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Deadly Class

A l’occasion de la sortie du Tome 8 de Deadly Class, je me suis fait un petit plaisir pendant qu’il pleuvait dehors, relire la série entière. Pour mieux percevoir, en étant peut-être un peu moins attaché aux différentes péripéties, sa cohérence, et sa force.

DeadlyClass 01Pour le détail de ce qui se passe, je vous renvoie aux notes précédents. Juste quelques mots pour situer. Nous sommes dans les années Reagan (les années lycée du scénariste ?), Marcus, 14 ans, vit dans la rue, après s’être échappé de son orphelinat quand il est recruté par Saya et intègre une école un peu spéciale, tenue de main de fer par Maître Lin, qui forme de futurs assassins.

Les trois premiers tomes se déroulent dans le lycée, avec les fils à papa, les clans par origine, les paumés qui se regroupent, les déracinés … Bref si tout ce beau monde n’était pas là pour apprendre à tuer, et si les fils à papa n’étaient fils du meilleur tueur du KBG, d’un assassin de la CIA, ou de chefs de toutes les mafias mondiales possibles et imaginables, si les paumés n’avaient pas tous déjà quelques morts à leur actif, tout cela serait une classique, et ennuyeuse, série de lycée pour ados.

Sauf que là sa saigne sévère, que les méchants sont de vrais teignes … Et pourtant, petit à petit, la révélation des failles des uns et des autres vont les humaniser, sans pour autant les rendre plus aimables. Ensuite, on va de coup de théâtre en coup de théâtre, de la fin du 3 au numéro 8.

Les auteurs réussissent l’exploit de construire des personnages qui sont des tueurs sans pitié (ou presque), qui n’ont d’autre choix pour survivre que d’éliminer leurs semblables, et pourtant, cela reste des ados, avec des problématiques de leur âge, la musique, les filles et les garçons, la bande, les potes … Assez troublant ce mélange sanglant.

De nouveaux personnages vont apparaitre, ce qui donnera aux auteurs l’occasion d’évoquer d’autres lieux, d’autres sociétés, de nous mettre d’autres claques. Les références, musicales et comics essentiellement, pleuvent sans jamais alourdir le récit ou le dessin, le découpage graphique est particulièrement dynamique, et comme les surprises ne s’arrêtent jamais, et que le rythme ne faiblit pas, vivement le tome 9 !

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class Tome 8, Urban comics (2019), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Comics : Deux superbes fins de séries

Une petite chronique Comics pour deux excellentes séries qui se terminent, et la continuation d’une troisième.

Pour la continuation c’est Deadly Class de Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin) et Jordan Boyd (couleur) qui en est au 7° volume.

deadly-class-tome-7Si vous vous souvenez des épisodes précédents, on a suivi des ados dans une école un peu particulière qui les forme à être des assassins. On a quitté l’école avec la première promotion à la fin du 4, on en a trouvé de nouvelles promos dans les 5, 6 et 7, en en apprenant également un peu plus sur les familles mafieuses d’un certain nombre d’élèves, et là, pour le 7, c’est le grand dézingage, toutes les factions qui sont après nos survivants des deux promos (les yakuzas, les flics ripoux mexicains et les envoyés de l’école) vont se retrouver pour un épisode qui saigne sévère. C’est certain, beaucoup resteront sur le carreau.

C’est incroyable, on croit à chaque épisode qu’on ne peut plus accélérer et monter un cran dans la violence, et pourtant à chaque fois, les auteurs y arrivent. Cette fois, clin d’œil assumé, une voix off dit qu’on se croirait dans une BD de Franck Miller, ou un film de Tarantino, avec une référence évidente à Kil Bill. Ça pourrait lasser, et pourtant ça marche. Je suis complètement accro à cette espèce de machin survolté, qui est loin d’être terminé, qui nous offre quelques beaux coups de théâtre et retournements d’alliances, et laisse entrevoir une suite que j’attends avec impatience.

Les deux séries excellentes qui se terminent sont, le polar Kill or be killed de Ed Brubaker (scénario) et Sean Phillips (dessin) et Elizabeth Breitweiser (couleur) et la série SF Descender, de Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin).

kill-or-be-killed-04Vous vous souvenez peut-être de Dylan de Kill or be killed, un looser de la plus belle eau. Sauvé du suicide par un démon, il doit pour survivre tuer un nuisible par mois. Et il finit par y prendre goût, même si ça complique forcément ses relations avec son amie / amoureuse (ça fluctue), et avec la police de New York qui est à la poursuite du tueur à la cagoule. Et que dire de la mafia russe qui est à ses trousses. Dans ce volume 4 et dernier, il vient de découvrir que son frère, qui s’était suicidé, voyait aussi un démon, un démon qui apparaissait dans les dessins de son père. Tout va alors se dénouer dans l’hôpital psychiatrique où il est enfermé après … Mais pour le savoir il faut lire ce dernier volume.

Le scénario fait partie de ces histoires qui vous accrochent dès le début grâce à un point de départ très intrigant, que vous poursuivez avec bonheur, mais avec toujours derrière la tête la question de savoir si le final ne va pas être décevant, ou comment s’en sortir sans une pirouette un peu facile. Et bien ici pas de pirouette facile, le final est à la hauteur des attentes. Le dessin magnifique nous plonge toujours dans une atmosphère de film noir comme je les adore, et que dire de l’habileté du scénario. Tout au long de la série les auteurs ont eu le chic pour parfaitement doser les aller-retour présent, passé proche, pour faire monter le suspense, et le recours à la voix off du narrateur (Dylan) est génial. Vraiment une superbe série pour tous les amateurs de polars et d’ambiance de film noir.

Descender-01Descender se termine également. Dernier volume pour admirer les magnifiques aquarelles de Dustin Nguyen et là aussi énorme attente face à une série qui commence sur un choc et une question qui tend le fil de suspense pendant toute la suite : Qui sont ces robots monumentaux qui ont attaqué le monde et ont disparu ensuite, et quel rôle le petit Tim 21, robot de compagnie du jeune Andy joue-t-il dans ce mystère ? A la fin du volume précédent, les principaux protagonistes ont convergé vers une planète où vit le créateur de Tim et …

Et une fois de plus le final est superbe et tient toutes les promesses d’une histoire riche en rebondissements et questionnements. Aucune déception donc, et un final totalement cohérent. Là où les auteurs font très fort, c’est qu’ils concluent vraiment l’histoire, tout en laissant une ouverture pour raconter une autre histoire, complètement différente, mais néanmoins reliée. Chapeaux les artistes, et vivement la prochaine histoire !

Descender-02

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class Tome 7, Urban comics (2019), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed Tome 4, Delcourt 2019, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin) / Descender Tome 6, Urban Comics (2019), traduits de l’anglais (USA) par Benjamin Rivière.

Le génie de Gosciny

Je ne sais plus ce qui nous a pris avec mon fils, mais nous avons entamé, et bouclé, la relecture de tous les Astérix de Gosciny.

Et comme je viens de publier deux notes ronchonnes, pour sourire un peu avant de nouvelles lectures, j’ai fait la liste des jeux de mots un peu cachés des volumes historiques (ceux de Uderzo ET Gosciny donc), sans relever les noms des personnages (ce serait trop long), ni les jeux de mots qui sont fait ouvertement, quand un des personnages se moque d’un autre.

J’ai trouvé tout ça, je suis prêt à expliquer ceux qui ne disent plus rien aux plus jeunes, et à compléter bien entendu si jamais j’en ai oublié, ce qui n’est pas impossible. Sachez qu’avec cette relecture attentive, j’en ai trouvé de nouveaux, alors que j’ai bien dû les lire tous pas loin d’une dizaine de fois.

Vive Gosciny ! J’espère que ça vous donnera envie de les relire.

Astérix le Gaulois :

Mise en place de la série, et peu de jeux de mots si ce n’est les noms, mais déjà la première version d’une grande série de citations de César détournées :

Les Gaulois sont venus, ils ont vu et ils ont emporté Caligula Minus

Astérix chez les Goths :

Astérix, Obélix et Panoramix ont dans ce numéro leur dessin définitif (pas les autres). Téléféric, ancien chef des Goths, vient d’être détrôné par Cloridric gavé de potion qui lui dit :

Ta vie ne tient qu’à un fil Téléféric

Le troisième à recevoir la potion : Electric. Qui part enthousiaste en s’exclamant :

Je vais être général ! Le Général Electric !

Astérix gladiateur :

Astérix et Obélix vont à Rome récupérer Assurancetourix, ils sont invités chez un Gaulois qui leur montre son appartement. A la question de savoir comment s’appelle ce logis :

HLM … Habitations Latines Mélangées

A noter la première apparition des pirates.

Le tour de Gaule d’Astérix :

Les dessins d’Assurancetourix et Abraracoucix sont définitifs, et pour la première fois Obélix se vexe qu’on dise qu’il est gros. Un peu fort peut-être, mais pas gros. Et Idéfix apparaît, il suit nos amis depuis Lutèce mais n’a pas encore de nom.

Premier d’une longue série de jeux de mots, lors de la première bataille avec les Romains, on entend :

Par Jupiter ! Par Toutatis ! Par Pitié !

Obélix et Astérix montent sur un bateau qui vogue sur la Seine. A bord un couple de Romains. Lui veut les débarquer, son épouse accepte de les garder, ce qui vaut cette phrase d’Astérix :

Allons quoi Romain ! Sois bon comme la romaine !

Pour aller à Lugdunum nos amis volent le char de la Poste Romaine. Ce qui nous vaut cette réflexion du conducteur qui finit attaché et bâillonné :

Je vous promets qu’on n’a pas fini d’en parler de l’affaire du courrier de Lugdunum !

 

Astérix et Cléopatre:

Idéfix est adopté, et d’emblée ce chef-d’œuvre quand Numérobis (d’Alexandrie) arrive au village et rencontre Panoramix qu’il est venu chercher

– Je suis, mon cher ami, très heureux de te voir

– c’est un Alexandrin

Explique Panoramix en le montrant aux autres villageois.

Devant les pyramides, Panoramix fait la leçon à Obélix :

Du haut de ces pyramides, Obélix, vingt siècles nous contemplent !

Astérix à Obélix qui veut emporter un obélisque :

– Non, non et non Obélix ! Cet objet au milieu de la place du village ? Mais ce serait ridicule voyons !

– Nos opinions ne concordent jamais !

Une nouvelle bataille entre nos amis et les légions romaines :

Les légionnaires ont adopté, pour attaquer, la redoutable tactique dite de la « Tortue »

Pour battre en retraite, les légionnaires adoptent l’efficace tactique dite du « Lièvre »

Et quand Cléopâtre demande à Astérix ce qu’il veut en remerciement :

Si un jour vous avez envie de construire autre chose en Egypte, un canal entre la Mer Rouge et la Méditerranée par exemple …

Le combat des chefs:

L’aide de camp explique le principe du combat des chefs :

Si les deux chefs sont de force égale, ils ont le droit de se jeter des ballots à la tête, on dit alors qu’ils sont en ballotage

Une qui vient de loin … Des légionnaires doivent capturer le druide, s’ils réussissent ils seront récompensés, s’ils échouent ils seront consignés. Ce qui donne le dialogue suivant :

– J’aimerais autant être consigné tout de suite …

– MISERABLE VER DE TERRE ! VA, ET JE TE CONSEILLE DE REVENIR VICTORIEUX

– Ca n’a pas marché !

– Eh non ! Le ver n’est pas consigné !

Le rêve d’Aplusbegalix, le chef gallo-romain

Je vais construire des thermes ! Des thermes à péage ! Tous les trois mois les Gaulois paieront les thermes !

