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Quelques comics pour les vacances

Je vous ai raconté, il y a quelques temps que, fatigué, j’avais lu quelques comics de plus ces derniers temps. Et j’avais promis d’en causer, et voilà :

On va commencer par quelque chose de plus léger que ce dont je vous avais parlé la dernière fois (avec du Alan Moore, du Jason Aaron etc …). Deux histoires de vampires.

SIlver-vol1La première est assez rafraichissante, Silver de Stephan Franck. Nous sommes dans les années 30. James Finnigan est un grand cambrioleur. Qui a foiré à un moment donné et a perdu tout ce que lui et ses complices avaient mis de côté. Mais lors de son dernier coup, il a mis la main sur une sorte de livre de compte. Et il peut alors faire le casse le plus audacieux de l’histoire : Voler à une très très ancienne famille européenne tous ses lingots d’argent. Une famille qui vit quelque part dans des montagnes perdues. Une famille de vampires. La famille la plus puissante de vampires. Alors James monte son équipe et part s’infiltrer lors de la fête annuelle qui rassemble tout ce joli monde.

Stephan Franck respecte tous les clichés des histoires de vampires et des histoires de cambriolage : Un premier coup auquel on assiste pour se familiariser avec les protagonistes, un peu de castagne avec les monstres pour les introduire dans l’histoire, le montage de l’équipe et l’organisation du casse, quand on croit à tout moment que ça va foirer mais qu’en réalité tout est calculé. Et comble du sadisme, il nous arrête à la fin du volume 1 en plein merdier. Joli dessin en noir et blanc qui accentue la référence aux années 30 et à ses films noirs, et aux histoires de vampires. Pas révolutionnaire mais un très bon moment.

americanvampire-2La deuxième série, c’est de sa faute. Ca s’appelle American vampire, de Scott Snyder (et un peu Monsieur Stephen King) au scénario, et Rafael Albuquerque au dessin.

A la fin du XIX, Skinner Sweet est un bandit sans foi ni loi. Ni pitié, ni morale. Un vrai fils de pute. Qui un jour vole la mauvaise personne, et se fait mordre. Il devient ainsi le premier vampire américain. Avec cette particularité, par rapport à ses congénères et néanmoins ennemis jurés les buveurs de sang européens, qu’il résiste très bien au soleil. Autre particularité, devenir un vampire n’a en rien amélioré son humeur, ni son empathie. En bref, c’est devenu un immonde fils de pute immortel. Nous allons suivre sa guerre contre les autres, contre une société de tueurs de vampires, et en général contre quiconque se met en travers de son chemin où possède quelque chose qu’il veut de la fin du XIX° aux années 70, en passant par l’âge d’or du cinéma, la deuxième guerre mondiale, le Maccarthisme etc …

C’est trash, c’est violent, c’est très réjouissant ! Ici pas de vampires mignons, ou de romances avec des humains (ou si peu). Ici ça saigne, les faibles morflent, les forts se servent, et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. On revisite avec brio et beaucoup d’énergie un bon siècle d’histoire des US, toujours avec le sourire (un peu noir le sourire) du suspense, de la castagne. C’est bon comme un bon gros steak bien saignant, avec un bon coup de rouge.

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Après, on quitte le « léger » et on passe sur du vraiment méchant.

100-bullets-1Avec la réédition en intégrale d’un classique (si j’en crois mon dealer de comics et les blogs spécialisés), 100 bullets de Brian Azzarello et Eduardo Risso.

Ils ont tout perdu dans la vie. Famille assassinée, argent volé, réputation détruite … Quand un mystérieux Agent Graves vient les trouver et leur offre une mallette. Dedans un flingue et 100 balles qui leur assurent une impunité absolument totale, et un dossier qui démontre qui les a trahis et comment. Libre à eux d’en faire l’usage qu’il désirent. Ca commence avec Dizzy, jeune femme latino, son mari et son fils ont été abattus, elle s’en tient pour responsable, jusqu’à la rencontre avec l’Agent Grave. Et ce n’est que le début d’une tortueuse, très tortueuse histoire qui voit une mafia et des agents pas nets se faire la guerre par pions interposés.

100-bullets-2Là, accrochez-vous. J’ai commencé avec les 2 premiers volumes. Démarrage sur les chapeaux de roues. Puis j’ai commencé à être largué. Mais j’ai insisté, et avant d’attaquer le 3° (il y en aura 5), j’ai tout relu, et j’ai commencé à comprendre un peu mieux, ou du moins à suivre davantage. Et là, c’est le pied total. Car si chaque histoire est déjà un petit roman à elle seule, dure, avec un graphisme qui, bien qu’en couleur, m’évoque le très noir Sin City, avec ses mecs aux gueules carrées, ses bad boys, très très bad, ses pin up incroyables, quand on commence à mordre au puzzle complet cela devient bien mieux qu’un assemblage de petites histoires. Et je ne pense pas que je pourrai faire l’économie de relire tout d’un bout à l’autre quand j’aurai enfin les cinq tomes (en 2018 si j’en crois le programme). Très recommandable donc, si vous avez le temps et que vous pouvez être tranquilles pour vous concentrer.

On finit sur du rude, du très rude, Godamned / Avant le déluge, du duo d’enfer de Scalped : Jason Aaron et R. M. Guéra.

goddamned-1Caïn, le premier meurtrier de l’humanité est condamné à errer sans fin sur une Terre dévastée, l’Enfer d’avant le déluge, peuplée de monstres, de hordes qui feraient passer les tordus de Madmax pour des Mignons, et d’illuminés de toutes sortes. Dont un sacrément gratiné, Noé, patriarche, esclavagiste et gourou d’une secte immonde. Au nom de Dieu bien entendu. Tous feront la même erreur, chercher des noises à Caïn, Le Meutrier.

La bible revisitée par Aaron et Guéra ça déménage ! Il serait étonnant que cette version plaise vraiment aux allumés évangélistes de l’autre côté de l’Atlantique. Dire que c’est blasphématoire est un doux pléonasme. C’est glauque, violent, sans la moindre lueur d’espoir, Dieu est aussi malmené que dans Preacher, les hommes sont à son image, celle de l’Enfer. On comprend si c’était comme ça que le Barbu ait déclenché le Déluge. Sauf que le père Noé ne vaut pas mieux que les autres. Esprits sensibles s’abstenir, pour les autres, c’est étonnant, dérangeant, déstabilisant, jubilatoire, et on se demande bien où les deux auteurs vont nous amener ensuite.

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Stephan Franck / Silver (Volume 1), Comics Glénat (2017), traduit de l’anglais par Alex Nikolavitch.

Scott Snyder (scénario), Rafael Albuquerque (dessin) / American vampire, Vertigo/Urban Comics (2013-2017), traduit de l’anglais par Jérôme Wicky.

Brian Azzarello (scénario), Eduardo Risso (dessin) / 100 bullets, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Thomas Davier.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Goddamned / Avant le déluge, Urban Comics (2017), traduit de l’anglais par Julien Di Giacomo.

Quelques comics

Il y a quelques semaines je vous ai causé, comics. Je continue à m’y intéresser, de loin, et j’ai relu deux monuments que tous ici ne connaissent peut-être pas. Petit tour d’horizon de ce qui me plait dans ces BD américaines.

On commence par les deux chefs-d’œuvre indispensables, absolument indispensables, que j’ai relus avec un enthousiasme intact. Les deux sont signés Alan Moore au scénario, et si vous ne connaissez pas, c’est à avoir absolument dans sa bibliothèque, même (et surtout), si les adaptations cinéma n’ont pas été à la hauteur, mais pouvaient-elles l’être ?

MooreVendetta-01J’ai longtemps tourné autour du premier, parce que le dessin ne m’emballait pas, il me rebutait même. Mais un copain m’a tellement fait l’article que j’ai craqué. Vous connaissez tous le masque du personnage principal tant il est devenu l’étendard de ceux qui luttent contre le système : c’est V pour Vendetta, dessiné par David Lloyd.

A la fin du XX° siècle, à la suite d’une guerre et de catastrophes l’Angleterre c’est isolée et est devenue fasciste. Un monde à la 1984, où des pans entiers de la population ont été exterminés, et où ce qui reste est complètement contrôlé par le Commandeur (le chef), Le Nez (police scientifique), l’Oreille (qui écoute tout le monde), l’œil (qui voit tout le monde) et la Main (qui matraque tout le monde).

Mais un grain de sable se manifeste, une haute silhouette, masquée, insaisissable, qui cite Shakespeare et tue, fait exploser, nargue le pouvoir et soulève la population. V. V qui recueille une jeune fille perdue et l’amène dans son palais caché, pour partager avec elle ses trésors.

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Le scénario est absolument génial, scotchant, véritable plaidoyer pour l’anarchie, véritable plaidoyer contre la tyrannie, totalement visionnaire (car la BD date des années 80), et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si les contestataires du monde entier ont pris le masque pour symbole.

Le monde décrit est totalement étouffant, et le dessin, insupportable au premier abord, est en fait juste cohérent avec le propos. Pour moi, une œuvre littéraire aussi indispensable que Maus. Qui prouve qu’Alan Moore est un génie, ce que confirme l’autre monstre que j’ai relu : Watchmen, dessiné par Dave Gibbons.

MooreWatchmen-01Encore une BD que j’ai refermée à peine ouverte : Des super héros en costume moule-burnes ! Non merci. Pourquoi ai-je eu la curiosité de rouvrir le machin ? Peut-être la signature du traducteur en français : Jean-Patrick Manchette …

Un jour, alors que le monde est divisé en deux blocs. Les US ont gagné la guerre du Vietnam grâce à Docteur Manhattan, un être tout puissant. Mais ce jour là, Le Comédien, super héros masqué qui se révélera être de tous les sales coups de la CIA passe par sa fenêtre et meurt.

Les super-héros des années 60, désavoués par le peuple, rejetés par la police pourraient être la cible d’un mystérieux tueur. Rorschach qui n’a jamais renoncé à combattre le crime va chercher qui veut décimer ses anciens compagnons d’arme. Le reste de la population vit dans une ambiance de paranoïa depuis que les soviétiques ont la bombe.

Impossible de résumer la richesse inouïe de ce scénario qui met le nez des super-héros dans leur merde. Fascistes, soutien de toutes les saloperies d’état, cyniques, violents … Dans un monde en pleine déliquescence qui tremble dans l’attente de la troisième guerre qui va détruire l’humanité.MooreWatchmen-02

C’est glauque, d’une intelligence incroyable, impossible à lâcher quand on le commence, les dessins et le découpage sont à la hauteur, un véritable chef-d’œuvre. Je ne connais pas assez l’histoire des comics pour dire si celui-là est le père de tout ce qui a été fait pour adultes par la suite, mais je suis raisonnablement certain qu’il en a inspiré plus d’un, et qu’il a ouvert bien des portes.

Passons maintenant à des publications plus récentes.

preacher5-01Je vous ai déjà parlé de Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Jesse Custer, devenu Preacher contraint et forcé par une grand-mère qui est une vraie saloperie a donc été investi par une Entité, fils d’un ange et d’une démone. Il possède la Voix de Dieu et recherche le dit Dieu pour lui casser la gueule (plus ou moins). Ses potes : Cassidy, un vampire irlandais, fan de bière (et de sang) et véritable fils de pute et Tulip, sa douce (pas toujours douce).

Je vous avais laissé à la fin du premier volume de l’édition complète. On en est au 5°. Jesse a rencontré le descendant de Jésus, un Pape pas piqué des hannetons, quelques néo-nazis, a explosé des ploucs adeptes du KKK, niqué leur race et leur mère, Cassidy a bu du sang, ils ont baisé, blasphémé, picolé …

Nom de Dieu que c’est jouissif, inventif, tordu, géant. Que c’est bon, avec cette BD d’emmerder les abrutis de toutes les chapelles, les connards adeptes de toutes les races, comme on profite de la vie et comme on balance des grands coups de pieds dans les couilles de tous les empêcheurs de vivre tranquille ! Un autocollant un poil marketing clame sur la couverture : « Pour public averti » . Faut pas non plus exagérer. C’est pas de la BD pour les amateurs de Spirou ou Titeuf, certes, les curetons risquent de s’étrangler de rage, et mon grand qui a 15 ans s’éclate avec. Il faut dire que je l’ai averti que c’était cru et bon. Pour public averti donc. Et c’est peu dire que c’est une œuvre de salubrité publique.

Pour finir, deux polars bien au raz du bitume, le pendant en Comics de la vague redneck que l’on connaît en littérature. Dans les deux cas, un scénariste américain Jason Aaron.

scalped-01Le premier Scalped, dessiné par R. M. Guéra, est déjà paru en France et est actuellement réédité en 5 volumes pour son intégrale.

Il y a quelques années Dashiell Bad horse a quitté la réserve Sioux de Prairie Rose dans le Dakota du sud en se promettant bien de ne jamais y retourner. Sa mère, militante des droits des indiens depuis les années 70 est devenue la principale opposante de Red Crow, un ancien camarade qui a retourné sa veste et est devenu le parrain de la réserve, grand promoteur d’un futur casino.

Mais Dashiell est de retour, décidé à devenir flic sous les ordres de Red Crow, en opposition frontale avec sa mère. Mais attention, dans le jeu de dupes qu’est devenu la réserve, chacun cache son jeu.scalped-02

Une série qui déménage ! Violence, misère, crasse, prostitution, alcoolisme, drogue. Des gamins sacrifiés tentant de survivre, des vies brisées … Et pourtant, aussi, des gens qui restent dignes, certains qui luttent, à leur façon, en se raccrochant, ou non, à de vieilles traditions. Aucune condescendance, pas de naïveté, mais une grande empathie et le temps d’installer la complexité des personnages.

Si on ajoute un découpage impressionnant de maîtrise dans ses allers retours entre le présent, le passé de lutte des années 70 et un passé plus récent, on a une narration passionnante.

Avec un dessin à la hauteur, souvent dans les tons très sombres, rouges et noirs, parfois lumineux, un découpage qui donne une grande fluidité aux scènes d’action et des gens cabossés superbement croqués. Un réussite totale, vivement les volumes 3, 4 et 5 à paraître bientôt qui complèteront cette réédition de l’intégrale.

On termine ce petit tour avec une série en cours dont le titre dit tout : Southern Bastards, avec toujours Jason Aaron au scénario, et Jason Latour au dessin.

southernbastards_1Craw County dans l’Alabama. Son shérif, son équipe de football (américain le football, là où on se rentre dedans), son coach, ses bas de front. Earl Tubb ne pensait jamais revenir dans cette ville qu’il a fuit en s’engageant pour le Vietnam, fuyant son pourri de père, alors shérif tout puissant. Mais la maladie d’un oncle le ramène, juste le temps de vider sa maison. C’est du moins ce qu’il croit. Il ne sait pas encore qu’il va devoir affronter le légendaire Coach Boss qui règne sur la ville et ses trafics par la terreur.

Comme on peut le deviner au vu des couvertures des trois premiers volumes de cette version française, on va être ici dans les tonalités rouge sombre. Corruption, violence, en particulier envers les plus faibles, racisme, misère économique et culturelle, mépris de classe … Et bastonsouthernbastards_2 et défoulement autour des matchs de foot. Le grand classique des romans de rednecks, ici parfaitement raconté et dessiné, avec un premier volume qui s’avère n’être qu’une introduction, et une situation qui se tend et, petit à petit, s’enracine sur un passé que l’on découvre au fil des épisodes.

C’est poisseux, ça castagne, c’est superbement construit et dessiné. Vivement la suite.

Finalement, j’adore certains comics, d’hier et d’aujourd’hui.

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Alan Moore (scénario), David Lloyd (dessin) / V pour vendetta, Delcourt (1999), traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Alan Moore (scénario), Dave Gibbons (dessin) / Watchmen, DC Comics (2005), traduit de l’anglais par Jean-Patrick Manchette.

Garth Ennis (scénario), Steve Dillon (dessin) / Preacher, Urban Comics (2015-2017), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards, Urban Comics (2015-2016), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Quelques BD

Si j’ai été moins présent ces derniers temps c’est aussi que je me fais une overdose de comics.

Pour commencer, les nouvelles de chez nous, ou de l’autre côté de l’Atlantique m’ont donné envie de relire Transmetropolitan. Je sais je suis lourd, mais que voulez-vous, c’est un chef-d’œuvre, au même titre que La griffe du chien. Ni plus ni moins. J’ai tout relu c’est grandiose, c’est atrocement d’actualité, et je vous renvoie à ce que j’ai écrit là.

planetary-01Du coup j’ai eu envie de découvrir l’autre BD culte scénarisée par Warren Ellis, Planetary. Coup de chance, l’intégrale est sortie en deux volumes.

Jakita Wagner, le Batteur et Elijah Snow sont l’équipe Planetary. Trois agents dotés de pouvoirs spéciaux, chargés de découvrir ce qui se cache derrière les phénomènes paranormaux sur Terre. Ils vont, au fil de leur enquête, s’apercevoir qu’ils luttent en fait contre les Quatre, qui ont acquis un savoir scientifique hors norme dans les années 60. Et leurs aventures les amèneront à affronter, ou collaborer avec Wonder Woman, Batman ou … Sherlock Holmes et Dracula. Sans compter des fourmis géantes, ou des créatures venues des profondeurs.

J’avoue, j’ai eu un peu de mal à entrer dans la série, dont les épisodes sont asse

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z décousus. Mais les dessins, les décors, sont tellement beaux, que j’ai persévéré. Et même si ma culture comics est assez limitée, et si j’ai vu peu de films d’épouvante ou de SF des années d’or, mon petit vernis culturel est suffisant pour que je m’amuse aux références innombrables qui émaillent les différents épisodes.

Puis peu à peu, la magie opère, le puzzle se révèle, et c’est un véritable pied. Que c’est jouissif de voir apparaître telle ou telle référence, de voir les fils se relier, d’apprécier la beauté d’une pleine page. Certes, on n’a pas là la puissance de Transmetropolitan, mais le voyage est magnifique.

deadlyclass2Autre série que je découvre petit à petit : Deadly Class, de Rick Remember, Wes Craig et Jordan Boyd. Marcus Lopez, orphelin après la mort accidentelle de ses parents a vécu dans la rue. Il est sur le point de se suicider quand il est sauvé par une jeune fille, Saya, qui le fait entrer à l’académie des Arts Létaux, qui forme des assassins. Il va vite s’apercevoir que là aussi, les classes sociales existent, et qu’on n’est pas traité de la même façon si on vient de la mafia russe ou mexicaine, que si l’on est un orphelin.

Quatre albums sont déjà parus, qui se terminent sur une épreuve de passage en seconde année … sanglante.

C’est sec comme un coup de trique, sanglant, resserré et violent. Les dessins sont au diapason, une sorte de récit de vie académique ou étudiante où les relations entre les élèves sont un peu plus tendues et nerveuses que dans les collèges anglais ou chez Harry Potter … Très bien si on veut du nerveux bien noir, et je suis curieux de voir la suite, les auteurs ayant le chic pour vous laisser sur un superbe cliffhanger, ou sur de sacrés chocs.

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Warren Ellis (scénario), John Cassaday (dessin) / Planetary, Urban comics (2016, 2017), traduit de l’anglais par Alex Nilolavitch et Jérémy Manesse.

Rick Remember (scénario), Wes Craig (dessin), Jordan Boyd (couleur) / Deadly Class, Urban comics (2015, 2017), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

 

 

Un nouveau Sandman

Je pensais la série Sandman de Neil Gaiman terminée, et là, cadeau de Noël, un tout nouvel épisode : Ouverture.

Ce nouvel ouvrage se situe avant le premier de la série originale. Il se termine par la capture de Sandman, épuisé, qui revient d’une quête qui va le mettre en relation avec son père et sa mère, le voir affronter une étoile folle et tenter d’empêcher la disparition de l’univers.

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Pour une fois, je ne vais pas insister sur le scénario du génial Neil Gaiman. Car je dois avouer que, pour la première fois j’ai eu un peu de mal à suivre et que je ne suis pas certain d’avoir saisi tous les tenants et aboutissants de cette quête de Dream. Alors que dans toute la série j’ai toujours été scotché par l’art du maître et l’incroyable facilité avec laquelle il tisse ses histoires, mêle mythes, personnages historiques et inventions propres, cette fois certains passages m’ont laissé perplexe.

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Mais, car il y a un mais, cette BD est époustouflante de beauté. Toutes les pages, sans exception sont hallucinantes. Explosions de couleurs, noirs et blancs magnifiques, montages et cadrages toujours changeants et somptueux. On peut ouvrir la BD n’importe où, faire quasiment abstraction du texte (dont même la mise en bulle est magnifique) et se régaler.

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Un cadeau de Noël superbe, même pour qui n’est pas forcément fan de la série. Indispensable pour les fans. Seule restriction, ce n’est pas forcément par ce numéro qu’on entre le plus facilement dans cet univers fabuleux.

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Neil Gaiman (scénario), J.H. Williams (dessin), Dave Stewart (couleur)/ Sandman : Ouverture (Sandman : Overture, 2013-2015), Vertigo/Urban comics (2016), traduit de l’anglais par Patrick Marcel.

 

Cette fois-ci, ce n’est pas drôle

Putain de sale nouvelle, l’immense Marcel est mort. Le fameux Porc Jerzy (vous vous souvenez, celui que le père colle au zoo …), Newton, la coccinelle, le professeur Burp, Superdupont , Pervers Pépère… orphelins, comme nous.

Combien de fois ai-je éclaté de rire à la lecture des Rubriques à Brac, Dingo dossiers, sans parler des dialogues géniaux des affreux de l’anti France, ou des éditos de Fluide.

Je sais, cela faisait un moment qu’il n’écrivait plus et de dessinait plus, n’empêche, ça fiche un coup au moral, un peu de ma jeunesse qui s’en va. Puisque c’est ça, j’ai ressorti mon intégrale des Rubriques à Brac.

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Tout sur ma mère

Après la découverte du magnifique L’art de voler d’Antonio Altarriba et Kim, j’avais pisté la sortie de L’aile brisée, le volet consacré à sa mère. Et comme je savais qu’ils venaient tous les deux pour Toulouse Polars du Sud, j’ai attendu, sagement, pour l’acheter et me le faire dédicacer.

altarriba-01Pozuelo del orden, tout un programme (le petit puits de l’ordre !), un village complètement perdu de Castille. Sofia meurt en donnant naissance à Petra. Fou de douleur le père, Damian, veut tuer le bébé, mais des parents l’en empêchent. Dans la bagarre le bras de la petite est cassé, elle ne pourra plus jamais le plier.

Bien des années plus tard, Antonio Altarriba, le fils de Petra, découvre sur son lit de mort le handicap de sa mère. Il ne s’en était jamais aperçu, le mari non plus. Il va remonter le temps pour essayer, bien tardivement, de comprendre cette femme qui fut sa mère qu’il avait toujours vu comme une bigote sans histoire. Une recherche dans une Espagne qu’il ignore autant qu’il « connaît » celle de son père (celle, sociale, des vaincus de la guerre), l’Espagne monarchiste et catholique.

« Et votre mère ? » demanda une femme au fond de la salle. C’est ainsi, explique Antonio Altarriba, qu’il s’aperçut qu’il ignorait tout de la vie de sa mère, qui était toujours restée dans l’ombre, qui pour lui n’avait pas eu une vie romanesque, à l’inverse d’un père témoin privilégié et victime des soubresauts de l’histoire espagnole. Au point de découvrir, à quelques jours de sa mort, qu’elle avait toujours eu un bras paralysé.

Après l’Espagne des vaincus de la République c’est celle, silencieuse, des femmes servantes, bigotes, tenues pour quantité négligeable qu’on découvre ici avec lui. Le dessin très sobre mais sans concession de Kim est en parfaite adéquation avec la vie de cette femme, soumise d’un côté, mais inflexible sur des valeurs (que l’auteur ne partage pas forcément), et finalement plus courageuse qu’il ne pouvait l’imaginer.

Et avec cette vie de femme, c’est une autre Espagne que l’on découvre, ainsi que l’histoire, totalement inconnue (au moins de moi) d’une frange qui, après avoir été du côté de Franco lors de la guerre, a comploté pour remettre le roi à la tête du pays et a payé cela de sa vie. Des hommes et des femmes qui, tout en ayant des valeurs très différentes de celles de l’auteur (et des miennes !) méritent le respect pour leur cohérence et leur humanité.

Bref, L’art de voler et L’aile brisée sont bien deux œuvres complémentaires et indispensables pour qui s’intéresse à l’histoire de l’Espagne au XX° siècle. Deux œuvres qui, comme le dit souvent Victor del Arbol, s’intéressent à ces personnages que l’on voit sur les photos mais dont on ne connaît jamais les histoires.

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Antonnio Altarriba (scénario) Kim (dessin) / L’aile brisée (El ala rota, 2016), Denoël Graphic (2016), traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco.

Pour rester de bonne humeur

Le programme de ce matin sur France Culture (oui, j’écoute France Culture dans ma voiture le matin, je suis un abominable bobo), m’a donné envie de vous remettre une couche sur quelques BD.

La thématique ? La vérité compte-elle encore en politique. Bon poser la question est déjà assez rigolo … mais comme souvent sur cette radio, et même si je n’aime guère l’animateur que je trouve beaucoup trop bavard, il y avait des invités intéressants qui avaient le temps de développer. Et de montrer, en l’occurrence, que oui, le mensonge en politique remonte à la plus haute antiquité comme disait l’autre, mais qu’avec Trump ou la campagne du Brexit entre autres on était passé à une autre dimension.

Ellis TransUne dimension déjà prévue et somptueusement mise en scène par Warren Ellis et Darick Robertson à la fin des années 90 dans le génial Transmetropolitan. Si vous voulez savoir à quoi pourraient bien ressembler les années à venir, je vous conseille d’attaquer les cinq volumes sans tarder. C’est méchant, férocement drôle, scatologique, explosif, jouissif … Et prémonitoire.

Et puis comme il a été question, entre autres, de croyance, et de comment, face aux mensonges éhontés de certains, toute tentative de démonter le mensonge ne fait que renforcer la croyance des fanatiques, ben j’ai pensé à une autre BD géniale, Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Je vous avais causé du numéro 1 de l’intégrale. Je m’étais rué sur les volumes 2 et 3, et le 4 est paru fin août.

Preacher 01Ca tape toujours aussi fort sur mes amis les curetons, avec un descendant de Jésus pas piqué des hannetons, une espèce de pape dont vous me direz des nouvelles, et les « biographies » des certains personnages qui s’étoffent. On retrouve le délicieux Tête de Fion qui devient une star, des vrais fachos croyants comme on les aime, c’est parfois gras mais putain que c’est bon !

Voilà, c’était la bonne humeur rageuse de la journée …