Archives du mot-clé Nouvelles

Toutes les nouvelles d’Ayerdhal

En toute fin d’année dernière à propos de la lecture du dernier recueil de nouvelles de Jean-Claude Dunaych, je vous disais que j’étais en train de lire, petit à petit, Scintillements, l’intégrale de celles d’Ayerdhal. Ca y est, j’ai fini.

ayerdhalL’éditeur a donc rassemblé toutes les nouvelles, et il a ajouté quelques interviews et une préface de Pierre Bordage.

Même si la nouvelle n’était pas la distance littéraire de prédilection d’Ayerdhal qui aimait avoir l’espace d’un gros roman pour déployer son imagination, ses univers et ses trames politiques, ce recueil montre qu’il a quand même écrit quelques textes courts inoubliables. Bien sûr, le niveau est inégal, mais ne serait que pour quelques pépites, il vaut le détour, ravivera la nostalgie des fans et pourra convaincre de nouveaux lecteurs de découvrir toute son œuvre.

Je ne les citerai pas toutes (il y en a quarante), mais

  • J’ai aimé la cruauté sensuelle de Vieillir d’amour, une variation originale sur le thème de la télépathie.
  • J’ai adoré la superbe histoire d’amour fou de L’adieu à la nymphe, et sa chute digne des plus grands spécialistes de la nouvelle.
  • La troisième lame et Pollinisation sont un peu à part, longues nouvelles, partie prenante de l’univers romanesque de l’auteur, elles lui permettent de développer ses personnages et ses idées politiques. Tout en réservant au lecteur quelques belles surprises. J’adore.
  • Scintillements qui donne son titre au recueil est bouleversante, magnifiquement construite et superbe réflexion sur la guerre, la paix, le sacrifice.
  • Notre terre est une réflexion amère et noire sur notre capacité à détruire ce qui nous entoure, même avec la meilleure volonté du monde, mais non sans une bonne dose d’égoïsme. Avec là, en l’occurrence, un environnement qui n’est pas dépourvu de moyens de défense assez expéditifs.
  • Pour les plus tout jeunes (comme moi !), Les seigneurs de la firme, hommage à l’albinos maudit le plus célèbre de la fantasy des années 70, est une variation très intelligente, où la fameuse épée qui a fait fantasmer plus d’un joueur de jeux de rôle se retrouve sous une forme pour le moins surprenante.

Sinon, on croise, au détour d’une nouvelle, Mozart, un chasseur devenu chassé, une version de Jésus pas très catholique, un président mort mais pas tout à fait, Tem alias Temple Sacré de l’Aube Radieuse, aimablement prêté par son ami Roland Wagner et une multitude d’autres personnages …

A noter à la fin de l’ouvrage une très longue et très passionnante interview par Richard Comballot qui revient sur toute sa carrière jusqu’à ses deux premiers thrillers (Transparence et Résurgence), ainsi que sur ses engagements, ses idées, ses amitiés et ses colères.

Un livre indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à Ayerdhal, à la SF française, et à la SF en général.

Ayerdhal / Scintillements Au Diable vauvert (2016).

Dunyach et Ayerdhal

Quelques nouvelles de SF pour finir l’année. Des nouvelles écrites par l’un des plus grands spécialistes français, dont je n’ai, étonnamment, pas encore eu l’occasion de causer ici : Jean-Claude Dunyach. Le dernier recueil s’appelle Le clin d’œil du héron.

  • Est-il illusionniste ? Magicien ? Elles ne le sauront pas. Mais il leur aura fait découvrir un peu de la magie d’Amsterdam, avant de laisser traverser un héron et de repartir, vers d’autres rencontres.
  • La perfection et l’acte d’amour peuvent-ils devenir des formes d’art ?
  • L’astrophysique et l’informatique permettent-elles de mesurer Dieu ? Et de sentir quand il nous quitte ?
  • Qui peut franchir les portes entre les mondes ?
  • Comment rencontrer vraiment les stars immortelles, celles dont l’image nous a fait rêver et fantasmer ?
  • Comment vivent les anges dans notre monde matérialiste, et à quoi doivent-ils renoncer ?
  • De quoi sera fait le luxe dans un futur proche ?

dunyachAutant de questions posées, ce qui ne veut pas dire autant de réponses données. Cela faisait longtemps que j’attendais ce huitième recueil des nouvelles de Jean-Claude Dunyach. Un recueil magique et scientifique, toujours humain, terriblement humain. Un recueil tout en saudade, cette mélancolie souriante qui caractérise si bien son écriture. Un recueil qui donne à penser, à réfléchir, qui ouvre des portes sur d’autres mondes tout en nous faisant nous interroger sur le nôtre.

