Les repentis

De nouveau au cinéma, pour un très beau film, mais que je ne saurais recommander à tout le monde tant son ambiance est pesante : Les repentis d’Iciar Bollaín.

Le film est une fiction basée sur des faits réels. En 2000 Juan Maria Jauregui, ancien gouverneur d’une province basque qui se savait menacé par l’ETA est assassiné par un commande de trois hommes. Ils sont très rapidement arrêtés.

Dix ans plus tard, sa veuve Maixabel, qui œuvre pour la reconnaissance des victimes du terrorisme, que ce soit celui de l’ETA ou celui du GAL (milice d’extrême droite proche des milieux policiers) accepte de participer à la mise en place d’un dialogue entre les assassins qui ont quitté l’organisation et les proches de leurs victimes. C’est comme ça qu’elle va rencontrer Ibon, chauffeur du commando.

Je ne vais pas vous mentir, on rigole assez peu. Et le film est lourd. Pas lourd stylistiquement, mais lourd par la charge émotionnelle qu’il véhicule. D’autant plus que les deux acteurs principaux (Blanca Portillo et Luis Tosar) sont absolument extraordinaires, arrivant à faire passer l’intensité de leurs émotions sans cris, sans pathos, sans beaucoup de paroles. On ressent la douleur, la perte d’un côté. L’horreur de soi, l’impossibilité à accepter les actes que l’on a commis de l’autre.

Et au-delà, on ressent l’emprise d’une organisation que l’un des protagonistes qualifie de secte, la main mise sur certains quartiers, la peur permanente, l’absurdité des meurtres. Pour ceux qui, comme ma pomme, ont connu cette époque et ces lieux, cela remue et fait remonter beaucoup de choses. Cela explique peut-être que j’ai été autant touché.

Heureusement, les images prises hors de la prison sont superbes et offrent quelques intermèdes de sérénité et de beauté.

Le film a eu beaucoup de retentissement en Espagne, ce que l’on conçoit aisément. Il est à la fois effrayant et paradoxalement rassurant. A voir, si vous avez le moral, en prévoyant de quoi boire un coup après pour se remettre.

Le mur grec

Un nouvel auteur à l’Atalante, Nicolas Verdan : Le mur grec.

Evangelos est agent des services secrets (si j’ai bien compris) à Athènes, bientôt à la retraite. Alors qu’il pense pouvoir laisser couler tranquille tout en profitant de son bar préféré, il est appelé à Evros, à la frontière avec la Turquie, là où passent les migrants. On a retrouvé une tête coupée, et ce n’est pas celle d’un étranger.

Dans une zone très sensibles, où les agents de Frontex côtoient avec des frictions les flics grecs, son enquête va être largement téléguidée par des intérêts qui le dépassent.

J’aurais beaucoup aimé être emballé par ce roman, et pourtant non.

J’ai souvent vu attribuée au maître Elmore Leonard la maxime suivante : « Si ça a l’air écrit, je réécris ». Je ne sais pas si c’est vraiment de lui, mais cela pourrait tant son écriture parait couler de source, la simplicité même. Et sauf de rares exceptions, c’est ça que j’aime. Disons qu’à mon goût Nicolas Verdan aurait dû réécrire …

Et c’est bien dommage parce que le fond est passionnant : la peinture de cette frontière, de la situation des migrants et des flics qui la surveillent est atroce et pour cela salutaire. Celle de la corruption en Grèce est affligeante, et tout aussi nécessaire. La vague allusion au passé de certains flics, obligés de vivre avec des faits qu’ils se reprochent encore des années après la fin de la dictature est sensible et intéressante. La description, trop rapide, des troubles actuels et de leur répression bien utile au lecteur français …

On le voit, beaucoup de thématiques, dont certaines à peine abordées ou effleurées, et à côté de ça des digressions, des effets de styles qui, à mon goût très personnel, n’apportent rien au récit, et ont même eu l’effet contraire de me sortir de l’histoire qui, au contraire, redevient agréable à suivre quand elle retrouve une certaine simplicité.

En résumé, un roman qui a mon goût aurait gagné, soit à être simplifié pour aborder moins de thématiques, soit à s’étoffer pour les développer comme elle le méritaient, et où l’écriture aurait gagné à viser à plus de simplicité. Mais un roman également qui parle de thèmes passionnants et peu présents dans le paysage du roman noir. Comme un goût de rendez-vous manqué.

A noter que mon avis n’est pas partagé par toute la toile où j’ai lu quelques chroniques beaucoup plus convaincues.

Nicolas Verdan  / Le mur grec, L’Atalante/Fusion (2022).

Armageddon Time

Un petit conseil cinéma pour une fois que je vois un film encore à l’affiche à peu près partout : Armageddon Time de James Gray.

Début des années 80, Paul et Johnny deviennent copains sur les bancs d’un collège public du Queens. Paul est le second fils d’une famille juive d’origine ukrainienne, Johnny est noir et vit seul avec sa grand-mère. Johnny est dès le départ le souffre-douleur du prof ; parce qu’il est rêveur et par amitié, Paul va tout faire pour être son associé en punitions et bêtises.

Mais jusqu’où pourra-t-il maintenir cette solidarité face à la pression croissante de la société et de sa famille ?

Autant vous avertir tout de suite, si vous attendez de grandes scènes spectaculaires, de l’action toute les minutes et des coups de théâtre, autant passer votre chemin. Le film est la chronique d’un quartier, d’un milieu, d’une époque et au point de vu plus intime celle de la perte de l’innocence, de la lutte perdue d’avance pour la justice et de l’apparition de la culpabilité.

C’est fin, sensible, intelligent, jamais manichéen, toujours juste. La force de la pression sociale est superbement montrée sans jamais être explicitée (ou presque). C’est superbement joué, par tous, avec une mention spéciale pour les gamins et pour Sir Anthony Hopkins dont la présence, même quand il ne dit rien, et ne fait rien, est absolument hallucinante.

Pas de grands effets, mais une réalisation avec cette simplicité apparente des grands que l’on aurait tort de prendre pour de la facilité, tant il est difficile d’arriver à cette forme d’évidence (au cinéma, comme en écriture ou en musique).

On sourit parfois, on est bouleversé souvent. A voir.

Gueules cassées

Un grand format chez In8, et un beau titre, Gueules cassées de Dominique Delahaye.

Bord de Seine quelque part en banlieue. Julien, Cindy et Simon vivent dans une péniche, petits boulots et galères. Leur copain Issa est souvent avec eux mais vit avec sa famille dans une des barres voisines. Une sœur qui bosse, un frère qui veut enregistrer un album et un autre, le plus jeune, qui tourne mal, se mettant au service du caïd du coin, Kodama.

Et autour de la zone désaffectée qui attise les convoitises, un architecte prêt à tout, de l’argent sale en quête de blanchiment, des politiques tiraillés entre les réels besoins de la collectivité et les pots de vin qui pourraient assurer leur réélection. Une situation explosive, ne manque plus que l’étincelle.

Je ne vais pas prétendre que l’on a là le polar de l’année, mais c’est du bon boulot solide. Le lieu et les enjeux associés sont bien décrits, les personnages attachants, décrits avec beaucoup d’humanité et de tendresse, sans cacher leurs contradictions et leurs failles. L’intrigue se déroule bien, sans concession ni à un happy end forcé, ni à une noirceur exagérée.

Ajoutez quelques scènes bien rudes et d’autres très émouvantes et vous avez un très bon polar social, qui ne cache pas ses valeurs mais ne fait jamais passer le message au détriment de l’intrigue ou des personnages. Que demander de plus ?

Dominique Delahaye / Gueules cassées, In8 (2022).

La cité des nuages et des oiseaux

Un autre livre choisi parce que j’en avais lu le plus grand bien sur les blogs : La cité des nuages et des oiseaux d’Anthony Doerr.

24 folios, à moitié détruits par le temps, racontant, dans un ordre incertain une farce philosophique : les aventures d’un berger grec voulant rejoindre la cité merveilleuse des oiseaux. Un texte de l’Antiquité grecque qui aura une influence déterminante au travers des siècles, sur quelques vies.

Celle de Konstance, à bord d’un vaisseau spatial emportant une poignée d’humains coloniser une autre planète. Celle d’Anna et Omeir pris dans la tourmente du siège de Constantinople au XV° siècle. Celle de Zeno Ninis, qui survit à la guerre de Corée et, à la fin de sa vie, monte une pièce à partir du texte avec des gamins dans une petite bibliothèque de l’Idaho. Celle de Seymour Stuhlman désespéré par l’état du monde au point de préparer un attentat pour réveiller les consciences.

Je ne connaissais absolument pas cet auteur, quelle erreur, vous avez là 700 pages de pur enchantement. 700 pages d’érudition jamais pédante, d’humanité, d’imagination. 700 pages d’histoires merveilleusement racontées, d’hommage à la lecture, aux livres et aux bibliothèques. 700 pages absolument magiques. Cerise sur le gâteau, l’auteur ne se moque pas de vous, à la fin, tout se tient parfaitement, malgré un démarrage qui pourrait laisser imaginer un tour de passe-passe un peu artificiel pour relier les époques et les personnages.

Impossible de lister toutes les thématiques évoquées dans le roman. Et puis ce serait fastidieux. Sachez seulement que chacune des histoires dans les différentes époques ferait déjà un très bon roman, que tous les personnages sont incroyablement attachants, que l’on vit, on souffre, ou rit avec eux, et que le tour de force de les réunir de façon aussi magistrale fait que le roman est encore bien meilleur que la somme de ses différentes parties.

On le referme ému, touché, émerveillé et heureux d’être un humain, et plus particulièrement un humain lecteur, malgré toutes les horreurs qui nous ont été données à voir. Parce qu’il reste quand même un petit espoir tant qu’il restera des livres, des bibliothèques et des lecteurs.

Anthony Doerr / La cité des nuages et des oiseaux, (Cloud cuckoo land, 2021), Albin Michel (2022) traduit de l’anglais par Marina Boraso.

L’espion qui aimait les livres

Voici donc le dernier roman de John Le Carré, publié par son fils après sa mort : L’espion qui aimait les livres.

Julian a laissé un boulot très lucratif à la City pour reprendre une librairie dans une petite ville. Une vie calme, voire morne en perspective. Jusqu’à ce que Edward, gentleman au léger accent difficile à identifier fasse irruption dans sa librairie.

Plus loin, à Londres, Stewart Proctor, haut placé dans le service d’espionnage britannique, se voit confier une mission urgente et délicate. Des fils se tissent, mais qui est l’araignée et qui sera sa victime ?

Ce n’est peut-être pas le roman le plus dense de John Le Carré. Mais bon sang, quel talent. Dès le premier chapitre, le lecteur est attrapé, happé et enchanté. Et cela ne changera pas jusqu’à la dernière page. Alors certes il n’y a pas la tension de L’espion qui venait du froid, mais on ne peut qu’être emballé par l’ironie du propos, la simplicité et l’élégance de l’écriture et la limpidité d’une trame pourtant complexe.

Avec un côté très désenchanté sur le rôle des services secrets britanniques, leurs rivalités internes, leur hypocrisie, les buts pas toujours très clairs qu’ils poursuivent.

Classe, pertinent et mélancolique, heureusement que son fils est allé rechercher ce texte qui nous permet d’entendre une dernière fois la voix du maître.

John Le Carré / L’espion qui aimait les livres, (Silverview, 2021), Seuil (2022) traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

Les flibustiers de la mer chimique

Je n’ai vu passer que des critiques enthousiastes du roman de Marguerite Imbert, Les flibustiers de la mer chimique, donc je me suis lancé.

Nous sommes dans un futur assez peu souriant. Une catastrophe (dont nous découvrirons la cause) a décimé l’humanité. La Terre et les océans sont abominablement pollués. L’humanité restante est la proie d’animaux qui ont mutés de façons à être encore plus agressifs et efficaces. Et bien entendu on a continué à se mettre sur la gueule.

Dans ce beau paysage nous allons suivre :

Ismaël, citoyen de Rome où règne une reine/prêtresse, naturaliste, parti sur un bateau qui a coulé, recueilli sur le Player Killer, le sous-marins d’une bande de flibustiers menés par un ado attardé, Jonathan. Et Alba, dernière représentante du clan des graffeurs, un clan qui s’est donné pour mission de mémoriser tout le savoir de l’humanité moribonde. Alba qui va être récupérée, de force, par Rome.

Et vous n’avez là qu’une partie de la galerie de personnages, tous plus allumés les uns que les autres, imaginés par Marguerite Imbert.

J’ai été moins emballé par ce roman que mes collègues qui en ont déjà parlé, tout en reconnaissant les qualités qu’ils évoquent.

Oui c’est joyeux (malgré la thématique), allumé, plein d’imagination, débordant d’énergie et de références à la culture populaire (ou pas, comme le prénom d’un des protagonistes). Oui ça brasse sans se prendre au sérieux quantités de thématiques, de la catastrophe écologique, à l’exercice du pouvoir, en passant par les méfaits d’une culture mal digérée ou le mépris de classe.

Mais justement, là où on peut être emballé par l’abondance, on peut aussi, et ça a été mon cas, trouver qu’il y en a trop, et que ce n’est pas assez creusé. Et c’est dans la façon de mener l’intrigue que cela m’a fait petit à petit fait sortir du texte, malgré le plaisir trouvé à certaines fulgurances. Tout est effleuré, des personnages arrivent d’on ne sait trop où, les motivations des personnages secondaires restent assez obscures, le déroulé des événements entre la catastrophe et le moment du récit complètement elliptique, sans explication même s’il y est fait de nombreuses, mais peu précises allusions.

Pour mon goût très personnel, il aurait fallu soit simplifier, soit prendre plus de temps.

Marguerite Imbert / Les flibustiers de la mer chimique, Albin Michel/Imaginaire (2022).

Quelques photos de vacances

J’étais donc loin de la maison, sur la côte est des US pour aller voir le grand qui passe un semestre à Philadelphie. Une semaine à New York et quelques jours à Philadelphie.

L’occasion de laisser quelques millimètres de semelle sur le bitume, de profiter des couleurs magnifiques de l’automne, et d’un temps complètement fou, beaucoup trop chaud pour la saison, mais c’était quand même bien agréable.

Avec la lumière de fin octobre, début décembre, le mélange, lumière, verre, acier est magnifique.

Et quand un peu de pierre s’en mêle c’est pas mal aussi.

On est aux US, tout est grand, énorme, plus, voire trop.

Et au milieu de cette forêt de béton, la nature quand même incroyablement présente.

Une ville incroyable, mais dont la fragilité saute aux yeux quand on le regarde d’un peu plus loin, un mètre de montée des eaux et …

Et puis il y a les clichés obligatoires, les escaliers de secours, le pont de Brooklyn de nuit …

Ça manque quand même cruellement de librairies, pas croisé une, alors qu’on a beaucoup marché.

A Philadelphie, moins de photos, mais quand même un petit clin d’œil à un personnage qui a immortalisé la ville.

Billy Summers

Je n’avais pas arrêté de lire, mais j’ai fait une pause un peu lointaine, et surtout loin de mon ordinateur. Début de rattrapage avec Billy Summers du maître Stephen King.

Billy Summers a été sniper en Irak. Depuis son retour il continue à exercer ses talents, contre rétribution, mais dans le privé cette fois. Comme tueur à gage. Avec une petite restriction morale, il n’accepte de tuer que des « méchants », sans toutefois se faire d’illusion sur ses clients qui ne valent pas mieux.

Malgré ses pressentiments, il accepte un dernier contrat, pour un montant bien supérieur à ce qu’on lui paye habituellement. Il s’agit de descendre un criminel endurci qui pourrait bien mettre beaucoup de monde dans l’embarras. Et en attendant le bon moment, qui lui sera indiqué par son client, il va s’installer sous une fausse identité dans une petite ville au milieu de rien. Et se faire passer pour un écrivain. Une idée de reconversion pour ce grand lecteur ?

En attendant, même s’il sait que dans les livres et les films, les histoires de « dernier coup avant la retraite » se terminent toujours mal Billy Summers va se prendre au jeu.

Commençons par enfoncer quelques portes ouvertes. Stephen King est un immense conteur, et Jean Esch un très bon traducteur. Donc un plaisir de lecture extrêmement addictif immédiat.

Et l’auteur est très très malin. Son dispositif narratif, qui voit le personnage principal se prendre au jeu de l’écriture est vraiment bien trouvé. Parce qu’il permet des flashbacks de façon originale, et parce qu’il donne l’occasion de causer de lecture, d’écriture, de littérature, tout ça dans ce qui aurait pu être un « simple thriller ». Chapeau l’idée.

Autre excellente idée, malgré le fait d’avoir un personnage au métier plutôt inhabituel, l’obliger à se fondre dans une petite ville va donner l’occasion de décrire le quotidien de gens ordinaires. Encore très bien vu.

Les personnages sont très attachants, l’histoire bifurque à de nombreuses reprises dans des directions que le lecteur ne pouvait absolument pas prévoir, et l’auteur joue très habilement avec tous les clichés, à commencer par celui de cette dernière affaire qui, comme les histoires d’amour, finit mal … En général. Et il s’amuse à glisser quelques références à ses anciennes œuvres.

En bref, passez outre la couverture horriblement kitch, et plongez-vous avec délice dans ce magnifique polar ; plaisir et émotions garantis.

Stephen King / Billy Summers, (Billy Summers, 2021), Albin Michel (2022) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch.

Paysages trompeurs

Je ne connaissais absolument pas Marc Dugain qui a pourtant déjà une longue et belle carrière. Je le découvre avec Paysages trompeurs, un vrai régal.

Une mission pour libérer des otages en Somalie se solde par un fiasco complet. Les otages morts, le commando décimé. Seul Ben survit, mais il décide de disparaître. Son seul ami, un producteur de documentaires, ancien militaire, parfois utilisé par les services secrets français semble bien être le seul à le regretter.

Jusqu’à ce que Ben le contacte pour lui demander de l’aide. Et que s’enclenche une machine infernale.

La première chose à dire, est que l’écriture, le sens du rythme de Marc Dugain font qu’on ne lâche plus le bouquin une fois qu’on l’a ouvert. Chapitres courts, écriture limpide, avec cette simplicité si difficile à atteindre, sens du rythme, maîtrise des flashbacks. Les scènes d’action sont aussi sobres qu’efficaces, l’intrigue est tordue à souhait, avec des enchaînements de retournements de situation, comme il se doit dans un bon roman d’espionnage.

L’auteur ne cherche pas à coller à la réalité du travail d’espion ni à la minutie dans sa description chères au maître John Le Carré, il nous régale de scènes plus « grand public », tout en évitant les outrances hollywoodiennes à la James Bond.

Un vrai pied de lecture au premier degré. Mais ce n’est pas tout. Sans prêchi prêcha, et sans jamais lasser le lecteur, au détour d’un chapitre, Marc Dugain se sert de son histoire pour éclairer les recoins les plus obscurs de la géopolitique, et braquer son projecteur sur un certain nombre de maux qui ronge notre joli monde, quels que soient les pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Tout le monde en prend pour son grade, et ce qui ressort c’est la prédominance du fric, du fric et encore du fric, qui nous amène droit dans le mur climatique.

Donc en plus d’être très divertissant, c’est intelligent. Que vous faut-il de plus ? Une suite peut-être ?

Marc Dugain / Paysages trompeurs, Gallimard/Espionnage (2022).