Des nouvelles de Bacigalupi

C’est un copain avec qui nous échangeons, de loin en loin, des conseils de lectures qui m’a prêté ce recueil de nouvelles SF : La fille-flûte et autres fragments de futurs brisés de Paolo Bacigalupi.

BacigalupiDes gamines au corps modifié pour servir d’esclave spécialisé à une classe dominante ; l’ouest américain totalement changé par une pénurie d’eau permanente ; des société agro-alimentaires qui ont complètement mis la main sur le vivant et breveté toute nourriture ; une guilde d’érudits qui, peu à peu, tente de remettre sur les rails un monde décimé par la guerre et les catastrophes ; des mondes où l’écarts entre les plus riches et les plus pauvres est devenu abyssal (comme aujourd’hui en fait …) ; des hommes qui se sont adaptés à la pollution totale, et ont oublié à quoi ressemble un simple chien ; un futur qui tombe en ruine, où le savoir c’est peu à peu perdu survivant difficilement sur ce qu’ont construit les anciens, mais sans avoir même l’idée qu’il faut le maintenir …

Autant de fragments de futurs brisés, effrayants, angoissants, d’autant plus effrayants et angoissants que certains semblent proches et plausibles, beaucoup trop proches et plausibles.

De longues nouvelles qui permettent à l’auteur de planter un décor, décrire un monde et y faire évoluer quelques personnages auxquels on s’attache très vite. Et également l’amorce ou la continuité de certains de ses romans (pour ceux que j’ai lu) : Une des nouvelles se déroule dans le monde de La fille automate, l’autre dans celui de Waterknife.

C’est bouleversant, souvent très noir et pessimiste. Etonnamment, c’est Le Pasho qui se déroule dans un monde violent, post apocalypse, un monde d’affrontement guerrier entre les cultures qui peut donner le plus d’espoir, et c’est La pompe six, la dernière nouvelle, où l’auteur ne décrit aucune violence, aucun affrontement, qui est le plus effrayant, avec son narrateur, ultime étincelle de conscience et d’intelligence dans un monde en pleine dégénérescence.

Des nouvelles magnifiques à lire, pour réfléchir à ce qui pourrait bien nous arriver. A ce qui est en train de nous arriver.

Paolo Bacigalupi / La fille-flûte et autres fragments de futurs brisés (Pump six and other stories, 2008), J’ai Lu/Science-fiction (2015), traduit de l’anglais (USA) par Sara Doke, Julien Bétan, Sébastien Bonnet, Laurent Queyssi et Claire Kreutzberger.

Un blues galicien

Son premier roman choral traduit en France avait reçu le prix Violeta Negra à Toulouse. Anibal Malvar revient avec un roman d’une structure beaucoup plus classique : Comme un blues.

MalvarCarlos Ovelar est patron d’une petite agence de photographes à Madrid. Il vivote, de mariage en événement de seconde zone. Il est en train de s’imbiber au whisky, comme tous les soirs, quand il reçoit un coup de fil du mari de son ex. Ce riche avocat galicien fait appel à lui pour retrouver sa fille de dix-huit ans disparue de La Corogne depuis quelques jours.

Pourquoi appeler Carlos ? Parce qu’il est originaire de cette Galice qu’il a quitté depuis une vingtaine d’années, et qu’avant, dans une autre vie, il a travaillé pour les services secrets, à l’époque de la transition démocratique. Parce qu’il s’ennuie, pour faire quelque chose de sa vie, pour renouer avec le passé ou pour bien d’autres raisons, Oscar accepte.

Le titre français (qui n’a rien à voir avec le titre espagnol), est particulièrement bien trouvé, tant ce roman a des points communs avec le blues.

Comme cette musique géniale dans sa simplicité, il part d’une trame extrêmement simple et classique : retrouver une personne disparue. On sait bien, depuis les premiers polars mettant en scène des privés (installés ou improvisés) combien ce point de départ permet tous les développements.

Ensuite, comme le musicien de blues tourne autour de ses 3 accords et de ses 12 petites mesures, le roman tourne autour d’un passé, remontant sans cesse à la surface, et d’un lieu, la Galice, sa pluie, ses conditions de vie rudes, ses kilomètres de côte propices à tous les trafics.

Et comme dans le blues, à partir d’une trame simple, utilisée, usée même par bon nombre d’autres auteurs, Anibal Malvar crée sa propre musique. Dans un paysage noyé sous une pluie qui correspond parfaitement à l’état d’âme d’un narrateur qui lui se noie dans l’alcool, il nous ramène aux premières années de la transition démocratique en Espagne. Ses espoirs, ses trahisons, ses inévitables saloperies. En parallèle il dresse le portrait désabusé d’une région et d’une jeunesse qui semblent ne pas espérer grand-chose de l’avenir.

L’intrigue avance lentement, au rythme des cuites et des gueules de bois du narrateur, jusqu’à une conclusion à la fois prévisible, et parfois surprenante dans ses rebondissements … comme un blues.

Anibal Malvar / Comme un blues (Ala de mosca, 2009), Asphalte (2017), traduit de l’espagnol par Hélène Serrano.

Le retour de Pagan

Après Jean-Hugues Oppel, voici un autre revenant, chez Rivages cette fois : Hugues Pagan sort Profil Perdu.

Pagan31 décembre 1979, quelque part dans le nord-est de la France. Il fait froid, il neige, les flics de l’Usine se préparent à une dure soirée. Meunier, flic trop honnête pour être bien vu par le groupe des stupéfiants bien ripoux interroge un dealer connu. Il n’en tire rien, sinon que celui qui sait ce que veut Meunier c’est Schneider, le chef du groupe criminel.

Schneider est inclassable : Ancien d’Algérie, très respecté (à défaut d’être aimé) par ses hommes, craint par tous, flics et voyous, froid et distant, se foutant complètement de sa carrière et de sa hiérarchie. Cette nuit-là Schneider va, un peu contre son gré, à une fête organisée par un notable de la ville, un ami, ancien d’Algérie lui aussi, avec lequel il a des rapports chaotiques.

Cette nuit-là il rencontre Cheroquee, jeune femme qui va le bouleverser. Cette nuit-là va changer les vies de presque tous les flics de la ville. Mais ils ne le savent pas encore.

Un peu comme dans le dernier Hervé Le Corre, mais dans un tout autre style, on a là un très beau travail d’amoureux du roman noir. Parce qu’ici aussi on a l’utilisation de tous les clichés et passages obligés, et leur transformation en or par la grâce de l’écriture.

Flics ripoux, femme fatale, flic solitaire blessé et intraitable. Immédiatement j’ai « vu » la silhouette de Delon jeune dans un film de Melville. Accumulation donc d’images déjà vues et de personnages classiques. On pourrait s’ennuyer ferme, au contraire on se passionne pour cette histoire à la fois intemporelle et totalement ancrée dans son époque.

L’écriture d’Hugues Pagan nous plonge, pour commencer, dans un tourbillon de sensations. On sent le froid, l’humidité, on voit les rues envahies de neige fondue brunâtre, on entend claquer le zippo de Schneider, on sent l’odeur permanente des cigarettes (ce qui ramène les moins jeunes d’entre nous à des voyages en wagons fumeurs, ou à des salles de réunions et des bars enfumés) …

Un auteur qui a le chic pour nous révéler juste ce qu’il faut des personnages, de leur passé, de leurs relations. Juste ce qu’il faut pour que l’on comprenne, un peu, et qu’on s’attache, beaucoup. Mais rien de trop, pour laisser une grande part de mystère, pour qu’ils restent en partie dans le flou. Un flou résumé par cette phrase du seul personnage qui semble connaître un peu Schneider : « Vous ne savez pas qui est Schneider. Personne ne sait qui est Schneider. Ce que je sais, c’est ce qu’il a fait. »

Et finalement, plus que la résolution de l’affaire (ou des affaires), c’est l’attachement aux différents personnages, qu’ils soient de premier plan ou juste esquissés, qui fait qu’on ne peut pas se décrocher du bouquin, qu’on le lit d’une traite. Rien de tel que des clichés bien maîtrisés pour vous prendre aux tripes et ne plus vous lâcher. Et Hugues Pagan les maîtrise à merveille.

Hugues Pagan / Profil Perdu, Rivages/Thriller (2017).

Un bouilleur de cru pas drôle

On a découvert Clayton Lindemuth avec Une contrée blanche et froide, le revoilà, par un climat un peu plus chaud dans En mémoire de Fred.

LindemuthBaer Crichton est maudit. Depuis que, à l’adolescence, son frère en tenté de l’électrocuter il a un don : il voit littéralement ceux qui mentent. Leurs yeux rougissent et lui ressent une décharge électrique. Pas de quoi vous donner foi en l’humanité dans la petite ville de Caroline du Nord où il vit. Alors Baer s’est retiré dans le bois avec son chien Fred, et ses rares contacts avec les hommes sont ceux qu’il a lorsqu’il qu’il fait ses courses, ou quand on vient lui acheter la gnole qu’il distille clandestinement, la meilleure de toute la région.

