », dixit Eva Dolan en quatrième. Certes on sait que sur ces quatrième les auteurs ne sont pas avares de compliments envers leurs collègues, à charge de revanche sans doute … mais c’est quand même un peu beaucoup.

Effréné, pourquoi pas. Ca va effectivement très vite. Trop justement. A force de multiplier les coups de théâtre, les retournements et les surprises, l’auteur en oublie un peu la cohérence de l’ensemble. Elle oublie surtout de vraiment définir les personnages, de leur donner un peu de chair, de nous les faire aimer ou détester. Ce ne sont finalement que des marionnettes qui sont là pour faire avancer l’intrigue à toute vitesse. Elle oublie aussi de nous faire sentir, palper les lieux, les ambiances.

Et du coup, bouleversant, certainement pas. On suit comme une série B qu’on regarde quand on est trop fatigué, et qu’on ne veut pas trop solliciter le cerveau mais qu’on a besoin d’une distraction.

Et violent, bof. Tout amateur de polar a vu bien pire. D’autant plus que la violence, bien présente, est désamorcée par le fait qu’on se soucie finalement assez peu de ce qui va arriver aux personnages. On a déjà vu bien des polars sans le moindre mort beaucoup plus violents que cet honnête série B qui se laisse lire, pour le plaisir de découvrir ce qu’il en est dans les dernières pages.

Emma Viskic / Resurrection Bay, (Resurrection Bay, 2015), Seuil/cadre noir (2020) traduit de l’anglais par (Australie) Charles Bonnot.

Maître des eaux

J’ai failli ne pas parler de ce bouquin, parce qu’en général, quand je n’aime pas, je ne dis rien. Mais là c’est trop, Maître des eaux de Patrick Coudreau, publié à la Manufacture que j’aime pourtant beaucoup et à qui je suis éternellement reconnaissant d’avoir publié Franck Bouysse n’est pas seulement mauvais, il est également déplaisant, pour ne pas dire nauséabond.

CoudreauIl y a des années les grandes gueules du village avaient, en toute impunité, massacré la famille de Mathias Grewicz, tous brûlés dans leur maison, en même temps que leurs bêtes. Seul le gamin, âgé de 13 ans avait pu s’échapper. Et maintenant il revient se venger, lui l’étranger, le juif, le sorcier, la sale bête. Alors les mêmes vont le traquer dans la nature environnante. Seule une gamine, ado révoltée, Elia, va lui venir en aide.

Je passe rapidement sur ce qui fait que le roman n’est pas bon. Les rebondissements sont totalement incohérents, les scènes de bastons dignes du Club des Cinq, les pourris tellement cons et caricaturaux qu’on ne tremble pas une minute pour les « héros », et n’allez pas vous demander comment on peut brûler vive une famille entière sans qu’il y ait la moindre enquête, ni comment le gamin rescapé a pu vivre des années sans attirer l’attention d’aucune administration. Passons également sur le mystère qui fait atterrir la gamine et sa mère auprès du gros con en chef, ou sur le silence et la vie paisible de tout un village supposé complice de l’atrocité de départ. Passons pour finir sur les incohérences d’un personnage comme l’affreux capable de tuer sans le moindre remord son pote de beuverie de toujours, ou qui supporte pendant des années sans rien dire l’insolence de Elia pour décider d’un coup de l’éliminer. Et des comme ça il y en a tout le long.

S’il n’y avait que ça, j’aurais fermé le livre après quelques pages, et je n’en aurais jamais parlé. Ce qui me met en rogne c’est que sans explication, de façon caricaturale et sans la moindre nuance tous les habitants du village sont de gros cons, ivrognes, fainéants, abrutis, stupides, lâches, racistes, antisémites et méchants. Sans compter les tendances pédophiles suggérées.

Or, comme le disait Ernesto Mallo lors d’une rencontre où je m’étonnais de le voir choisir comme personnage positif un flic travaillant au milieu des pires ordures pendant la dictature militaire de Videla, penser que tous les membres d’une corporation ou d’une groupe social sont forcément des salauds, juste parce qu’ils appartiennent à ce groupe est un raisonnement fasciste. Même chez les flics argentins de l’époque il y avait des mecs bien. Pas beaucoup, mais il y en avait. Souvent premières victimes de leurs collègues. Donc penser et écrire que tous les habitants d’un village sont incultes, racistes, cons et méchants, et que tous sont complices, gendarmes compris, c’est un raisonnement au mieux simpliste. Et aussi nauséabond que le rejet hystérique de l’autre qui est dénoncé par l’auteur.

Quant à le comparer avec Franck Bouysse, comme j’ai pu le voir (désolé Pierre, je suis souvent d’accord avec toi, même si j’ai parfois la dent plus dure, mais là …). Certes ils sont publiés chez le même éditeur et leurs romans se déroulent à la campagne, mais là s’arrêtent malheureusement les points communs. Quand on pense à la finesse d’écriture, à la profondeur des personnages, au respect et à l’humanité avec lesquels ils les peint, qu’ils soient sombres ou lumineux …

Non, lecteur si tu n’as pas encore ouvert Maître des eaux, n’espère vraiment pas y trouver le nouveau Franck Bouysse. Si j’ai un conseil : évite.

Patrick Coudreau / Maître des eaux, La manufacture des livres (2020).