Les romains en patrouille reçoivent sur la tête une marmite qui sent le poisson. Exclamation du centurion :

Ils se souviendront de la marmite de poisson.

Astérix chez les Bretons :

Un des monuments de la série. Il serait fastidieux de relever toutes les traductions mot à mot de l’anglais vers le français, cet album est génial d’un bout à l’autre. Reste Jolitorax qui file en barque vers la Gaule :

Jolitorax a été élevé dans la tribu des Cambridges qui sont, avant tout, d’excellents rameurs.

Et on pourra retenir ces explications limpides d’Obélix à propos du Breton Jolitorax cousin germain d’Astérix :

C’est un Germain breton, mais il ne faut pas le secouer trop fort même s’il le demande.

Astérix et les Normands :

Revoilà les injonctions aux Dieux :

Par Thor ! Par Odin ! Par exemple !

Les Normands installent leur campement :

Commencez à creuser les trous pour planter les piquets. De beaux trous normands !

Et le jeune Goudurix essaie d’alerter le village du danger :

Les normands sont à nos portes ! Ils vont tout mettre à feu et à sang ! Ils sont une foule ! Une masse ! C’est un débarquement de la Normandie !

Nous revoilà avec un détournement du grand Jules :

Je ne sais pas ce que Jules César a dit, mais ne pas y aller et ne pas voir, c’est le meilleur moyen de ne pas être vaincus !

Et un autre :

Par Thor ! Par Odin ! Partons !

Astérix qui refuse un banquet proposé par les Normands et leur demande de partir :

Partir c’est nourrir un peu

Astérix légionnaire:

Étonnamment peu de jeux de mots dans ce volume pourtant exceptionnel.

Quand même une image, les pirates qui ont rencontré la galère romaine à ord de laquelle se trouvent Astérix et Obélix, finissent sur un radeau, dans une attitude très « classique », le capitaine a ce dernier commentaire :

Je suis médusé.

Obélix à Astérix qui lui demande s’il se souvient du mot de passe pour rentrer chez Scipion :

oh, tu sais, moi les langues étrangères … et puis, toi tu penses, moi je suis,

Le mot de passe étant bien entendu Cogito, ergo sum.

Le bouclier arverne:

Avec cette excellente, qui risque de ne pas évoquer grand chose aux moins de … quelques années. Dans les thermes où ils ont accompagné leur chef, Astérix et Obélix veulent se baigner. Obélix plonge, vidant une des piscines. Quand le responsable vient voir où ils sont, Abraracourcix, dans la piscine vide, répond à la question « où sont tes Gaulois » en montrant celle d’à côté où sont allé nager les deux compères :

Mes Gaulois sont dans la pleine.

Pour une fois, un nom. Le Tribun envoyé par César s’appelle Tullius Fanfrelus, ce qui ne veut rien dire, sauf dans la bouche des Arvernes (rappelons que ce sont les auvergnats) où il devient Fanfreluche.

Sauf erreur de ma part, dans les trésors ramenés de ses campagnes par César, il y a dans un coin le Faucon Maltais.

Et cet échange entre le tribun qui ne trouve pas le bouclier de Vercingétorix et César :

– Nous n’avons pas de souvenirs de la Guerre des Gaules.

– Sans commentaires.

Revoilà César et son sens de la formule :

Bon. Veni, Vidi, et j’ai compris.

Astérix aux jeux olympiques :

A un nouveau légionnaire qui demande qui est Cornedurus, le champion de la garnison :

On voit bien que tu es un bleu Deprus.

Le dit Cornedurus à son centurion, Mordicus, qui lui demande de ne pas le laisser tomber :

Ne crains rien, je te soutiens Mordicus

A propos d’Assurantourix qui vient de prendre une beigne parce qu’il voulait chanter :

– Qu’est-ce qu’il a ?

– Je pense qu’il a dû rater une marche

Un athlète grec qui se plaint de l’ordinaire, avec les romains qui bâfrent à côté :

Si vous voulez des jeux, donnez-nous du pain

Pour le défilé des athlètes grecs Gosciny c’est surpassé :

Cela commence par le défilé des Thermopyles, ils sont suivis par ceux de Samothrace, sûrs de la victoire ; ceux de Milo sont venus aussi … ceux de Cythères viennent de débarquer ; ceux de Marathon arrivent en courant ; ceux de Macédoine sont mélangés, Spartiates sont pieds nus … Rhodes n’a envoyé qu’un seul représentant, un colosse.

Et ça continue avec le départ de la course :

Pour donner le départ, un officiel invoque le nom du fils du Dieu Hermés … PAN !

Et pour finir, alors que les athlètes romains ont bu de la potion truquée et ont la langue bleue :

Je souhaite que notre langue reste une langue vivante.

Astérix et le chaudron:

Pas le meilleur de la série, et peu de chose si ce n’est à propos du collecteur d’impôts qui après une première visite dans le village bien connu n’est jamais revenu :

– Et il n’est jamais revenu ?

– Jamais ! Donc pas de revenu, pas d’impôts !

Astérix en Hispanie:

Cette fois le village est au complet avec Agecanonix, Ordralfabetix le poissonnier et Cétautomatix le forgeron.

Et il y a de sacrées perles, dont une des plus belle. Lors du triomphe de César à Rome, un barbare rouquin prisonnier applaudit émerveillé. D’un geste auguste César le libère ce qui fait dire à deux spectateurs :

– Que fait César ?

– Il affranchit le rubicond.

En arrivant en Hispanie, pour ramener Pepe, le fils du chef qui résiste, nos amis tombe sur des files de chariots de vacanciers qui vont en Espagne pour le soleil et parce que le cours de la sesterce est avantageux, quoique, dit l’un, les prix ont monté depuis l’année précédente. Ce qui lui fait dire :

Tous les étés les ibères deviennent plus rudes.

