Archives pour la catégorie Polars latino-américains

Olinka

Fini de rire avec Olinka du mexicain Antonio Ortuño.

Il y a quinze ans, Aurelio Blanco a accepté de plonger pour sauver son patron et beau-père Carlos Flores de la prison. L’entreprise de Flores était sur les listes américaines des blanchisseurs de l’argent sale des narcos. Et le lotissement Olinka, pour les plus riches de la ville de Guadalajara, faisait partie de cette opération de blanchiment.

Aurelio devait rester en prison un ou deux ans maximum. Mais comme rien n’a marché comme prévu, c’est aujourd’hui, 15 ans plus tard, qu’il s’apprête à sortir. Sa femme a divorcé, sa fille ne veut pas le voir, et il craint que les Flores, pour éviter tout risque inutile, ne préfèrent le liquider dès sa sortie. Bienvenue à Guadalajara.

Fini de rire donc. De cet auteur j’avais déjà lu l’éprouvant La file indienne. C’est moins sombre ici, mais cela reste accablant. Corruption, hypocrisie des gouvernements américains et mexicains, loi du plus fort, impunité des plus riches, n’en jetez plus la coupe est pleine.

Tout cela est raconté de façon classique avec des allers-retours entre les événements qui ont valu la prison au personnage principal et le moment présent. Cependant l’auteur nous amène souvent là où on ne l’attend pas, et sa façon de décrire l’étonnement et le sentiment d’étrangeté d’un homme qui a passé les 15 dernières années enfermé et découvre tout ce qui a changé pendant ce temps apporte une touche originale au roman.

Moins horrible que La file indienne mais tout aussi abouti et passionnant, Olinka confirme que l’on a tout intérêt à suivre l’œuvre d’Antonio Ortuño.

Antonio Ortuño / Olinka, (Olinka, 2019), Christian Bourgois (2021) traduit de l’espagnol (Mexique) par Margot Nguyen-Béraud.

El Edén

Dernièrement les polars qui nous arrivent du Mexique sont rarement joyeux et légers. Et ce n’est pas El Edén d’Eduardo Antonio Parra qui va déroger à cette règle.

Dans une cantina de Monterrey le narrateur qui s’abruti au rhum reconnaît Dario dans l’alcoolique qui enchaine les seaux de bières au comptoir. Quelques années auparavant, il était professeur de littérature au collège de la petite ville d’El Edén. Dario était son meilleur élève, star du collège et de son équipe de foot.

C’était quand la ville méritait son nom, avant qu’elle ne devienne l’enjeu d’une lutte de territoire entre deux cartels. Avant qu’ils ne la mettent à feu et à sang. Après la première nuit de carnage, le narrateur avait quitté la ville et son poste. Quelques temps plus tard, c’est Dario qui vivait une nuit d’épouvante. Entre verres de rhum et bouteilles de bière glacée, ils vont revivre des jours atroces, le temps d’une nuit.

Je ne vais pas vous mentir, El Edén n’est pas un livre aimable dont la lecture vous rendra souriant et content de faire partie de la compagnie des hommes. C’est dur, dense, d’un seul tenant, sans chapitres, avec une alternance de description de l’état d’éthylisme qui va en avançant, de souvenirs du narrateur et de récits de Dario.

Les deux parties, qui n’en font qu’une, qui se passent dans le village martyr sont dures, hallucinantes, même si quelques souvenirs heureux arrivent à s’y glisser, éclairant de façon émouvante et étonnante autant de noirceur. Le constat d’impuissance face à de véritables armées de narcos, tueurs sans pitié qui, quand ils n’ont pas quelqu’un du camp adverse sous la main se défoulent en massacrant la population locale est terrible. L’action, toujours tardive, des différentes « forces de l’ordre » est au mieux affligeante de nullité, au pire vient mettre du sel sur les plaies, les flics et soldats, se vengeant sur la population de ne pas pouvoir, ou vouloir, combattre les véritables assassins.

On lit en apnée, avec l’impression de subir la même gueule de bois que les deux personnages. Un roman impressionnant qui marque durablement.

Eduardo Antonio Parra / El Edén, (Labirento, 2018), Zulma (2021) traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo.

