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Un écrivain public pas très convainquant

L’écrivain public de Dan Fesperman est annoncé comme « Elu meilleur roman policier de l’année par le New York Times ». Pas par actu du noir …

FespermanNew York, hiver 1942. Woodrow Cain arrive du sud, après une affaire délicate qui l’a obligé à quitter la police de la petite ville où il vivait avec son épouse et sa fille. Séparé, il a laissé la gamine à sa sœur et n’a dû son emploi dans la police de New York qu’à l’influence de son beau-père, avocat dans un grand cabinet. Il est mal vu par ses collègues, son chef lui refile tous les chats écrasés, et un grand flic du commissariat central lui demande de mener discrètement une enquête interne pour déceler les ripoux de son secteur. Tout va pour le mieux.

Sa première affaire sérieuse concerne un cadavre trouvé dans le fleuve. Le mort est d’origine allemande et Woodrow va devoir aller enquêter dans les milieux des sympathisants nazis de New York. Il est aidé par un étrange écrivain public au lourd (et mystérieux) passé. Il va alors mettre en lumière des liens contre nature entre flics et truands.

Evacuons tout de suite cette histoire de meilleur polar de l’année. C’est vrai, mais pas tout à fait. Il a été choisi parmi les 10 meilleurs polars de l’année. Et en voyant les 10 romans de 2016 et 2017 je me suis aperçu que les goûts en matière de polars du critique du journal sont un peu différents des miens. On y trouve Lee Child, Michael Koryta, Louise Penny, ou Donna Leon, au côté de Don Winslow. Mélange étrange …

Bref, pourquoi L’écrivain public ne se retrouvera certainement pas dans les 10 d’actu du noir ?

On apprend dans la quatrième que l’auteur est reporter de guerre et auteur de romans policiers. Ici j’ai trouvé plus le reporter que l’auteur. Le climat de l’époque est bien recréé, visiblement l’auteur a fait des recherches et relate des faits avérés. Le lieu et le moment sont intéressants. Bref l’idée historique de départ est bonne.

C’est le côté roman qui pêche. Tout d’abord il y a trop d’histoires menées en parallèle, et l’auteur semble parfois se perdre sans aller au bout d’aucune. Comme s’il n’avait pas su choisir entre de multiples thèmes, et du coup tout raconté, mais tout trop vite et sans creuser. Et malheureusement, une bonne partie des solutions arrivent trop facilement grâce à cet écrivain public mystérieux qui se révèle omniscient, sait tout sur tous, a accès à tous les milieux et à toutes les histoires. Je n’ai pas réussi à croire au personnage.

Ensuite les personnages justement. Ils ne sont pas approfondis non plus. Les révélations sur leur passé sont téléphonées, quand ils devraient être affectés par les événements traumatiques qu’ils vivent, on les sent à peine tristounets, ça manque de sentiment, de tripe, de rage, d’amour. Bref c’est plat et on se fiche un peu de ce qui leur arrive, à eux et à leur entourage.

En résumé, une bonne idée, pas forcément bien traitée. Bien vu mal fait comme on dit, pour résumer un peu méchamment.

Dan Fesperman / L’écrivain public (The letter writer, 2016), Cherche midi (2018), traduit de l’anglais (USA) par Jean-Luc Piningre.

Jolie conclusion de la trilogie des ombres

Je n’avais pas été complètement convaincu par le précédent roman de la trilogie, je le suis davantage par le dernier tome : Passage des ombres d’Arnaldur Indridason.

indridasonReykjavik aujourd’hui. Un vieil homme est trouvé, mort, dans l’appartement qu’il occupait seul depuis des années. Une mort qui semble naturelle, mais la légiste s’aperçoit qu’il a été étouffé. Konrad, flic à la retraite, décide de s’intéresser à l’affaire sur la demande d’une ancienne collègue. Dans les tiroirs du défunt il retrouve trois coupures de journaux, concernant la mort d’une jeune fille, en 1944.

Soixante ans plus tôt, alors que l’Islande sur le point de devenir indépendante est sous occupation américaine, le corps sans vie d’une jeune femme est trouvé par un soldat américain et son amie islandaise. Flovent, un des premiers flics de la criminelle en Islande, et son collègue et ami Thorston de la police militaire américaine mènent l’enquête.