Jusqu’à ce qu’un abruti enlève Fred, le livre au caïd du coin, Joe Stipe qui organise des combats de chiens, puis vienne le jeter, aux trois-quarts mort, dans son campement. Alors Baer décide que le mal a assez longtemps régné sur la région et qu’il est temps qu’un homme de bien se lève pour remettre les hommes sur le droit chemin. Et accessoirement venger Fred.

J’avais bien aimé Une contrée blanche et froide, mais cette fois, même s’il y a de bonnes choses, le livre me laisse au final une impression pas forcément agréable.

Le bon, c’est la description de la vie du personnage principal dans ses bois, le côté ermite bouilleur de cru. Un grand classique de la littérature noire américaine depuis les géniaux pieds nickelés de Charles Williams. Un grand classique pimenté ici par un petit côté fantastique et par un passé qui pèse sur les épaules de Baer.

La description de la petite ville, de ses vilains secrets et de ses petits caïds est aussi réussie.

C’est sur la fin que ça se gâte sérieusement. Tout d’abord parce qu’indépendamment du côté fantastique elle n’est pas crédible pour un sou, alors que jusque là tout fonctionnait. Mais c’est surtout le côté lutte du bien contre le mal, et justification de n’importe quel acte pour combattre le dit mal qui me gène, et c’est peu de le dire.

Une impression renforcée par la postface on ne peut plus explicite : « Je crois au bien en tant que principe absolu ; je crois qu’un être divin a créé le bien et le mal et que le bien finira par l’emporter. » C’est assez clair, c’est pénible, ça gâche le bouquin.

Clayton Lindemuth / En mémoire de Fred (My brother’s destroyer, 2013), Seuil/Cadre Noir (2017), traduit de l’anglais (USA) par Patrice Carrer.

Quelques comics

Il y a quelques semaines je vous ai causé, comics. Je continue à m’y intéresser, de loin, et j’ai relu deux monuments que tous ici ne connaissent peut-être pas. Petit tour d’horizon de ce qui me plait dans ces BD américaines.

On commence par les deux chefs-d’œuvre indispensables, absolument indispensables, que j’ai relus avec un enthousiasme intact. Les deux sont signés Alan Moore au scénario, et si vous ne connaissez pas, c’est à avoir absolument dans sa bibliothèque, même (et surtout), si les adaptations cinéma n’ont pas été à la hauteur, mais pouvaient-elles l’être ?

MooreVendetta-01J’ai longtemps tourné autour du premier, parce que le dessin ne m’emballait pas, il me rebutait même. Mais un copain m’a tellement fait l’article que j’ai craqué. Vous connaissez tous le masque du personnage principal tant il est devenu l’étendard de ceux qui luttent contre le système : c’est V pour Vendetta, dessiné par David Lloyd.

A la fin du XX° siècle, à la suite d’une guerre et de catastrophes l’Angleterre c’est isolée et est devenue fasciste. Un monde à la 1984, où des pans entiers de la population ont été exterminés, et où ce qui reste est complètement contrôlé par le Commandeur (le chef), Le Nez (police scientifique), l’Oreille (qui écoute tout le monde), l’œil (qui voit tout le monde) et la Main (qui matraque tout le monde).

Mais un grain de sable se manifeste, une haute silhouette, masquée, insaisissable, qui cite Shakespeare et tue, fait exploser, nargue le pouvoir et soulève la population. V. V qui recueille une jeune fille perdue et l’amène dans son palais caché, pour partager avec elle ses trésors.

MooreVendetta-02

Le scénario est absolument génial, scotchant, véritable plaidoyer pour l’anarchie, véritable plaidoyer contre la tyrannie, totalement visionnaire (car la BD date des années 80), et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si les contestataires du monde entier ont pris le masque pour symbole.

Le monde décrit est totalement étouffant, et le dessin, insupportable au premier abord, est en fait juste cohérent avec le propos. Pour moi, une œuvre littéraire aussi indispensable que Maus. Qui prouve qu’Alan Moore est un génie, ce que confirme l’autre monstre que j’ai relu : Watchmen, dessiné par Dave Gibbons.

MooreWatchmen-01Encore une BD que j’ai refermée à peine ouverte : Des super héros en costume moule-burnes ! Non merci. Pourquoi ai-je eu la curiosité de rouvrir le machin ? Peut-être la signature du traducteur en français : Jean-Patrick Manchette …

Un jour, alors que le monde est divisé en deux blocs. Les US ont gagné la guerre du Vietnam grâce à Docteur Manhattan, un être tout puissant. Mais ce jour là, Le Comédien, super héros masqué qui se révélera être de tous les sales coups de la CIA passe par sa fenêtre et meurt.

Les super-héros des années 60, désavoués par le peuple, rejetés par la police pourraient être la cible d’un mystérieux tueur. Rorschach qui n’a jamais renoncé à combattre le crime va chercher qui veut décimer ses anciens compagnons d’arme. Le reste de la population vit dans une ambiance de paranoïa depuis que les soviétiques ont la bombe.

Impossible de résumer la richesse inouïe de ce scénario qui met le nez des super-héros dans leur merde. Fascistes, soutien de toutes les saloperies d’état, cyniques, violents … Dans un monde en pleine déliquescence qui tremble dans l’attente de la troisième guerre qui va détruire l’humanité.MooreWatchmen-02

C’est glauque, d’une intelligence incroyable, impossible à lâcher quand on le commence, les dessins et le découpage sont à la hauteur, un véritable chef-d’œuvre. Je ne connais pas assez l’histoire des comics pour dire si celui-là est le père de tout ce qui a été fait pour adultes par la suite, mais je suis raisonnablement certain qu’il en a inspiré plus d’un, et qu’il a ouvert bien des portes.

Passons maintenant à des publications plus récentes.

preacher5-01Je vous ai déjà parlé de Preacher, de Garth Ennis et Steve Dillon. Jesse Custer, devenu Preacher contraint et forcé par une grand-mère qui est une vraie saloperie a donc été investi par une Entité, fils d’un ange et d’une démone. Il possède la Voix de Dieu et recherche le dit Dieu pour lui casser la gueule (plus ou moins). Ses potes : Cassidy, un vampire irlandais, fan de bière (et de sang) et véritable fils de pute et Tulip, sa douce (pas toujours douce).

Je vous avais laissé à la fin du premier volume de l’édition complète. On en est au 5°. Jesse a rencontré le descendant de Jésus, un Pape pas piqué des hannetons, quelques néo-nazis, a explosé des ploucs adeptes du KKK, niqué leur race et leur mère, Cassidy a bu du sang, ils ont baisé, blasphémé, picolé …

Nom de Dieu que c’est jouissif, inventif, tordu, géant. Que c’est bon, avec cette BD d’emmerder les abrutis de toutes les chapelles, les connards adeptes de toutes les races, comme on profite de la vie et comme on balance des grands coups de pieds dans les couilles de tous les empêcheurs de vivre tranquille ! Un autocollant un poil marketing clame sur la couverture : « Pour public averti » . Faut pas non plus exagérer. C’est pas de la BD pour les amateurs de Spirou ou Titeuf, certes, les curetons risquent de s’étrangler de rage, et mon grand qui a 15 ans s’éclate avec. Il faut dire que je l’ai averti que c’était cru et bon. Pour public averti donc. Et c’est peu dire que c’est une œuvre de salubrité publique.

Pour finir, deux polars bien au raz du bitume, le pendant en Comics de la vague redneck que l’on connaît en littérature. Dans les deux cas, un scénariste américain Jason Aaron.

scalped-01Le premier Scalped, dessiné par R. M. Guéra, est déjà paru en France et est actuellement réédité en 5 volumes pour son intégrale.

Il y a quelques années Dashiell Bad horse a quitté la réserve Sioux de Prairie Rose dans le Dakota du sud en se promettant bien de ne jamais y retourner. Sa mère, militante des droits des indiens depuis les années 70 est devenue la principale opposante de Red Crow, un ancien camarade qui a retourné sa veste et est devenu le parrain de la réserve, grand promoteur d’un futur casino.

Mais Dashiell est de retour, décidé à devenir flic sous les ordres de Red Crow, en opposition frontale avec sa mère. Mais attention, dans le jeu de dupes qu’est devenu la réserve, chacun cache son jeu.scalped-02

Une série qui déménage ! Violence, misère, crasse, prostitution, alcoolisme, drogue. Des gamins sacrifiés tentant de survivre, des vies brisées … Et pourtant, aussi, des gens qui restent dignes, certains qui luttent, à leur façon, en se raccrochant, ou non, à de vieilles traditions. Aucune condescendance, pas de naïveté, mais une grande empathie et le temps d’installer la complexité des personnages.

Si on ajoute un découpage impressionnant de maîtrise dans ses allers retours entre le présent, le passé de lutte des années 70 et un passé plus récent, on a une narration passionnante.

Avec un dessin à la hauteur, souvent dans les tons très sombres, rouges et noirs, parfois lumineux, un découpage qui donne une grande fluidité aux scènes d’action et des gens cabossés superbement croqués. Un réussite totale, vivement les volumes 3, 4 et 5 à paraître bientôt qui complèteront cette réédition de l’intégrale.

On termine ce petit tour avec une série en cours dont le titre dit tout : Southern Bastards, avec toujours Jason Aaron au scénario, et Jason Latour au dessin.

southernbastards_1Craw County dans l’Alabama. Son shérif, son équipe de football (américain le football, là où on se rentre dedans), son coach, ses bas de front. Earl Tubb ne pensait jamais revenir dans cette ville qu’il a fuit en s’engageant pour le Vietnam, fuyant son pourri de père, alors shérif tout puissant. Mais la maladie d’un oncle le ramène, juste le temps de vider sa maison. C’est du moins ce qu’il croit. Il ne sait pas encore qu’il va devoir affronter le légendaire Coach Boss qui règne sur la ville et ses trafics par la terreur.

Comme on peut le deviner au vu des couvertures des trois premiers volumes de cette version française, on va être ici dans les tonalités rouge sombre. Corruption, violence, en particulier envers les plus faibles, racisme, misère économique et culturelle, mépris de classe … Et bastonsouthernbastards_2 et défoulement autour des matchs de foot. Le grand classique des romans de rednecks, ici parfaitement raconté et dessiné, avec un premier volume qui s’avère n’être qu’une introduction, et une situation qui se tend et, petit à petit, s’enracine sur un passé que l’on découvre au fil des épisodes.

C’est poisseux, ça castagne, c’est superbement construit et dessiné. Vivement la suite.

Finalement, j’adore certains comics, d’hier et d’aujourd’hui.

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Alan Moore (scénario), David Lloyd (dessin) / V pour vendetta, Delcourt (1999), traduit de l’anglais par Jacques Collin.

Alan Moore (scénario), Dave Gibbons (dessin) / Watchmen, DC Comics (2005), traduit de l’anglais par Jean-Patrick Manchette.

Garth Ennis (scénario), Steve Dillon (dessin) / Preacher, Urban Comics (2015-2017), traduit de l’anglais par Jérémy Manesse.

Jason Aaron (scénario), R. M. Guéra (dessin) / Scalped, Urban Comics (2016-2017), traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche.

Jason Aaron (scénario), Jason Latour (dessin) / Southern Bastards, Urban Comics (2015-2016), traduit de l’anglais par Benjamin Rivière.

Ingrid Astier sur les toits de Paris

Ingrid Astier se lance dans la Haute Voltige.

astierRanko est le roi de la cambriole. Il escalade en solo toutes les façades de Paris, vole de toit en toit, et pénètre dans les intérieurs les plus riches et les plus haut perchés. Pour le commandant Suarez il est devenu une véritable obsession, le Gecko.

Un jour, pour obéir à son oncle Astrakan, truand de haut vol, Ranko organise, avec d’autres, l’attaque du convoi d’un riche saoudien en route vers l’aéroport. Butin énorme en bijoux, liquide et montres. Mais aussi, Ylana, perdue, sublime, prête à toutes les aventures.

Après un tel coup d’éclat, toutes les polices de Paris sont sur les dents. La partie devient plus dure pour Ranko et Astrakan.

Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression qu’avec ce gros roman, romanesque et romantique, Ingrid Astier a vraiment trouvé sa voie/voix. Et son monde. Un monde « bigger than life » où tous les hommes sont beaux, forts et audacieux, toutes les femmes sublimes, où l’on vole de toit en toit, en apesanteur, loin des contingences, où l’on vit dans un luxe inouï (quitte à ce que cela soit celui des autres), où les personnages sont des mythes, dignes d’entrer dans une BD d’Enki Bilal, une des références permanentes du roman.

Pas de médiocres ici (ou si peu), que du flamboyant, avec du panache, des amours fous, des rêves sans limite, les toits et le ciel de Paris. Ingrid Astier en digne héritière de Dumas magnifie Paris et ses personnages qui brûlent d’une flamme d’autant plus vive que la combustion sera courte.

Si vous voulez du souffle, de l’héroïsme, du beau et du rêve, c’est pour vous. Si vous voulez du terre à terre, du réaliste, du sang dans le boue, attendez ma prochaine chronique polar.

Ingrid Astier / Haute Voltige, Série Noire (2017).