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Loredan, suite et fin de la trilogie

Les vacances m’ont également permis de terminer la trilogie de Loredan de K.J. Parker commencée avec La couleur de l’acier. Deux tomes de plus, deux pavés, Le ventre de l’arc et La forge des épreuves.

Bardas Loredan s’est sorti de justesse de la catastrophe de la fin du premier volume. Et va retrouver, pour son plus grand malheur son frère et sa sœur. Si dans le premier volume on se doute bien que ce n’est pas le grand amour entre les membres de la famille Loredan, les 2° et 3° volumes vont creuser ces relations familiales pour le moins conflictuelles.

Sans rentrer dans le détail, sachez que partout où va le pauvre Bardas, même quand il n’aspire qu’à la paix, la guerre le suit et le happe, et qu’en général ceux qui sont autour de lui en pâtissent. Qu’il soit fabriquant d’arcs, testeur d’armures ou qu’il essaie de redevenir paysan, il lui faudra bien redevenir soldat à un moment ou un autre.

La trilogie reste plaisante jusqu’au bout. Avec quand même un léger effet de lassitude au terme des quelques 1500 pages de la trilogie. Si l’humour et la distance très british de la narration font toujours mouche, certains choix fonctionnent jusqu’au bout, d’autre moins.

Ce qui finit par lasser c’est en particulier le système de magie. Il est très obscur, on n’y comprend rien et c’est voulu, même ceux qui sont censés comprendre ne maîtrisent rien. C’est frais et original sur 500 pages, ça finit par être répétitif et frustrant sur 1500. De même la lenteur, la faible tension narrative, les digressions tout cela marche au début avant de devenir un peu lassant.

Ce qui reste très réussi ce sont les scènes de batailles. Loin, très loin de l’héroïsme et des grands faits d’armes, les erreurs à répétitions, les effets du hasard, et les bastons pas vraiment académiques en font des moments originaux et divertissants qui arrivent à prêter à rire là où, a posteriori, on a plutôt envie de pleurer.

Un bon divertissement, original, mais qui aurait gagné sans doute à être un peu resserré pour ne pas trop tirer sur certaines ficelles.

K.J. Parker / Le ventre de l’arc et La forge des épreuves, (The belly of the bow, 1999 et The proof house, 2000), Bragelonne (2006 et 2007) traduit de l’anglais par Olivier Debernard.

Le serpent

Les habitués savent que j’aime beaucoup la collection Une Heure Lumière du Bélial. Et cela se confirme avec la très belle novella de Claire North Le serpent, La maison des jeux I.

Venise, 1610. Presque notre Venise, à quelques exceptions près, dont la présence d’une étrange maison, la Maison des Jeux. Il semble que le monde entier y vienne jouer, à toute sorte de jeux, il suffit d’avoir l’argent, et de ne pas chercher à tricher. Mais il est une porte, dans cette maison, que l’on ne franchit que sur invitation, celle de la Haute Loge. Là on peut rencontrer la maîtresse des lieux, et jouer bien plus que sa fortune.

Cette porte, Thene, jeune femme juive mariée à un minable qui a dilapidé toute sa fortune va la franchir. Parce qu’elle est forte, et parce qu’elle n’a pas le choix. Pour rester il lui faudra gagner une partie dont l’échiquier est Venise elle-même, avec les pièces qui lui seront attribuées. Mais, en réalité, qui joue, et qui est joué ?

Après quelques déceptions de lecture, j’enchaine les grandes, très grandes satisfactions. Cette novella est une pure merveille. Surtout, ne vous laissez pas rebuter par le choix d’un narrateur omniscient qui s’adresse au lecteur, vous découvrirez au final qu’il a sa logique. Même si des pans entiers de mystère restent.

C’est fin, intelligent, les petites touches de fantasy sont subtilement appliquées, et pour un amateur de jeu et de contes, pour ceux qui aiment se faire embarquer dans une histoire comme quand ils étaient gamins, c’est un véritable enchantement. Sans recourir à des coups de théâtres permanents et au final fatigants, l’intrigue est parfaitement menée avec ses vraies surprises.  Sans jamais pontifier l’auteur propose une réflexion, ou plutôt suscite la réflexion du lecteur sur les questions de pouvoir, de manipulation et de libre arbitre.

Et quelle magistrale utilisation de Venise comme terrain de jeu. La ville dans toutes ses composantes est admirablement décrite, aussi fascinante que dans l’incontournable déambulation de Corto Fable de Venise de l’immense Hugo Pratt. C’est dire.

Un seul défaut, c’est court et on en redemande. Mais une excellente nouvelle, il y en a deux autres qui seront publiées dans la même collection. Il me tarde déjà.

Claire North / Le serpent, La maison des jeux I, (The serpent, 2015), Le Bélial/Une Heure Lumière (2022) traduit de l’anglais par Michel Pagel.

Les couleurs de l’acier

J’avais besoin d’un peu de changement et de repos, c’est pourquoi j’ai écouté les conseils d’un lecteur sympathique (mais tous les lecteurs qui passent par ici sont sympathiques) et j’ai fait une pause fantasy avec le premier volume d’une trilogie, Les couleurs de l’acier de K. J. Parker.

Bardas Loredan songe à changer de métier. Il faut dire que le sien est fatigant et risqué, il est avocat. Car être avocat à Périmadei, la cité de tous les extrêmes et de toutes les richesses, la cité imprenable, consiste à plaider l’épée à la main. Le meilleur et ses clients gagnent, l’autre meurt, et ses clients perdent. Bardas est bon, très bon, mais avec l’âge il sent que son métier devient de plus en plus risqué.

Dans la plaine, non loin de là, un des clans de « barbares » semble décidé à mettre fin à la réputation d’invincibilité de Périmadei. Voilà qui pourrait ne pas arranger les affaires de Bardas qui voit son passé lui sauter à la figure.

Un vrai plaisir de lecture comme sait en offrir la bonne fantasy. Pas trop de magie qui résout tout, presque pas de magie du tout d’ailleurs, juste un pauvre Patriarche (une sorte de chef des non magiciens) qui essaie, en vain, d’expliquer à tout le monde qu’il n’y a pas de magie mais beaucoup d’étude et de philosophie ; des scènes style « cape et épée » très réussies pour les amateurs de Jean Marais et Erroll Flynn ; pas de surhomme mais des personnages avec ce qu’il faut de mystères et de faiblesses pour être intéressants ; et un style vif non sans humour qui fait que le livre se lit tout seul.

Ajoutez à ces ingrédients qui assurent déjà une lecture plaisir une réflexion sur le pouvoir, et une ville qui n’est pas sans rappeler, par certains aspects, Ankh-Morpork (on sent bien que l’auteur connait son Pratchett, mais le contraire serait grave pour un auteur de fantasy britannique), et un cynisme et une distance tempérés par une vraie humanité, et vous avez le début d’une série tout à fait recommandable.

Encore merci au très sympathique lecteur qui m’a aiguillé vers cette série, que je poursuivrai plus tard, sans doute cet été.

K. J. Parker / Les couleurs de l’acier, (Colours in the steel, 2009), Bragelonne (1998) traduit de l’anglais par Olivier Debernard.

Les derniers feux du soleil

Une petite pause avec un auteur qui m’enchante chaque fois que je lis un de ses romans, Les derniers feux du soleil de Guy Gavriel Kay.

Quelque part dans les royaumes du Nord. Les Erlings du Vinmark vivent dans un pays rude qui forge de rude guerriers. Dès que la saison le permet, ils organisent des raids sur les terres Cyngaëls ou de leurs voisins Anglcyns. Une époque qui pourrait être en train de changer tant le Roi Ældred des Anglcyns est en train d’organiser son pays et sa défense. Sans compter la nouvelle religion venue du Sud qui pourrait faire peu à peu disparaître tout un monde de féérie.

Thorkell le Rouge et son fils Bern, le prince cyngaël Alun ab Owyn, le Roi Ældred, ses filles et ses fils, sont à la fois spectateurs et acteurs de ces bouleversements en cours.

Même un ignare complet en histoire médiévale anglo-saxonne (moi par exemple) aura reconnu ici les Vikings, et ce qui deviendra les anglais et le gallois. Et on peut apprécier énormément ce roman sans en savoir plus. Je suppose que les spécialistes se régaleront encore davantage en reconnaissant tel ou tel roi, et tel ou tel épisode historique.

Sinon, comme toujours Guy Gavriel Kay est un grand conteur, qui prend son temps pour installer son décor et ses personnages, qui évite tout jugement sur un peuple ou une période, et qui s’y entend comme personne pour mêler juste ce qu’il faut de mystère et de fantasy pour relever la saveur de ses romans sans tomber dans le grand guignol.

La période de bouleversement qui voit ce qui tient lieu dans son monde de religion monothéiste venant mettre à mal les anciennes croyances est passionnante, le démarrage du roman est un peu dense, mais une fois familiarisé avec tous les personnages la multiplication des points de vues offre une grande richesse au récit et l’auteur sait jongler avec les différents récits pour faire monter la tension jusqu’à une fin que nul n’aurait pu prévoir.

Un immense plaisir de lecture, une fois de plus, pour un excellent roman que l’on referme avec l’impression d’être un peu moins bête qu’avant de l’avoir ouvert.

Guy Gavriel Kay / Les derniers feux du soleil, (The Last Light of the Sun, 2003), L’Atalante / La dentelle du cygne (2021) traduit de l’anglais (Canada) par Mikael Cabon.

Trois lucioles, capitale du sud-2

Il est bon de voir que certains tiennent leurs promesses. Lors d’une rencontre à Toulouse Guillaume Chamanadjian et Claire Duvivier avaient promis la suite de leur double trilogie La tour de garde au rythme de deux par an, un au printemps, un à l’automne. Promesse tenue pour l’instant, voici Trois lucioles, capitale du sud – 2 sous la plume de Guillaume.

Vous vous souvenez de Nox, protégé du duc de la Caouane dans la cité de Gemina. A la suite des événements racontés à la fin du premier volume (dont je ne dirai rien), il a pris ses distances avec ses anciens protecteurs et se consacre à l’épicerie dont il était le commis et dont il a aujourd’hui la charge. Bien malgré lui il va se trouver au centre d’intrigues qui veulent se débarrasser du Duc. Et en apprendre un peu plus sur la nature du Nihilo, cette ville qui se cache sous la ville.

Pendant ce temps, loin, la guerre sévit et les réfugiés se massent aux portes de Gemina.

 Les choses s’accélèrent et se corsent dans ce second volume. Un pur plaisir de lecture, mené par un excellent conteur qui vous accroche et ne vous lâche plus du début à la fin. Comme le dit la toute dernière page : « Une pièce d’argent pour un conte en or […] Il vous émerveillera car les contes et légendes vous émerveillent. Il en a toujours été ainsi et, dans la cité de Gemina, ils sont aussi réels que vous et moi. » et ici l’émerveillement continue à fonctionner.

Les personnages grandissent, deviennent plus durs et plus complexes, c’est un classique du roman d’apprentissage, ça fonctionne très bien ici. On continue à se régaler des odeurs et des goûts de la cuisine et des vins omniprésents à Gemina.

Et puis, mine de rien, ça raconte le manque de générosité d’une cité richissime qui laisse crever des réfugiés à ses portes, et ça met en scène un peuple qui finit par se réveiller, met la cité à feu et à sang et coupe la tête d’une noblesse arrogante qui croit que tout, biens et personnes, lui appartient.

Mais on peut aussi choisir de le lire comme un simple conte qui parle d’un pays imaginaire …

Guillaume Chamanadjian / Trois lucioles, capitale du sud – 2, Aux forges de vulcain (2022).

Les chiens et la charrue

Fin provisoire du cycle de Syffe de Patrick K. Dewdney en attendant qu’il publie la suite : Les chiens et la charrue.

Encore une fois, difficile de faire un résumé de ce troisième volume sans rien déflorer de ce qu’il se passe dans les deux premiers … Syffe se trouve en ce début de troisième volume dans un piètre état psychologique. Devenu une épave, il traine dans les bouges, et se fait mettre régulièrement dehors. Il est sauvé de la déchéance finale par l’Ecailleuse, une contrebandière du fleuve. Il fera un bout de chemin avec elle et son compagnon avant de devoir faire valoir au seigneur de Corjoue la dette que ce dernier avait contractée envers lui.

Avec un tel appui, la situation de Syffe va considérablement s’améliorer, même si servir un seigneur, aussi aimable soit-il en apparence, ne le satisfait guère. Il se fera des amis, retrouvera une très vieille connaissance, renouera avec d’anciennes terreurs et mènera ses compagnons à la guerre.

Pour ceux qui auraient trouvé que les deux premiers étaient trop contemplatifs mais auraient quand même poursuivi, il se passe plus de choses dans ce troisième volume, de l’action, des batailles, des intrigues, des mystères et des retrouvailles. Cela se termine même sur un superbe cliffhanger. Et damned il va falloir attendre la suite !

L’histoire continue, au bout de plus de 2000 pages, à tenir le lecteur en haleine, et comme c’est toujours passionnant, intelligent, subtil et réfléchi j’attends la suite avec une véritable impatience.

Patrick K. Dewdney / Les chiens et la charrue, Au Diable Vauvert (2021).

La peste et la vigne

Comme prévu, j’ai poursuivi le cycle de Syffe de Patrick K. Dewdney avec le second tome, La peste et la vigne.

Sans trop révéler de secrets, disons qu’à la fin du premier tome le pauvre Syffe était dans une situation peu réjouissante. C’est donc là qu’on le retrouve au début du second tome, esclave dans des mines. Son évasion, son errance dans la montagne, son passage chez un peuple caché puis son engagement comme mercenaire pour finir par quelques révélations sur ses rêves et sa nature profonde, voilà qui va constituer ce second tome.

Difficile de résumer 700 pages d’un roman initiatique qui se poursuit. Ici, peut-être plus que dans le premier, il faut dire que les lecteurs qui attendent de l’action et des rebondissements toutes les pages risquent d’être déçus. Peu de grands événements dans la première moitié du roman, mais si vous avez adhéré au premier volume et que vous êtes, comme moi, devenu accro à Syffe, cela ne vous dérangera pas de le suivre dans sa découverte de nouveaux horizons.

C’est toujours complexe, intelligent, porté par une belle écriture et le lecteur aura beaucoup de plaisir à suivre Syffe, le voir grandir et se sortir de situations toujours plus complexes. Toute la deuxième partie est plus mouvementée et portée par un mystère sur les rêves du personnage. Certains points seront éclaircis, beaucoup restent dans l’ombre, donc on attend la suite avec impatience. Ca tombe bien le troisième volume est aussi publié. A bientôt pour de nouvelles aventures.

Patrick K. Dewdney / La peste et la vigne, Folio/SF (2021).

L’enfant de poussière

Je me souviens d’avoir lu un polar de Patrick K. Dewdney, et de ne pas avoir été convaincu. J’ai cependant écouté les avis de libraires et de lecteurs qui me disaient que sa série de fantazy était très bonne, et j’ai lu L’enfant de poussière. Ils avaient raison, c’est très très bon.

Syffe vit avec trois amis de son âge (huit ans), dans une ferme près de la ville frontière de Corne-Brune. Une veuve qui s’occupe d’eux (s’occuper est un bien grand mot) en échange d’un peu d’argent. Syffe, Merle, Cardou et Brindille dont ils sont tous un peu amoureux vivent libres comme l’air, entre la ferme, les rues de la ville et le campement des clans de « barbares » qui viennent là l’été échanger les peaux qu’ils ont tuées pendant l’hiver dans les forêts qui s’étendent au-delà de Corne-Brune.

La mort d’un roi, loin de là, ne devrait pas trop changer leur quotidien. Et pourtant, peu à peu, les événements vont se précipiter et Syffe se retrouvera pris dans un tourbillon étourdissant, vivra des aventures inattendues et voyagera bien loin de Corne-Brune.

Du classique dans la forme, on est dans le roman d’apprentissage. Mais classique ne veut pas inintéressant, loin, très loin de là. Quand vous ouvrez L’enfant de poussière, vous plongez, sans le savoir dans une saga qui risque de prendre pas mal de votre temps. Déjà trois volumes, le premier de 700 pages. Et si vous recherchez une fantazy ou tout n’est pas blanc ou noir, ou les nuances sont possibles, où il n’y a pas des batailles et des mages qui lancent du feu à toutes les pages, n’hésitez pas une seconde, plongez.

C’est intelligent, fin, l’auteur prend le temps, n’hésite pas à mettre en scène des personnages complexes, avec leurs côtés sombres et lumineux, traite du libre arbitre, de la religion, du racisme … entre autres. Et le tout « simplement » en racontant une histoire, en la racontant merveilleusement bien. J’ai retrouvé le bonheur du « il était une fois », et je me suis retrouvé dans cette situation où il vous tarde, tout le temps, de trouver un moment libre pour retrouver les personnages.

Vais-je acheter les deux volumes suivants ? Of course. Les vacances vont être bien occupées avec Syffe.

Patrick K. Dewdney / L’enfant de poussière, Folio/SF (2021).

Citadins de demain, Capitale du nord – 1

Le sang de la cité ouvrait une double trilogie avec brio. Citadins de demain, Capitale du nord – 1 est son pendant, sous la plume de Claire Duvivier. Et confirme que l’on a à faire à un superbe projet qui démarre magnifiquement.

Dehaven, Capitale du Nord, cité marchande aux mains de quelques grandes familles aristocrates. La ville est divisée en castes sociales, la Citadelle aux aristocrates, la Grille à la classe moyenne, les Faubourgs pour le petit peuple. Des castes qui se mélangent très peu, voire pas du tout. Mais la grogne monte dans les Faubourgs et les colonies dont dépend la richesse de Dehaven sont de plus en plus agitées.

Dans ce contexte, Amalia Van Esqwill, jeune aristocrate est comme elle le dit « le produit d’une expérience éducative ». Ses parents l’ont éduquée, en compagnie de son promis Hirion De Wautier, et étrangement de Yonas un gamin brillant de la Grille pour en faire les citadins de demain. Tout est prétexte à leçons, l’imagination et la fantaisie sont proscrites. Mais on ne dirige pas si facilement des jeunes esprits, surtout quand approche l’adolescence, et Hirion va se perdre, de plus en plus, dans la magie d’un vieux livre, entrainant peu à peu ses amis à sa suite.

Excellente suite sans l’être donc. Autant Gemina, la capitale du sud est chaotique, pleine de senteurs de cuisine, adepte du bon vin, autant Dehaven est corsetée, comme amidonnée et rigidifiée dans son système de castes et les comportements que chacun se doit d’adopter. Une rigidité cohérente dans tout le roman, jusque dans les dialogues qui reprennent, dans un langue compassée, les codes obligatoires de l’aristocratie.

Cela n’empêche pas les conflits, entre castes, mais également au sein des grandes familles auxquelles appartiennent deux des trois héros. Le récit démarre au moment où Amalia, qui n’est pas un modèle de tolérance et de souplesse, va voir sa carapace et son monde commencer à se fissurer.

L’inquiétude monte au fil de la narration, savamment orchestrée, jusqu’au final que le lecteur se prend en pleine figure, comme un bon baquet d’eau glacée, même si la catastrophe est annoncée dès le début. 

Pour finir, quelques liens subtils sont tissés avec le premier volume se déroulant dans la capitale du Sud. Un dispositif parfaitement en place, qui attise la curiosité du lecteur et le fait bouillir d’impatience. A quand la ou les, suite(s) ?

Claire Duvivier / Citadins de demain, Capitale du nord – 1, Aux forges de vulcain (2021).

Le retour du hiérophante

Vous vous souvenez peut-être de mon enthousiasme à la lecture du roman de Robert Jackson Bennett Les maîtres enlumineurs. Je faisais part de mon impatience à lire la suite. La voici, la voilà : Le retour du hiérophante.

Attention, si vous avez encore l’intention de lire le premier, arrêtez-vous là, il y a des révélations sur le 1 dans le résumé du 2 ci-dessous …

Si vous n’avez plus en mémoire le précédent roman, souvenez-vous que Sancia, la petite voleuse, ex esclave a fait tomber une des grandes maisons de la très riche Tevanne. En trois ans, elle et ses amis ont commencé à démocratiser la création, la production et l’utilisation de cette magie particulière, l’enluminure. Les choses devraient donc aller en s’améliorant.

Mais une nouvelle menace plane sur la ville. La maison détruite, ou du moins ce qu’il en reste, serait en train de faire revenir à la vie l’être le plus puissant du monde connu, un hiérophante, un des êtres mythiques à l’origine de toute la magie. Ce n’est plus seulement pour leur vie que Sancia et ses amis vont devoir lutter, mais pour la survie de l’humanité.

Comme j’ai une petite restriction par rapport au premier volume, je vais m’en débarrasser tout de suite. Dans le premier, les luttes se déroulaient au ras du sol, dans les rues, dans la boue, entre humains plus ou moins riches, plus ou moins puissants. Là on fait intervenir ce qu’on peut considérer comme des Dieux. Faillibles, pas totalement invulnérables, mais quand même sacrément balaises. Du coup part parfois un poil loin et c’est parfois un peu trop grand spectacle. Mais c’est une toute petite restriction.

Parce que les problématiques soulevées par ces êtres abominables sont très humaines et très actuelles. Elles tournent autour du pouvoir, de l’asservissement, et de l’envie de tous ces grands hommes auto-proclamés de faire le bonheur de l’humanité, envers et contre tout, y compris contre les hommes eux-mêmes.

Et puis ce bon Robert n’a rien perdu de son talent de conteur. Les péripéties s’enchainent, les personnages de Sancia et de ses potes sont extrêmement attachants, et si ouvrez le bouquin, prévoyez quelques jours où on vous laisse en paix pour avaler les 600 pages.

Et puis, comme pour le premier volume, l’auteur continue avec une vraie intelligence à faire le parallèle entre magie et informatique. Cette fois vous aurez droit à des virus, des chevaux de Troie, au réseau et à une apologie du logiciel libre.

Vivement le troisième.

Robert Jackson Bennett / Le retour du hiérophante, (Shorefall, 2020), Albin Michel / Imaginaire (2021) traduit de l’anglais (USA) par Laurent Philibert-Caillat.