Un recueil où il manque le petit mot de l’ami Ayerdhal. Mais Jean-Claude Dunyach a quand même su lui donner la parole, en citant en quatrième un extrait d’un de ses romans les plus bouleversants, Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé.

ayerdhalJ’en profite pour signaler, au Diable Vauvert, la parution cette année d’une intégrale des nouvelles d’Ayerdhal : Scintillements. La nouvelle n’était pas sa distance préférée, il aimait les longs romans qui lui permettaient de développer ses idées, ses rages, et ses trames. Mais c’était un exercice qu’il était loin de dédaigner, comme le prouve cette intégrale que je découvre, petit à petit. On y retrouve ses indignations, son humour iconoclaste et ses personnages hors norme.

Dunyach et Ayerdhal, deux auteurs qui seront toujours associés dans mon imaginaire de lecteur, par la grâce de ce roman magistral qu’est Etoiles mourantes. Deux auteurs que je suis très heureux d’associer de nouveau en cette fin d’année en lisant, tour à tour, les nouvelles de l’un et de l’autre.

Il faut lire ou relire Ayerdhal, et il faut lire tous les recueils de nouvelles de Jean-Claude Dunyach.

Jean-Claude Dunyach / Le clin d’œil du héron, L’Atalante / La dentelle du cygne (2016).

Ayerdhal / Scintillements, Au Diable Vauvert (2016).

Le Far west de Marcus Malte

Tiens, je continue avec les Marcus. Après Marcus Sakey, deux nouvelles noires, de Marcus Malte, publiées chez In8 : Far West.

MalteLes Cowboys, c’est le bureau du shérif d’un bled du Mississippi. Un bureau alerté par un coup de fils : un gus se balade avec un énorme lézard en laisse. A priori pas un délit quand même. Et le bureau du shérif en reçoit d’autres des coups de fils saugrenus. Il parait même que certains ont des relations avec des lamas ! Mais attention que derrière la farce ne se cache pas quelque chose de plus sinistre.

Les indiens, ce sont ceux d’Amazonie. La disparition de leur forêt met Lila très en colère. Lila, Jo et Damien. Jo et Damien se sont connus en prison. Damien pour des broutilles, Jo l’ancien des forces spéciales pour avoir tué deux hommes. Et Lila venait les visiter. Quand ils sont sortis tous les deux, Lila les attendait et ils ont fait un bout de chemin ensemble. Jusqu’au drame.

En deux nouvelles, joliment rassemblées en forme de clin d’œil avec ses cowboys et ses indiens, tout le talent de Marcus Malte.

Un humour absurde dans la première, un absurde qui peut faire sourire (comme le début de l’histoire du lézard, ou celle du lama), ou un absurde qui fait froid dans la dos avec cette mère qui apprend à tirer au fusil à sa fille … aveugle. Et un absurde qui grince quand même vite, au détour d’une remarque bien bas de front. Et finalement, on finit dans le sinistre, avec un final que l’on sent arriver, bien glauque, dans les dernières pages. Et toujours une superbe histoire d’amour, racontée magnifiquement en quelques lettres, et qui finit mal, on s’en doutait. On sourit et on a le cœur serré.

Et une sorte d’errance plus classique dans la seconde, avec encore des histoires d’amour, d’amitié, de rages, de douleurs et de violence. Trois magnifiques personnages, dans la lignée de tous ceux de Marcus Malte qui n’a pas son pareil pour camper des paumés inoubliables, des êtres évoluant à la marge, Zodiak, Romain, Sonia, Mister, Tamara … et aujourd’hui Jo, Damien et Lila. On les aime instantanément (même quand ils font peur), ils ont une humanité, une profondeur, des failles qui les rendent bouleversants. C’est une fois de plus le cas.