A mon humble avis, ce n’est pas le meilleur roman d’Indridason, et je le trouve plus émouvant et plus juste dans la série Erlendur. Ceci dit, il est quand même excellent, et retrouve un peu de l’épaisseur des personnages que je n’avais pas trouvé dans précédent ouvrage de la série.

Il faut déjà dire que la construction, avec ces deux histoires qui se répondent à plus de 60 ans d’écart est parfaitement maîtrisée et que le résultat est assez jouissif. Certes ce n’est pas le premier auteur qui nous promène ainsi entre présent et passé, c’est même un procédé assez classique dans le polar. Mais seuls les très bons le maîtrisent à ce point, laissant le lecteur dans le doute jusqu’au dernier moment, ne lui révélant tous les liens entre les deux affaires que petit à petit.

L’auteur a également l’habileté de donner assez d’éléments du contexte historique pour comprendre l’intrigue et les motivations des personnages, et de laisser assez de points dans l’ombre pour donner envie au lecteur d’aller voir ailleurs quels sont ces événements touchant l’Islande dont il parle. C’est peut-être moi qui suis complètement ignare, mais j’ignorais tout de la récente indépendance de l’Islande !

Pour finir, les victimes sont particulièrement émouvantes, la description de l’extrême vieillesse touchante, et quelques personnages secondaires hauts en couleur viennent pimenter un petit peu cette Islande crépusculaire. Un bon roman du maître islandais.

Arnaldur Indridason / Passage des ombres (Skuggasund, 2013), Métailié (2018), traduit de l’islandais par Eric Boury.

Perro Lascano, avant Videla

Revoici chez nous l’auteur argentin, Ernesto Mallo et son policier « Perro » Lascano découvert il y a quelques années avec L’aiguille dans une botte de foin. Il revient et remonte le temps dans La conspiration des médiocres.

MalloPour ceux qui connaissent le personnage et les trois romans qui lui ont été consacrés, nous sommes avant le premier volume, juste avant la dictature de la junte de Videla. L’Argentine est déjà ensanglantée par la main mise sur le pays de José Lopez Rega, créateur de la Triple A, une milice d’extrême droite composée de policiers qui assassinent en toute impunité les militants de la gauche péroniste.

Perro Lascano ne fait pas partie de la milice, il est bien trop intègre et humain pour ça. Il est plutôt vu comme un casse-bonbons par ses collègues. Son seul ami : Fuseli, le médecin légiste. Ce jour-là il est appelé pour constater un suicide : un allemand du nom de Böll s’est tiré une balle dans la tête après avoir laissé une lettre d’adieu. Mais quelque chose cloche, et Perro va se retrouver mêlé à des luttes entre anciens nazis, et se mettre en travers du chemin des policiers qui les soutiennent. La seule chose qui le maintienne : la rencontre avec Marisa, une jeune traductrice croisée par hasard dans les couloirs du commissariat qui va l’aider dans son enquêter et dont il va tomber éperdument amoureux.

Si vous avez déjà lu les romans d’Ernesto Mallo, vous savez à quoi vous attendre.

On retrouve Perro Lascano, têtu, humain, tendre, passionné, écœuré par ce qu’il voit autour de lui et par l’impunité des milices de pourritures qui tuent impunément à bord de leurs Ford Falcon. On retrouve ces personnages de pourris, méchants comme des teignes, qui prêteraient à rire, engoncés dans leurs uniformes ridicules, déguisés comme de sinistres clowns, s’ils n’étaient pas si dangereux. On retrouve l’humour et l’humanité des dialogues entre Perro et Fuseli, l’amour désabusé pour un pays, une ville et ses habitants les plus humbles, martyrisés par des policiers corrompus qui préparent ici la dictature militaire à venir.

Et malgré cela, Lascano ne peut s’empêcher d’aimer, d’espérer, de se battre.

Et si vous découvrez cet auteur avec ce roman, la bonne nouvelle est que vous pouvez commencer avec La conspiration des médiocres, vu qu’il se déroule juste avant le premier roman écrit par l’auteur. Ensuite, si comme moi vous êtes conquis, il ne vous restera plus qu’à lire les trois autres, dans l’ordre cette fois !

Ernesto Mallo / La conspiration des médiocres (la conspiración de los mediocres, 2015), Rivages (2018), traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton.

Un nouvel enquêteur polonais

Après Miloswevski, je découvre un nouvel auteur polonais : Wojciech Chmielarz : La ferme aux poupées.

chmielarzL’inspecteur Mortka, de Varsovie, a été envoyé quatre mois dans une petite ville de montagne. Sous prétexte d’échange, en fait suite à une affaire qui s’est terminée dans la violence. Alors qu’il pense pouvoir passer quelques semaines tranquille, une petite fille disparait. Puis ce sont les cadavres mutilés de quatre femmes qui sont découverts.

Le séjour champêtre est terminé, et même si Mortka n’a aucun statut officiel, c’est sur lui que l’enquête va s’appuyer. Une enquête qui pourrait transformer la petite ville en poudrière quand elle commence à regarder du côté de la communauté rom, pas particulièrement bien vue par le reste de la population.

Voilà un polar solide qui ne va pas changer le monde, mais qui s’inscrit dans la tradition, en apportant sa touche personnelle.

La tradition c’est celle des polars procéduraux, où l’on suit un flic dans ses enquêtes mais également dans ses problèmes personnels. On s’attache très vite à Mortka, et on aura très plaisir à le suivre avec ses doutes, ses révoltes et son opiniâtreté dans de prochains volumes qui sont sans doute déjà écrits.

Les personnages secondaires sont aussi très réussis, flics d’une petite ville dépassés par une affaire dont ils n’ont pas l’habitude, enfermé dans un racisme ordinaire qu’ils partagent avec des concitoyens qu’ils connaissent tous ;

L’intrigue est très habilement menée, et le lecteur se laisse embarquer avec un très grand plaisir.

Et grâce à l’auteur nous découvrons un petit coin de Pologne, loin de la capitale, où le racisme anti roms est tellement installé qu’il ferait passer nos hommes politiques de droite et d’extrême droite pour des humanistes. Une province qui végète, se meurt peu à peu, avec tous les problèmes que cela suscite. Et un focus sur les violences faites aux plus faibles, souvent les mêmes, les femmes, jeunes et étrangères.

Plus que recommandable donc, en attendant le suivant.

Wojciech Chmielarz / La ferme aux poupées (Farma lalek, 2013), Agullo (2018), traduit du polonais par Eric Veaux.

Pas de cèpes pour Soneri

Au risque de me répéter, en ce moment, j’adore les polars italiens. En trois romans Valerio Varesi est devenu un habitué, un auteur dont on attend avec impatience chaque nouvelle traduction consacrée à son commissaire Soneri. Le dernier chez nous ? Les ombres de Montelupo.

VaresiCela devait être des vacances. Le commissaire Soneri a pris quelques jours, en novembre, pour retourner dans son village natal, arpenter les bois du Montelupo pour chercher des champignons, comme il le faisait avec son père. Mais dès son arrivée, au bar ou à l’auberge, à demi-mots, on lui fait comprendre que quelque chose ne va pas dans la famille Rodolfi.

Le père avait fait fortune après la guerre, dans la charcuterie. Il est d’ici, il parle le dialecte et marche dans les bois. Son entreprise fait plus ou moins vivre tout le village. Mais le fils … Le fils parle anglais, ne vient jamais, joue en bourse … Et surtout cela fait un moment qu’on ne le voit plus.

Jusqu’à ce qu’on découvre son cadavre, et que le père se suicide. La quiétude de Soneri, et la cueillette des champignons sont bien compromises et le tableau idyllique de son enfance va être mis à mal.

Dans un paysage imposant, étincelant dans la lumière froide de l’automne, ou caché par le brouillard, la cupidité, le mensonge, le secret et les rancœurs vont définitivement gâcher les vacances du commissaire, mais également le souvenir de son enfance, et le faire douter sur l’image qu’il gardait de son père.

Dans le village, l’arrivée massive de l’argent a fait voler en éclat une solidarité de façade, déjà bien mise à mal par les années de guerre, qui ont vu certains résister, et d’autres profiter. Voire faire les deux, histoire d’assurer ses arrières quoi qu’il arrive.

Paysage magnifiquement décrit, on se croit en balade avec Soneri dans ces bois, on débouche avec lui en plein ciel, on sent la neige qui arrive. Des personnages hors du commun, comme le père Rodolfi et son ennemi intime Le Maquisard, seul point fixe avec la montagne dans une société qui perd ses repères. Une intrigue savamment menée, qui nous perd dans les doutes et le brouillard avant que la lumière ne soit faite. Et une désolante mais ô combien réaliste peinture des dégâts causés par l’arrivée trop rapide d’une importante masse d’argent dans une communauté anciennement condamnée à la frugalité.

Et puis comme dit un personnage avec lequel je ne peux qu’être d’accord : « L’argent rend beau même ce qui est moche, bougonna l’aubergiste. Ça a toujours été de voyous, lança-t-il ensuite, plein de colère, sa voix brisée qui semblait masquer une plainte. Il faut bien l’être pour amasser autant d’argent, non ? »

Encore une très belle réussite de Valerio Varesi, pleine de nostalgie, de sensibilité et d’intelligence.

Valerio Varesi / Les ombres de Montelupo (Li ombre de Montelupo, 2005), Agullo (2018), traduit de l’italien par Sarah Amrani.

Beau travail, qualité scandinave

J’ai manqué le premier roman traduit du norvégien Jørn Lier Horst, et au vu de quelques blogs louangeurs, j’ai décidé de prendre le train en marche avec le second : Les chiens de chasse.

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)Un soir qu’il se repose dans le café tenu par son amie, William Wisting est appelé par sa fille Line. Elle travaille dans un grand journal de la ville et veut l’avertir qu’il va faire la une de l’édition du lendemain. Rudolf Haglung, qu’il avait arrêté 17 ans plus tôt pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Cecilia Linde est sorti de prison, et avec son nouvel avocat prétend qu’ils peuvent prouver que la police, à l’époque, avait trafiqué les preuves, et omis sciemment d’entendre un témoin qui aurait pu le disculper.

Dès le lendemain, William est mis à pied par le nouveau patron de la police. Il décide de reprendre toute l’affaire, et Line, persuadée de son innocence, décide de l’aider. Dans le même temps, l’avis de disparition d’une nouvelle jeune femme arrive au poste. Une double course contre la montre s’engage.

Si ce polar ne va pas changer le genre, on a ici du très beau travail, de la qualité scandinave, dans la continuité d’un Henning Mankell.

Tout parait simple et évident dans ce roman. Les personnages sont parfaitement crédibles, l’auteur a pris le parti de s’éloigner des clichés de policiers borderline, pour en faire des flics dans la norme sans pour autant être ennuyeux, des flics comme Wallander, on Resnick par exemple.

L’intrigue multiple, le double suspense de savoir si le coupable de l’époque est ou pas coupable, et, indépendamment, si quelqu’un a effectivement trafiqué les preuves sont savamment, patiemment et très efficacement menés.

Et l’histoire prenante du début à la fin se double d’une réflexion intéressante sur le travail des flics, leur tendance, une fois qu’ils ont identifié un suspect, à ne chercher que les indices à charge, et également sur l’impression de se trouver pour une fois, de l’autre côté, du côté de celui sur qui on enquête.

Il résulte de tout cela un polar que l’on lit avec beaucoup de plaisir, qui porte à réfléchir, et qui donne envie de retrouver William et sa fille.

Jørn Lier Horst / Les chiens de chasse (Jakthundene, 2012), Série noire (2018), traduit du norvégien par Hélène Hervieu.

87° District, volumes 11 à 15

De temps en temps, quand j’ai besoin de souffler ou de lire du très bon sans risque de me tromper, je continue l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Dont voici les cinq volumes suivants.

McBain 12Nous sommes maintenant en 1960. Et il pleut sur Isola dans La main dans le sac. Genero, un des flics de base du 87° voit une silhouette en manteau oublier un sac à un abris bus. Quand il veut le rendre, la silhouette a déjà pris le bus. Une grosse surprise attend Genero, dans le sac : une main. Un suspense parfaitement maîtrisé, des dialogues toujours au cordeau, un tour dans le milieu des impresarios de seconde zone et des clubs de striptease, et un petit coup de flash sur Hernandez, flic d’origine portoricaine qui subit les agressions du flic le plus imbécile et raciste du 87°, et qui se trouvera au centre d’une historie à venir.

Toujours en 1960 dans A la bonne heure. Nous sommes au printemps, le roman débute sur une magnifique description du personnage principal de la série en ce mois d’avril : Isola, alias New York. Puis on rentre dans le vif du sujet de façon très intrigante : un commerçant reçoit des menaces de mort. Soit il quitte un local, pourtant très quelconque, avant la fin du mois, soit on le tuera. Un mystère incompréhensible pour Meyer Meyer qui le reçoit. Ailleurs, d’autres commerçants sont menacés, mais le tableau d’ensemble n’apparaît pas … Incroyable construction par un génie du crime qui va revenir plus tard dans la série : Le Sourd, adversaire redoutable du 87° district, qui déjà en 1960, s’amuse à provoquer la police, comme le feront bien plus tard les serial killers. Une plongée également dans une autre époque, où l’on pouvait se balader dans New York en trimballant des bombes, pour aller les déposer dans des endroits publics sans jamais être contrôlé par quiconque.

McBain 13Juillet et canicule pour une incursion dans le quartier portoricain de la ville dans Mourir pour mourir. Un truand qui a déjà échappé plusieurs fois à la police a été repéré dans le quartier. Tout le 87° va venir au rendez-vous, devant une population partagée entre ceux qui voient dans le tueur un héros qui affronte une police raciste pour qui tout portoricain est un délinquant, et ceux pour qui il est un tueur qui jette le discrédit sur toute une population et tout un quartier. Mais même au sein du 87°, entre Hernandez qui veut prouver qu’on peut être d’origine portoricaine et être un bon flic, respectueux de la loi et de la population quelle que soit son origine, et Parker sale con raciste, tout n’est pas qu’ordre, calme et sérénité. Ajoutez à cela des jeunes qui rivalisent de provocations et de violence arbitraire juste pour « se faire respecter » et appartenir à tel ou tel gang en vue, et vous avez un épisode toujours aussi prenant, mais particulièrement noir, sombre et social. Un épisode qui nous montre que les problèmes liés à une immigration mal reçue et mal intégrée, à des jeunes de quartiers difficiles qui se sentent repoussés et rejetés et réagissent violemment, ne date pas d’aujourd’hui. Et que malheureusement les discours et le manque de réactions intelligentes sont les mêmes depuis, au moins, 1960.

McBain 15Démarrage particulièrement dramatique pour Le dément à lunettes. Un massacre en apparence arbitraire et absurde dans une librairie : trois morts. Steve Carella et Bert Kling sont envoyés sur place. Claire, la fiancée de Bert est une des victimes. Un volume particulièrement émouvant qui illustre bien comment cette série permet de suivre l’évolution de la société des années 50 à nos jours. Ici, au centre de l’enquête, la question de l’avortement, interdit en 1961 aux US. Avec toutes les conséquences de l’interdiction sur les jeunes femmes qui, pour une raison ou une autre, veulent avorter et sont obligées de la faire de façon illégale, au risque de leur vie. Avec également les questions autour de ceux et celles qui luttent pour le droit, et les questions autour de l’application de la loi par les flics. Tout cela, comme toujours sans jamais tomber dans le pamphlet ou le prêche, juste en racontant avec cette facilité apparente qui est la marque du génie d’Ed McBain.

On termine avec On suicide. Un volume moins dramatique, plus concentré sur l’intrigue, qui met en lumière les difficultés des relations humaines, en ce printemps 1962 qui semble pourtant inspirer bonne humeur et espoir. Même Steve Carella, qui vient d’échouer à empêcher le suicide d’une jeune fille est morose. Quand deux jeunes se suicident à leur tour en s’empoisonnant au gaz, il lui semble que quelque chose cloche dans la scène. Une enquête va le confronter aux mensonges des uns et des autres. Un épisode émouvant et comme toujours parfaitement mené.

Ed McBain / 87° District volumes 11 à 15 :

(11) La main dans le sac (Give the boys a great big hand, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(12) A la bonne heure (The heckler, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Claire Céra.

(13) Mourir pour mourir (See them die, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Georges Monny.

(14) Le dément à lunettes (Lady, lady, I Dit it !, 1961), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(15) On suicide (Like love, 1962), traduit de l’anglais (USA) par Chantal Wourgaft.