Casino Amazonie

Le Brésil d’Edyr Augusto n’est pas celui des cartes postales. Exit caipirinha au son de la bossa nova sur fond de coucher de soleil, bienvenue dans bouges de Belém où la vie humaine ne vaut pas très cher avec Casino Amazonie.

A Belém, comme partout ailleurs dans le Brésil, les jeux d’argent sont théoriquement interdits. Cela veut simplement dire qu’ils sont tenus par des truands. Cela fait bien longtemps que le docteur Clayton Marollo ne met plus les pieds dans les cliniques privées dont il est le propriétaire. Il passe son temps, whisky à la main, dans le casino clandestin qu’il a monté, où les fortunes locales et les stars de passage viennent se faire plumer.

Gio est un jeune homme, doué, qui a tapé dans l’œil de Marollo. Excellent joueur de poker il va vite devenir le bras droit du patron. Jusqu’à sa rencontre avec Paula, aussi jeune et éblouissante que vorace et douée aux cartes. Marollo, Gio, Paula, ajoutez quelques figures secondaires, la misère, la corruption, les armes, la jalousie, l’alcool et les drogues. Agitez fort, vous avez le cocktail Edyr Augusto.

Soyons clairs pour les éventuels lecteurs, Edyr Augusto ne fait pas dans le roman à l’eau de rose, et il ne faut pas attendre de happy end. Mais, à mon avis, ce n’est pas son roman le plus sombre ni le plus violent. Donc si vous voulez essayer cet auteur ou que vous avez eu peur des romans précédents, vous pouvez essayer.

Et vous plonger dans un kaléidoscope, enchainement de chapitres courts passant d’un personnage à l’autre, en acceptant d’être un peu perdu au début avant que l’image se précise petit à petit. C’est direct, pas un mot de trop, pas de grandes descriptions, à l’os comme on dit. C’est sombre, sans grand espoir et sans illusion, mais non sans sensualité.

Encore une réussite du maître du polar du nordeste brésilien.

Edyr Augusto / Casino Amazonie, (Bellhell, 2020), Asphalte (2021) traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos.

L’île invisible

Un roman qui, d’après ce que j’ai trouvé sur le net, avait été publié une première fois en 2013, et qu’Asphalte ressort cette année, L’île invisible du vénézuélien Francisco Suniaga.

L’île de Margarita a deux visages. Le bord de mer, ses hôtels pour touristes européens, ses bars et restaurants de plage, propre, moderne, rangé. Et l’intérieur plus délabré, les petits boulots, où l’on n’obtient rien si on en connait pas quelqu’un, les flasques de rhum pas cher, et les combats de coqs.

Edeltraud Kreutzer, la soixantaine, quitte son village en Allemagne à plus de soixante ans. Son fils Wolgang, venu ouvrir un restaurant il y a deux ans avec son épouse Renata, s’est noyé. Mais elle a reçu une lettre anonyme disant qu’il avait été assassiné par Renata et son amant. Et les vieux parents qui n’ont jamais quitté l’Allemagne veulent savoir ce qui est arrivé à leur fils. Mais pour cela ils auront besoin d’aide sur place, celle de l’avocat José Alberto Benitez, qui va essayer de comprendre ce qui est arrivé au couple pendant ces deux ans.

Si vous recherchez un polar tendu, avec une intrigue aux petits oignons, vous pouvez arrêter là la lecture. De même si vous n’aimez que les dialogues et l’action. L’île invisible est un polar étrange, à peine un polar d’ailleurs tant il n’y a pas vraiment d’enquête (sauf une, littéraire, assez inattendue), ni même de suspense.

Et pourtant c’est un roman prenant, intéressant, avec une force d’évocation surprenante qui embrasse de multiples sujets. L’auteur arrive à nous faire voir un couple allemand à la fois passionné et très raisonnable et sérieux, l’ambiance survoltée des combats de coqs, la beauté d’un lever de soleil sur une plage paradisiaque, la chaleur écrasante sur un trottoir défoncé …

Il excelle dans la description de la différence entre les modes de vie en Europe (et spécialement en Europe du nord) et sur une île des Caraïbes, et il y a un petit côté Mario Conde dans la description de réunions entre amis, la désillusion de ceux qui ont cru en un avenir radieux et se sentent toujours de gauche, mais une gauche trahie et perdue.

