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Le Maître

J’ai déjà exprimé mon enthousiasme pour les deux premiers volumes de la trilogie de La maison des jeux de Claire North. Une trilogie brillamment conclue par Le maître.

Finit de jouer. Non, c’est faux, place au grand jeu. Argent, le meilleur joueur de la maison met au défi La Maîtresse des lieux toute de blanc vêtue. S’il perd, il sera éternellement l’esclave de la maison. S’il gagne il en sera le nouveau maître. Le défi se jouera aux échec, avec pour plateau la Terre entière, pour pièces des ministres, des milliardaires, des services d’espionnages au complet, des hackeurs … plus quelques joueurs secondaires qui seront utilisés, par l’un ou par l’autre. Argent et La Maîtresse de la maison sont les deux rois qu’ils faudra mettre échec et mat.

150 pages en apnée. 150 pages qui concluent, expliquent certaines choses, posent beaucoup de questions. 150 pages où vous serez attaché aux pas d’Argent, qui s’accroche à son humanité malgré son âge, malgré ce qu’il a déjà gagné et perdu.

Une intrigue magistrale, une conclusion à la hauteur des deux premiers volumes, une réflexion sur le pouvoir, sur la responsabilité, sur le libre arbitre, sur le hasard … c’est extrêmement addictif, c’est resserré, c’est intelligent, c’est passionnant.

On referme ébloui, avec envie de reprendre la trilogie depuis le début pour mieux profiter des détails, des petites graines semées ici et là qui donneront les fruits ultimes dans ce dernier volume.

Brillantissime.

Claire North / Le maître, (The master, 2015), Le Belial/Une heure lumière (2023) traduit de l’anglais par Michel Pagel.

L’enfant rivière

Une belle surprise et une belle découverte avec L’enfant rivière d’Isabelle Amonou.

2030. le climat s’est déréglé, les tornades se succèdent régulièrement, accompagnées de crues dévastatrices. Le climat social aussi a viré à la catastrophe. Les US sont en pleine guerre civile et les réfugiés sont de plus en plus mal vus au Canada où les tensions entre anglophones et francophones se sont exacerbées.

Il y a 6 ans, à la disparition de leur fils Nathan de 4 ans, Thomas et Zoé se sont séparés, violemment. Zoé continue à le croire vivant et le cherche dans la forêt dans les bandes de gamins, de plus en plus sauvages, qui se cachent de la police. Thomas lui a fui, et refait sa vie en France. Mais la mort de son père le ramène à Ottawa. Les vieilles plaies vont se rouvrir, la folie de Zoé et les traumatismes de sa famille refaire surface.

Voilà une belle surprise. Un roman pas trop long, rythmé, original, des personnages que l’on n’oublie pas. Un roman qui brasse une multitude de thématiques sans jamais lasser ni se perdre. Une projection certes peu gaie mais très plausible dans un futur proche, autant d’un point de vue climatique que social. L’évocation des saloperies de l’état canadien envers les indiens. Une enfance massacrée, la difficulté à se reconstruire …

Sans oublier le portrait frappant de groupes de gamins redevenus sauvages avec un bon coup de couteau à la fameuse innocence de l’enfance. C’est parfois très dur, souvent émouvant, très juste dans le ton. Une vraie belle réussite.

Isabelle Amonou / L’enfant rivière, Dalva (2023).

Trop semblable à l’éclair

Pour Noël je me suis fait offrir le début de la saga de Ada Palmer, Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota, Livre Premier. J’avoue que je ne suis pas complètement convaincu.

Nous sommes en 2454. L’humanité a dépassé le stade des nations et les religions, causes de guerre particulièrement sanglante au 3° millénaire, sont interdites. Sept Ruches structurent la planète et se partagent les 10 milliards d’habitants, selon leurs philosophies, leurs envies ou les valeurs qu’ils partagent. La Paix règne. Une paix qui pourrait se révéler fragile.

Mycroft Canner, coupable de crimes abominables est un Servant, condamné à servir tout le monde en échange du gite et du couvert. Mais étrangement il est aussi le confident des puissants des sept ruches. Et il a découvert par hasard l’existence d’un gamin aux pouvoirs quasi divins, une véritable bombe dans un monde qui a très peur des religions.

C’est à ce moment-là qu’un vol en apparence anodin menace de faire tout voler en éclats.

Alors. Ce bouquin m’a été chaudement recommandé par une libraire de confiance, et les critiques que j’avais lues ici et là étaient toutes absolument éblouies par autant d’imagination, de culture de bouillonnement.

Certes c’est très imaginatif, la projection philosophique et sociale est assez géniale, la liberté décrite est enthousiasmante avec un concept de bash, famille que chacun se choisit, de ruche, que là aussi on se choisit, le tout s’appuyant sur un grosse, très grosse érudition sur les philosophes des lumières. Enorme boulot de construction d’un futur possible. Le mélange de futur moyennement lointain et de XVII ° siècle est original, bien fichu et donne lieu à pas mal de choses très intéressantes.

Mais. Et comme disait l’autre « everything before but is bullshit ».

Le côté scientifique et technologique est complètement survolé. Il y a des voitures qui permettent de faire de tour de la Terre en quelques heures. Elles volent à … A quoi tient ? On est 10 milliards, mais il n’y a plus de problème écologique, les ressources semblent infinies, et personne n’est exploité, tout le monde choisit son sexe, sa famille, sa ruche. Ouais …

Mais surtout il n’y a pas d’histoire. On a un petit Dieu, une liste volée qui semble très importante, même si je n’ai absolument pas compris pourquoi, et au bout de sept cent pages, on a toujours un petit Dieu et on ne sait toujours pas qui a volé la liste.

On a un personnage central, qui dialogue avec le lecteur qui lui répond, ce qui peut être soit rigolo, soit lourdingue à la longue, moi j’ai trouvé lourd. Un personnage qui semble très mignon mais dont on va découvrir les atrocités, sans savoir pourquoi il a agi ainsi, et encore moins comment il est devenu génial et confident de tous les puissants.  On a un twist dans le dernier paragraphe qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Et on se perd dans les personnages, je n’ai pas compris grand-chose, pour ne pas dire rien, aux raisons et aux mécanismes des luttes d’influences entre les différentes ruches.

Mais le plus grave, c’est que c’est très bavard et que les personnages n’ont aucune épaisseur. Ils sont là pour émettre des idées, défendre des philosophies, mais ils ne sont pas incarnés. Ils sont censés être très charismatiques ou violents ou inquiétants ou émouvants, et en fait ce ne sont que des véhicules de paroles.

Tout cela va sembler très sévère, trop peut-être, je ne me suis pas uniquement ennuyé, certaines idées sont géniales, mais j’ai eu l’impression de lire le livre d’une philosophe qui veut faire partager des réflexions et beaucoup d’intelligence à des lecteurs en passant par la SF qu’elle aime sans doute beaucoup (je ne doute pas de l’authenticité de son amour pour les philosophes des lumières et pour la SF), mais qui a oublié qu’écrire un roman, ça passe quand même par une bonne histoire et de bons personnages, et qu’un minimum d’effort de clarté ne peut nuire à l’exercice. Bref, dans quelques temps, j’essaierai sans doute le 2 pour voir si tout cela avance un peu, mais il faudra que ce soit rapidement plus clair pour que j’aille au bout.

Ada Palmer / Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota, Livre Premier, (Too like the lightning, Terra Ignota, book I, 2016), La Belial (2021) traduit de l’anglais (USA) par Michelle Charrier.

Mordew

Mordew, le pavé de fantasy d’Alex Pheby trainait sur ma table de nuit depuis septembre. La pause de Noël était l’occasion de m’y attaquer. Plutôt raté pour moi.

Nathan Treeves vit dans les bas-fonds de la cité de Mordew, entre un père rongé par la maladie, et une mère obligée de se prostituer. Sale destin pour un gamin de 13 ans. Mais il a un don, celui de foudroyer ceux qui s’opposent à lui. Alors, pour trouver les médicaments pour son père il va s’allier avec une bande de gamins qui pillent la ville.

Ce n’est que le début de ses aventures et des révélations sur son pouvoir, lui qui va être amené à défier le Maître qui a créé et exploite la ville.

Je suis d’accord avec tous les louanges que j’ai lues sur ce premier roman qu’une trilogie : excessif, baroque, gothique, une grande inventivité dans les mots et l’univers, original, complexe, foisonnant … Tout ça est vrai. Très subjectivement, c’est même trop vrai pour mon goût.

J’aime la SF et la fantasy, le sombre ou le gothique ne me dérangent pas, pourquoi pas un roman d’apprentissage, que l’auteur invente tous les mots et les concepts qu’il veut me va très bien. Mais là c’est trop pour moi. Trop de sordide fait que je n’y crois plus. Trop de magie de grands embrasements, de pouvoirs immenses fait que l’on s’intéresse finalement peu à tous ces petits êtres qui meurent, juste parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Trop de souffrances, de morts et de douleurs fait qu’on n’est plus touché par rien.

Trop de choses difficiles à comprendre, au point de fournir plus de 100 pages de glossaire et d’explications et j’ai fini par renoncer à comprendre et j’en suis venu à sauter quelques phrases, et même paragraphes, juste pour voir où l’auteur voulait en venir.

Il y aura une suite puisque c’est une trilogie, mais ce sera sans moi, ce n’est pas un univers qui me touche.

Alex Pheby / Mordew, (Mordew, 2020), Inculte (20122) traduit de l’anglais par Claro.

24 vues du Mont Fuji, par Hokusai

Encore un livre qui trainait depuis un moment sur ma table de nuit, 24 vues du Mont Fuji, par Hokusai de Roger Zelazny.

Mari est veuve, et son époux Kit la hante. Elle sait qu’elle-même n’a plus beaucoup de temps à vivre. Alors elle décide une sorte de pèlerinage : aller au Japon sur les lieux d’où le grand maître de l’estampe Hokusai a peint 24 de ses fameuses vues du mont Fuji. Des estampes que son époux lui avait faite connaître.

Un voyage poétique, artistique, un voyage de la mémoire, mais un voyage qui n’est pas sans danger, car Mari le sait, elle est recherchée et sa maladie n’est pas le seul danger qu’elle court.

Je ne sais pas pourquoi j’ai autant tardé à lire cette novella alors même que j’aime beaucoup la collection une heure lumière, et que j’ai été un grand fan de Roger Zelazny quand j’ai découvert la SF (il y a bien longtemps). Je l’ai beaucoup lu et beaucoup aimé, que ce soit sa saga des Princes d’Ambres, ou ses autres romans qui explorent les mythologies du monde entier avec un bonheur, une justesse et un humour que je n’ai retrouvés ensuite que chez le Neil Gaiman de Sandman.

Certes, si vous aimez les textes qui vont vite, où il se passe toujours quelque chose, passez votre chemin, cette déambulation calme et poétique n’est pas pour vous. Pour les autres laissez-vous prendre au rythme de la marche de Mari. Vous aurez envie d’aller voir les fameuses estampes, vous croiserez Don Quichotte et des créatures de Lovecraft. Vous sentirez le récit se tendre, le danger sournois se faire de plus en plus présent. Vous aurez des moments de calme beauté, et des moments d’action, et à la fin, apaisé, vous comprendrez tout.

C’est dense, cela demande un peu d’attention, mais c’est très beau. Et cela donnera peut-être à ceux qui ne la connaissent pas l’envie de découvrir l’œuvre de ce grand auteur.

Roger Zelazny / 24 vues du Mont Fuji, par Hokusai, (24 views of Mt. Fuji, by Hokusai, 1985), le Belial / une heure lumière (2017) traduit de l’anglais (USA) par Laurent Queyssi.

Les flibustiers de la mer chimique

Je n’ai vu passer que des critiques enthousiastes du roman de Marguerite Imbert, Les flibustiers de la mer chimique, donc je me suis lancé.

Nous sommes dans un futur assez peu souriant. Une catastrophe (dont nous découvrirons la cause) a décimé l’humanité. La Terre et les océans sont abominablement pollués. L’humanité restante est la proie d’animaux qui ont mutés de façons à être encore plus agressifs et efficaces. Et bien entendu on a continué à se mettre sur la gueule.

Dans ce beau paysage nous allons suivre :

Ismaël, citoyen de Rome où règne une reine/prêtresse, naturaliste, parti sur un bateau qui a coulé, recueilli sur le Player Killer, le sous-marins d’une bande de flibustiers menés par un ado attardé, Jonathan. Et Alba, dernière représentante du clan des graffeurs, un clan qui s’est donné pour mission de mémoriser tout le savoir de l’humanité moribonde. Alba qui va être récupérée, de force, par Rome.

Et vous n’avez là qu’une partie de la galerie de personnages, tous plus allumés les uns que les autres, imaginés par Marguerite Imbert.

J’ai été moins emballé par ce roman que mes collègues qui en ont déjà parlé, tout en reconnaissant les qualités qu’ils évoquent.

Oui c’est joyeux (malgré la thématique), allumé, plein d’imagination, débordant d’énergie et de références à la culture populaire (ou pas, comme le prénom d’un des protagonistes). Oui ça brasse sans se prendre au sérieux quantités de thématiques, de la catastrophe écologique, à l’exercice du pouvoir, en passant par les méfaits d’une culture mal digérée ou le mépris de classe.

Mais justement, là où on peut être emballé par l’abondance, on peut aussi, et ça a été mon cas, trouver qu’il y en a trop, et que ce n’est pas assez creusé. Et c’est dans la façon de mener l’intrigue que cela m’a fait petit à petit fait sortir du texte, malgré le plaisir trouvé à certaines fulgurances. Tout est effleuré, des personnages arrivent d’on ne sait trop où, les motivations des personnages secondaires restent assez obscures, le déroulé des événements entre la catastrophe et le moment du récit complètement elliptique, sans explication même s’il y est fait de nombreuses, mais peu précises allusions.

Pour mon goût très personnel, il aurait fallu soit simplifier, soit prendre plus de temps.

Marguerite Imbert / Les flibustiers de la mer chimique, Albin Michel/Imaginaire (2022).

Mort aux geais ! Capitale du Nord – 2

Le cycle de La Tour de Garde, écrit à tour de rôle par Guillaume Chamanadjian et Claire Duvivier se poursuit, et c’est toujours excellent. Voici sous la plume de Claire Duvivier, Mort aux geais ! Capitale du Nord-2.

Capitale du nord donc, Dehaven. Je ne vous raconterai pas la fin du premier volume, ce serait rendre un très mauvais service à ceux qui n’ont pas encore démarré cette série, mais il faut quand même dire que deux personnages, la noble Amalia, et le roturier Yonas, deux ados, sont obligés de quitter la sécurité du quartier d’Amalia pour se cacher dans les quartiers populaires.

Dans le même temps la ville qui perd de plus en plus la maîtrise de ses colonies se prépare à la guerre. Et dans les faubourgs le chaudron de la révolte est en train de chauffer sérieusement. C’est dans ce contexte mouvant et dangereux qu’Amalia et Yonas vont devoir survivre, comprendre ce qu’il leur est arrivé et se venger de ceux qui les ont blessés. Sans toujours bien maîtriser ce qu’ils mettent en route.

C’est très difficile de faire un résumé sans trop en dire sur le volume précédent. Je crains donc que le début de cette chronique ne soit trop vague ou obscur pour vous donner envie, mais pour une fois faites-moi confiance aveuglément. La série avait superbement commencé avec ses deux premiers volumes, elle continue sans la moindre perte de rythme et de qualité.

Avec très peu d’éléments de fantasy, mais juste ce qu’il faut pour pimenter l’histoire, c’est un beau roman d’apprentissage, mais également la radiographie d’une révolution avec l’alliance fragile de la bourgeoisie et du prolétariat (pour utiliser des gros mots) pour renverser une noblesse de plus en plus consanguine.

C’est fait sans grand discours mais par le biais d’une intrigue parfaitement menée, sans jamais sacrifier l’évolution de personnages qui eux aussi connaissent bien des révolutions internes. Et comme dans le précédent volume, Claire Duvivier manie avec bonheur les différents registres de langue, selon la classe sociale de ses personnages.

Un vrai plaisir, un monde original et riche, vivement l’année prochaine pour la conclusion en deux temps de la série.

Claire Duvivier / Mort aux geais ! Capitale du Nord-2, Aux forges de Vulcain (2022).

Le voleur

Vous vous souvenez peut-être qu’il y a quelques temps je vous avais dit le plus grand bien d’une novella de Claire North, Le serpent. Je vais être aussi enthousiaste avec Le voleur, second volume de La maison des jeux.

Bangkok, 1938. Remy Burke est un joueur habitué de la Haute Loge de La Maison des Jeux. Il se fait pourtant piéger par Abhik Lee, se laisse saouler et accepte une partie de cache-cache. La règle est simple, le territoire est le pays entier. Remy quand il se réveille a 20 minutes pour se cacher, jusqu’à ce qu’Abhik le trouve et le touche. Puis le chassé deviendra chasseur. Celui qui tient le plus longtemps a gagné.

Lee a joué 20 ans de sa vie, Remy a joué tous ses souvenirs. Surtout Lee a préparé son terrain et peut passer inaperçu. C’est plus compliqué pour un européen tout pâle de plus d’un mètre quatre-vingts … La traque commence.

Confirmation donc pour moi, j’adore cette minisérie. Qui peut se lire à de multiples niveaux.

Au premier, c’est un excellent récit de traque, parfaitement mené, avec ce qu’il faut de suspense, de coups de théâtres et l’originalité de nous faire passer, en même temps que le personnage, de chassé à chasseur. Un récit agrémenté, comme dans le premier volume, par la voix off de narrateurs omniscients dont on devine petit à petit la nature.

Mais c’est aussi la description d’un pays au carrefour des guerres d’influence des puissances occidentales et du Japon, à une période charnière, juste avant le grand embrasement. La force du récit étant de décrire cela par petites touches, vu du ras du sol, au basques d’un Remy qui joue sa vie.

Et c’est ensuite un grand récit complètement paranoïaque, car le lecteur le sait depuis le premier volume, nous suivons des joueurs qui ont en mains certaines cartes (qui un ministre, qui un truand … qui ont des dettes envers la maison des jeux), mais la vraie question reste : et qui joue donc ces joueurs là ? Quelle partie plus vaste se joue-t-elle en ce moment ?

Une métaphore, peut-être, sans doute, de ces puissants, par le pouvoir et/ou l’argent, qui déplacent les humains comme des pions, sans se soucier de ce qu’il leur arrive. Mais c’est tellement plus passionnant, poétique et palpitant présenté sous la forme choisie par Claire North !

Et puis, mais est-il nécessaire de le souligner tant c’est une marque de fabrique de la collection, la couverture est superbe. Vivement la suite.

Claire North / Le voleur, La maison des jeux – 2, (Le voleur, 2015), Le Belial / Une heure lumière (2022) traduit de l’anglais par Michel Pagel.

Loredan, suite et fin de la trilogie

Les vacances m’ont également permis de terminer la trilogie de Loredan de K.J. Parker commencée avec La couleur de l’acier. Deux tomes de plus, deux pavés, Le ventre de l’arc et La forge des épreuves.

Bardas Loredan s’est sorti de justesse de la catastrophe de la fin du premier volume. Et va retrouver, pour son plus grand malheur son frère et sa sœur. Si dans le premier volume on se doute bien que ce n’est pas le grand amour entre les membres de la famille Loredan, les 2° et 3° volumes vont creuser ces relations familiales pour le moins conflictuelles.

Sans rentrer dans le détail, sachez que partout où va le pauvre Bardas, même quand il n’aspire qu’à la paix, la guerre le suit et le happe, et qu’en général ceux qui sont autour de lui en pâtissent. Qu’il soit fabriquant d’arcs, testeur d’armures ou qu’il essaie de redevenir paysan, il lui faudra bien redevenir soldat à un moment ou un autre.

La trilogie reste plaisante jusqu’au bout. Avec quand même un léger effet de lassitude au terme des quelques 1500 pages de la trilogie. Si l’humour et la distance très british de la narration font toujours mouche, certains choix fonctionnent jusqu’au bout, d’autre moins.

Ce qui finit par lasser c’est en particulier le système de magie. Il est très obscur, on n’y comprend rien et c’est voulu, même ceux qui sont censés comprendre ne maîtrisent rien. C’est frais et original sur 500 pages, ça finit par être répétitif et frustrant sur 1500. De même la lenteur, la faible tension narrative, les digressions tout cela marche au début avant de devenir un peu lassant.

Ce qui reste très réussi ce sont les scènes de batailles. Loin, très loin de l’héroïsme et des grands faits d’armes, les erreurs à répétitions, les effets du hasard, et les bastons pas vraiment académiques en font des moments originaux et divertissants qui arrivent à prêter à rire là où, a posteriori, on a plutôt envie de pleurer.

Un bon divertissement, original, mais qui aurait gagné sans doute à être un peu resserré pour ne pas trop tirer sur certaines ficelles.

K.J. Parker / Le ventre de l’arc et La forge des épreuves, (The belly of the bow, 1999 et The proof house, 2000), Bragelonne (2006 et 2007) traduit de l’anglais par Olivier Debernard.

Fondation foudroyée

Dernier Fondation avant la rentrée (la suite attendra), Fondation foudroyée, toujours d’Isaac Asimov.

Pour ceux qui ne savent pas du tout de quoi ça cause, je vous renvoie à mes précédentes chroniques … Nous sommes donc arrivés à un statu quo. La première fondation a prospéré, il s’est déjà passé 500 ans depuis la chute de l’empire, donc nous sommes à mi-chemin de l’arrivée d’un nouvel empire d’après les calculs de Seldom. Dans l’ombre, la seconde fondation tire les ficelles. 

Mais de nouveaux affrontements se profilent à l’horizon. A la seconde fondation un esprit plus affuté que les autres s’aperçoit que quelque chose de bizarre dans les calculs pourrait être dû à une troisième force. Et dans le plus grand secret, la première fondation n’a pas oublié qu’il existe peut-être une seconde fondation qui les manipule, quelque part dans la galaxie. Deux hommes vont être au centre d’un nouveau bouleversement et de nouvelles révélations.

L’époque à bien changé ! Pas celle du roman, mais celle à laquelle il a été écrit. Nous sommes maintenant dans les années 80 et cela se sent. Asimov a maintenant une sacrée œuvre derrière lui. Il est passé au format long, cette fois nous suivons une seule trame de cinq cent pages. L’écologie, ou du moins une forme d’écologie apparaît, et nous avons des femmes avec des rôles centraux, et surtout des rôles de pouvoir. 

Toujours très habile dans sa construction de l’histoire, il donne ici plus de chair aux différents personnages, continue à passionner le lecteur avec cette histoire en apparence fort lointaine, varie les thématiques et les points de vue, et amorce un lien avec une autre de ses grandes sagas.

Toujours un plaisir donc, reste à voir quand je vais trouver le temps de lire Terre et Fondation qui conclue la série.

Isaac Asimov / Fondation foudroyée, (Foundation edge, 1982), Denoël/Présence du futur (1984) traduit de l’anglais (USA) par Jean Bonnefoy.