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La fin du monde me laisse perplexe

Dernier roman de la sélection des prix des chroniqueurs pour le prochain festival Toulouse Polars du Sud : Trois fois la fin du monde de Sophie Divry.

DivryParce qu’il a accepté d’aider son frère Thomas lors d’un braquage, Joseph Kamal se retrouve en prison. Très vite ciblé par un caïd, sa vie devient un enfer, avant qu’il ne s’habitue. Jusqu’à ce qu’une catastrophe industrielle, que l’on suppose nucléaire, ne change la donne dans le sud de la France où il est prisonnier.

Joseph se retrouve alors seul sur le Causse, à devoir survivre et s’organiser dans une nature rendue à elle-même. Avec au début la peur d’être repris, puis plus tard celle de ne plus croiser d’être humain.

Je ne suis pas certain d’avoir compris ce que voulait montrer ou raconter ce roman en deux parties pour moi totalement distinctes.

La première est typique des romans de prison, avec le parti pris de ne pas dater ni localiser précisément le récit, et des schématisations qui font qu’on ne sait pas si l’on est dans une sorte de métaphore, de conte, ou dans une manière personnelle de raconter le réel. Mais que ce soit l’un ou l’autre, ça fonctionne plutôt bien.

Puis arrive la catastrophe, dont on ne saura rien, et on retrouve le héros quelques semaines plus tard, seul. Et après un bref épisode de rencontre, on bascule sur un récit entre le post-apocalyptique et le style Robinson Crusoé. Parce qu’à part la mort des hommes dans la région, et la fin de l’électricité, tout le reste de la nature semble fonctionner comme si rien de s’était passé. Et donc on a un roman d’apprentissage au retour à la nature et à la ferme.

Là aussi, c’est plutôt bien mené, bien écrit avec des pages poétiques sur la nature et le lien qui peut se tisser avec l’homme. Mais j’ai difficilement vu le rapport avec la première partie, et je n’ai pas non plus vu où l’auteur voulait nous amener. D’autant que la fin arrive de façon assez abrupte.

Au final, si je ne me suis jamais ennuyé en le lisant, je ne sais pas trop ce que voulait nous raconter l’auteur …

Sophie Divry / Trois fois la fin du monde, Notabilia (2018).

Un autre appel de la forêt

Une pincée de fantastique ne vous fait pas peur ? Vous gardez un souvenir ému de vos lectures enfantines de Jack London ? Sauvage de Jamey Bradbury est pour vous.

BradburyQuelque part en Alaska, Tracy 17 ans voit sa vie basculer. Depuis quelques années elle sait qu’elle est à part. Un talent naturel pour la traque et la chasse, un lien très fort avec les chiens de son père, grand coureur de courses de traineaux. Et parfois, cette faim si particulière …

Un jour en forêt, un homme lui tombe dessus, elle se défend, sort son couteau, et s’évanouit quand sa tête heurte une racine. Elle revient à elle, du sang sur ses vêtements, l’homme a disparu. Mais il réapparait peu après chez eux, blessé au ventre. Son père l’amène à l’hôpital. Tracy panique et veut absolument cacher ce qu’il s’est passé. Elle avait promis à sa mère, avant sa mort, de respecter absolument cette règle : « ne jamais faire saigner un humain ». A partir de là, tout va s’enchainer …

Autant le dire tout de suite, si vous êtes totalement allergique au fantastique ce roman n’est pas pour vous. Mais si ce n’est pas le cas, il serait dommage de passer à côté.

Roman d’apprentissage, roman de passage à l’âge adulte, roman de paysage aussi, avec de magnifiques pages sur la forêt, le froid, l’ivresse de la vitesse sur un traineau qui glisse sur la neige verglacée avec pour seul bruit le chuintement des patins et les pattes des chiens. Mais également roman noir avec une intrigue tenue mais qui vous réserve une ou deux grosses surprises. Roman sur l’héritage, sur l’amour familial, sur la différence aussi.

Et un personnage de Tracy inoubliable pour lequel on se prend peu à peu d’affection, même si elle de fait pas grand-chose pour se rendre aimable. Un personnage unique qui, peu à peu, apprend à se connaître en même temps que le lecteur la découvre dans toute sa complexité et sa différence.

Un récit lyrique, émouvant qui se termine sur de belles pages très humaines pleines de nostalgie qui laissent un sentiment indélébile de douce tristesse.

