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Un grand western chez 10×18

Je ne savais pas que 10×18 éditait des westerns. Avec La famille Winter de Clifford Jackman j’ai pris une très grosse claque.

JackmanGeorgie, 1864, en pleine guerre de sécession. Le général Sherman décide d’envoyer devant son armée qui vient de brûler Atlanta des prospecteurs et éclaireurs qui permettront aux soldats de se nourrir sur le terrain. Quand il confie un groupe au lieutenant Quentin Ross et à ses hommes il ne sait pas qu’il vient d’ouvrir la boite de Pandore.

La bande passe sous l’influence de Augustus Winter, jeune homme inflexible, meurtrier doué et n’obéissant à aucune règle. Pendant des années, ils vont semer la terreur et le sang du sud-est à Chicago, en passant par le Mexique et l’Arizona. Jusqu’à ce que la « civilisation » réduise peu à peu son territoire, comme elle a détruit celui des indiens et des bisons.

Quelle claque que ce western, quel souffle, quelle passion, un vrai bonheur. De l’aventure, des paysages grandioses, des événements en technicolor et grand écran, des personnages immenses, fous, excessifs en tout, des scènes d’action millimétrées, et en prime, une réflexion sur la responsabilité, la violence, le mal, individuels et collectifs. Le tout à une époque charnière où, peu à peu, les espaces de nature sauvage cèdent la place à une société de plus en plus maîtrisée (ce qui ne veut pas dire de moins en moins violente).

Comme le dit Augustus, qui n’est pas, loin s’en faut un enfant de cœur, en pensant à ce que la civilisation a fait à l’ouest américain et ses habitants : « J’ai regardé un homme civilisé tout seul. On ne peut comprendre un homme civilisé qu’en tant que partie d’un ensemble plus grand. Ils forment quelque chose quand on les considère tous ensemble. On prend un tas d’hommes gentils, civilisés, on les met ensemble, et on se retrouve avec quelque chose qui ressemble beaucoup à toi et moi. En plus méchant c’est tout. »

Ajoutez un vrai sens du récit, des moments d’anthologie (comme toute la période des élections truquées à Chicago et la violence qui en résulte), et vous avez un roman absolument inoubliable.

C’est un roman d’aventure, c’est un roman historique, c’est un western, c’est un grand roman noir, c’est un roman indispensable.

Clifford Jackman / La famille Winter (The Winter family, 2015), 10×18 (2017), traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier.

Avant Lonesome Dove

J’avais adoré Lonesome Dove de Larry McMurtry. Je ne pouvais pas rater Lune comanche.

McMurtryNous voici donc quelques années avant Lonesome Dove, à l’époque où Gus McCrae et Woodrow Call faisaient partie des rangers du Texas basés dans une petite ville poussiéreuse, Austin. Une époque où le clan du grand chef comanche Buffalo Hump terrorisait les colons (et ils avaient bien raison d’être terrorisés). Une époque où Ahumado, le Black Vaquero attaquait les troupeaux depuis le Mexique, et s’était fait une spécialité d’inventer des tortures qui étonnaient même les comanches de Buffalo Hump. Une époque où les tensions entre le nord et le sud grandissaient, jusqu’à la guerre. Une époque de dangers, de grands espaces, de violence, de changements, et d’hommes libres. Une époque finissante.

Immense fresque, pavé imposant mais en aucun cas indigeste (environ 750 pages), tableau complet d’une époque et d’un lieu qui donne la parole à une multitude de personnages, Lune comanche ne peut que ravir les amateurs de romans historiques et de westerns.

Son originalité tient à son ampleur, à sa façon de nous glisser dans la peau de personnages aussi différents qu’un chef de bande sadique régnant par la terreur et étonnamment détaché de tout ce qui est matériel, des rangers incultes mais curieux de tout, d’un chef comanche qui sait qu’il est le dernier à résister à l’invasion européenne et à vivre selon des traditions condamnées, un voleur de chevaux fier d’être le meilleur dans son domaine, un pisteur curieux de tout, capable de marcher des jours pour voir un nouvel oiseau, ou trouver des vestiges de peuples anciens, un colonel fanatique fasciné par la guerre, une prostituée amoureuse désireuse de changer de vie, une fille de la grande bourgeoisie du sud complètement cinglée etc …

Tous sont traités avec la même précision, le même respect, et la même rigueur, amenant le lecteur à comprendre ce qui les anime, ce en quoi ils croient, ce à quoi ils aspirent.

Et tous sont emportés par le souffle de ce récit, dans des paysages incroyables, sans que le lecteur ne soit jamais perdu tant chaque personnage est incarné.

Sans oublier un point primordial du roman : son humour. Je ne pensais pas, en ouvrant ce western, sourire aussi souvent. On sourit des dialogues entre rangers, de la folie des uns et des autres, des naïvetés, des incompréhensions entre les cultures, de la pruderie des uns, et du goût de « l’accouplement » des autres. On sourit souvent aux pensées des uns et des autres qui ne comprennent pas les priorités ou les préoccupations de personnages d’une autre culture. On sourit souvent (humour de répétition) aux réactions choquées face à ce qui, naturel pour l’un, est considéré comme d’une grande « impolitesse » pour l’autre (le terme revient souvent). Et en souriant, on prend une bonne leçon de tolérance et de relativité des us et coutumes, ce qui ne peut pas faire de mal.

Bref, un grand roman, passionnant, drôle et enthousiasmant.

Larry McMurtry / Lune comanche (Comanche moon, 1997), Gallmeister (2017), traduit de l’anglais (USA) par Laura Derajinski.

Antonin Varenne suite

Comme promis la semaine dernière, après Trois mille chevaux vapeur d’Antonin Varenne, voici Equateur. L’occasion de rappeler que l’auteur sera à la librairie de la Renaissance le vendredi 19 mai à 19h00.

Varenne bisEquateur commence quelques années après la fin du roman précédent. Pete Ferguson qui avait été recueilli avec son frère dans le ranch de Bowman au moment de la guerre de sécession, est parti quelques années plus tard, accusé d’avoir tué un homme dans la ville voisine.

Il fait équipe pendant un temps avec un groupe de chasseurs de bisons, avant de devoir tuer l’un d’eux qui essayait de le poignarder. Sa fuite continue, en passant par le Mexique puis le Guatemala où il se retrouve pris dans une autre forme de guerre, jusqu’à l’équateur, l’endroit où tout change. Du moins l’espère-t-il.

Trois mille chevaux vapeur suivait la trame d’une enquête aux quatre coins du monde, en passant par les plus grandes villes du moment. Equateur est une quête initiatique solitaire dans les endroits les plus paumés de l’Amérique.

Les deux mettent en scène des hommes traumatisés, qui auraient pu, ou dû être brisés, et qui arrivent quand même à aller au bout de leurs voyages, quitte à arriver à bout de force. Les deux mettent aussi en scène des hommes violents sauvés, au final, par des femmes libres et aussi, sinon plus, fortes qu’eux.

Dans les deux romans Antonin Varenne fait souffler le vent de l’aventure, avec la puissance des destins hors normes, et dans des paysages incroyables où l’homme se sent vraiment petit. Dans les deux il nous fait voyager, découvrir des mondes et des époques mal connus ou oubliés, les bagnards en Guyane, ou cette communauté de femmes libres dans la forêt guyanaise. Il nous rend témoin de la fin de plusieurs histoires : les derniers chasseurs de bisons, les derniers comancheros, la disparition de peuples indiens du Guatemala, dans un monde où ne restent déjà que les ruines des anciens maîtres Maya. Des histoires de fin de monde donc, ainsi que celle du démarrage d’une nouvelle époque. Et toujours avec le même sens du récit qui plonge le lecteur au cœur de l’aventure.

En suivant le voyage de Pete, je croyais qu’après l’équateur Antonin Varenne trouverait le moyen de nous amener jusqu’en Patagonie. La fin du roman n’en prend pas le chemin, mais qui sait, il suffira peut-être de lui demander gentiment. Ces deux premiers romans sont tellement passionnants qu’il serait dommage d’en rester là.

Antonin Varenne / Equateur, Albin Michel (2017).

Avant de rencontrer Antonin Varenne

Au moment de sa sortie, je n’avais pas lu le roman d’aventure d’Antonin Varenne, Trois mille chevaux vapeur. Mais l’occasion faisant le larron, comme il vient à la librairie de la Renaissance le vendredi 19 mai à 19h00, je me suis régalé avant d’attaquer Equateur son dernier.

Varenne1852, le sergent Arthur Bowman est au service de la Compagnie des Indes, bras armé des intérêts commerciaux britanniques en Asie. Lors d’une mission secrète en Birmanie, lui et ses hommes sont capturés, et torturés dans la jungle pendant plus d’un an.

En 1858, Bowman est flic pour la brigade de la Tamise à Londres. Il essaie de tenir les cauchemars à distance, à coup de gin, d’opium et de laudanum. Alors que la sécheresse et la chaleur d’un été étouffant ont transformé le fleuve et toute la ville en un véritable cloaque, un cadavre est retrouvé dans les égouts. Il a été torturé, comme Bowman et les dix hommes qui avaient survécu à l’enfer Birman. Les cauchemars reviennent alors de plus belle, et Arthur n’a d’autres choix que de tenter de retrouver le meurtrier. Une traque qui va l’amener de l’autre côté de l’Atlantique, puis, toujours plus à l’ouest, jusqu’en Californie.

Quel souffle ! Quel idiot je fus d’être passé à côté au moment de sa sortie, et que je suis content de m’être rattrapé ! Un véritable régal, une lecture complètement addictive, un superbe roman total. Une enquête policière comme prétexte, un roman historique, un roman d’aventure, un roman social, une quête initiatique. Tout finalement.

Des personnages hors norme, non parce qu’ils sont des super héros, mais parce qu’ils ont survécu à l’horreur absolu, et que cela en fait des êtres en marge. Du souffle dans la description des espaces et des paysages, de la puissance dans celle des catastrophes (que ce soit la puanteur londonienne ou la répression d’une grève à New-York), le courage de se colleter avec les passages obligés et attendus (comme la rencontre avec un indien), et le talent de s’en sortir avec brio (là où on peut facilement tomber dans le ridicule).

Un roman d’autant plus superbe que l’on sent l’envie de l’auteur d’en « donner pour son argent » au lecteur, de l’embarquer en cinémascope et en couleurs, sans pour autant le prendre pour un idiot. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai été complètement emballé.

Une petite pause, et je m’embarque dans Equateur, avant d’avoir le plaisir d’animer la rencontre le vendredi 19.

Antonin Varenne / Trois mille chevaux vapeur, Livre de poche (2016).

Les westerns de Bertrand Tavernier

Cela faisait quelque temps que j’avais entendu parler d’une collection de westerns dirigée par Bertrand Tavernier. J’aime beaucoup Tavernier. J’aime ses films, son bouquin Amis américains est passionnant, je le trouve toujours intéressant quand je tombe sur lui par hasard à la radio. Et voilà qu’en plus, Terreur apache est sorti en poche, et c’est un roman du grand W. R. Burnett dont j’ai adoré les polars. Que demander de plus ?

Burnett-apache1886, en Arizona. Le très jeune chef apache Toriano s’est échappé de la réserve avec quelques guerriers et sème la terreur dans la région. Alors que sur la côté est on commence à murmurer que les soldats, et surtout les éclaireurs, traitent mal les indiens, le colonel en charge de la garnison de Mesa Encantada fait appel à Walter Grein, éclaireur légendaire, pour rattraper Toriano avant que la situation ne dégénère en nouvelle guerre apache.

Avec quelques hommes aguerris, Grein part à la poursuite des apaches dans un pays désertique hostile à l’homme. A l’arrière, les politiques de l’est cherchent à le brider …

Très bon contact avec la collection que ce roman de Burnett. Je n’ai pas été du tout déçu, au contraire. L’histoire est racontée sans chercher à édulcorer la dureté de l’époque : les personnages sont souvent sales, très sales, épuisés, ils tiennent des propos de l’époque (très éloignés du politiquement correct), avec les préjugés et le vocabulaire de l’époque. Les rapports humains sont rendus dans toute leur violence.

Les personnages ne sont pas des caricatures mais des êtres de chair, de sang, de doutes et de pulsions, de courage et de faiblesses. Et les paysages sont superbement rendus, ce qui prouve que Burnett était aussi à l’aise pour écrire le sud désertique à la frontière du Mexique que Chicago la nuit.

Pour finir, l’histoire se suit avec un réel plaisir. Le plaisir du gamin qui aimait les histoires de cow-boys et d’indiens mais qui a grandi et aime que ces histoires soient un peu plus complexes.

Il va falloir que je trouve le temps de lire quelques autres romans de cette collection.

W. R. Burnett / Terreur apache (adobe walls, 1953), Babel (2015), traduit de l’anglais (USA) par Fabienne Duvigneau.

Josey Wales le roman

J’adore les westerns, en film et en roman. Je ne pouvais pas laisser passer cette réédition de Josey Wales Hors-la-loi de Forrest Carter.

josey wales.inddQuand la guerre de sécession éclate, Josey Wales est déjà un guérilléro redouté. Depuis que des milices du nord ont incendié sa ferme et tué sa femme et son fils. A la fin de la guerre, il refuse de rendre les armes et devient un des hors-la-loi les plus recherché et les plus redouté du Kansas au Texas en passant par le Missouri.

Tous les amateurs de westerns ont forcément en tête le film de et avec Clint Eastwood tiré du roman. Un film rude, comme tous les westerns de Clint. Le roman a autant de force que le film. Sec, écriture sans fioriture, centré sur ce personnage inflexible, sûr de son bon droit et de ses valeurs, à la fois très individualiste et capable d’empathie, fidèle jusqu’à la mort en amitié. On comprend bien ce qui a attiré Eastwood dans l’histoire de ce Josey Wales.

Sans faire dans le sensationnel, Forrest Carter réussi très bien ses scènes d’action, sait faire monter le suspense et ménager des surprises. Un vrai bon western avec tous les clichés et les mythes liés au genre, les scènes de bravoure attendues et une belle écriture.

A noter également la postface de quelques pages qui met en lumière l’écart important entre les valeurs d’un auteur qui était semble-t-il un sale con raciste (pour résumer rapidement), et le message humaniste du roman (qui avait été écrit sous pseudo). Un écart découvert tardivement, avec la découverte de l’homme qui se cachait sous le pseudo.

Forrest Carter / Josey Wales hors-la-loi (The outlaw Josey Wales, 1973), Rivages/Noir (2015), traduit de l’anglais (USA) par Jean Guiloineau.

Un western glacé et glaçant

J’aime bien les westerns. Je les ai aimés petit au cinéma avant de découvrir qu’ils existaient aussi en livres. Fallait-il que je sois bête ! Bref, Retour à Watersbridge de James Scott est un excellent western.

Scott-WatersbridgeUn hiver de la fin du XIX°. Elspeth Howell rentre chez elle, dans la ferme isolée où elle vit avec sa famille après des semaines à travailler comme sage-femme dans une ville éloignée. Quand elle arrive elle découvre son mari et ses enfants massacrés. Seul Caleb, 12 ans, a survécu, caché dans la grange. Ils partent alors à la poursuite des trois assassins que le jeune garçon a vus et se retrouvent à Watersbridge où Elspeth va devoir affronter ses mensonges et ses crimes.

Attention, western très sombre ! Ca commence rude, ça continue froid et rude, ça se poursuit boueux et rude, et ça se termine … Devinez !

On est loin ici des duels au soleil avec Clint et son poncho. C’est le froid qui est le plus marquant ; le froid, la neige, l’obscurité, le vent, les conditions de travail épouvantables. Ensuite l’emprise de la religion, son omniprésence, et la notion de pêché, de faute vis-à-vis d’un Dieu et de ses commandements qui remplacent complètement ou presque l’empathie. Ce qui mine les personnages (surtout la mère), ce n’est pas d’avoir ruiné des vies mais d’avoir commis des actes réprouvés par la bible … Etonnant mais révélateur comme renversement de valeurs. Et étrangement d’actualité.

Très marquante aussi, la dureté des rapports humains, la violence des relations dans le travail, la facilité avec laquelle on peut prendre la vie de quelqu’un et l’absence évidente de loi et de justice. Ce qui ne laisse le champ libre à la loi du plus fort. Avec quand même, de temps en temps, quelques rayons de soleil, quelques marques de sympathie, de pitié ou d’amour. Qui ne rendent que plus sombres les ténèbres environnantes.

Tout cela raconté dans une très belle langue, qui sait rendre le temps, le fracas des blocs de glace et celui des flocons poussés par le vent contre les vitres, l’impuissance des hommes face à la nature. Et une écriture particulièrement impressionnante dans les scènes de bravoure comme l’accident dans le hangar où sont stockés les énormes cubes de glace.

Certes les amateurs de thrillers survoltés et de lectures faciles ou tout est bien qui finit bien seront sans doute désarçonnés. Les autres peuvent foncer, les yeux fermés. Et se prévoir un bouquin un peu plus souriant pour se remettre ensuite.

James Scott / Retour à Watersbridge (The kept, 2014), Seuil/Policiers (2015), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.