Pour passer la frontière sans passer devant les légionnaires, il leur faut un guide. C’est un vaccéen qui les fera passer, ce qui fait dire à Obélix :

Je ne savais pas qu’il fallait un vaccéen pour entrer en Hispanie.

La zizanie :

D’entrée de jeu :

A Rome, dans le sénat, le vieux sénateur Stradivarius, de sa voix bien modulée habituée à faire vibrer les foules

Et cette tactique militaire limpide :

L’arrière-garde n’a pas fait son travail, ce qui a transformé l’avant garde et arrière-garde. Retourne en arrière et en avant !

Le domaine des Dieux :

Une des plus connues vient de cet album. Astérix vient de donner la potion aux esclaves qui construisent le domaine. Un gardien vient crier sur le chef des esclaves qui est un numide et prend une énorme baffe. Commentaire :

Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.

Et juste après, quand les légionnaires tentent de mater la révolte des esclaves :

Sonnez l’alerte !! C’est une guerre servile !

Échange entre le maître et l’esclave :

– Est-ce clair esclave ?

– C’est dur à admettre, maître.

Et ça continue vite après avec un Gosciny décidément très en forme : Les gaulois font repousser, le jour, les arbres que les esclaves déterrent la nuit. Le problème est que les esclaves ne seront libres qu’une fois le Domaine construit, ils viennent donc plaider leur cause auprès des gaulois. Qui voient un problème :

– En arrachant les arbres vous faites de la peine à Idéfix, aux sangliers

– Aux corneilles

– Oui, c’est un problème cornélien, entre autres.

Les lauriers de César

Entendu au marché des esclaves pour vanter la marchandise

Suivez mes Thraces, Suivez mes Thraces

Une un peu tirée par les cheveux. Chez un romain dont le fils tient une belle cuite. Le père l’appelle pour venir manger. Dialogue

– Je serais mieux allongé sur ma cubile, mais …

– Le fait d’avoir décubilé ne te donne pas le droit d’être mal élevé.

Astérix en Corse

Alors que tous les clans corses se rassemblent pour l’attaque d’Aleria, et en se souvenant que les cris de ralliement des chefs corses ressemblent à s’y méprendre à celui du cochon sauvage (au moins pour Obélix), cette tirade de Ocatarinetalabellatchixtchix :

Oui, c’est une grande armée. Ils sont tous là, mes grognards … Regardez là-bas, la colonne qui arrive en retard … Ah, Osterlix son chef a du mal à se lever tôt …

C’est qu’il est célèbre chez nous le sommeil d’Osterlix.

Et ce commentaire des papis qui regardent la bataille :

Ca se termine d’ailleurs. La garde se rend mais ne meurt pas.

Le cadeau de César

Pas le plus inspiré, mais quelques vannes quand même. Un légionnaire part à la retraite avec en cadeau un lopin de terre du côté de Nice :

J’ai un lot près de Nicae je vais y faire pousser des salades.

Cette réplique d’Astérix qui, pour une fois, se bat à l’épée avec un romain qui lui dit qu’il a un gros nez :

Ce n’est pas très drôle Romain ! Tu aurais pu dire c’est un Menhir ! Que dis-je, un menhir ? C’est un dolmain !

Après deux volumes ratés (à mon humble avis), la grande Traversée et Obélix et compagnie, Gosciny retrouve son humour dans son dernier Astérix :

Astérix chez les belges :

Échange entre nos amis et les belges :

– Ce n’est pas très accidenté chez vous !

– Oué, dans ce plat pays qui est le mien, nous n’avons que des oppidums pour uniques montagnes.

Quand deux chefs belges se disputent la langue de sanglier, une épouse commente

Il y a toujours un problème de langue entre ces deux castars là !

Au sénat, un sénateur tente d’attirer l’attention de César sur des cultivateurs près de Pise :

Les planteurs de Brassica de la région de Pisae sont dans une situation angoissante dur à la sécheresse persistante. Nous devons nous pencher sur Pisae.

Et quand le repas servi avant la bataille contre les légions de César est composé d’un simple Waterzzooie :

Waterzoobie ! Waterzoobie ! Waterzoobie ! Morne plat !

Voilà, et après malheureusement, plus de Gosciny.

 

Les comics de début d’année

Cela faisait un moment que je n’essayais pas de nouveaux comics. Le blog et les libraires de Bédéciné m’ont donné des idées, elles sont toutes excellentes.

batman 02Je ne suis pas du tout fan de super héros et costume de clowns. Mais je fais exception, à tort ou à raison, pour Batman. J’avais déjà le Dark Knight de Frank Miller, et je me suis laissé tenter par ce Batman, White Knight de Sean Murphy et Matt Hollingsworth.

Qui démarre de façon assez surprenante avec Jack Napier, ancien Joker guéri de sa folie et devenu respectable, qui rend visite à un Batman enchaîné, prisonnier pour avoir flirté avec la limite une fois de trop.

Dessin bien sombre, ambiguïté des personnages maintenue jusqu’à la toute fin, et même au-delà de la fin, jolis coups de théâtre, et toujours cet univers typique des bons Batman, avec un pouvoir corrompu, des média dont on se demande dans quelle proportion ils se composent d’imbéciles et de cyniques uniquement intéressés par l’audience, et cette tentation toujours présente du justicier limite fascisant. Une vraie bonne histoire de héros masqué sans angélisme ni manichéisme.

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oldguardUne nouveauté avec le tome 1 d’une série, The old Guard de Greg Rucka au scénario et Leandro Fernandez au dessin. Andy, originellement Andromache de Scythie a quelques milliers d’années. Elle est la chef incontestée d’une bande des quatre, composée de Nicky et Joe, amants après avoir essayé vainement de s’entretuer lors de la première croisade, et Book, le jeunot, venu des guerres napoléoniennes. Ils sont donc soldats, et immortels, ou presque. Pas de force surhumaine, juste la malédiction qui les fait se relever de tout, quand ils devraient être morts mille fois. D’expérience, pour avoir croisé quelques-uns de leurs semblables, ils savent pourtant que la mort finit par les atteindre, un jour.

Pour l’instant ils louent leurs services à qui peut se les payer, et alors qu’une nouvelle mission s’annonce, Andy rêve d’une nouvelle immortelle, une Marine présente en Afghanistan. Dans le même temps la bande va s’apercevoir qu’à l’époque d’internet, du monde filmé et connecté, garder le secret sur son immortalité s’avère de plus en plus difficile, et que certains sont prêts à tout pour percer leur secret.

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Superbes personnages, à commencer par Andy, une vision assez originale de l’immortalité, une réflexion sur notre monde portée par le regard très âgé des différents personnages, et un dessin et un scénario particulièrement efficaces et nerveux, qui vous font tourner les pages avec frénésie. Un vrai bonheur pour ce tome 1 qui, cerise sur le gâteau, est parfaitement autosuffisant mais laisse la porte ouverte à de nouvelles aventures. Très recommandable et surtout très addictif.

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Je continue avec un vrai bon polar, moi qui y ai pris goût avec des séries comme Scalped ou Southern Bastards. C’est un premier tome, avec une suite (tomes 2 et 3) annoncée dès ce semestre, GrassKings 1/3 de Matt Kindt (scénario) et Tyler Jenkins (dessin).

grasskingsQuelque part dans la cambrouse américaine, au bord d’un lac, depuis des siècles des gens vivent en autonomie. Aujourd’hui c’est le village de Grass Kindom. Un village de gens qui veulent avoir le minimum de contact avec le reste de l’Amérique, et en particulier avec le shérif Humbert du village voisin. Robert fait figure de chef, mais il a sombré depuis la disparition mystérieuse de sa fille. Quand Maria vient se réfugier dans le village, le fragile équilibre entre intérieur et extérieur vole en éclats.

Première constatation, Matt Kindt s’y entend pour installer un mystère et un suspense, je suis déjà très très impatient de lire la suite, mais je ne peux vous en dire plus sans déjà déflorer une partie du mystère qui plane sur Grass Kindom. Ensuite on s’attache à des personnages que l’on découvre peu à peu, et à cette communauté qui est peut-être moins caricaturale qu’on ne pourrait le supposer au début. Le conflit avec un shérif que l’on découvre de plus en plus brutal, mais qui a lui aussi ses zones d’ombres, s’annonce passionnant.

Et le dessin, à l’aquarelle, est magnifique, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Une superbe réussite, vivement la suite.

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Les deux derniers volumes ne sont pas une nouveauté. C’est en voyant un nouveau Comic signé Warren Ellis, le génial scénariste de Transmetropolitan que j’ai demandé s’il valait la peine et que mon vendeur préféré m’a conseillé la série Trees., dessinée par Jason Howard.

trees 02Il y a dix ans, ils sont arrivés sur Terre et ont pris racine. Les gens les ont appelés Trees, des troncs démesurés. Ils se sont implantés en provenance de l’espace, créant des catastrophes, écrasant les habitants des lieux où ils ont atterri. Destruction et inondations à New York, ou implantation en plein désert au Svalbard, ils semblent totalement indifférents à notre présence, et aucune attaque ne les affecte.

En Sicile, à New York, en Chine, dans l’extrême nord, en Somalie … les hommes vont reprendre le cours de leur vie, avec quelques changements, pour le meilleur et surtout pour le pire. Pendant ce temps, des scientifiques étudient les arbres et ce qui les entoure. Et les nouvelles ne seront pas forcément très bonnes.

Voilà deux volumes qui ne sont pas fait pour les lecteurs pressés de BD survitaminées. Warren Ellis prend son temps, installent de multiples histoires sans lien apparent, et utilise ce prétexte purement SF (une invasion extraterrestre) pour explorer de façon très politique ce que nos différents pays ont de plus sombre. Moi j’ai adoré, la tension monte petit à petit, les intentions des uns et des autres se révèlent lentement, et le mystère des arbres se fait de plus en plus menaçant. L’intrusion de ces troncs monstrueux donne l’occasion au dessinateur de nous offrir des planches magnifiques avec des décors étonnants. Il parait qu’il va falloir être patient pour avoir la suite. Je suis patient, et je ne raterai le 3° volume pour rien au monde.

trees 01

Sean Murphy (scénario), Matt Hollingsworth (dessin) / Batman, White Knight, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Greg Rucka (scénario), Leandro Fernandez (dessin), Daniela Miwa (couleur) / The old guard, Tome 1 : 1 feu et à sang, Glénat/Comics (2018), traduit de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Matt Kindt (scénario), Tyler Jenkins (dessin) / GrassKings 1/3, Futuropolis (2019), traduit de l’anglais par Sidonie Van den Dries.

Warren Ellis (scénario), Jason Howard (dessin) / Trees 1 En pleine ombre, Urban Comics (2016), Trees 2 Deux forêts, Urban Comics (2016) traduits de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Un point sur les lectures BD

Comme promis, un petit point BD qui pourrait vous donner des idées si vous avez des cadeaux à faire (il parait que la saison approche).

Vieux Fourneaux 01Le tome 4 des Vieux fourneaux, La magicienne, m’avait un peu déçu. Je trouve qu’avec Bons pour l’asile, le cinquième, Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, et leurs trois papis retrouvent la patate.

On est à Paris où Pierrot ne sait plus où donner de la tête entre son soutien aux migrants et les actions du collectif Ni Yeux Ni Maîtres contre les banques qui favorisent l’exil fiscal (excellente action d’ailleurs). Ce n’est donc pas sur lui que Mimile peut compter pour l’accompagner au stade, où il est invité pour un France Australie qui promet. Quand à Antoine, il va se trouver obligé de cohabiter avec son fils qu’il ne voit plus depuis des années. Bref, ça chauffe à Paris.

Que c’est bon de retrouver les trois papis en pleine forme, gueulards comme jamais, et d’une mauvaise foi toujours aussi réjouissante. Les auteurs nous offrent quelques scènes d’anthologie, les trois affreux arrivent encore à nous surprendre et surtout nous donnent une furieuse envie de vieillir comme eux, même si, une fois de plus, ils ne sont pas toujours fiers de leurs conneries. Voilà le rayon de soleil de cet automne.

Saga_9

Ça faisait un moment que je ne vous avais pas causé de Saga de Brian K. Vaughan (scénario) et Fiona Staples (dessin). Et le tome 9 vient de sortir. Et d’après les spécialistes de Bédéciné, il faudra ensuite s’armer de patience, les auteurs ayant décidé de faire une pause.

Marco et Alana, qui devraient s’entretuer sont donc mariés, et ont une petite fille Hazel qui grandit avec des parents en fuite, poursuivis par leurs armées respectives, des chasseurs de prime, des journalistes avides de scoop … Et ce 9° volume va voir un certain nombre de protagonistes converger vers la planète où se trouve notre famille préférée. Autant vous avertir tout de suite, ça ne va pas forcément bien se terminer pour tout le monde.

L’histoire est toujours aussi addictive, sans que je sache bien pourquoi, ni comment ils font pour autant nous accrocher. La richesse des situations, l’intelligence de la voix off, le refus d’avoir des personnages monolithiques, la beauté toujours renouvelée des dessins … Bref toute la famille se précipite, et il a fallu que je me batte pour le lire le premier. Un superbe tome 9, après un tome 8 qui m’avait paru un peu moins dense. Préparez-vous à quelques chocs.

KillBeKilled-3

Vous vous souvenez peut-être de Kill or be killed signé par Ed Brubaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser, les auteurs du magnifique Fondu au noir. Le tome 3, avant dernier de la série, vient de sortir.

Dylan a été sauvé du suicide par un démon, et il doit tuer une pourriture par mois pour continuer à vivre. Ce tome 3 va enfin nous révéler comment il se retrouve dans une maison, à abattre une bande d’affreux, ce qui constitue la scène d’ouverture du premier tome. On va le voir affronter la mafia russe, et surtout douter de plus en plus de sa santé mentale. Un volume qui réussit à faire monter le suspense et à semer le doute chaque fois qu’on semble sur le point d’avoir une révélation. L’attente du tome 4 va être longue, très longue.

C’est toujours aussi fort, aucune baisse de régime. Et l’histoire continue à fonctionner parfaitement, à partir d’un point de départ pour le moins étonnant. Le découpage, alternant scènes d’actions pures et monologues du héros qui se demande où il va est parfaitement maîtrisé, un pur plaisir, bien noir. Vivement la conclusion, en espérant qu’elle sera à la hauteur de ces trois volumes.

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Et pour finir, une plongée bien poisseuse dans un sud des US violent et crade, le quatrième volume de Southern Bastards, de Jason Aaron (scénario) et Jason Latour (dessin).

Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous savez qu’on est à Craw County, où le Coach Euless, entraineur de l’équipe de football (l’américain football, celui où on se rentre dedans), règne sans partage, à coup de bastons, corruption et trafic de drogue. Sauf que ça ça marchait tant que l’équipe gagnait, et là elle commence à perdre, y compris contre l’ennemis héréditaire. Alors l’unité derrière le tyran se fissure, certains commencent à murmurer et à préparer sa chute. Au même moment, Roberta Tubb, dont le père a été assassiné par le Coach dans le premier volume arrive pour le venger. Roberta qui vient de quitter l’armée et qui n’a rien, mais alors rien d’une faible femme. Donc ça va saigner.

Dans une ambiance toute de rouges et de noirs (comme les volumes précédents), c’est glauque, ça castagne, c’est pourri, ça saigne. Les deux auteurs continuent sans faiblir un BD qui, à mon humble avis, est du niveau d’un Scalped, ce qui n’est pas peu dire. Ce qui se fait de mieux dans le genre polar rural qui déménage, avec des personnages qui sont loin d’être aussi caricaturaux qu’on pourrait le croire au début. Un vrai bonheur. Vivement la suite.

Wilfrid Lupano (scénario) Paul Cauuet (dessin) / Les vieux fourneaux : Bons pour l’asile (T5) Dargaud (2018).

Brian K. Vaughan (scénario), Fiona Staples (dessin) / Saga T9, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed T3, Delcourt 2018, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards T4, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Les comics des vacances

Quelques comics en retard avant le rush de la rentrée polar.

Commençons par une réédition, trois volumes, indépendants, mais sur la même thématique du génial scénariste Warren Ellis. Trois volumes assez sanglants, trois histoires de super héros. Mais attention, pas de super gentil, ou de super méchant, Alan Moore et ses Watchmen sont déjà passés par là.

WarrenEllis-01Dans Black Summer, deux scientifiques ont créé 7 armes, des humains augmentés, pour rétablir l’ordre dans une cité gangrénée par le crime et la corruption. Jusqu’à la mort d’une des armes, Laura, et la disparition d’un des fondateurs, Franck Blacksmith. L’autre fondateur, Tom Noir, amputé d’une jambe, a sombré dans la déprime. Jusqu’à ce que John Horus, la plus puissante des armes, tue le président en direct, et réclame des élections libres : le gouvernement truque les élections, a menti pour envahir l’Irak (on voit que la BD s’appuie sur la réalité !) et est corrompu, donc comme les criminels que la justice n’a pu vaincre, il a été abattu par une des armes. La réaction est bien entendu toute autre. La population ne se saisit pas de l’opportunité de prendre le pouvoir, et les armes sont traquées par l’armée, ce qui les oblige, Tom Noir compris, à sortir de leurs planques. Mais pour aider ou contrer John Horus ?

Dans No hero, même thématique. C’est cette fois une drogue qui augmente les humains et les transforme en super héros. Mais il vaut mieux être motivé, les effets secondaires pouvant être assez violents. L’inventeur de la drogue a ainsi monté une milice de vigilants, au service de la population. Ou pas. C’est en suivant un jeune homme qui veut absolument intégrer la milice, au moment où ses membres se font tuer un à un, que l’on découvrira un peu comment cela fonctionne.

Le dernier, Supergod, est totalement différent dans sa narration, c’est un survivant qui raconte, Simon Redding, dans un paysage d’apocalypse. Des années auparavant, plusieurs pays ont créé des super héros. Chaque pays suivant sa culture ou ses croyances. Parfois par le plus grand des hasards. Voilà l’humanité avec de nouveaux dieux, anglais, américain, russe, chinois, iranien … Jusqu’à ce que les indiens créent Krishna avec une seule instruction : sauve l’Inde. Or pour sauver l’Inde, atrocement polluée, surpeuplée, il faut en réduire la population. Et c’est le début de la fin. Fin que nous raconte Simon.

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Trois réflexions autour du pouvoir, de la violence avec pour point central le mythe du super héros. Trois histoires très différentes mais toutes trois très politiques. Trois histoires finalement assez proche de notre réalité. Trois album passionnants rassemblés en une trilogie à découvrir pour ceux, comme moi, qui ne connaissaient pas.

BlackMonday-01Une nouveauté ensuite, recommandée par mon fournisseur de comics : Gloire à Mammon, premier tome d’une série à suivre, par Jonathan Hickman (scénario) et Cocker Tomm (dessin). On commence par le jeudi noir de 1929. Puis on arrive en 2016 avec le meurtre sanglant et semble-t-il rituel d’un membre de la famille Rothschild. Théo Dumas, flic black va mener l’enquête. Et même si un coupable semble évident, il sent qu’il y a derrière tout ça plus qu’une histoire de lutte pour l’argent dans le milieu de la grande finance. Car derrière la puissance des grandes familles banquières se cache un pacte très ancien, le culte du Mammon, et la puissance magique de l’argent.

BlackMonday-02On peut voir l’histoire (assez complexe, voire très complexe) comme une nouvelle théorie du complot. Ou comme une allégorie de la puissance financière. Disons qu’elle illustre par le fantastique le fait que la grande richesse ne s’acquiert et ne se garde qu’en sacrifiant du monde (les fameux œufs de l’omelette), ici les sacrifices sont juste ritualisés. Il faudra que je relise ce numéro quand la suite sortira, c’est sans doute la limite de la BD pour qui aime les récits linéaires et immédiatement compréhensible. Mais ce qui frappe surtout, c’est la beauté des dessins et de la mise en page. Des pages sombres, tout en clair-obscur absolument somptueuses, sur lesquelles on revient, plusieurs fois, rien que pour le plaisir des yeux. Magnifique.

Je conclue avec deux volumes fin de rééditions sous forme d’intégrale.

100-bullets-01Dernier volume donc pour l’édition de l’intégrale de 100 bullets de Brian Azzarello (scénario) et Eduardo Risso (dessin). Si vous vous souvenez, au tout début, l’agent Grave qui travaille pour on ne sait qui, rencontre des inconnus, et leur propose un flingue et 100 balles qui leur garantissent qu’ils pourront se venger de ceux qui leur ont pourri la vie, sans qu’il y ait la moindre conséquence judiciaire. Puis on s’aperçoit qu’il remet sur pied une organisation, les minutemen, qui était au service d’un trust, l’entente des plus puissantes familles de la mafia, avant de se retourner contre eux et d’être dissout. Il semble que Grave veuille maintenant combattre le Trust.

Complots, trahisons, retournements de veste et de situation, bastons … On ne peut pas dire que l’ensemble soit complètement clair, et il faudrait que je reprenne tout pour voir ce qui m’a échappé. Mais chaque péripétie est assez addictive pour qu’on ne puisse lâcher l’ensemble, si l’on ne craint pas l’outrance, si on aime les personnages à la Sin City, avec ce côté jouissif et défouloir de la violence bien exagérée à laquelle on ne croit pas complètement, et des coups de théâtre permanents.

Scalped-01Et pour finir le dernier volume de la série BD qui m’a le plus retourné les tripes et la cervelle depuis que je me suis mis au comics : fin du génial Scalped de Jason Aaron (scénario) et R. M. Guéra (dessin). Dans la réserve Lakota de Prairie Rose, Red Crow, parrain de la réserve et de son casino, Bad Horse, agent infiltré du FBI, Catcher sorte de fantôme hantant la réserve, et l’agent du FBI qui manipule Bad Horse vont s’affronter pour un final qui réserve encore quelques surprises.

Une conclusion à la hauteur d’une série exceptionnelle, par la richesse du récit, le réalisme terrible de la peinture de la survie dans une réserve dévastée par la pauvreté, l’alcool et la drogue, par la complexité des relations humaines mises en scène, le refus du manichéisme, la beauté d’un dessin qui fait ressentir la violence sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le gore gratuit.

Vraiment, La Série policière à lire, et relire. Cerise sur le gâteau pour les toulousain, le dessinateur R. M. Guéra a accepté de venir pour le festival Toulouse polars du Sud. Mais on en reparlera.

Warren Ellis (scénario), Juan Jose Ryp (dessin) / Black summer et No hero, Hi Comics, traduit de l’anglais par Eric Betsch puis Warren Ellis (scénario), Garrie Gastony (dessin) / Supergod Hi Comics, traduit de l’anglais par Philippe Tullier.

Jonathan Hickman (scénario), Cocker Tomm (dessin) / Black Monday murders (T1), Gloire à Mammon, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Maxime Le Dain

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2018), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Quelques comics

Un petit point sur les Comics que je continue à lire de temps en temps.

Je commence par une série dont j’ai parlé il y a pas mal de temps, Deadly Class de Rick Remember, Wes Craig et Jordan Boyd.

Deadly_Class_tome_5J’en étais resté au tome 4 qui se terminait en véritable coup de tonnerre, qui aurait pu marquer la fin de la série. Une fin très frustrante, mais une fin. Et bien sachez que les épisodes 5 et 6 semblent encore accélérer, si c’est possible. En fait, depuis le deux on est à fond. Et ça tient toujours la distance et le rythme. On suit ces rejetons de mafias, venus apprendre à être de parfaits assassins et surtout de parfaits fils de putes. On va découvrir de nouveaux arrivants, dont un métaleux ancien de la STASI, un comanche casse-bonbons, et toujours la tueuse Saya que l’on va apprendre à mieux connaître.

dc6C’est noir de chez noir, sanglant, et le scénariste a un talent certain pour les coups de théâtre. Seul problème, comme les autres volumes le 6 se termine sur un nouveau coup de Trafalgar qui va me laisser très énervé et très impatient de connaître la suite. Tout cela ne vous apprend pas grand-chose, mais il est très difficile, à partir du tome 2 de raconter quoi que ce soit de l’intrigue sans forcément dévoiler des éléments essentiels de l’histoire. Ce qui serait très vache pour ceux qui couvraient découvrir la série depuis le début. Donc faites-moi confiance, si vous aimez le rude, le sanglant, allez-y, c’est extrêmement addictif, et surtout ne lisez aucun résumé nulle part !

Deux nouveautés également :

J’avais découvert Ed Brubaker avec le magnifique Fondu au noir. Du coup, j’ai eu envie de démarrer une série au titre prometteur : Kill or be killed, où il est associé avec les mêmes complices : Sean Phillips (dessin) et Elizabeth Breitweiser (couleur).

KillDylan est un looser de la plus belle eau. Il rate tout, est amoureux d’une fille qui l’utilise comme confident de ses amours, merdouille dans ses études. Un soir il décide d’en finir, saute du haut du toit … Mais survit. Tout étonné il va se coucher. Mais rien n’est gratuit dans cette vie, et quelques instants plus tard il est réveillé par une ombre plus noire que la nuit. Une ombre qui l’a sauvé, et qui va exiger son prix : Une vie par mois. Tous les mois, Dylan devra tuer quelqu’un qui le mérite. Un moins plus tard, Dylan pourra vérifier qu’il n’a pas rêvé, et qu’il n’a plus le choix.

Avec un tel sujet, vous imaginez bien qu’on est de nouveau dans du très sombre. Une impression renforcée par des dessins et le choix d’une atmosphère qui en rajoutent une couche : Cela se passe essentiellement de nuit, en hiver, avec un temps aussi pourri que celui qu’on a actuellement. Pas beaucoup de couleurs claires, quelques flaques de lumière autour des lampadaires, tout est en harmonie. Un très bon départ qui, après un prologue qui cartonne, ralentit pour mettre en place les personnages tous assez torturés. Très prenant, et je suis curieux de voir où ça va aller.

Le dernier, c’est le beau cadeau de mes gamins pour mon anniversaire, cadeau il est vrai suggéré par mon vendeur préféré. C’est noir de chez noir, c’est tordu, c’est glauque, et pourtant c’est terriblement humain et on peut même y déceler une lueur d’espoir à la fin. C’est Starve de Brian Wood, Danijel Žeželj et Dave Stewart.

Starve 01Accrochez-vous, on va rester dans du pas très rigolo … Dans un futur pas forcément très lointain, les inégalités se sont encore creusées, le réchauffement climatique est là et bien là, au point que les étages inférieurs de certaines parties de New York sont sous l’eau, et la petite, toute petite portion de la population qui a accaparé la richesse est encore plus arrogante et indécente qu’aujourd’hui (je sais ça parait difficile).

Pour amuser ces humanistes, il faut toujours aller plus loin dans l’abjection. C’est ce qui a fait le succès de Starve, émission de téléréalité qui a poussé dans des limites inimaginables la saloperie des émissions existantes dans le domaine de la cuisine. Gavin Cruikshank, chef génial, a créé l’émission, avant de tout plaquer et d’aller se cacher quelque part en Asie, abandonnant, chaine, femme et enfants. Mais voilà, 3 ans plus tard, la chaine et son ex ont le bras long, et ont le moyen de l’obliger à revenir pour participer en tant que candidat. Pour des épreuves qui sont autant de provocations immondes dans un monde qui crève de faim. Coincé Gavin revient, bien décidé à tout faire exploser.

Starve 02Le monde décrit est d’autant plus terrifiant qu’on n’en est vraiment pas loin, pas loin du tout, est-on même certain qu’on n’y est pas déjà ? Le dessin et la couleur sont en pleine adéquation avec le sujet, au point de pouvoir être rebutants si on ouvre Starve sans rentrer dans l’histoire. Sombres, traits comme flous, le glauque de la situation est accentué, et on se surprend à trouver à cette esthétique une sombre beauté. Et la charge sans pitié. Même si je n’ai jamais regardé ces programmes, j’imagine que le scénariste s’est contenté d’appuyer à peine le trait.

Malgré tout, dans ce monde désespérant, les auteurs nous offrent de temps en temps une lueur d’espoir, grâce entre autres au personnage lumineux de la fille de Gavin, et aux poches de résistance, ici et là. Et surtout, ils nous accrochent au point qu’on ne peut lâcher l’histoire, tant on est pris par les rebondissements, et surtout tant on s’attache à des personnages particulièrement bien construits. Une vraie réussite.

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Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class, Urban comics (2017, 2018), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur) / Kill or be killed, Delcourt 2017, traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Brian Wood (scénario), Danijel Žeželj (dessin), Dave Stewart (couleur) / Starve, Urban Comics (2017), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.