Jamey Bradbury / Sauvage (The wild inside, 2018), Gallmeister (2019), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos.

Des nouvelles de John Connolly

Les habitués savent que j’aime beaucoup John Connolly. Alors je n’allais certainement pas manquer son recueil de nouvelles : Musique nocturne.

ConnollyUn recueil de nouvelles donc, qui contient aussi une novella (le texte central), et une nouvelle déjà éditée dans collection de nouvelles d’Ombres Noires qui, me semble-t-il, a cessé de publier. Un recueil où il explore un genre qui lui tient à cœur : le fantastique.

Prière d’achever : un homme encore jeune vit de peu, au milieu de ses livres. Un jour il assiste par hasard au suicide d’une jeune femme qui, étrangement, va lui sembler familier. Et l’amènera à découvrir une bibliothèque singulière. Un vrai bonbon que cette nouvelle, absolument délicieuse, un plaisir pour tout amateur de livres, voir ce que j’en disais lors de sa première publication.

Le sang de l’agneau : Quelque part en Irlande une jeune fille accomplit des miracles. Alerté le Vatican envoie trois représentants pour enquêter … Illustration parfaite de ce que dit l’auteur à la fin du recueil. Quand on écrit de l’horreur, mieux vaut faire court, cela permet juste regarder dans l’ombre, derrière le rideau, sans tout voir. Le lecteur imagine le reste, et hurle ….

Un rêve d’hiver : deux pages pour une histoire de fantômes mélancolique.

Lamia : Une jeune femme vit l’enfer. Violée lors d’une soirée, elle a porté plainte, mais son agresseur n’a pas été condamné, au bénéfice du doute. Depuis elle doit même le croiser régulièrement dans la petite ville où elle vit et c’est elle qui reçoit menaces et insultes. Jusqu’à ce qu’elle trouve dans sa boite aux lettres une carte, avec une adresse et ceci : « Je peux vous aider ». Une histoire de vengeance horrible et horrifique, qui montre que l’on peut écrire de l’horreur, faire frissonner et s’intéresser aux victimes.

Le roi creux : Un conte, un roi, une reine, une menace contre le royaume. Pour moi la moins réussie des nouvelles du recueil.

Les enfants du docteur Lyall : Dans le Londres à moitié détruit par les bombardements allemands, deux petits malfrats profitent du chaos pour piller les morts, les mourants et les quartiers détruits. Jusqu’au jour où ils ont la mauvaise idée de s’attaquer à une maison intacte, où ne semble vivre qu’une vieille inoffensive. Mais est-elle vraiment seule dans la maison ? Impeccable montée de l’horreur, et superbe utilisation d’un décor très particulier. Pour ceux qui en doutent encore, la preuve que l’auteur est aussi efficace dans le récit court, que dans ses romans de la série Charlie Parker.

L’atlas fracturé : Pièce centrale du recueil, novella de 150 pages. Comme dans Prière d’achever, c’est un livre qui est au centre du récit découpé en cinq parties, qui semblent disjointes au début, mais qui finalement forment un puzzle complet à la toute dernière page. Un livre maudit, un livre meurtrier, un livre bien pire que ça … Horreur parfaitement maîtrisée dans un récit qui va du XVI° siècle aux lendemains de la première guerre mondiale, et met en miroir l’horreur fantastique imaginée par l’auteur, et celle du carnage de la guerre qui, comme le livre, a changé le monde. Sombre et magistral.

Razorshins : A l’époque de la prohibition, quelque part dans le Maine, un convoi de truands ramenant du whisky canadien est contraint par une tempête de neige de chercher refuge dans une ferme isolée. L’un des malfrats, un tueur envoyé par le parrain pour s’assurer qu’on ne le vole pas ne veut pas céder au paysan et à ses collègues qui lui conseillent, par mauvais temps et pleine lune, de sacrifier une bouteille, en cas … Belle histoire qui permet de concilier le récit fantastique avec ce classique du polar originel : l’histoire de mafia et de prohibition.

A propos de La dissection d’un inconnu (1637) de Frans Mier : Variation macabre toute en finesse autour d’un tableau représentant une scène de dissection. Ou comment faire naitre l’horreur en quelques pages autour d’une image comme on en trouve dans tous nos livres d’histoire.

Fantômes : Une belle histoire d’amour et de fantômes autour d’un homme à la fin de sa vie, inconsolable après la mort de son épouse.