Marcus Malte / Far West, In8/Polaroid (2016).

Des nouvelles de Ron Rash

Une dernière lecture en retard et après, promis, j’attaque la rentrée. Je ne pouvais pas mieux finir l’été qu’avec Incandescences, le recueil de nouvelles de l’américain Ron Rash.

RashDe la guerre de sécession à nos jours, en passant par la crise de 29 et le retour de la seconde guerre mondiale, douze nouvelles, essentiellement rurales, qui frappent directement au cœur.

Des êtres qui dérapent comme cette femme, frappée par le deuil, qui fait une fixation sur les jaguars, ou cet homme, universitaire, qui ne peut, malgré sa vie de citadin, se débarrasser de ses peurs et de ses croyances de fils et petit-fils de paysan. Des êtres rendus durs par la pauvreté, la misère ou la guerre.

Les temps difficiles qui se déroule au moment de la grande crise dans un vallon semblable à celui de Une terre d’ombre est bouleversante. Portrait poignant d’une femme rendue si dure par la bataille quotidienne contre la faim, et portrait qui prend aux tripes d’un homme qui tente, quand même, de vivre avec elle sans perdre quelques éclats de générosité.

C’est encore une femme forte qui clôt le recueil avec Lincolnites, dure et forte non par choix, mais par nécessité vitale.

Entre les deux, magnifiques pages sur le retour au pays d’un soldat, sur le désarroi d’un vieil homme dépouillé du peu qu’il a, terrible portrait d’un coin perdu où le fils vole et terrifie ses parents, sur un homme qui ne peut rien faire pour ne pas perdre sa femme, et d’une femme prête à tout pour ne pas perdre son mari …

Il y a des histoires de folie, de douleur, d’amour et de dignité. C’est dépouillé, limpide, tranchant et émouvant. Un concentré de la beauté et de l’humanité de l’écriture de Ron Rash. Magnifique.

Ron Rash / Incandescences (Burning bright, 2010), Seuil (2015), traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Reinharez.

Des nouvelles de Jérôme Leroy

J’aime bien avoir toujours sous la main un recueil de nouvelles. Que je lis peu à peu, dans les interstices laissés par les gros romans. Le dernier est signé Jérôme Leroy : Les jours d’après, contes noirs.

Leroy-contesDeux anciens barbouzes règlent leurs comptes à Lille, sur fond de souvenirs d’amours de jeunesse.

Un hommage aux victimes de Guernica couleur sépia.

Quelques futurs possibles, tous plus déprimants les uns que les autres, quoi que … Le dernier braquage du monde n’est pas dépourvu d’une lueur d’espoir, et l’histoire de zombies est assez méchante pour être drôle …

Un éloge de la paresse.

Un hommage pastiche aux grands du roman d’espionnage réussi ; un autre à K. Dick.

Une histoire de fantôme romantique, un chant d’amour au PC, et une vengeance réjouissante qui envoie un sinistre con en enfer fiscal.

Un match de foot (et oui, Jérôme aime le foot) spécialement dédié à David Peace et un cauchemar d’écrivain.

La plupart de ces nouvelles ne sont pas inédites, j’en avais d’ailleurs déjà lu trois, que j’ai eu grand plaisir à relire.

Des hommages réussis à certains de ces auteurs fétiches (et quelqu’un qui aime, entre autres, David Peace, John Le Carré ou Philip K. Dick ne peut pas être totalement mauvais). Les thématiques chères à Jérôme Leroy : le charme des jeunes filles blondes, les vieilles rues de Lisbonne, les luttes syndicales et politiques, la littérature, la nécessité de prendre le temps, de préférence avec un livre et un verre à la main … Elles sont toutes là, traitées avec humour et légèreté, avec élégance aussi et une certaine distance souriante que permet bien le format court.

Un format court qui autorise aussi des idées assez délirantes qui ne tiendraient pas la longueur, et un humour très référencé qui fait mouche en quelques pages mais agacerait sans doute dans un roman.

Bref, le court va bien à Jérôme Leroy, il lui permet d’être tour à tour méchant, respectueux, romantique, drôle, vindicatif ou songeur. Voire déprimé.

A déguster. En paressant un verre à la main cela va sans dire.

Jérôme Leroy / Les jours d’après, contes noirs, La petite vermilllon (2015).

Carlos Salem : Cuentos

C’est la fête pour les amateurs de Carlos Salem. Après son excellent évangile, voici une autre facette de son talent avec Japonais grillés, un recueil de nouvelles paru chez In8.

Cinq nouvelles dans ce recueil, cinq perles, pas une fausse note.

Salem-JaponaisJaponais grillés est drôle et nous permet de retrouver le tueur à gage très pro et très minutieux de Nager sans se mouiller. Ou au moins un personnage qui lui ressemble étrangement. Humour noir au menu, avec le gouffre entre les atrocités racontées et le ton très neutre et pro du narrateur. Au point qu’on doit réfléchir pour se rendre compte qu’il raconte des atrocités. Et une très jolie chute.

Dans Petits paquets, c’est Poe, le pote de Dieu Junior (ou, là encore, quelqu’un qui lui ressemble étrangement) qui raconte. Une nouvelle très émouvante sur le talent massacré, l’amitié, l’exploitation des plus faibles, sur la lente chute de ceux qui ne trouvent pas leur place dans une société de « gagnants » autoproclamés. Et là encore, très belle chute qui prend aux tripes.

On retrouve Poe, dans un bar (quelle surprise !) dans Comme voyagent les nuages. La nouvelle qui, parmi les cinq, flirte le plus avec l’absurde et le fantastique, ou le rêve. Mais un rêve bien sombre, perdu dans les sous-sols du métro. Une nouvelle dans laquelle j’ai senti un hommage au grand Cortazar, mais je peux me tromper, faudra que j’en discute avec Carlos. Toujours est-il qu’elle m’a fait penser au maître argentin, sans souffrir de la comparaison, ce qui est en soi une sacrée performance !

Des marguerites dans les flaques se déroule de nouveau dans un bar. Dialogue entre le barman et un vieux flic de plus en plus imbibé. Un vieux flic qui ne veut pas lâcher une affaire, bien que tout le monde se fiche du meurtre d’une prostituée. Un vieux flic qui noie son échec dans l’alcool … Jusqu’à l’excellente chute, encore.

Et revoilà Poe dans Mais c’est toi qu’elle aimait le plus, excellente variation sur le thème de la femme fatale mais fragile. Fort bien écrite, très bien construite, avec encore une chute parfaite.

Bref, cinq pépites, des personnages émouvants, des bars la nuit, de l’humour noir, un hommage aux grands classiques du polar et de la littérature argentine. Que vous faut-il de plus ?

Carlos Salem / Japonais grillés??, ??), In8/Polaroïd (2015), traduit de l’espagnol (Argentine ?) par Judith Vernant.

Blues et nouvelles avec Marc Villard

Un nouveau recueil de nouvelles de Marc Villard, c’est toujours une bonne nouvelle. Le dernier en date s’appelle Harmonicas et chiens fous.

villard-harmonicaLa frontière franco-belge. De la musique américaine (blues, rock ou cajun). Des hommes, des femmes et des gamins souvent paumés, revenus de tout ou en route vers on ne sait quoi. Un peu de drogue (pas trop), de l’alcool, du foot (pas trop non plus), et des relations compliqués, avec un amour, un fils, un père …

Et dix histoires ciselées dans le style impeccable de Marc Villard, qui racontent la peur d’avoir perdu une gamine ; le plaisir d’une virée, même morne, avec un fils qu’on ne voit pas souvent ; la joie de partager un moment de musique ou la lente descente dans la folie.

Dix histoires qui, pour une fois, ne finissent pas toutes mal. Dix bouts de trajectoires humaines, dix morceaux de blues. Certains en fin de vie comme le rappel à la fin du concert, d’autres juste au milieu, qui finissent en suspens, attendant le morceau suivant. Dix tranches de vie à déguster tranquillement, au son d’un blues du delta, d’une guitare bien grasse, ou de l’harmonica de Milteau.

Marc Villard / Harmonicas et chiens fous, Cohen & Cohen (2015).