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Avec la permission de Gandhi

Abir Mukherjee soigne son entrée en matière pour son troisième roman Avec la permission de Gandhi :

« Un cadavre dans un funérarium n’a rien d’inhabituel. Il est rare en revanche d’en voir un y entrer par ses propres moyens. Cette énigme mérite d’être savourée, mais le temps me manque, attendu que je suis en train de courir pour sauver ma peau. »

Nous retrouvons donc le capitaine Wyndham dans une mauvaise posture. En fuite quand une descente a lieu dans une fumerie d’opium du quartier chinois de Calcutta. Il s’en sort bien entendu, mais quand un peu plus tard il est appelé sur les lieux d’un meurtre, il a la surprise de trouver une infirmière travaillant dans un hôpital militaire tuée de la même façon que le cadavre qu’il a découvert dans ces circonstances rocambolesques. Sauf qu’il ne peut pas le dire.

Dans la ville, la révolte menée par un certain Gandhi fait de plus en plus d’adeptes, les manifestations se multiplient et le prince héritier n’a pas de meilleure idée que de venir faire une tournée en Inde. Autant de circonstances qui vont compliquer le travail de Wyndham et du sergent Banerjee, qui se retrouve pris entre sa loyauté envers les siens et son travail d’enquête auprès de son supérieur et ami. D’autant que les services secrets ne vont pas tarder à s’en mêler.

« Comme dans le premier volume, la qualité de l’écriture et de la narration fait que l’on apprend beaucoup en se passionnant pour l’histoire au premier degré. Que demander de plus ? le troisième volume. » Ai-je écrit en conclusion du second volume. Voilà, le troisième est là, et Wyndham et Banerjee sont devenus des personnages familiers, des amis que l’on a grand plaisir à retrouver.

C’est toujours intelligent, le double regard d’un anglais (assez critique vis-à-vis des puissants de son pays) et d’un indien qui a fait le choix de rester dans la police du colonisateur permet de rendre toute la complexité de la situation. C’est passionnant de découvrir ce lieu et cette époque, assez mal connus (et c’est peu de le dire dans mon cas) du lecteur français. C’est encore plus passionnant à ce moment où le seul nom que je connaissais, à savoir Gandhi commence à apparaitre.

Et pour finir de vous convaincre, l’auteur fait preuve d’une maîtrise impressionnante du suspense dans un final digne des meilleurs spécialistes du polar. Je ne vois pas bien ce qu’il faudrait dire de plus pour que vous lisiez ce troisième volume, si vous avez déjà lu les 2 premiers. Ou que vous vous précipitiez sur les trois si vous ne connaissez pas cet auteur.

Abir Mukherjee / Avec la permission de Gandhi, (Smoke and ashes, 2018), Liana Levi (2022) traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Battle.

La cour des mirages

Je continue avec les sorties francophones de ce début d’année, La cour des mirages de Benjamin Dierstein.

2012. François Hollande bat Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle. Branle-bas de combat chez les grands flics, dans les services secrets, les ministères, les préfectures. Chasse aux UMP, place aux PS. Les dossiers à cacher et à sortir changent de couleur, les anciens protégés deviennent des cibles. C’est le cas de Laurence Verhaeghen, proche de l’UMP et du syndicat de droite de la police qui va devoir revenir à la criminelle de Paris et faire une croix sur ses ambitions. Elle y retrouve un ancien collègue, Gabriel Prigent, en chute libre depuis la disparition de sa fille 6 ans auparavant.

La découverte d’une famille massacrée, père, mère et fils, la gamine ayant disparu, va plonger leur équipe dans l’horreur. Et cela va aller en empirant quand ils découvrent des images pédophiles, et que leur enquête croise celles sur les évasions fiscales des différents responsables politiques, de gauche comme de droite.

S’il y avait un petit, tout petit, reproche à faire à ce roman, c’est qu’il aurait peut-être pu être resserré et que l’accumulation des horreurs décrites, au fur et à mesure des découvertes des flics et des recherches de Prigent sur internet amène le lecteur très proche d’un point de saturation. Point au-delà duquel il peut soit décider que trop c’est trop, et arrêter, soit finir par se détacher face à l’accumulation. De mon point de vue, l’auteur flirte avec cette limite. C’est passé pour moi, ça peut coincer pour d’autres.

Ceci étant dit, si j’avais reproché au précédent roman un manque de tension et une suite de scènes avec un fil narratif parfois lâche, cette fois je suis servi. De la tension il y en a, et la narration est absolument impeccable. On peut même dire que le lecteur en prend plein la tête. Horreurs en cascade, entrecoupées des infos (réelles) sur le affaires de corruption du quinquennat Sarko passé et l’arrivée des nouvelles affaires de celui de Hollande (Cahuzac en tête), sans oublier ce cher DSK. Assaisonnez ça à la rage et à la folie montante des deux flics que le lecteur ressent dans sa chair, et des références à James Ellroy et David Peace ne seraient pas usurpées.

On se fait méchamment secouer et pourtant, comme la tension est à son comble, on ne peut pas le lâcher. Vous êtes avertis, et même si c’est un cliché, cette fois il s’applique vraiment, âmes sensibles s’abstenir. Et pas de happy end, au cas où il faille le préciser.

Benjamin Dierstein / La cour des mirages, Les arènes (2022).

Le carré des indigents

Un retour dans les années 70 pour le premier roman de la rentrée 2022 : Le carré des indigents d’Hugues Pagan.

Nous sommes au début des années 70, la présidence de Pompidou sent la fin. Claude Schneider, passé par la guerre d’Algérie, quitte la police parisienne et revient dans sa ville de jeunesse, quelque part en France. Son indépendance et son détachement n’en font pas le favori de la hiérarchie, mais ses résultats parlent pour lui.

Rapidement il est confronté à une affaire douloureuse, la disparition de Betty, gamine de 15 ans, fille d’un ouvrier veuf, qui n’est jamais rentré de la bibliothèque où elle était allée rendre des livres.

C’est marrant comme fonctionne la lecture et comment chacun y réagit. Dès les premières pages j’ai imaginé Schneider sous les traits de Delon jeune, clope au bec, et c’est lui qui m’a accompagné durant tout le roman. Excellent roman au demeurant, dans lequel, pour moi, tout fonctionne à merveille :

Les images qu’il suscite, cette France des années 70 dans une petite ville de province, les comptoirs de bar enfumés, les restaus à notables, le racisme ambiant totalement décomplexé (voir Dupont Lajoie de la même époque). Les différentes enquêtes, a priori sans liens, qui vont venir se croiser et se mêler. Et surtout la galerie de personnages. Schneider en tête, samouraï mélancolique, mais aussi les flics, du carriériste ridicule à la brute en bleu en passant par les flics qui font consciencieusement leur boulot, et puis tout le carré des indigents, ceux qui n’ont pas voix au chapitre, ceux que les notables méprisent ou haïssent, ignorent ou font matraquer.

Magnifique portraits pleins d’empathie, de dignité et de tendresse jamais larmoyants ni misérabilistes, à l’image du regard que Schneider porte sur eux.

Un beau roman noir, dans la grande tradition, parfaitement maîtrisé, qui donne cette impression si rare que c’est facile d’écrire comme ça sans esbroufe. La marque des grands qui sont au sommet de leur art.

Hugues Pagan / Le carré des indigents, Rivages (2022).

Les rêves qui nous restent

Boris Quercia en avait fini avec Santiago Quiñones, mais pas avec la littérature ni avec le polar. Qu’il aborde par le biais de la SF avec Les rêves qui nous restent.

Une ville coupée en deux, entre la ville des pauvres et celle des riches. Natalio est flic, un classe 5, le plus bas niveau, méprisé par les riches, haïs par les pauvres. Suivi par son robot, bas de gamme et d’occase comme il se doit, il est recruté par Rêves Différents. Cette société offre 2 années d’évasion à des volontaires qui, en échange, acceptent d’être utilisés pendant leur sommeil comme producteurs de cellules pour les rajeunissements des plus riches. Depuis peu, il y a des échanges d’identité parmi les rêveurs.

Alors que la révolte gronde une fois de plus, et que de plus en plus de robots semblent avoir des comportements imprévisibles, Natalio tente de faire son boulot, tout en se posant de plus en plus de questions.

On peut avoir deux sentiments à la lecture de ce nouveau roman de Boris Quercia.

Si on le lit comme une version futuriste de la trilogie de Santiago, on se retrouve en terrain connu, avec un flic perdu dans un monde très hardboiled, corrompu, où les forts écrasent les faibles, et où le narrateur a de plus en plus de mal à accepter son rôle de chien de garde. C’est sombre, efficace, sans illusion mais non sans empathie, du bon roman noir.

Si par contre on le lit comme un roman de SF, on peut finir frustré. Parce que l’auteur brasse une multitude de thématiques, autour de la dépendance aux machines, de leur conscience potentielle, d’une « élite » sans cesse rajeunie en exploitant les plus pauvres, de la fuite de la réalité dans le rêve etc … Et qu’aucune n’est vraiment creusée ni amenée à son terme.

J’avoue que je fais partie de cette deuxième catégorie. J’ai apprécié la partie polar du roman, mais j’aurais aimé un roman plus long pour explorer toutes ces pistes. A vous de vous faire une idée.

Boris Quercia / Les rêves qui nous restent, (inédit en espagnol), Asphalte (2021) traduit de l’espagnol (Chili) par Isabel Siklodi et Gilles Marie.

Adieu poulet !

Excellente idée de la série noire de rééditer Adieu poulet ! de Raf Vallet que je ne connaissais absolument pas. Une plongée délicieuse dans les années 70.

Germain Verjeat, commissaire, excellent flic, tête de mule. Accusé de corruption par une tenancière de bordel, il se trouve face à un juge qui a décidé de se payer sa tête. Quand il s’aperçoit que sa hiérarchie ne fera rien pour le soutenir, et que les pourris de cette ville de province sur qui il a tous les dossiers imaginables ne seront absolument pas inquiétés, il décide de franchir résolument la ligne, de faire un gros coup et de partir à l’étranger. Non sans faire plonger quelques ripoux avant de partir.

Je ne connaissais ni le roman, ni le film, mais la couverture de cette réédition a immédiatement donné à Verjeat la voix et la carrure de l’immense Lino. Il colle tellement bien au personnage. Rien que pour cela c’est un vrai plaisir de lire ce roman, une friandise au goût d’antan.

Enfin, friandise, plutôt un cassoulet ou un bon foie gras, tant on replonge dans ces années où on fumait, mangeait et baisait sans arrière-pensée. Où les flics n’étaient pas des robocop cuirassés de la tête aux pieds, où on n’était pas gouvernés par des gestionnaires les yeux fixés sur les indicateurs de leurs tableaux exel, où déjà les puissants étaient corrompus jusqu’à la moelle, où déjà ils n’étaient jamais inquiétés, où ceux qui nous font des leçons de morale étaient déjà les premiers à se torcher joyeusement avec les règles qu’ils imposent au petit peuple.

Bref, des thématiques intemporelles, mais des dialogues et des attitudes qui fleurent bon les années 70, une intrigue menée tambour battant, et un auteur qui sème un joyeux bordel avec un plaisir évident et communicatif. Rafraichissant.

Raf Vallet / Adieu poulet !, Série Noire (1974 puis 2021).

Retour à Berlin

On a découvert Jacques Moulins avec Le réveil de la bête. Il continue son histoire, toujours avec ses enquêteurs d’europol dans Retour à Berlin.

Deniz Salvère, d’Europol, est persuadé que le groupe de pirates informatiques au service de l’extrême droite qu’ils ont démasqué n’est qu’une partie cachée de ce qui se trame en Europe. Quand tous les membres survivants connus du groupe meurent, les uns après les autres, dans ce qui ressemble à des accidents, il arrive à convaincre sa hiérarchie de le laisser monter une équipe pour enquêter sur une possible organisation terroriste.

Installée à Berlin, l’équipe piétine et n’arrive à rien, tant les témoins disparaissent les uns après les autres. Et si ses collègues commencent à douter, Deniz lui en est certain, il y a une organisation derrière tout ça.

Je concluais ma chronique sur le précédent roman par ceci : « Passage du travail de journaliste au travail d’écrivain parfaitement négocié donc pour un roman ambitieux, complexe sans être compliqué. On ne peut s’empêcher de se demander où est la limite entre les faits mis à jour par le journaliste et l’imagination fertile du romancier. Un peu effrayant et vivement la suite. »

Et cela peut également s’appliquer à ce Retour à Berlin. D’autant plus que le léger défaut du premier roman, à savoir des personnages principaux qui tardaient à prendre chair a été ici parfaitement corrigé. On s’attache beaucoup à Deniz et à ses collègues qui prennent de l’épaisseur, sans que l’auteur néglige les nouveaux personnages secondaires.

Le tableau d’une Europe de plus en plus amnésique, et cédant aux discours démagogiques de l’extrême droite et à sa manipulation des fake news est d’autant plus effrayant qu’il est réaliste.

Et l’intrigue, construite à partir de différent points de vue, est très habilement menée, les pièces du puzzle ne s’assemblant pour former une image complète qu’à la fin.

Enfin pas vraiment complète, tant le roman propose une fin ouverte qui nous rend bien impatients de lire la suite.

Jacques Moulins / Retour à Berlin, Série Noire (2021).

Milliame vendetta

Une sortie au format poche aux Arènes pour un premier roman : Milliame vendetta de Bernard Muñoz.

Milliame, ville imaginaire d’un pays imaginaire qui ressemble à la France. Des quartiers très marqués sociologiquement, une corruption généralisée, des flics ripoux, des camés, des combats clandestins. Bernard Valeria est en pleine déchéance depuis la mort de sa femme. Il n’a aucun souvenir des jours qui ont suivi, est retombé dans la drogue, a perdu son boulot de flic et se retrouve à la sécurité d’un hôtel. Dans le même temps il est obligé de prendre soin d’un père qu’il hait, ancien flic lui aussi, qui devient de plus en plus sénile.

Non loin Franck Caruso sort de prison avec une seule idée en tête : se venger de ceux qui l’ont doublé 15 ans auparavant.

J’ai du mal à me faire une idée de ce roman. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il aligne les clichés comme des perles : flics ripoux, flics camés, vengeance en sortant de prison, combats clandestins, amnésie qui va, bien entendu, être levée à la fin … la ville, l’ambiance, me font penser à Gotham ou aux BD de Franck Miller Sin City, des univers efficace mais qui ne brillent pas par leur subtilité.

Et c’est là que je coince un peu. Soit l’auteur le fait dans cet esprit, parodique et sans se prendre trop au sérieux, et dans ce cas là ça fonctionne, on s’amuse du jeu de massacre sans trop s’attacher à ce qui va arriver, juste pour le plaisir de voir quelqu’un tout fracasser. Soit il croit à une espèce de poésie de la noirceur, voudrait que l’on souffre avec les personnages, que l’on compatisse, et pour moi c’est complètement raté tant je ne crois pas un instant à l’histoire.

Bref, de mon point de vue très subjectif, si vous aimez Sin City, ou le Punisher version Garth Ennis (tient, il faudra que j’en dise deux mots), avec jeu de massacre à coups de lattes et de bastos, vous passerez un bon moment sans vous prendre la tête, si vous recherchez des romans avec un fond social, une intrigue léchée et des personnages réalistes, passez votre chemin.

Bernard Muñoz / Milliame vendetta, Equinox/Les arènes (2021).

Garde le silence

Je découvre l’univers de Susie Steiner avec son troisième roman traduit et publié en France : Garde le silence.

Le corps d’un jeune travailleur lituanien est retrouvé pendu non loin du commissariat. Une note laissée accrochée à son pantalon amène l’inspectrice Manon Bradshaw à ouvrir une enquête pour meurtre.

Dans cette petite ville où les tensions entre une classe modeste anglaise au chômage et des travailleurs d’Europe de l’Est traités comme des esclaves par des gangs négriers sont à leur comble, alors que le leader d’extrême droite local monte les populations contre les étrangers, l’enquête sera tout sauf sereine.

Si l’on ajoute à cela des soucis de couple, certains collègues qui ne font rien, et une supérieure qui ne connait rien au métier mais ne jure que par les réseaux sociaux, les médias et le management « moderne », la vie de Manon ne va pas être simple.

Nos amis anglais sont décidément les rois, et reines, du roman procédural. Sans crier au génie, on peut dire sans grand risque de se tromper que Susie Steiner s’inscrit dans la lignée des John Harvey, Graham Hurley et plus récemment Eva Dolan. Garde le silence fait d’ailleurs penser, par son traitement et ses thématiques, au très bon Les chemins de la haine.

Pas de révolution thématique ou stylistique donc, mais une enquête solide et des personnages réellement incarnés dont on partage les doutes, les joies, les peines et les colères, autant concernant leur vie privée que publique. Comme pour le titre précédemment cité, on ne peut qu’être effaré en lisant les descriptions des conditions de vie des travailleurs clandestins dans un pays qui est, quand même, l’un des plus riches du monde, et une des plus vieilles démocraties.

Susie Steiner évite l’angélisme et le manichéisme, et on referme le bouquin en se disant, comme sa Manon Bradshaw décidément très attachante, qu’il n’y a pas beaucoup de solutions et que le système finit par punir des pauvres gens qui sont déjà victimes autant, sinon plus, que bourreaux. Pas de blanc et noir, que du gris, bien sombre.

Susie Steiner / Garde le silence, (Remain silent, 2020), Les arènes / Equinox (2021) traduit de l’anglais par Yoko Lacour.

Docile

Revoilà Milo Malart, le flic torturé de l’écrivain barcelonais Aro Sainz de la Maza. Il revient dans Docile.

Au petit matin un adolescent couvert de sang apparaît devant un commissariat et s’écroule. Il a été frappé, mais le sang dont il est couvert n’est pas seulement le sien. Il est immédiatement amené à l’hôpital. Dans la matinée, non loin de là, une famille entière est découverte massacrée. Cinq morts, seule une fillette de 2 ans a survécu. Ils ont tous été frappés à mort avec des pierres.

Alors que tout semble accuser le jeune homme qui n’a toujours pas repris connaissance, Milo, contre tous ses collègues doute. Dans une ville déboussolée par les manifestations des indépendantistes et des antis, et sous la menace d’attentats islamistes, 5 jours de folie attendent Malart et ses collègues.

Aro Sainz de la Maza poursuit sa description de Barcelone aux mains de quelques familles, même si ce n’est pas le sujet central de ce dernier roman. On retrouve son flic, Milo Malart, toujours hanté par la peur de la folie. Une folie qui trouve un écho dans celle que frôlent les ados qui sont au centre du récit. Et dans celle d’une ville qui vit au rythme des manifestations, avant de subir à son tour en Europe les attaques du terrorisme islamiste.

Tout cela donne une tonalité étrange et sombre à un récit qui va aller en s’accélérant au fur et à mesure que Milo affronte l’étrange jeune homme qui seul sait ce qu’il s’est passé. Un roman auquel on s’attache progressivement pour ne plus le lâcher.

Aro Sainz de la Maza / Docile, (Dócil, 2020), Actes Sud (2021) traduit de l’espagnol par Serge Mestre.

Le sniper, son wok et son fusil

Rentrée en fanfare et feu d’artifice à la série noire avec Le sniper, son wok et son fusil du taïwanais Chang Kuo-Li.

Ai Li, dit Alex, a quitté un temps son wok et le riz sauté qui fait le bonheur des touristes et des habitants dans le Cinque Terre pour venir abattre, sur la place de la fontaine de Trevi, la cible que lui a indiqué son contact taïwanais. Il ne sait pas qu’il est lui-même la cible d’un autre sniper.

A Taïwan, le superintendant Wu se retrouve, à 12 jours de la retraite, avec un suicide louche et un meurtre. Deux militaires. Il a donc l’armée dans les pattes, lui qui veut finir sa carrière proprement. Et ce n’est que le point de départ.

Voilà de quoi vous requinquer si vous avez un peu le moral dans les chaussettes. De l’action en veux-tu en voilà, de l’humour, une belle construction, classique avec ses aller-retours vers le passé, mais diablement efficace, des personnages attachants, des recettes qui vous donnent l’eau à la bouche, du suspense, une écriture dynamique … Et toute ressemblance avec les magouilles infernales connues ici sous le nom des « frégates de Taïwan » est forcément le pur fruit du hasard.

Un vrai pur plaisir de lecture au premier degré, et en plus c’est loin d’être bête. Ce serait vraiment dommage de passer à côté.

Chang Kuo-Li / Le sniper, son wok et son fusil, (炒飯狙擊手, 2017), Série Noire (2019) traduit du mandarin (Taïwan) par Alexis Brossollet.