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Les westerns de Bertrand Tavernier

Cela faisait quelque temps que j’avais entendu parler d’une collection de westerns dirigée par Bertrand Tavernier. J’aime beaucoup Tavernier. J’aime ses films, son bouquin Amis américains est passionnant, je le trouve toujours intéressant quand je tombe sur lui par hasard à la radio. Et voilà qu’en plus, Terreur apache est sorti en poche, et c’est un roman du grand W. R. Burnett dont j’ai adoré les polars. Que demander de plus ?

Burnett-apache1886, en Arizona. Le très jeune chef apache Toriano s’est échappé de la réserve avec quelques guerriers et sème la terreur dans la région. Alors que sur la côté est on commence à murmurer que les soldats, et surtout les éclaireurs, traitent mal les indiens, le colonel en charge de la garnison de Mesa Encantada fait appel à Walter Grein, éclaireur légendaire, pour rattraper Toriano avant que la situation ne dégénère en nouvelle guerre apache.

Avec quelques hommes aguerris, Grein part à la poursuite des apaches dans un pays désertique hostile à l’homme. A l’arrière, les politiques de l’est cherchent à le brider …

Très bon contact avec la collection que ce roman de Burnett. Je n’ai pas été du tout déçu, au contraire. L’histoire est racontée sans chercher à édulcorer la dureté de l’époque : les personnages sont souvent sales, très sales, épuisés, ils tiennent des propos de l’époque (très éloignés du politiquement correct), avec les préjugés et le vocabulaire de l’époque. Les rapports humains sont rendus dans toute leur violence.

Les personnages ne sont pas des caricatures mais des êtres de chair, de sang, de doutes et de pulsions, de courage et de faiblesses. Et les paysages sont superbement rendus, ce qui prouve que Burnett était aussi à l’aise pour écrire le sud désertique à la frontière du Mexique que Chicago la nuit.

Pour finir, l’histoire se suit avec un réel plaisir. Le plaisir du gamin qui aimait les histoires de cow-boys et d’indiens mais qui a grandi et aime que ces histoires soient un peu plus complexes.

Il va falloir que je trouve le temps de lire quelques autres romans de cette collection.

W. R. Burnett / Terreur apache (adobe walls, 1953), Babel (2015), traduit de l’anglais (USA) par Fabienne Duvigneau.

Josey Wales le roman

J’adore les westerns, en film et en roman. Je ne pouvais pas laisser passer cette réédition de Josey Wales Hors-la-loi de Forrest Carter.

josey wales.inddQuand la guerre de sécession éclate, Josey Wales est déjà un guérilléro redouté. Depuis que des milices du nord ont incendié sa ferme et tué sa femme et son fils. A la fin de la guerre, il refuse de rendre les armes et devient un des hors-la-loi les plus recherché et les plus redouté du Kansas au Texas en passant par le Missouri.

Tous les amateurs de westerns ont forcément en tête le film de et avec Clint Eastwood tiré du roman. Un film rude, comme tous les westerns de Clint. Le roman a autant de force que le film. Sec, écriture sans fioriture, centré sur ce personnage inflexible, sûr de son bon droit et de ses valeurs, à la fois très individualiste et capable d’empathie, fidèle jusqu’à la mort en amitié. On comprend bien ce qui a attiré Eastwood dans l’histoire de ce Josey Wales.

Sans faire dans le sensationnel, Forrest Carter réussi très bien ses scènes d’action, sait faire monter le suspense et ménager des surprises. Un vrai bon western avec tous les clichés et les mythes liés au genre, les scènes de bravoure attendues et une belle écriture.

A noter également la postface de quelques pages qui met en lumière l’écart important entre les valeurs d’un auteur qui était semble-t-il un sale con raciste (pour résumer rapidement), et le message humaniste du roman (qui avait été écrit sous pseudo). Un écart découvert tardivement, avec la découverte de l’homme qui se cachait sous le pseudo.

Forrest Carter / Josey Wales hors-la-loi (The outlaw Josey Wales, 1973), Rivages/Noir (2015), traduit de l’anglais (USA) par Jean Guiloineau.

Un western glacé et glaçant

J’aime bien les westerns. Je les ai aimés petit au cinéma avant de découvrir qu’ils existaient aussi en livres. Fallait-il que je sois bête ! Bref, Retour à Watersbridge de James Scott est un excellent western.

Scott-WatersbridgeUn hiver de la fin du XIX°. Elspeth Howell rentre chez elle, dans la ferme isolée où elle vit avec sa famille après des semaines à travailler comme sage-femme dans une ville éloignée. Quand elle arrive elle découvre son mari et ses enfants massacrés. Seul Caleb, 12 ans, a survécu, caché dans la grange. Ils partent alors à la poursuite des trois assassins que le jeune garçon a vus et se retrouvent à Watersbridge où Elspeth va devoir affronter ses mensonges et ses crimes.

Attention, western très sombre ! Ca commence rude, ça continue froid et rude, ça se poursuit boueux et rude, et ça se termine … Devinez !

On est loin ici des duels au soleil avec Clint et son poncho. C’est le froid qui est le plus marquant ; le froid, la neige, l’obscurité, le vent, les conditions de travail épouvantables. Ensuite l’emprise de la religion, son omniprésence, et la notion de pêché, de faute vis-à-vis d’un Dieu et de ses commandements qui remplacent complètement ou presque l’empathie. Ce qui mine les personnages (surtout la mère), ce n’est pas d’avoir ruiné des vies mais d’avoir commis des actes réprouvés par la bible … Etonnant mais révélateur comme renversement de valeurs. Et étrangement d’actualité.

Très marquante aussi, la dureté des rapports humains, la violence des relations dans le travail, la facilité avec laquelle on peut prendre la vie de quelqu’un et l’absence évidente de loi et de justice. Ce qui ne laisse le champ libre à la loi du plus fort. Avec quand même, de temps en temps, quelques rayons de soleil, quelques marques de sympathie, de pitié ou d’amour. Qui ne rendent que plus sombres les ténèbres environnantes.

Tout cela raconté dans une très belle langue, qui sait rendre le temps, le fracas des blocs de glace et celui des flocons poussés par le vent contre les vitres, l’impuissance des hommes face à la nature. Et une écriture particulièrement impressionnante dans les scènes de bravoure comme l’accident dans le hangar où sont stockés les énormes cubes de glace.

Certes les amateurs de thrillers survoltés et de lectures faciles ou tout est bien qui finit bien seront sans doute désarçonnés. Les autres peuvent foncer, les yeux fermés. Et se prévoir un bouquin un peu plus souriant pour se remettre ensuite.

James Scott / Retour à Watersbridge (The kept, 2014), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

Texas Forever

Rivages a eu l’excellente idée de traduire Texas Forever, roman historique de James Lee Burke, très différent de la série Dave Robicheaux. Une lecture pleine de fureur, de tripes, de crasse et de sang.

texas forever.inddDébut du XIX siècle, Son Holland est envoyé dans un camp de prisonniers en Louisiane. A la première occasion, il s’évade en compagnie d’un vieux de la vieille, High Allison après avoir tué un gardien. Poursuivi par le frère qui était directeur de la prison, ils fuient vers le Texas, où ils se retrouvent pris dans la guerre qui oppose les armées texianes et les mexicains du général Santa Ana, à la veille de la fameuse bataille de Fort Alamo.

Si j’avais lu ce roman en aveugle, j’aurais été prêt à parier que c’était du James Carlos Blake. Un peu plus de 200 pages de souffrance, de sang et de sueur, de crasse et de cris, de lâchetés et d’héroïsme … Un peu plus de 200 pages de l’histoire d’un pays qui, peut-être plus encore que d’autres, c’est construit sur la violence, sur la loi des armes.

On reconnaît l’intérêt pour l’histoire de James Lee Burke, mais pas sa façon d’approcher ses personnages. Autant il nous installe dans la tête de Robicheaux, autant on fait corps avec lui, autant ici il reste à distance de Son Holland et High Allison, sans jamais nous dire ce qu’ils pensent et ressentent. Mais peut-être dans ce tourbillon de violence et de mort qu’est leur vie n’ont-ils guère le temps de penser …

Cela n’empêche pas le roman d’être passionnant, à la manière disais-je d’un James Carlos Blake, ou de la démystification de l’ouest de Pete Dexter dans Deadwood. A lire, non pas pour retrouver le James Lee Burke qu’on connait, mais pour découvrir une autre facette de son talent et découvrir (ou redécouvrir) un pan de l’histoire américaine.

James Lee Burke / Texas forever (Two for Texas, 1989), Rivages (2013), traduit de l’américain par Olivier Deparis.

James Carlos Blake, Crépuscule sanglant

Comme Henry Porter, James Carlos Blake est un auteur que je ne lis pas systématiquement, mais dont je garde souvent les romans quelque part, sous une pile, en poche. Pour le moment où je trouve enfin un peu de temps. C’est comme ça qu’à la faveur des vacances j’ai enfin lu Crépuscule Sanglant.

BlakeAu milieu du XIX°, quelque part en Floride, la famille Little n’est pas une famille modèle. Le père a quelques meurtres à son actif, il a battu et fouetté la mère quand il a appris qu’avant de le connaître elle avait quelque peu batifolé, Edward et John les deux frères aiment se battre et Maggie la plus jeune ne supporte pas le traitement imposé à sa mère. Une situation explosive qui se dénoue quand Maggie s’enfuit et que les deux frères tuent leur père avant qu’il n’abatte leur mère. C’est alors pour John et Edward le début d’une longue vie de violence, de la Floride à la guerre entre les USA et le Mexique, en passant par les bordels de New Orléans, les prison texanes et les guerres indiennes.

Attention c’est rude. Et on comprend un peu mieux le rapport des US aux armes et à la violence. Certes, tous les pays ont eu leurs épisodes plus ou moins sanglants. Mais en lisant Crépuscule sanglant on ressent, dans ses tripes, à quel point ce pays c’est construit dans le sang, combien il a été longtemps un lieu où la loi du talion et la loi du plus fort ont été les seules à s’appliquer.

Vous imaginez bien que le roman n’est pas aimable. Tueries, crasse, bêtise, racisme, sang, sueur et larmes … Ils sont rudes les frères Little et leurs compagnons de route. Rudes, méchants, incultes, violents … Et c’est à travers leurs trajectoires que James Carlos Blake nous conte cette période de l’histoire des US, la République du Texas, la guerre contre le Mexique, le mépris envers les irlandais, les massacres des indiens.

On n’est pas un western propre avec James Stewart ou John Wayne, on est plus dans la lignée des Portes du paradis ou de Deadwood, et à relire ma note je me dis que j’aurais pu être lassé de l’accumulation de violence, de meurtres gratuits, de scalps et de viols. Et pourtant non, on n’a jamais l’impression que l’auteur en fait trop, il ne se complait jamais dans une surenchère voyeuriste et putassière, tout a un sens. Ca doit être ça, l’immense talent de James Carlos Blake.

James Carlos Blake / Crépuscule sanglant (In the rogue blood, 1997), Rivages/Noir (2007), traduit de l’américain par L.

Le tireur, encore un bon western chez Gallmeister

Chouette un nouveau western chez Gallmeister. L’assurance de ne pas être déçu. Le tireur de Glendon Swarthout est digne des autres titres de cette très belle maison.

poche og1JB Books est un survivant, la dernière légende de l’ouest en ce tout début de XX° siècle. S’il vient à El Paso, Texas, c’est pour y mourir. Atteint d’un cancer il se sait condamné et s’installe chez une veuve pour vivre ses derniers jours. Il n’y sera pas longtemps tranquille. Sa renommée est telle que, malgré son envie de rester anonyme, tout monde en ville sait qu’il est là, et qu’il est mourant. Curiosité morbide, rapacité, et envie de faire un carton sur la dernière légende d’un pays qui se « civilise » définitivement, les vautours se pressent sans même attendre que la carcasse ne refroidisse. Ils devraient se méfier, JB Books a l’intention de partir en beauté.

Waouw ! Ca c’est du western ! Quelle claque. Et pourtant, quelle accumulation de clichés : le tueur sans pitié mourant qui veut finir en beauté, la fin d’une époque, la chute des derniers géants et l’avènement des « boutiquiers », la veuve digne au grand cœur … On l’a vu, lu des dizaines de fois. Mais, pour quelqu’un élevé au biberon du cinéma américain, quel western peut encore prétendre ne pas être cliché ?

Après, tout ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. Et là l’auteur en fait du bon, du très bon même. On est dans le genre noir, très noir, plus que crépusculaire.

La force essentielle du roman vient de l’intransigeance de l’auteur qui ne nous épargne rien. Ni la souffrance et la décrépitude du tueur, ni la mesquinerie des nains qui, avant même sa mort, viennent tenter de se partager sa dépouille. Dans cette grisaille, cette misère humaine, cette indignité, deux personnages sortent du lot.

JB Books lui-même, qui jette une lumière noire mais éblouissante tant il semble au dessus de l’époque mesquine et matérialiste qui est en train de surgir, et sa logeuse, femme forte, femme de principe qui sait reconnaître une erreur et faire preuve d’empathie et d’un minimum de valeurs morales. Les autres sont tous plus pourris, plus minables, plus écœurants les uns que les autres.

Et quelle scène finale ! Tout le roman converge vers cette confrontation. On l’attend, forcément, et on aurait pu être déçu. Il n’en est rien, elle est encore plus époustouflante, sanglante et terrible que tout ce que l’on pouvait imaginer. A la fois originale dans sa brutalité froide et classique dans son déroulement. On a tout ce qu’on espérait, et bien plus encore.

Une scène d’anthologie qui couronne comme il le mérite un grand roman.

Glendon Swarthout / Le tireur (The shootist, 1975), Gallmeister/Totem (2012), traduit de l’américain par Laura Derajinski.

Règlement de compte à Acme Corral

Deadwood de Pete Dexter, Lonesome Dove de Larry McMurtry, les rééditions d’Elmore Leonard … Il semblerait que les éditeurs français se soient décidés à nous faire découvrir un genre assez proche du polar : le western. Une nouvelle pierre incontournable est apportée à cet édifice avec la réédition chez rivages noir de Warlock de Oakley Hall.

Warlock, petite ville proche de la frontière mexicaine. En cette fin de XIX° siècle la ville est livrée aux exactions des cowboys de McQuown. Les shérifs ne durent guère. Soit ils fuient, soit ils se font descendre. Exaspérés, les citoyens « respectables » décident de se grouper en comité et de se cotiser pour embaucher un pistolero connu pour faire respecter l’ordre. Ce sera Clay Blaisedell, qui a déjà fait le ménage dans une ville proche. En même temps, dans la mine d’argent voisine, la tension monte entre des mineurs qui voudraient s’organiser pour faire respecter un minimum de droits et l’administrateur de la compagnie qui ne veut rien lâcher et les traite comme du bétail.

Roman choral, roman complet, roman grandiose, western en même temps que roman noir social, chronique de la fin d’un mythe et d’une époque, roman de transition, roman d’apprentissage, et bien d’autres choses encore.

Une histoire superbement racontée, avec des péripéties, des duels au petit matin, des chevauchées, un héros plus grand que nature mais en même temps fragile, tous les personnages que l’on attend quand on aime les westerns (le juge alcoolique, le marshal champion pour dégainer, la jeune ingénue dont il tombe amoureux, le joueur, l’ancienne prostituée, les affreux …).

Un hommage au classiquissime Règlement de compte à OK Corral, mais en étant beaucoup plus riche et beaucoup plus complexe et complet.

La description des conflits sociaux, comme un avant goût des grands romans noirs de la période des années vingt-trente, le début des syndicats américains, et en parallèle le début des milices de briseurs de grève (et de grévistes) comme le seront les Pinkerton.

J’y reviens, des personnages inoubliables, tous inoubliables. Morgan le joueur, Clay le héros, Kate l’ex prostituée, Miss Jennie, terrifiante dans son rôle d’ingénue dévastatrice, le vieux et abominable Dad McQuown sont des archétypes maintes fois vus et revus (en particulier au cinéma) mais en même temps de vrais personnages complètement incarnés, complexes, humains. Ils illustrent bien la force incroyable du cliché quand un auteur talentueux sait se l’approprier.

Le récit de multiples luttes : entre les cow-boys et les citadins ; entre la loi de la jungle de l’ouest des débuts et l’ordre et la loi imposés par la « civilisation » ; entre le héros mythique, la figure hors norme et la force du nombre et l’organisation des gens « normaux » (et on rejoint là les thématiques de L’homme qui tua Liberty Valence) ; entre donc aussi les mineurs et le propriétaire (lutte des classes donc) …

Des scènes d’anthologie comme les nombreux duels, la bataille de Acme Corral, les scènes de foule (et en particulier les tentatives de lynchage), les scènes avec le général dégénéré, quelques assemblées de mineurs, et le final, magistral.

Il y a tout cela, et bien plus encore, dans Warlock.

« Le rôle de la fiction n’est pas d’exposer les faits, mais la vérité » lit-on à la fin du prologue. Et tout amateur de western sait déjà que : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. » Avec Warlock, Oakley Hall écrit la légende de l’ouest, qui devient vérité.

Oakley Hall / Warlock (Warlock, 1958), Rivages/Noir (2010), traduit de l’américain par David Boratav.