Archives du mot-clé Chine

Un polar chinois … au cinéma.

Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé le temps d’aller au cinéma, et le film que j’ai vu, avec un peu de chance, passe encore près de chez vous : Une pluie sans fin de Dong Yue.

C’est un concours de circonstances qui m’a fait échouer samedi après-midi dans une salle obscure : Tout d’abord, j’étais seul quelques jours, le reste de la famille ayant prolongé les vacances (dont je vous cause bientôt, j’ai quelques jolies photos). Ensuite quelqu’un chez Wild Bunch qui distribue le film a pris la peine de flâner par ici, et de voir ce qui pouvait m’intéresser. A une proposition de collaboration, j’ai répondu que bien qu’aimant le cinéma je manquais cruellement de temps, et que j’étais très vieille école : pas de film en ligne pour moi, seulement les salles obscures ou un DvD de temps en temps. Bref, j’ai reçu quelques jours plus tard une invitation pour aller voir Une pluie sans fin dans la salle de mon choix, sans contrepartie.

Voilà pour la petite histoire, merci mille fois, je ne serais sans doute pas allé spontanément voir ce film. Et j’aurais eu grand tort.

PluieSansFin-01

Fin du XX° siècle, quelque part dans une ville industrielle chinoise, à peu de temps de la rétrocession de Hong Kong. Yu Goewei sort de prison et se souvient. Il travaillait à la sécurité dans l’une des nombreuses usines de la ville. Un jour, il est appelé comme témoin par la police quand une jeune femme est découverte, morte, près de l’entrée de l’usine. Elle a été torturée et jetée là. Dans un monde gris, sous une pluie incessante, l’arrestation du meurtrier (qui a déjà tué trois fois), va devenir l’obsession de Yue, sa raison de vivre, sa façon d’accéder à autre chose, sa folie.

PluieSansFin-03

La première chose qui frappe dans le film c’est l’utilisation du décor sordide et déprimant de ces usines chinoises, et la capacité du réalisateur à rendre cette laideur d’une beauté incroyable. D’un point de vue esthétique, j’ai pensé à Brazil, dans cette façon de ne jamais, ou presque, filmer de la couleur et la lumière éclatante. Tout est entre blanc sale et noir, jamais un rayon de soleil, toujours plus d’ombres que de lumières, toujours la pluie, souvent la nuit, la boue, les forêts de tuyaux des usines, les ruelles sombres noyées, la faible lumière des bars … Et ce décor devient parfois d’une beauté incroyable, en particulier lors d’une course poursuite époustouflante de maîtrise, de suspense et de beauté, qui, dans son apparente simplicité et économie de moyens (je dis bien apparente), renvoie tous les blockbusters à leurs chères études.

Les rares moments colorés en deviennent d’autant plus frappants : vêtements d’une femme, maigre rayon de soleil … Ils restent comme des moments magiques et des instants de respiration.

Ensuite, c’est la description d’un modèle chinois, avec sa glorification du travail, de l’employé modèle, la répétition permanente de la propagande de l’entreprise, les discussions entre collègues qui tournent autour de ces notions. Tout cela pour arriver, 10 ans plus tard, à un plan bouleversant qui voit ces gens, anonymes, assister à la destruction de l’usine, sans un mot, sans un geste, sans une émotion apparente. Et pourtant le spectateur la ressent cette émotion. Là où c’est très fort, c’est qu’en sortant on ne peut s’empêcher de penser qu’avec des mots un tout petit peu différents, et une finalité en apparence différente, ces discours, cette aliénation, et cette destruction de toute une vie, nous l’avons vécu ici aussi. Et que cette relation ambiguë de haine et d’amour pour un monstre qui détruit votre vie, mais également la définit, est partagée dans toutes les sociétés industrialisées, qu’elles soient communistes ou capitalistes. Tout cela, on le ressent sans que ce ne soit jamais dit. Très fort.

Je ne raconterai pas la fin de l’histoire, que l’on suit en s’attachant en permanence aux pas de Yu Goewei, et en adoptant toujours son point de vue (à une ou deux exceptions près, nécessaire à l’avancement de l’intrigue). L’acteur, que je ne connaissais évidemment pas, vu ma méconnaissance abyssale du cinéma chinois, est époustouflant, là encore, de simplicité apparente. Pas de grande scène, pas d’éclats, et pourtant on vit avec lui la montée de la folie, le désespoir, l’obsession. On ressent comment cette obsession remplace peu à peu tout autre sentiment, comment l’empathie disparait, jusqu’au final.

En résumé, un film très noir, très désespérant, et pourtant très beau. Un film lent et lancinant, avec des ruptures de rythme d’autant plus marquantes. Un film gris sombre avec des éclats de couleur. Un film qui fait réfléchir. Un film à découvrir.

SF chinoise, pas emballé

L’été est là, les vacances approchent, le moment de piocher dans la pile SF les curiosités accumulées et pas lues pendant l’année (voire l’année précédente). Avec un succès mitigé pour cette fois : Le problème à trois corps du chinois Liu Cixin.

CixinLa révolution culturelle fait rage. Ye Wenjie assiste au lynchage public de son père professeur de physique, par de très jeunes gardes rouges. Puis elle est envoyée loin, très loin, défricher des forêts. Avant que certains se souviennent d’elle et viennent la chercher pour travailler sur un site très secret, un immense radio télescope chargé d’espionner les communications des satellites ennemis, mais également et surtout de trouver des traces de vie extraterrestre.

Quarante ans plus tard, une vague de suicides décime les plus grands scientifiques chinois quand le professeur Wang Miao, spécialiste en nanotechnologies est convoqué par la police à une réunion avec de hauts responsables de l’armée, et même des représentants de la CIA. Qui donc a intérêt à couper la tête de la science mondiale ?

Première recommandation si vous décidez de lire ce roman (malgré mon enthousiasme limité) : ne lisez pas la quatrième qui dévoile de façon lamentable une révélation qui n’arrive qu’à la fin du roman. Comment a-t-on laissé sortir un résumé aussi catastrophique ? Un vrai mystère.

Pour moi il y a du bon et du moins bon dans ce roman qui, si j’en crois ce que j’ai lu à droite et à gauche, a reçu un très bon accueil critique.

Le bon c’est l’entame, forte, se déroulant pendant la révolution culturelle. C’est cash, ça fait mal, l’horreur n’est pas édulcorée. Le bon c’est encore le démarrage de l’intrigue contemporaine, mystérieuse, très intrigante. Le bon encore c’est l’ambition et la richesse des thématiques abordées.

Le moins bon, outre la calamiteuse quatrième (mais ça ce n’est pas la faute de l’auteur), c’est que si le roman est très intelligent, il est aussi très froid et théorique. A part l’émotion qui passe bien au début, les personnages sont ensuite tellement désincarnés qu’on finit par se fiche de ce qui leur arrive. J’avoue avoir même eu du mal à me souvenir de qui était qui. Certes les noms inhabituels n’aident pas, mais je n’ai jamais ce problème avec Qiu Xiaolong par exemple. Là les personnages ne sont que des silhouettes, des porte-parole de théories ou d’idées.

Et en parlant d’idées justement, si la SF tendance scientifique vous fait peur, vous pouvez passer directement votre chemin, il y a de longues pages expliquant les fondements de physique théorique de tel ou tel élément de l’intrigue. Très longues même … Au point que j’ai un peu survolé le final.

Pour résumer, intelligent, bien construit, bonne entame, mais manquant singulièrement de chaleur, de chair, d’humain.

Liu Cixin / Le problème à trois corps (San ti, 2006), Actes Sud (2018), traduit du chinois par Gwennaël Gaffric.

Encore une magnifique novella au Belial

Après Un pont sur la brume, je continue à découvrir la collection « Une heure lumière » avec L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu.

LiuAkemi Kirino est physicienne, américaine d’origine japonaise. Evan Wei, son mari est historien, américain d’origine chinoise. Un jour ils découvrent ensemble un documentaire sur l’Unité 731, où pendant la guerre les japonais se livrèrent aux expérimentations les plus atroces sur des prisonniers chinois. Un documentaire qui va changer leurs vies.

Akemi Kirino, exploitant les propriétés des particules intriquées invente une machine permettant de voir le passé. Le problème est que la personne qui voyage ainsi ne peut le faire qu’une fois, en chaque lieu et moment donnés, son voyage détruisant définitivement l’image de ce lieu et de ce moment.

Ensemble ils décident d’utiliser la machine pour que les proches des victimes de l’Unité 731 puissent voir ce qui est arrivé à leurs parents. Sans imaginer l’ampleur des réactions qu’ils vont déclencher.

C’est donc la deuxième novella que je découvre dans cette collection, aussi différente de la précédente que l’on peut l’être, mais avec une chose en commun : un texte exceptionnel.

Ken Liu a évité tous les pièges et trouvé une façon unique de dire ce qu’il avait à dire.

Il aurait pu écrire un réquisitoire, tomber dans le voyeurisme glauque, écœurer ou effrayer le lecteur, faire du sensationnalisme … Il y avait mille façon d’être complètement dépassé par l’horreur du sujet.

Avec son histoire de voyage dans le temps, et sa façon incroyablement intelligente et subtile d’en explorer toutes les conséquences, il écrit l’indicible, fait ressentir la douleur des descendants, et surtout ouvre tout en champ de réflexions : doit-on privilégier les proches, leur douleur, ou les historiens ? A qui appartient le passé, d’après quels critères le juger, qui accuser quand les deux protagonistes ont « disparu » (le Japon d’aujourd’hui n’est plus l’Empire, la Chine d’aujourd’hui n’est plus non plus la même) ? Comment explique, face à une telle évidence un regain de négationnisme ? Quelle attitude vont avoir dans ce cas l’Europe et les US, actuel alliés du Japon, plutôt adversaires de la Chine ? Quelles réactions, ou non réactions dans les populations du monde ? …

Impressionnant de voir comment en si peu de pages, avec une construction alternant récit classique, interviews, extraits d’émissions ou de déclarations, aux US, en Chine et au Japon, l’auteur arrive à construire l’image complète qui traite de tous ces sujets, vous prend aux tripes et vous embarque dans l’histoire … Pour vous laisser un peu groggy une centaine de pages plus loin.

Un véritable tour de force. Et en plus l’objet livre est très beau.

Ken Liu / L’homme qui mit fin à l’histoire (The man who ended history : A documentary, 2011), Le Bélial/Une heure lumière (2017), traduit de l’anglais (USA) par Pierre-Paul Durastanti.

Chen Cao et Xiaolong Qiu

Pour le dixième volume consacré à l’inspecteur Chen Cao, Xiaolong Qiu revient sur son passé, et sur qui lie l’auteur à son personnage dans Il était une fois l’inspecteur Chen.

qiuLa révolution culturelle est terminée, Chen Cao l’a vécue adolescent. Il termine des études d’anglais et est nommé dans un commissariat à Shanghai. Le régime est en train de s’ouvrir très lentement et il est chargé de traduire en chinois des manuels de police américains, ce qui lui laisse pas mal de temps ! Il en profite pour s’intéresser à une affaire : un vieil homme, poursuivi pendant la Révolution Culturelle puis réhabilité avait fait fortune. Il a été assassiné en sortant d’un restaurant réservé aux gastronomes exigeants et fortunés. La police s’intéresse à la jeune femme qui s’occupe de lui depuis quelques mois, mais Chen ne croit pas à cette version.

Cette longue nouvelle est complétée par d’autres, et par un prologue et une conclusion où Xiaolong Qiu parle de sa propre expérience et de ce qui rapproche l’auteur et son personnage.

Autant le dire tout de suite, on ne lira pas ce dixième volume des aventures de Chen Cao pour le plaisir d’une intrigue haletante où étonnante. L’histoire passe au second plan. Par contre ce court recueil de nouvelles et de récits autobiographiques passionnera les amateurs de Xiaolong Qiu dans la mesure où il éclaire les liens entre l’auteur et son personnage : traumatisme de la Révolution Culturelle, difficulté à faire des études, arbitraire des nominations à la fin des études, destins brisés … on voit comment certains personnages s’inspirent de connaissances de l’auteur et comment l’écriture les change pour en faire des créations littéraires.

Une façon de décrire à deux voix (celle directe de l’auteur et celle de son personnage) une transition, dans ses effets positifs (il faut avouer qu’il n’est pas difficile de faire mieux que la période de la Révolution Culturelle), mais aussi dans son hypocrisie, ses dérives et les conséquences, encore et toujours, sur ceux qui ne sont pas du côté du pouvoir.

Une sorte de plongée dans l’atelier littéraire et l’histoire de l’auteur et de son pays d’origine.

Xiaolong Qiu / Il était une fois l’inspecteur Chen????, ????), Liana Levi (2016), traduit de l’anglais (USA) par Adelaïde Pralon.

Xiaolong Qiu, Dragon bleu, tigre blanc

J’ai raté les derniers romans de Xiaolong Qiu. Par hasard et parce que j’avais été déçu par un épisode. Je suis tombé sur Dragon bleu, tigre blanc. J’y ai retrouvé le plaisir et l’intérêt des premiers.

qiuCoup de tonnerre à Shanghai, l’inspecteur Chen est muté, sous couvert de promotion, vers un poste qui ressemble fort à un placard. Plus grave, il est très vite victime d’un traquenard qui aurait pu le mettre définitivement hors jeu. Le problème est que, dans une ville et un pays en pleine mutation où les luttes pour la prise du pouvoir sont féroces, Chen n’arrive pas à comprendre qui veut sa peau. Une course contre la montre, très encadrée par le pouvoir politique, s’engage …

Je m’étais donc arrêté il y a quelques années avec La danseuse de Mao qui m’avait déçu. Et puis j’avais un peu laissé tomber Xiaolong Qiu. Mais j’ai bien fait d’y revenir.

Alors certes, les aventures en l’inspecteur Chen ne sont pas les plus Rock and Roll de la planète polar, et l’action n’avance pas à un rythme trépidant. Mais une fois de plus, à Shanghai comme à Belfast ou Paris, le polar se révèle le genre littéraire le plus à même de mettre en lumière les disfonctionnements d’une société.

C’est ici la corruption des ex cadres politiques, devenus puissances économiques qui est mise en lumière. Une corruption contre laquelle il est d’autant plus difficile de se battre qu’elle s’appuie, comme ailleurs, sur la force de nuisance de l’argent qui peut tout acheter (ou presque), mais également sur une structure politique qui, c’est un doux euphémisme, a une certaine habitude et efficacité dans la mise au pas des récalcitrants.

La nasse dans laquelle se trouve pris notre héros semble parfaite, et le lecteur se demande tout le long du roman comment il va s’en dépêtrer. Cela redonne une vigueur à l’intrigue, mais n’enlève rien à la qualité d’évocation de l’auteur qui nous fait toujours ressentir l’odeur d’un jasmin (ou du tofu fermenté !), la saveur du thé vert et des multiples petits plats consommés, ou le calme d’un jardin.

Un vrai plaisir retrouvé pour moi que ce retour aux aventures de l’inspecteur Chen, que je vais de nouveau mettre dans la liste des personnages à suivre.

Xiaolong Qiu / Dragon bleu, tigre blanc (Shanghai redemption, 2013), Liana Levi (2014), traduit de l’américain par Adélaïde Pralon.

Un étrange enquêteur chinois …

Encore et toujours Kti Martin de Bédéciné qui m’a conseillé La magnificence des oiseaux de Barry Hughart, un roman que je n’aurais sans doute jamais, ne serait-ce que regardé, sans elle. Et j’aurais eu tort.

HughartNous sommes en Chine, il y a fort longtemps. Dans le village de Kou-Fou, le jour de la « récolte » de la soie tissée par les vers, les villageois découvrent avec horreur qu’ils sont tous morts (les vers, pas les villageois). Pire, tous les enfants entre 8 et 13 ans tombent dans un étrange coma. Démunis les moines envoient Bœuf Numéro Dix, gentil colosse de 19 ans chercher de l’aide à Pékin. Il revient avec un étrange lettré, Maître Li qui, comme il le dit lui-même a « un léger défaut de personnalité ». Pour résumer, disons que Maître Li est fort intelligent, très vieux, plutôt ivrogne et pas toujours totalement honnête, pour ne pas dire filou de façon fort retorse. A eux deux ils vont vite découvrir l’origine de l’épidémie. Mais trouver le légendaire remède qui permettra de guérir les enfants est une autre paire de manche …

Délicieux ! C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette excellente friandise.

Humour, érudition, vivacité, rythme, émotion, belle langue … Si on était en Espagne je qualifierais volontiers ce roman de picaresque, mais nous sommes en Chine et je ne connais pas l’équivalent. Un vrai régal d’étude de caractères, d’intrigue au charme légèrement suranné, de mélange entre fantazy, mythologie et ancrage dans une réalité bien terrestre et bien matérielle.

C’est décidé, je vais aller de ce pas acquérir les volumes suivants pour avoir sous la main de quoi combattre les prochaine baisses de moral ou pour avoir quelque chose à lire après les romans bien noirs et bien déprimants qui ne devraient pas manquer cette année. Et je vous conseille de faire de même, il faudrait même voir si l’acquisition de ces romans ne peut pas être remboursée par la Sécu au titre d’excellents antidépresseurs.

Barry Hughart / La magnificence des oiseaux (Bridge of birds, 1984), Folio/SF (2013), traduit de l’américain par Patrick Marcel.

Xiaolong Qiu revient sur la révolution culturelle

Après De soie et de sang, revoilà l’inspecteur Chen de Shanghai, de retour dans La danseuse de Mao, sous la plume de Xiaolong Qiu.

L’inspecteur principal Chen a l’habitude des enquêtes … délicates. Mais cette fois, la requête directe d’un ministre est carrément explosive. Il s’agit de rentrer dans les bonnes grâces de Jiao, une jeune fille secrétaire qui, du jour au lendemain, c’est retrouvée propriétaire d’un grand appartement et mène grand train. Or cette belle jeune femme n’a pas de protecteur riche, et elle est la petite fille d’une ancienne maîtresse de Mao. La sécurité intérieure soupçonne qu’elle est en possession de documents compromettants pour le Grand Homme, et qu’elle s’apprête à les vendre. Même si la Chine est en train de prendre le virage du capitalisme, il est hors de question, pour le Parti qui reste aux commandes, que n’importe quel document soit publié. La difficulté est double pour le pauvre Chen : Il ne sait pas ce qu’il cherche, mais c’est forcément brulant, pour tout le monde, y compris pour le policier qui le découvrira …

Xiaolong Qiu continue sa double chronique : D’un côté celle de la mémoire de la Révolution culturelle, de ses ravages, que les nouveaux dirigeants, les nouveaux riches, les messieurs Gros-Sous, et la jeunesse branchée de Shanghai veulent oublier. De l’autre, celle de l’évolution vertigineuse de la Chine en général, et de Shanghai en particulier, où des fortunes colossales sont en train de se forger, alors que la majorité des gens s’enfonce peu à peu dans la misère. Une Chine nouvelle qui découvre des inégalités sociales faramineuses, qui lui font parfois regretter l’égalitarisme et la sécurité économique du temps … de Mao.

ll continue également à parsemer ses romans de poèmes (ici, souvent, de la main même du Grand Timonier), et surtout de description de plats plus étranges les uns que les autres.

Ce dernier opus, toujours intéressant, est tout de même moins réussi que les autres : L’intrigue servant de prétexte est vraiment très relâchée (mais c’est souvent le cas), et surtout un peu tirée par les cheveux. Le moteur de l’intrigue ne convainc pas vraiment, et sa résolution tient plus du miracle à la limite de l’escroquerie que de l’enquête policière. Comme si Xiaolong Qiu perdait peu à peu l’envie d’écrire des romans policiers, pour se concentrer sur sa chronique de Shanghai. De mon point de vue, il y perd une certaine cohérence narrative. C’est dommage.

Xiaolong Qiu / La danseuse de Mao  (The Mao case, 2007), Editions Liana Lévi (2008). Traduction de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle.