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Les derniers feux du soleil

Une petite pause avec un auteur qui m’enchante chaque fois que je lis un de ses romans, Les derniers feux du soleil de Guy Gavriel Kay.

Quelque part dans les royaumes du Nord. Les Erlings du Vinmark vivent dans un pays rude qui forge de rude guerriers. Dès que la saison le permet, ils organisent des raids sur les terres Cyngaëls ou de leurs voisins Anglcyns. Une époque qui pourrait être en train de changer tant le Roi Ældred des Anglcyns est en train d’organiser son pays et sa défense. Sans compter la nouvelle religion venue du Sud qui pourrait faire peu à peu disparaître tout un monde de féérie.

Thorkell le Rouge et son fils Bern, le prince cyngaël Alun ab Owyn, le Roi Ældred, ses filles et ses fils, sont à la fois spectateurs et acteurs de ces bouleversements en cours.

Même un ignare complet en histoire médiévale anglo-saxonne (moi par exemple) aura reconnu ici les Vikings, et ce qui deviendra les anglais et le gallois. Et on peut apprécier énormément ce roman sans en savoir plus. Je suppose que les spécialistes se régaleront encore davantage en reconnaissant tel ou tel roi, et tel ou tel épisode historique.

Sinon, comme toujours Guy Gavriel Kay est un grand conteur, qui prend son temps pour installer son décor et ses personnages, qui évite tout jugement sur un peuple ou une période, et qui s’y entend comme personne pour mêler juste ce qu’il faut de mystère et de fantasy pour relever la saveur de ses romans sans tomber dans le grand guignol.

La période de bouleversement qui voit ce qui tient lieu dans son monde de religion monothéiste venant mettre à mal les anciennes croyances est passionnante, le démarrage du roman est un peu dense, mais une fois familiarisé avec tous les personnages la multiplication des points de vues offre une grande richesse au récit et l’auteur sait jongler avec les différents récits pour faire monter la tension jusqu’à une fin que nul n’aurait pu prévoir.

Un immense plaisir de lecture, une fois de plus, pour un excellent roman que l’on referme avec l’impression d’être un peu moins bête qu’avant de l’avoir ouvert.

Guy Gavriel Kay / Les derniers feux du soleil, (The Last Light of the Sun, 2003), L’Atalante / La dentelle du cygne (2021) traduit de l’anglais (Canada) par Mikael Cabon.

Trois lucioles, capitale du sud-2

Il est bon de voir que certains tiennent leurs promesses. Lors d’une rencontre à Toulouse Guillaume Chamanadjian et Claire Duvivier avaient promis la suite de leur double trilogie La tour de garde au rythme de deux par an, un au printemps, un à l’automne. Promesse tenue pour l’instant, voici Trois lucioles, capitale du sud – 2 sous la plume de Guillaume.

Vous vous souvenez de Nox, protégé du duc de la Caouane dans la cité de Gemina. A la suite des événements racontés à la fin du premier volume (dont je ne dirai rien), il a pris ses distances avec ses anciens protecteurs et se consacre à l’épicerie dont il était le commis et dont il a aujourd’hui la charge. Bien malgré lui il va se trouver au centre d’intrigues qui veulent se débarrasser du Duc. Et en apprendre un peu plus sur la nature du Nihilo, cette ville qui se cache sous la ville.

Pendant ce temps, loin, la guerre sévit et les réfugiés se massent aux portes de Gemina.

 Les choses s’accélèrent et se corsent dans ce second volume. Un pur plaisir de lecture, mené par un excellent conteur qui vous accroche et ne vous lâche plus du début à la fin. Comme le dit la toute dernière page : « Une pièce d’argent pour un conte en or […] Il vous émerveillera car les contes et légendes vous émerveillent. Il en a toujours été ainsi et, dans la cité de Gemina, ils sont aussi réels que vous et moi. » et ici l’émerveillement continue à fonctionner.

Les personnages grandissent, deviennent plus durs et plus complexes, c’est un classique du roman d’apprentissage, ça fonctionne très bien ici. On continue à se régaler des odeurs et des goûts de la cuisine et des vins omniprésents à Gemina.

Et puis, mine de rien, ça raconte le manque de générosité d’une cité richissime qui laisse crever des réfugiés à ses portes, et ça met en scène un peuple qui finit par se réveiller, met la cité à feu et à sang et coupe la tête d’une noblesse arrogante qui croit que tout, biens et personnes, lui appartient.

Mais on peut aussi choisir de le lire comme un simple conte qui parle d’un pays imaginaire …

Guillaume Chamanadjian / Trois lucioles, capitale du sud – 2, Aux forges de vulcain (2022).

Les chiens et la charrue

Fin provisoire du cycle de Syffe de Patrick K. Dewdney en attendant qu’il publie la suite : Les chiens et la charrue.

Encore une fois, difficile de faire un résumé de ce troisième volume sans rien déflorer de ce qu’il se passe dans les deux premiers … Syffe se trouve en ce début de troisième volume dans un piètre état psychologique. Devenu une épave, il traine dans les bouges, et se fait mettre régulièrement dehors. Il est sauvé de la déchéance finale par l’Ecailleuse, une contrebandière du fleuve. Il fera un bout de chemin avec elle et son compagnon avant de devoir faire valoir au seigneur de Corjoue la dette que ce dernier avait contractée envers lui.

Avec un tel appui, la situation de Syffe va considérablement s’améliorer, même si servir un seigneur, aussi aimable soit-il en apparence, ne le satisfait guère. Il se fera des amis, retrouvera une très vieille connaissance, renouera avec d’anciennes terreurs et mènera ses compagnons à la guerre.

Pour ceux qui auraient trouvé que les deux premiers étaient trop contemplatifs mais auraient quand même poursuivi, il se passe plus de choses dans ce troisième volume, de l’action, des batailles, des intrigues, des mystères et des retrouvailles. Cela se termine même sur un superbe cliffhanger. Et damned il va falloir attendre la suite !

L’histoire continue, au bout de plus de 2000 pages, à tenir le lecteur en haleine, et comme c’est toujours passionnant, intelligent, subtil et réfléchi j’attends la suite avec une véritable impatience.

Patrick K. Dewdney / Les chiens et la charrue, Au Diable Vauvert (2021).

La peste et la vigne

Comme prévu, j’ai poursuivi le cycle de Syffe de Patrick K. Dewdney avec le second tome, La peste et la vigne.

Sans trop révéler de secrets, disons qu’à la fin du premier tome le pauvre Syffe était dans une situation peu réjouissante. C’est donc là qu’on le retrouve au début du second tome, esclave dans des mines. Son évasion, son errance dans la montagne, son passage chez un peuple caché puis son engagement comme mercenaire pour finir par quelques révélations sur ses rêves et sa nature profonde, voilà qui va constituer ce second tome.

Difficile de résumer 700 pages d’un roman initiatique qui se poursuit. Ici, peut-être plus que dans le premier, il faut dire que les lecteurs qui attendent de l’action et des rebondissements toutes les pages risquent d’être déçus. Peu de grands événements dans la première moitié du roman, mais si vous avez adhéré au premier volume et que vous êtes, comme moi, devenu accro à Syffe, cela ne vous dérangera pas de le suivre dans sa découverte de nouveaux horizons.

C’est toujours complexe, intelligent, porté par une belle écriture et le lecteur aura beaucoup de plaisir à suivre Syffe, le voir grandir et se sortir de situations toujours plus complexes. Toute la deuxième partie est plus mouvementée et portée par un mystère sur les rêves du personnage. Certains points seront éclaircis, beaucoup restent dans l’ombre, donc on attend la suite avec impatience. Ca tombe bien le troisième volume est aussi publié. A bientôt pour de nouvelles aventures.

Patrick K. Dewdney / La peste et la vigne, Folio/SF (2021).

L’enfant de poussière

Je me souviens d’avoir lu un polar de Patrick K. Dewdney, et de ne pas avoir été convaincu. J’ai cependant écouté les avis de libraires et de lecteurs qui me disaient que sa série de fantazy était très bonne, et j’ai lu L’enfant de poussière. Ils avaient raison, c’est très très bon.

Syffe vit avec trois amis de son âge (huit ans), dans une ferme près de la ville frontière de Corne-Brune. Une veuve qui s’occupe d’eux (s’occuper est un bien grand mot) en échange d’un peu d’argent. Syffe, Merle, Cardou et Brindille dont ils sont tous un peu amoureux vivent libres comme l’air, entre la ferme, les rues de la ville et le campement des clans de « barbares » qui viennent là l’été échanger les peaux qu’ils ont tuées pendant l’hiver dans les forêts qui s’étendent au-delà de Corne-Brune.

La mort d’un roi, loin de là, ne devrait pas trop changer leur quotidien. Et pourtant, peu à peu, les événements vont se précipiter et Syffe se retrouvera pris dans un tourbillon étourdissant, vivra des aventures inattendues et voyagera bien loin de Corne-Brune.

Du classique dans la forme, on est dans le roman d’apprentissage. Mais classique ne veut pas inintéressant, loin, très loin de là. Quand vous ouvrez L’enfant de poussière, vous plongez, sans le savoir dans une saga qui risque de prendre pas mal de votre temps. Déjà trois volumes, le premier de 700 pages. Et si vous recherchez une fantazy ou tout n’est pas blanc ou noir, ou les nuances sont possibles, où il n’y a pas des batailles et des mages qui lancent du feu à toutes les pages, n’hésitez pas une seconde, plongez.

C’est intelligent, fin, l’auteur prend le temps, n’hésite pas à mettre en scène des personnages complexes, avec leurs côtés sombres et lumineux, traite du libre arbitre, de la religion, du racisme … entre autres. Et le tout « simplement » en racontant une histoire, en la racontant merveilleusement bien. J’ai retrouvé le bonheur du « il était une fois », et je me suis retrouvé dans cette situation où il vous tarde, tout le temps, de trouver un moment libre pour retrouver les personnages.

Vais-je acheter les deux volumes suivants ? Of course. Les vacances vont être bien occupées avec Syffe.

Patrick K. Dewdney / L’enfant de poussière, Folio/SF (2021).

Citadins de demain, Capitale du nord – 1

Le sang de la cité ouvrait une double trilogie avec brio. Citadins de demain, Capitale du nord – 1 est son pendant, sous la plume de Claire Duvivier. Et confirme que l’on a à faire à un superbe projet qui démarre magnifiquement.

Dehaven, Capitale du Nord, cité marchande aux mains de quelques grandes familles aristocrates. La ville est divisée en castes sociales, la Citadelle aux aristocrates, la Grille à la classe moyenne, les Faubourgs pour le petit peuple. Des castes qui se mélangent très peu, voire pas du tout. Mais la grogne monte dans les Faubourgs et les colonies dont dépend la richesse de Dehaven sont de plus en plus agitées.

Dans ce contexte, Amalia Van Esqwill, jeune aristocrate est comme elle le dit « le produit d’une expérience éducative ». Ses parents l’ont éduquée, en compagnie de son promis Hirion De Wautier, et étrangement de Yonas un gamin brillant de la Grille pour en faire les citadins de demain. Tout est prétexte à leçons, l’imagination et la fantaisie sont proscrites. Mais on ne dirige pas si facilement des jeunes esprits, surtout quand approche l’adolescence, et Hirion va se perdre, de plus en plus, dans la magie d’un vieux livre, entrainant peu à peu ses amis à sa suite.

Excellente suite sans l’être donc. Autant Gemina, la capitale du sud est chaotique, pleine de senteurs de cuisine, adepte du bon vin, autant Dehaven est corsetée, comme amidonnée et rigidifiée dans son système de castes et les comportements que chacun se doit d’adopter. Une rigidité cohérente dans tout le roman, jusque dans les dialogues qui reprennent, dans un langue compassée, les codes obligatoires de l’aristocratie.

Cela n’empêche pas les conflits, entre castes, mais également au sein des grandes familles auxquelles appartiennent deux des trois héros. Le récit démarre au moment où Amalia, qui n’est pas un modèle de tolérance et de souplesse, va voir sa carapace et son monde commencer à se fissurer.

L’inquiétude monte au fil de la narration, savamment orchestrée, jusqu’au final que le lecteur se prend en pleine figure, comme un bon baquet d’eau glacée, même si la catastrophe est annoncée dès le début. 

Pour finir, quelques liens subtils sont tissés avec le premier volume se déroulant dans la capitale du Sud. Un dispositif parfaitement en place, qui attise la curiosité du lecteur et le fait bouillir d’impatience. A quand la ou les, suite(s) ?

Claire Duvivier / Citadins de demain, Capitale du nord – 1, Aux forges de vulcain (2021).

Le retour du hiérophante

Vous vous souvenez peut-être de mon enthousiasme à la lecture du roman de Robert Jackson Bennett Les maîtres enlumineurs. Je faisais part de mon impatience à lire la suite. La voici, la voilà : Le retour du hiérophante.

Attention, si vous avez encore l’intention de lire le premier, arrêtez-vous là, il y a des révélations sur le 1 dans le résumé du 2 ci-dessous …

Si vous n’avez plus en mémoire le précédent roman, souvenez-vous que Sancia, la petite voleuse, ex esclave a fait tomber une des grandes maisons de la très riche Tevanne. En trois ans, elle et ses amis ont commencé à démocratiser la création, la production et l’utilisation de cette magie particulière, l’enluminure. Les choses devraient donc aller en s’améliorant.

Mais une nouvelle menace plane sur la ville. La maison détruite, ou du moins ce qu’il en reste, serait en train de faire revenir à la vie l’être le plus puissant du monde connu, un hiérophante, un des êtres mythiques à l’origine de toute la magie. Ce n’est plus seulement pour leur vie que Sancia et ses amis vont devoir lutter, mais pour la survie de l’humanité.

Comme j’ai une petite restriction par rapport au premier volume, je vais m’en débarrasser tout de suite. Dans le premier, les luttes se déroulaient au ras du sol, dans les rues, dans la boue, entre humains plus ou moins riches, plus ou moins puissants. Là on fait intervenir ce qu’on peut considérer comme des Dieux. Faillibles, pas totalement invulnérables, mais quand même sacrément balaises. Du coup part parfois un poil loin et c’est parfois un peu trop grand spectacle. Mais c’est une toute petite restriction.

Parce que les problématiques soulevées par ces êtres abominables sont très humaines et très actuelles. Elles tournent autour du pouvoir, de l’asservissement, et de l’envie de tous ces grands hommes auto-proclamés de faire le bonheur de l’humanité, envers et contre tout, y compris contre les hommes eux-mêmes.

Et puis ce bon Robert n’a rien perdu de son talent de conteur. Les péripéties s’enchainent, les personnages de Sancia et de ses potes sont extrêmement attachants, et si ouvrez le bouquin, prévoyez quelques jours où on vous laisse en paix pour avaler les 600 pages.

Et puis, comme pour le premier volume, l’auteur continue avec une vraie intelligence à faire le parallèle entre magie et informatique. Cette fois vous aurez droit à des virus, des chevaux de Troie, au réseau et à une apologie du logiciel libre.

Vivement le troisième.

Robert Jackson Bennett / Le retour du hiérophante, (Shorefall, 2020), Albin Michel / Imaginaire (2021) traduit de l’anglais (USA) par Laurent Philibert-Caillat.

Le sang de la cité

Encore de la fantazy qui, si j’en crois ce que j’ai lu à droite et à gauche, m’embarque dans un long voyage : Le sang de la cité, capitale du sud-1 de Guillaume Chamanadjian.

La cité du sud, riche et hédoniste, où les riches sont de grands connaisseurs de vin et des gastronomes avertis. Nox y est commis pour l’épicerie la plus reconnue de la ville. Alors que les différents clans se mènent une guerre larvée, lui qui appartient à la maison de la Caouane, la Tortue de Mer, a accès partout avec ses livraisons et connait la moindre ruelle, le moindre toit comme sa poche.

Un jour, grâce à un mystérieux livre de poésie, il prend conscience du chant de sa ville, de son rythme, et cela lui donne accès à une autre cité, dangereuse. Pourtant, pris dans les conflits politiques, les dangers ne manquent pas en surface pour Nox.

Un excellent début de série. Qui donne envie de suivre les aventures de Nox et de découvrir la capitale du nord qui est ici à peine évoquée.

La ville avec ses conflits, ses intérêts politiques et économiques, sa sociologie, son histoire, est une belle création. L’originalité de l’importance, dans un roman de fantazy, de tout ce qui touche à la gastronomie est très bienvenue. Et le personnage de Nox, figure connue de la littérature classique, du gamin des rues débrouillard est attachant. De ce point de vue, on a un roman d’apprentissage très réussi.

Le roman prend le temps d’installer le contexte, les personnages, et le recours à la poésie et à la rythmique des mots est là aussi original et très bien exploité.

Un vrai plaisir, qui va juste engendrer un grosse frustration en attendant la suite !

Guillaume Chamanadjian / Le sang de la cité, capitale du sud-1, Aux forges de Vulcain (2021).

Deux novellas de Ken Liu

Je complète mes lectures dans la collection une heure lumière avec deux novellas de Ken Liu.

La première, Toutes les saveurs, se déroule à Idaho City, au moment de la découverte de filons d’or dans la région, après la guerre de sécession. Un groupe de travailleurs chinois, venus originellement pour construire les chemins de fer s’installe dans la ville pour prospecter. Lilly Seaver, fille de Jack qui leur loue des baraquements est fascinée par les odeurs qui sortent de leurs cuisines en plein air. Elle le devient encore davantage quand elle fait la connaissance de Lao Guan, un géant barbu qui lui raconte les histoires de Guan Yu, le Dieu de la guerre, de Lièvre roux son cheval de bataille et de son épée Lune de Dragon.

La seconde, parue précédemment mais que j’avais ratée est de la pure SF : Le regard. Ruth Law était flic. Suite à un problème lors d’une intervention, elle a été virée et est maintenant privée. Elle vit avec une douleur et des remords qu’elle ne peut supporter qu’avec l’aide du Régulateur. Ce dispositif filtre ses émotions, gère son stress, et lui envoie l’adrénaline nécessaire si besoin. Le risque étant, quand on le laisse en marche trop longtemps, de se déshumaniser peu à peu. Quand une mère vient la chercher pour enquêter sur le meurtre de sa fille, elle sent peu à peu le passé la rattraper et l’emprise sur elle-même lui échapper.

Deux novellas très différentes l’un de l’autre. La première est un mélange de chronique de la découverte d’étrangers et de conte, un cocktail à base de whisky et d’alcool de riz comme le dit l’un des personnages. Un conte qui met en avant les différences, parfois inconciliables, mais qui accentue surtout ce qui unit tous les personnages. Un joli conte, qui met l’eau à la bouche, très légèrement épicé de ce qui est (ou pas) un élément fantastique.

La deuxième, purement SF est beaucoup plus sombre, bel exercice de style autour de la figure archi classique du privé hardboiled qui soit vivre avec ses traumatismes et ses fantômes. Les deux originalités ici sont, d’une part quelques éléments futuristes (que je vous laisse découvrir), et d’autre part d’avoir pour personnage une femme métisse.  C’est bien mené, bien glauque, un vrai petit polar à Chinatown.

Deux bonnes novellas, à mon humble avis pas au niveau du premier texte de Ken Liu publié dans la collection, mais il faut reconnaître qu’avec L’homme qui mit fin à l’histoire, Une heure lumière avait mis la barre très très haut. Mais deux excellentes novellas qui méritent leur place dans une collection assez remarquable.

Ken Liu / Toutes les saveurs, (All the flavors, 2012), Le bélial / Une heure lumière (2021) – Le regard (The regular, 2014), Le bélial / Une heure lumière (2019) traduit de l’anglais (USA) par Pierre-Paul Durastanti.

Le fleuve céleste

Après Les chevaux célestes de Guy Gavriel Kay j’ai donc enchaîné sans reprendre mon souffle avec Le fleuve céleste. Un vrai bonheur bis.

Nous sommes 300 ans après le précédent roman. L’empire Kitai s’est rétréci et paie un tribut aux peuples de cavaliers des steppes qu’il considère pourtant comme des barbares. Alors que l’empereur s’intéresse plus à la peinture qu’à l’administration de royaume, les clans de cavaliers vont bientôt être unis, par la force, et déferler sur l’empire.

Un homme, Ren Daiyan, fils d’un petit fonctionnaire, est persuadé qu’il peut, qu’il doit, rendre sa gloire à son peuple. Plus près de la cour, Lin Shan, une femme se rebelle contre son statut qui lui interdit à peu près tout. Contre toutes les règles, elle lit, écrit des poèmes et finira par influencer l’empereur.

Dans le tourbillon de la guerre et des intrigues de cour, des destins qui sont appelés à se croiser.

Plus besoins de présenter l’œuvre de Guy Gavriel Kay, voir article ci-dessous.

Dans Le fleuve céleste on retrouve toutes les qualités du roman précédent. Richesse et véracité des personnages, complexité et finesse des intrigues politiques. Là où Les chevaux célestes décrivait un empire tout puissant, on est ici au contraire dans un royaume qui se replie sur lui-même, se méfie de son armée, ne nomme que des incapables à la tête des troupes. Et l’accent est mis sur l’art, poésie, calligraphie et peinture, ainsi que sur l’impossible émancipation des femmes. Sans oublier un soupçon de magie et quelques belles batailles.

Un roman qui allie la finesse dans la description à l’ambition et au souffle du propos. Plus de 700 pages de bonheur de lecture.

Guy Gavriel Kay / Le fleuve céleste, (River of stars, 2013), L’atalante / La dentelle du cygne (2014) traduit de l’anglais (Canada) par Mikael Cabon.