Lazare : La version John Connolly de la résurrection de Lazare. Où l’on voit que, s’il a eu une éducation religieuse traditionnelle en bon irlandais, ses histoires diffèrent un peu de la version habituelle …

Holmes contre Holmes : Nous revoilà dans la bibliothèque spéciale de Prière d’achever. Avec, comme son titre l’indique, l’un de ses plus prestigieux locataire. Difficile d’en dire plus sur cette nouvelle sans en révéler trop sur la première … Virtuose et délicieux hommage qu’adoreront les fans du plus grand détective du monde.

Je vis ici : où John Connolly se raconte. Son amour des livres, ses influences littéraires et cinématographiques, les moteurs de son écriture, sa passion pour l’horreur et le policier, avec une mention spéciale à Ed McBain et le 87° district (je savais que c’était forcément un homme de goût !) … le tout avec un humour que l’on perçoit dans certains dialogues de ses romans ou dans ses livres pour ados. Passionnant pour tout fan, et de quoi rendre fan ceux qui ne connaîtraient pas.

En bref, tout le talent de conteur du maître du polar avec un soupçon de fantastique, dans un domaine où on le connait peu. Très recommandable même pour quelqu’un comme moi qui ne suis généralement pas du trop fan d’horreur, Lovecraft, King et les autres ne sont pas mes auteurs de chevet, loin de là.

John Connolly / Musique nocturne (Night music, 2015), Presses de la Cité / Sang d’encre (2019), traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Martinache et Pierre Brévignon.

Excellente nOte pour Feux de détresse

Encore un auteur que je découvre alors qu’il en est déjà à son 6° roman. Une belle découverte : Feux de détresse de Julien Capron.

CapronDans un futur pas si lointain que ça, Lok est l’une des entreprises les plus puissantes du monde. Elle a un quasi monopole sur la sécurité informatique mondiale. Pour ne pas subir les pressions du gouvernement américain son créateur, Duardo, a installé toute l’entreprise sur un luxueux bateau de croisière transformé pour l’occasion, et cela fait maintenant 10 ans qu’il vogue d’escale en escale.

Chaque année, Lok organise un événement au retentissement mondial, The C. où les douze projets les plus innovants sont choisis. Leurs inventeurs font alors la croisière Madère / Miami à bord du paquebot, et le dernier soir à minuit, le grand gagnant est révélé lors d’une soirée de gala, retransmise en direct dans le monde entier.

Pour le 10° anniversaire, Robin Batz, devenu richissime après avoir gagné la 1° édition revient. Son invention première ? eVal, une application qui permet d’attribuer la nOte à toute personne que l’on croise. Qui se trouvera alors verte, orange ou rouge. L’innovation en course : la Mise à Jour propose de réduire drastiquement les possibilités de se retrouver avec un rouge de façon injuste.

Mais dès le premier soir, l’impossible arrive, les trois nOtes de Robin et ses associés (son frère Léandre et Sixt, une ancienne hakeuse) passent directement au rouge, bloquant tous leurs accès au bateau, les confinant à leurs cabines. Un piratage normalement impossible, surtout à bord du siège du Lok. Quand les nOtes d’autres équipes, puis au hasard de membres d’équipages et d’employés de Lok virent au rouge la panique s’installe à bord. Robin, Leandre et Sixt ont 6 jours pour trouver ce qu’il se passe.

Un très bon moment de lecture avec ces Feux de détresse où l’auteur s’amuse à pousser un cran plus loin notre monde archi numérisé ou nous (enfin pas tous nous, mais beaucoup de nous) passons notre temps à attribuer des notes, à tort et à travers, pour faire part de notre satisfaction ou non sur des sujets aussi variés que : l’état de l’appartement laissé par le loueur ou le locataire, la conversation du chauffeur, la présentation d’un plat … Une tyrannie de l’opinion d’autant plus difficile à combattre qu’elle est majoritairement acceptée, et surtout qu’il n’y a pas de tyran incarné contre qui se rebeller.

Pour mettre tout ça bien en lumière, rien de tel qu’un bon huis-clos, et une légère exagération où la liberté de circuler, et presque d’exister dépendrait de cette putain de nOte. C’est bien fait, le suspense prenant, et le choix d’un bateau comme lieu de l’expérience permet aussi de glisser, au final, un petit avertissement : les ouragans se contrefoutent de nos notes, et au final, bonne note ou pas, mieux vaut avoir à la barre un équipage expérimenté.

Il m’est juste venu une question, dès le début de la lecture. Julien Capron a-t-il lu Les gagnants, du génial Julio Cortazar, qui date des années 70, ne parle évidemment pas de notes et de numérique, mais avec lequel ce roman présente quand même bien des similitudes. Ce qui prouve que, malgré les bouleversements technologiques, les comportements humains n’ont peut-être pas tant changé que ça. Et qu’il faut lire Feux de détresse et Les gagnants.

Julien Capron / Feux de détresse, Seuil / Cadre noir (2019).

 

Disque-Monde 5

Je continue dans les relectures avec Les annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Cinquième volume, Sourcellerie, avec le retour de Rincevent.

TP5Le Disque-Monde est au bord du chaos total. Pourquoi ? Parce que rejetant toute tradition, un mage (donc à l’origine le 8° fils d’un 8° fils) a décidé de se marier. Et catastrophe, il a eu … 8 fils. Le huitième, nommé Thune est donc une super mage, un mage au carré, un Sourcellier, capable de créer de la magie, et pas seulement utiliser celle qui existe. Pire, au moment de mourir, pour échapper à MORT, le père s’est incarné dans le bourdon qu’il lègue à Thune, comme ça il va pouvoir le « conseiller » …

Un peu plus de dix ans plus tard, un minot arrive à l’Université de l’Invisible, revendiquer la place d’Archichancelier. Ce qui fait marrer tous les mages réunis en banquet. Jusqu’à ce que le gamin en fasse disparaître un. Et là plus personne ne rigole. D’autant que le petit jeune pense que ce sont les mages qui doivent gouverner le monde. Avec les meilleures intentions bien entendu. Les guerres magiques se profilent à l’horizon, avec leur lot de malheurs et de cadavres.

Restent Rincevent et le Bagage. Deux compagnons d’aventure, Conina, la fille de Cohen le Barbare et Nijel le Destructeur, qui est presque un héros, puisqu’il a lu les premiers chapitres du livre « Comment devenir un héros », vont l’aider à sauver le monde.

« Mon père disait toujours qu’il était inutile de lancer une attaque frontale sur une ennemi puissamment équipé d’armes de jet meurtrières », répondit-elle.

Rincevent, qui connaissait le vocabulaire usuel de Cohen, lui adressa un regard incrédule.

« Enfin, ce qu’il disait réellement, ajouta-t-elle, c’était : évite toujours les concours de bottage de cul avec un porc-épic ».

Voilà pourquoi j’adore Pratchett, c’est pour ce genre de dialogues …

A noter que l’on croise les quatre cavaliers de l’Apocalypse, qu’il mettra en scène avec son complice Neil Gaiman dans le génialissime De bons présages. Des cavaliers qui finissent fin bourrés dans une auberge …

Et pour ce cinquième volume, derrière le nez rouge, commence à pointer une réflexion sur notre monde. Pas une réflexion lourde ni appuyée, une réflexion drôle et pleine de fantaisie. Sur le pouvoir absolu, sur la volonté de construire un monde parfait, enfin, parfait selon les critères de celui qui a le pouvoir absolu.

Terry Pratchett / Sourcellerie (Sourcery, 1988), L’Atalante/La Dentelle du cygne (1995), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Un privé singulier

Autre lecture de vacances, conseillée par Kti de Bédéciné : l’intégrale de Nightside de Simon R. Green.

Green.pngJohn Taylor est détective privé. Comme il se doit, il dort dans le canapé pourri qu’il a dans son bureau londonien et ne roule pas sur l’or. Comme il se doit également, tout commence par l’arrivée d’une blonde élégante dans son bureau. Une blonde qui lui demande de retrouver sa fille Cathy disparue.

Jusque là, rien de nouveau. Ce qui change c’est que la dernière fois qu’elle a été vue, Cathy entrait dans le Nighside. Un quartier très peu connu de Londres, son côté caché, sombre, où toutes les perversions sont possibles, ou la magie côtoie la science, où l’on peut croiser toutes sortes de créatures.

Cela faisait cinq ans que John avait quitté le Nightside, son quartier d’origine, où de puissants personnages veulent sa peau, et il s’était bien juré de ne pas y retourner. Mais la cliente a des arguments sonnants et trébuchants, John est à sec, et surtout, surtout, quand on a vécu dans le Nightside, tout le reste paraît bien fade. Et puis John a un pouvoir spécial, celui de trouver tout ce qu’il veut, et dans le Nightside, il est quelqu’un. Quelqu’un de recherché mais aussi quelqu’un de craint.

Alors c’est parti, à la recherche de Cathy. Puis, excusez du peu, pour les autres aventures, la recherche du graal impie, qui va le voir assailli par les anges et les démons. Il croisera le Juif errant, toutes sortes de magiciens, vampires et autres zombies, des truands sans âges, Merlin … La seule qu’il ne croisera pas, c’est sa mère que beaucoup semble craindre, et que lui n’a jamais connue …

Je ne vais pas vous dire que c’est la trilogie de l’année, ou de la décennie. Mais je me suis bien amusé. L’auteur connaît ses classiques, sait utiliser les clichés du polar et en particulier ceux du détective privé, et s’en amuser tout en les respectant. Il multiplie les clins d’œil, le seul objet plus recherché que le Graal étant … le faucon maltais, par exemple, et ne recule ensuite devant aucune extravagance dans la création de son Nightside et de ses habitants.

Quelques coups de griffes à certaines caractéristiques qui ressemblent un peu à notre propre monde, et on a trois courts romans qui se lisent avec le sourire.

Reste une frustration. Il y a 12 romans en anglais, et seulement les trois premiers sont traduits en français. Du coup un certain nombre de questions posées restent sans réponse à la fin des trois romans, des pistes ouvertes ne se referment pas. A quand la suite des traductions ?

Excellente lecture de vacances pour ceux qui aiment le mélange des genres.

Simon R. Green / Nightside : Vieux démons (Something from the nightside, 2003) – L’envers vaut l’endroit (Agenst of light and darkness, 2003) – La complainte du rossignol (Bightingale’s lament, 2004), Bragelonne (2018), traduit de l’anglais par Grégory Bouet.

48 âmes.

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman de chez Super 8. Population : 48 d’Adam Sternbergh m’a tenté. Je me suis laissé faire, j’ai bien fait.

SternberghQuelque part, loin de tout, au Texas, Caesura. Une ville étrange, retranchée derrière des barbelés, et un shérif Calvin Cooper. Les 48 habitants de la ville ont choisi un nouveau nom en arrivant. Parce que l’Institut qui est en charge de Caesura, que tous appellent Blind Town, leur a tous fait oublier une période de leur vie. Une période où ils ont commis les pires crimes, ou une période où ils ont été témoins d’atrocités.

Cela fait huit ans que tout est calme dans Blind Town, sous le soleil écrasant du Texas. Jusqu’à ce que Errol Colfax se suicide. Puis que Hubert Humphry Gable soit assassiné. Alors les secrets vont être révélés et l’enfer va se déchainer.

« Férocement drôle, comiquement féroce » prétend la quatrième de couverture. Ouaif … féroce d’accord, comique pas trop quand même. Terrifiant souvent, très émouvant parfois, et d’une redoutable efficacité certainement.

Parce que si tout démarre assez lentement, et qu’on se demande au début où l’auteur veut bien en venir, et surtout comment il va se sortir du merdier qu’il construit, très rapidement on est complètement happé par l’histoire. Il faut juste accepter un élément de science-fiction (est-ce un élément de science-fiction ?) : que l’on sache, en altérant une zone ou une autre du cerveau, éliminer les souvenirs que l’on veut tout en laissant le reste de la mémoire intacte. Si l’on accepte ce point de départ, tout le reste est totalement crédible et cohérent.

Difficile de dire pourquoi le roman devient très émouvant au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture sans révéler des détails de l’intrigue, ce qui serait une abomination tant l’histoire et le suspense sont bien menés. Tout aussi difficile de révéler quelles interrogations sont levées … sachez quand même qu’il est question de rédemption possible ou non, de manipulation, le remords et de beaucoup d’humanité. Que ce n’est pas culcul, pas simpliste, et que le lecteur est considéré comme un adulte intelligent qui peut se faire sa propre opinion.

Et surtout que si le démarrage est assez tranquille, une fois passé le premier tiers, il est impossible de lâcher le bouquin, et que malgré un point de départ qui peut sembler tiré par les cheveux, tout est cohérent. Alors, convaincus ?

Adam Sternbergh / Population : 48 (The blinds, 2017), Super 8 (2018), traduit de l’anglais (USA) par Charles Bonnot.