De cet étrange mélange émerge un roman mélancolique, à la fois triste et parfois plein de vigueur, mais surtout empreint d’une humanité qui fait du bien.

Francisco Suniaga / L’île invisible, (La otra isla, 2005), Asphalte (2013 puis 2021) traduit de l’espagnol (Venezuela) par Marta Martinez-Valls.

Revenir à Naples

C’est le traducteur (et auteur) Sébastien Rutés qui m’a signalé et fait envoyer Revenir à Naples, le nouveau roman de Paco Ignacio Taibo II dont on n’avait pas de nouvelles littéraires depuis près de 10 ans et la sortie de sa version des aventures de Sandokan. Qu’il en soit mille fois remercié.

Début du XX° siècle, un groupe d’anarchistes napolitains fuient la faim et la prison et débarquent à Veracruz, dans le cadre d’un programme d’immigration. Le gouverneur de l’état compte sur eux pour cultiver des terres et chasser les indiens qui vivent là. Manque de chance pour lui, les nouveaux arrivants qui comptent une poétesse, un curé assez particulier, une prostituée, un acrobate et quelques autres spécimens, ne sont pas du tout paysans, et sont absolument allergiques à toute forme d’injustice. Vous devinez la suite.

Quatre-vingt ans plus tard, le dernier survivant du groupe se souvient alors qu’il effectue le voyage pour revoir Naples.

« Une dictature, ce n’est pas seulement une structure de pouvoir verticale construite sur la peur, l’armée et la répression, les curés, les apparences, le contrôle de l’information, le mensonge et l’habitude, la fausse promesse d’un progrès dont personne ne sera soi-disant exclu ; c’est aussi tout un réseau de passe-droits, de complicités, de copinages, de fraudes et d’accommodements qui huilent la machine de haut en bas de la pyramide. La dictature, c’est de la merde. »

Voilà, comme on pouvait s’y attendre, les goûts et dégouts de l’auteur n’ont pas changé pendant ce long moment où l’on n’a pas eu de ses nouvelles. Sa tendresse va toujours vers les perdants magnifiques, ceux qui se révoltent, et il n’a rien perdu de sa verve quand il s’agit de saigner les puissants ridicules.

Donc même si l’on est loin de la puissance, de la tornade d’imagination de ses chefs-d’œuvre, on se régale à lire sa prose et à suivre, dans ce court roman, les aventures de son groupe d’anarchistes italiens, de découvrir la province de Veracruz en 1900, et la ville de Naples aujourd’hui. On peut juste regretter que ce soit si court, et espérer ne pas avoir à attendre encore dix ans pour lire le prochain.

Paco Ignacio Taibo II / Revenir à Naples, (El olor de las magnolias, 2018), Nada (2021) traduit de l’espagnol (Mexique) par Sébastien Rutés.

L’amant de Janis Joplin

Un auteur mexicain et un titre intrigant. Et au final pour moi, une déception. L’amant de Janis Joplin de Elmer Mendoza.

David n’est pas le jeune homme le plus futé du village. Un soir de fête il fait l’erreur d’accepter de danser avec Carlota Amalia, très belle mais promise à un des fils du gros trafiquant local. Quand le promis s’en prend à lui, par réflexe, David lui jette un caillou à la tête … Et le tue. Il faut dire que David est un très bon lanceur de cailloux.

Réfugié chez un oncle, il va se révéler un joueur de baseball (jeu qu’il n’aime pas) exceptionnel. Il ira à Los Angeles où il deviendra, pour une durée de huit minutes, l’amant de Janis Joplin auquel il vouera une fidélité éternelle. Il sera impliqué dans les trafics de drogue et la rébellion des jeunes étudiants …

De calamité en calamité, David semblera se sortir de tous les pétrins, et continuera à chercher son amante.

C’est bien d’écrire un conte foutraque qui part dans tous les sens. Et au début c’est assez amusant. Mais c’est très délicat à tenir sur la longueur. Et pour moi c’est bien là que le bât blesse. Au bout d’un moment, vers la moitié du roman, j’ai commencé à me désintéresser des aventures chaque fois plus incroyables de ce pauvre David.

Je comprends bien l’intention avec cette sorte de Sancho Panza, un peu simplet qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, mais ce qui est amusant au départ finit par être répétitif, l’exubérance du début ressemble de plus à plus à un joyeux n’importe quoi, et l’auteur m’a perdu, petit à petit. Au point que j’étais content d’en terminer pour passer à autre chose.

Pas convaincu donc.

Elmer Mendoza / L’amant de Janis Joplin, (El amante de Janis Joplin, 2004 ?), Métailié (2020) traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry.

La dernière affaire de Jonnhy Bourbon

Le nouveau Carlos Salem est là, juste à temps pour Toulouse Polars du Sud. Il reprend son personnage le plus célèbre, à savoir Johnny Bourbon pour La dernière affaire de Johnny Bourbon.

Vous vous souvenez d’Arregui, le privé de Madrid, basque d’origine, l’un des rares personnages récurrents de Carlos Salem ? Il a le blues. La cinquantaine approche, il ne s’est jamais remis de la mort de Claudia, mais il gère son agence de main de maître, entre autres parce que les puissants savent qu’il a ses entrées au palais royal.

Mais c’est pour sa tête dure et son honnêteté que son ancien supérieur, du temps où il était flic, vient le chercher. L’un des hommes les plus haïs d’Espagne, magouilleur fini, qui doit avoir un dossier sur quasiment tous les politiques du pays, vient de se suicider en attendant sa mise en examen. Un suicide vraiment ? C’est pour mettre ses gros pieds dans les plats qu’Arregui est contacté.

Dans le même temps, son instinct lui dit d’éviter soigneusement cette fille aux cheveux verts qui veut absolument le voir. Pour combien de temps ? Il va bien avoir besoin dans cette affaire de ses deux associés, et de l’aide ponctuelle de son adjoint le moins discret, Johnny Bourbon qui s’ennuie depuis qu’il n’est plus roi.

Je ne suis pas très objectif avec les romans de Carlos (je ne suis jamais objectif en fait, mais encore moins ici), je suis un fan convaincu de la première heure. Mais là, croyez-moi, même si vous n’êtes pas comme moi, faites-moi confiance allez-y, c’est peut-être un de ses meilleurs romans.

C’est drôle, tendre, mélancolique, j’ai souri souvent, rit plusieurs fois, été au bord des larmes parfois. Du grand Salem qui maîtrise totalement son sujet sans rien perdre de sa folie et de son humour absurde. La façon qu’il a de mettre en scène le roi d’Espagne, à la fois touchant, ridicule, pathétique, courageux, le « sidekick » le plus improbable et pourtant un des plus réussis de la planète polar qui en compte un certain nombre.

Ajoutez une très belle description de son quartier à Madrid, une relation entre Arregui et son père magnifique, l’éloge de l’amitié et de l’amour, une empathie toujours là pour les perdants, les paumés, ceux qui sont différents, ceux qui ont dû se battre bec et ongles pour survivre, de très beaux portraits de femmes de tous âges, et un hommage pastiche aux grands anciens du polar.

Un grand Carlos Salem.

Carlos Salem / La dernière affaire de Johnny Bourbon, (Sigo siendo el rey (emérito) de España, El último caso de Johnny Bourbon, 2018), Actes Sud/Actes Noirs (2020) traduit de l’espagnol par Judith Vernant.

Les minutes noires

Les minutes noires du mexicain Martín Solares trainait sur ma table de nuit depuis que je l’avais acheté lors de sa première venue à Toulouse Polars du Sud. J’ai profité de cette fin de mois d’août pour l’en extraire.

SolaresRamón Cabreran dit le grizzli est flic dans la petite ville de Paracúan sur le golfe du Mexique. Il se retrouve en charge de l’enquête sur l’assassinat d’un jeune journaliste récemment revenu en ville après avoir vécu aux US. Les flics ont arrêté un coupable, qui semble bien pratique. Et le grizzli s’aperçoit vite que si on exige de sa part des résultats, beaucoup, flics, narcos, politiques et autorités religieuses ont au contraire intérêt à ce qu’il échoue.

L’enquête va l’amener à s’intéresser à une histoire vieille de plus de 25 ans, et à la disparition de Vicente Rangel, un flic comme lui, disparu alors qu’il tentait de faire son boulot.

Les minutes ne sont pas les seules à être noires ici. Montée de la puissance des cartels, corruption classique (à base de grosses enveloppes) et corruption morale à tous les étages, du simple flic aux plus hauts postes de la ville, de l’état et du pays, impunité des assassins, passages à tabac, inexistence de la justice face à la force brute de la police … Et j’en passe.

Heureusement l’auteur ne tombe jamais dans le voyeurisme ou le misérabilisme, et tout cela est raconté via le prisme de deux flics honnêtes (deux exceptions), deux flics qui enquêtent sous pression, dans un état de fatigue de plus en plus avancé qui efface les frontières entre le rêve (ou le cauchemar) et la réalité, des moments de demi-sommeil.

Et puis on croise des personnages hors du commun, comme l’écrivain mystérieux B. Traven, ou le Sherlock Holmes mexicain qui apportent un peu de fantaisie et d’humour.

Une lecture parfois éprouvante, parfois exigeante, mais la récompense est à la hauteur de l’effort du lecteur.

Martín Solares / Les minutes noires, (Los minutos negros, 2006), Christian Bourgois (2009) traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot.

Adios Luis

Saloperie de virus. Ce que cet hijo de la grandisima puta de Pinochet n’a pas réussi, c’est ce virus de merde qui le fait. Luis Sepúlveda est mort.

On lui doit bien entendu du roman qui l’a fait connaître, Le vieux qui lisait des romans d’amour. Mais le texte qui m’a le plus marqué, emballé, c’est le recueil Patagonia express (Le neveu d’Amérique je crois en français), avec un superbe premier texte. Il y raconte les dimanches à Santiago avec son grand-père, anarchiste espagnol exilé au Chili. Le grand-père venait le chercher, et l’amenait en promenade, lui payant tous les sodas et glaces qu’il voulait, mais l’empêchait de pisser. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Alors il l’amenait devant une église, et le laissait se soulager sur la porte. En attendant avec impatience que le curé sorte protester pour pouvoir le pourrir.

Voilà un grand-père selon mon cœur.

C’était, comme beaucoup d’écrivains latinos, un conteur hors pair, à l’oral comme à l’écrit. Nous avons eu la chance de le voir plusieurs fois à Toulouse, où il fut parrain d’un des premiers Toulouse Polars du Sud. Son humanité, son humour, sa combativité, ses histoires vont nous manquer.

Merci Luis, pour tout.

Quatorze crocs

Ceux qui ont lu l’éprouvant N’envoyez pas de fleurs auront peut-être un peu de mal à reconnaître l’univers du mexicain Martín Solares dans le délicieux Quatorze crocs. C’est pourtant bien le même auteur.

SolaresParis 1927, un cadavre est trouvé au petit matin dans une ruelle sombre. Rien d’extraordinaire ? Si. Il porte d’étranges marques dans le cou, et il va se révéler qu’il n’a plus une goutte de sang dans le corps. L’enquête, très spéciale est confiée à la brigade de nuit, et c’est le jeune Pierre Le Noir qui va en hériter.

Elle l’amènera à fréquenter le cimetière Montparnasse, d’étranges habitants qui ne vivent que la nuit, les cercles d’artistes qui gravitent autour des époux de Noailles et bien d’autres personnages plus étranges, fascinants ou inquiétants, les uns que les autres.

Voilà un petit bonbon, en forme d’hommage aux feuilletonistes. Chapitres courts, portant des titres délicieusement désuets, références permanentes (vous croiserez Picasso, Breton, Man Ray … et vous entrerez dans la tombe de Porfirio Díaz …), rebondissements permanents. Ajoutez une balade insolite dans des rues de Paris que vous ne verrez plus du même œil, une écriture vive, de l’humour, et un auteur qui nous permet de jouer à nous faire peur, sans avoir vraiment peur, juste pour le frisson auquel on ne croit pas … mais quand même. Comme une môme.

Une belle friandise, à consommer sans modération.

Martín Solares / Quatorze crocs, (Catorce colmillos, 2018), Christian Bourgois (2020) traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot.