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Comme des lions

On avait découvert Brian Panowich et la charmante famille Burroughs dans Bull Mountain, ils reviennent dans Comme des lions.

Pour ceux qui n’ont pas lu Bull Mountain et voudraient le faire, sautez la suite je suis un peu obligé de révéler la fin, certes prévisible, mais quand même …

 

 

 

 

PanowichNormalement il ne reste que les autres.

Clayton Burroughs est le seul du clan à avoir choisi la légalité. Son père, puis son grand frère tenaient les montagnes de ce coin de Georgie, ils y faisaient la pluie et le beau temps et régnaient par la peur. Jusqu’à ce que le père meure, que Clayton défie son frère et finisse par le tuer. Il est toujours shérif de la ville, marié avec Kate, père d’un bébé, et il souffre en permanence des séquelles des blessures reçues lors de l’affrontement fratricide.

Mais comme la nature, l’argent et le pouvoir ont horreur du vide. Un clan voisin commence à envahir les montagnes du clan Burroughs, des bikers demandent à pouvoir traverser en toute tranquillité pour leurs trafics, et Clayton va vite se trouver obligé de renouer avec la violence familiale pour protéger les siens. Au risque de devenir ce qu’il fuit depuis toujours, une copie de son père et de son frère.

Il faut faire une petite mise au point avant de parler de ce roman : contrairement à un David Joy qui, dans la lignée de Daniel Woodrell ou Larry Brown s’attache à décrire la vie des gens, de tous les gens de sa région, Brian Panowich lui ne parlent que d’une petite partie de la même population, et peut ainsi donner l’impression que la Georgie n’est peuplée que de brutes sanguinaires et moitié dégénérées.

C’est un parti pris qui peut déranger, mais qui permet à l’auteur de nous livrer, une fois de plus, un polar/western rude, rugueux, plein de testostérone mais avec de beaux personnages de femmes qui, vous le constaterez par vous-même, sont loin très loin, ici d’être de petites créatures sans défense.

Dans le lot des romans sur les petits blancs déshérités, les deux romans sur la famille Burroughs font partie du haut de panier, avec une écriture lipide, une belle efficacité dans le récit, la montée du suspense et la description des explosions de violence, des personnages attachants et des affreux très réussis. Sans doute un peu schématique et réducteur dans sa description des lieux, mais un vrai plaisir de lecture au premier degré.

Brian Panowich / Comme des lions (Like lions, 2018), Actes Sud / actes noirs (2019), traduit du l’anglais (USA) par Laure Manceau.

Lune noire, un bon divertissement

J’avais envie d’une lecture qui ne me fatigue pas trop, un truc efficace, Lune noire de Anthony Neil Smith semblait tout indiqué. Il a fait l’affaire.

Neil SmithBilly Lafitte était flic à la Nouvelle-Orléans, avant de se faire virer pour corruption après le passage de Katrina. Depuis il est adjoint du shérif (son beau-frère) dans une petite ville du Minnesota. Où il a amené avec lui ses méthodes et sa morale très particulières. Qui cadrent mal avec ce beau-frère, aussi religieux que tout le reste de la famille. Et puis dans le Minnesota c’est plat, il y a de la neige l’hiver et des champs de soja l’été. Bref pas l’idéal pour Billy.

Les vrais ennuis commencent de façon très classique, quand une amie vient lui demander d’aider son copain, visiblement empêtré dans une sale affaire de trafic de drogue. Faire un peu peur à de petits trafiquants locaux, facile pour Billy Lafitte qui en a dressé de plus rudes. Sauf que les petits trafiquants se révèlent être d’un toute autre nature …

Oubliez tout de suite la quatrième qui parle de Jim Thompson et James Crumley, la référence est peu judicieuse et surtout le costume trop grand. Pensez plutôt, ne serait-ce qu’à cause du froid et des paysages enneigés à Fargo. Les truands et les flics ici sont aussi bêtes que ceux des frères Coen.

Un polar assez déjanté qui tient ses promesses, sans être le roman de l’année, et finalement, j’ai eu quelques surprises. Je m’attendais à un polar plus classiquement burné. A commencer par le héros qui est un peu plus ripoux et borderline, dans sa morale, que ce à quoi je m’attendais, et plus con aussi. Pas vraiment un stratège, ni un super combattant, juste un bonhomme dur au mal mais pas toujours bien malin, qui rentre dans cette histoire avec ses gros sabots fracasse tout, pas toujours volontairement, et surtout prend beaucoup de coups.

L’histoire réserve quelques surprises et part dans une direction que l’on ne voit pas venir au début, et même si tout n’est pas absolument vraisemblable, on se laisse prendre à ce jeu de massacre. Un bon divertissement, et je lirai sans doute le suivant qui est annoncé pour bientôt.

Anthony Neil Smith / Lune noire (Yellow medecine, 2008), Sonatine (2019), traduit de l’anglais (USA) par Fabrice Pointeau.

Ron Rash à La Noire

Je ne vais pas faire dans l’originalité, et comme plusieurs blogueurs amateurs de noir je vais me réjouir ici de deux choses : le retour de La Noire de chez Gallimard et un nouveau roman de Ron Rash : Un silence brutal.

RashQuelque part dans les Appalaches, une petite ville. Le shérif est à quelques jours de prendre sa retraite. Tucker exploite un relais de luxe pour les clients riches qui veulent s’initier à la pêche. Becky est garde du parc, qu’elle connait comme sa poche, et poétesse à ses heures. Gerald, colosse au cœur fragile s’accroche à 70 ans à sa propriété qu’il refuse de vendre.

Dans les vallées certains font pousser de la marijuana avec l’accord du shérif, d’autres montent des labos de fabrication de cristal de meth et la commercialisent dans ces zones ravagées par la pauvreté.

La routine, jusqu’au jour où Tucker accuse Gerald avec qui il est en conflit d’avoir déversé du kérosène dans sa partie de rivière pour tuer ses truites. Tout semble accuser le vieil homme, mais le shérif, et surtout Becky, savent qu’il ne peut avoir tué ces poissons qu’il aime tant.

Ron Rash n’a pas besoin d’écrire un pavé plein de fusillades, d’effets pyrotechniques, de poursuite à travers le globe pour passionner ses lecteurs. L’intrigue est simple et pourtant prenante, mais ce qui compte c’est tout le reste.

Le constat est sombre, le fric, la pauvreté, le refuge dans la drogue qui transforme une jeunesse paumée en zombies, la perte du lien familial. Sans effets spectaculaires, sans héros invincible ni assauts à grands renforts fusillade, sur une ou deux scènes inoubliables Ron Rash arrive à créer une tension quasi insoutenable, à faire percevoir le silence angoissant avant la découverte de …

Heureusement des pages sereines dans la nature, une conversation tranquille sur une terrasse ensoleillée face à la rivière viennent illuminer cette noirceur. Et toujours chez Ron Rash la très belle description de personnages complexes, loin de tout manichéisme, des personnages sculptés par des passés qu’il nous laisse entrevoir par petites touches.

Bref toute l’humanité, la lucidité et la tendresse d’un auteur qui s’affirme, roman après roman.

Ron Rash  / Un silence brutal (Above the waterfall, 2015), Gallimard / La Noire (2019), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Reinharez.

Le Cherokee, trop brillant pour moi ?

Encore pas de chance. Alors que Le Cherokee de Richard Morgiève est encensé partout, je suis resté sur ma faim.

Morgiève1954 quelque part dans l’ouest américain. Nick Corey est peut-être d’origine indienne, a vu ses parents adoptifs massacrés par un tueur en série et a été décoré quand il a été soldat. Il est aujourd’hui shérif de Panguitch, mille habitants au milieu de rien.  Une vie calme, jusqu’à ce qu’une nuit il tombe en quelques minutes sur une voiture abandonnée, et sur un chasseur Sabre qui vient d’atterrir là, sans pilote.

Immédiatement, branle-bas de combat, l’armée, les services secrets, le FBI, tout le monde débarque. Et comme si ça ne suffisait pas, il semble qu’un personnage inquiétant rode autour du village. Un personnage qui pourrait bien être le tueur en série qui bien des années auparavant a assassiné les parents de Nick.

Je suis assez d’accord avec pas mal de compliments lus ici et là : Oui c’est ironique, oui les bons mots, les belles phrases, les belles images, et les digressions originales et inattendues fusent. A tel point que l’on peut presque ouvrir le roman au hasard et piocher une citation à reprendre pour montrer le style brillant de l’auteur.

Mon problème est que l’excès de brillant, au lieu de m’attraper et de me donner envie de continuer la lecture a eu l’effet inverse de me faire sortir complètement de l’histoire. Au bout de quelques pages déjà je m’étais désintéressé d’un personnage et d’une histoire qui, si je force le trait, semblaient être là pour donner l’occasion à l’auteur d’enfiler les belles perles.

En résultait une admiration pour l’écriture, un désintérêt pour l’histoire et un manque d’empathie total envers les personnages. Ce qui est quand même un comble quand on rend hommage au grand Jim Thompson.

A cela s’ajoute un autre paradoxe. L’auteur nous offre une magnifique galerie de personnages secondaires, mais pour la plupart, on ne fait que les croiser rapidement, et ils disparaissent ensuite du récit. Alors qu’on ne demandait qu’à vraiment faire leur connaissance.

C’est d’autant plus dommage que la peinture d’une Amérique complètement parano, craignant tout autant les rouges que les martiens, alors que les dangers qui la menacent sont internes, est très réussie.

Brillant sans doute, fort bien écrit, mais, à mon goût, sans émotion, et du coup un peu long. Il me faut de l’émotion et des personnages auxquels m’accrocher pour vraiment apprécier un roman de 500 pages.

Richard Morgiève / Le Cherokee, Joëlle Losfeld (2019).

48 âmes.

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman de chez Super 8. Population : 48 d’Adam Sternbergh m’a tenté. Je me suis laissé faire, j’ai bien fait.

SternberghQuelque part, loin de tout, au Texas, Caesura. Une ville étrange, retranchée derrière des barbelés, et un shérif Calvin Cooper. Les 48 habitants de la ville ont choisi un nouveau nom en arrivant. Parce que l’Institut qui est en charge de Caesura, que tous appellent Blind Town, leur a tous fait oublier une période de leur vie. Une période où ils ont commis les pires crimes, ou une période où ils ont été témoins d’atrocités.

Cela fait huit ans que tout est calme dans Blind Town, sous le soleil écrasant du Texas. Jusqu’à ce que Errol Colfax se suicide. Puis que Hubert Humphry Gable soit assassiné. Alors les secrets vont être révélés et l’enfer va se déchainer.

« Férocement drôle, comiquement féroce » prétend la quatrième de couverture. Ouaif … féroce d’accord, comique pas trop quand même. Terrifiant souvent, très émouvant parfois, et d’une redoutable efficacité certainement.

Parce que si tout démarre assez lentement, et qu’on se demande au début où l’auteur veut bien en venir, et surtout comment il va se sortir du merdier qu’il construit, très rapidement on est complètement happé par l’histoire. Il faut juste accepter un élément de science-fiction (est-ce un élément de science-fiction ?) : que l’on sache, en altérant une zone ou une autre du cerveau, éliminer les souvenirs que l’on veut tout en laissant le reste de la mémoire intacte. Si l’on accepte ce point de départ, tout le reste est totalement crédible et cohérent.

Difficile de dire pourquoi le roman devient très émouvant au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture sans révéler des détails de l’intrigue, ce qui serait une abomination tant l’histoire et le suspense sont bien menés. Tout aussi difficile de révéler quelles interrogations sont levées … sachez quand même qu’il est question de rédemption possible ou non, de manipulation, le remords et de beaucoup d’humanité. Que ce n’est pas culcul, pas simpliste, et que le lecteur est considéré comme un adulte intelligent qui peut se faire sa propre opinion.

Et surtout que si le démarrage est assez tranquille, une fois passé le premier tiers, il est impossible de lâcher le bouquin, et que malgré un point de départ qui peut sembler tiré par les cheveux, tout est cohérent. Alors, convaincus ?

Adam Sternbergh / Population : 48 (The blinds, 2017), Super 8 (2018), traduit de l’anglais (USA) par Charles Bonnot.

Polar, pêche et Montana

Je ne vous ai pas abandonné, et je ne suis pas planté devant des matchs de foot. Mais entre les barbecues du beau temps enfin arrivé, la musique, les soirées qui se prolongent, le brevet, le BAC … Plus quelques BD dont je vous parlerai d’ici peu promis, mon rythme de lecture a pris une claque. Nez en moins, un petit tour à la pêche avec Meurtres sur la Madison de Keith McCafferty.

McCaffertyLa Madison en question, c’est une rivière à truites dans le Montana. Des guides de pêche, quelques touristes très fortunés et des pêcheurs locaux. Et une drôle de pêche pour le client de Rainbow Sam : un cadavre tout boursouflé. Voilà une enquête qui sort de l’ordinaire pour la shérif Martha Ettinger.

Une enquête qui va lui faire croiser la route de Sean Stranahan, venu se réfugier dans l’ouest encore sauvage après une rupture douloureuse. Il survit en peignant et en louant ses services de Privé. C’est cela qui va le mettre en relation avec la très troublante Velvet Lafayette, chanteuse de bastringue, qui recherche son frère. Tout est en place, la pêche peut commencer.

« Le début d’une nouvelle série merveilleusement divertissante » lit-on en quatrième, signé Craig Johnson. Bon, ce n’est pas complètement faux, mais disons que notre cowboy préféré s’emballe peut-être un peu.

C’est divertissant, Keith McCafferty vient prendre une place laissée vacante par la bien trop rapide mort de William G. Tapply ou l’absence de nouveau roman de Jim Tenuto. Son récit est frais, on a sa dose de grands espaces, de belles descriptions de rivières au lever et au coucher de soleil, des truites bondissantes, du suspense et une intrigue qui tient la route et réserve quelques surprises.

Et la description du commerce du tourisme nature du Montana est intéressante.

Ensuite est-ce merveilleusement divertissant, je n’irai pas jusque là. L’auteur a un peu de mal à prendre à son compte les clichés rebattus du polar, qui marchent toujours, mais qui manquent ici un peu d’épaisseur, à commencer par la femme fatale et le privé au grand cœur qui va tomber dans ses filets, en sachant parfaitement ce qu’il risque. Et ça manque de force, de méchanceté, de niaque. Peut-être aussi le (ou les à vous de voir) méchant est-il un peu faiblard.

Toujours est-il que j’ai passé un bon moment, et que j’espère que la suite aura un peu plus de force pour être digne des louanges de grand Craig.

Keith McCafferty / Meurtres sur la Madison (The royal wulff murders, 2012), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Janique Jouin-de Laurens.

Walt, les bisons et le charbon

Le Craig Johnson du printemps est là. Il s’appelle Tout autre nom.

JohnsonL’hiver s’abat sur le Wyoming. Walt Longmire s’apprête à rentrer en hibernation quand son mentor, l’ancien shérif Lucian Connally lui demande de l’aide. Dans le comté voisin Gerald Holman, flic incorruptible, s’est suicidé sans laisser aucune explication. Le problème est qu’il s’est tiré deux balles dans la tête.

Sur place, Walt, Lucian et Vic Moretti qui est revenue de convalescence vont découvrir que lors de la dernière année trois femmes seules ont disparu dans le coin. Et que Gerald enquêtait sur ces disparitions. Une fois de plus Walt va se retrouver à patauger dans la neige, le vent et le brouillard.

Comment se renouveler dans la continuité ? Pour l’instant Craig Johnson a trouvé la manière.

Continuité des personnages bien entendu, que l’on retrouve avec un immense plaisir. Continuité dans la qualité des dialogues, toujours aussi mordants et drôles, surtout quand l’Ours ou Vic sont de la partie. Continuité du décor, avec une nature toujours présente, et ici une nature d’autant plus présente qu’en hiver elle devient rapidement mortelle. Continuité dans les visions de Walt qui, une fois de plus va risquer sa peau, se retrouver au bord du gouffre, et avoir les visions que ses lecteurs connaissent bien.

Et renouvellement parce que d’autres thèmes sont abordés, parce que, d’une façon ou d’une autre, le décor change quand même. Il est ici question de responsabilité, de culpabilité (mais je ne peux pas en dire plus sans dévoiler le fin mot de l’intrigue). Et surtout, notre shérif préféré va, dans l’espace de quelques jours, se trouver confronté à la nature la plus sauvage, ce qui va l’amener à essayer d’imiter le bison en colère (sans succès d’après Standing Bear) et être mis en danger par le symbole de l’Amérique industrielle dans ce qu’elle a de plus déshumanisé. Le tout au détour de deux scènes d’anthologie.

J’espère que vous n’avez rien compris mais que votre curiosité est piquée, et que vous allez vous précipiter sur ce nouveau Walt Longmire. Alors vous verrez que j’ai raison.

Craig Johnson / Tout autre nom (Any other name, 2014), Gallmeister (2018), traduit de l’anglais (USA) par Sophie Aslanides.