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87° District, 21 à 25

L’été est favorable à la lecture du 87° District d’Ed McBain : volumes 21 à 25 nous entrons dans les années 70.

McBain-21Le 21° volume, 80 millions de voyeurs nous amène dans le monde de la télévision. Stan Gifford est un amuseur, ancien acteur de cabaret qui a maintenant son émission de télévision regardée en direct par des millions de spectateurs, dont Steve Carella. Et c’est en direct, pendant son show, qu’il s’écroule, mort empoisonné. Comme les studios se trouvent dans le 87° district, c’est Steve et Meyer Meyer qui sont en charge de l’affaire. En parallèle Bert Kling doit protéger une jeune femme, harcelée par une brute qu’elle ne connait absolument pas. Le problème est que la demoiselle a déjà eu affaire à Bert, et qu’elle ne le supporte pas. Humour, intrigue parfaite, dialogues étincelants, et cette manière incroyable qu’a Ed McBain de nous intéresser aux procédure les plus arides de l’enquête policière, ici l’identification d’un poison possible à partir du travail de la police scientifique, magie de l’écriture d’un maître ! En prime, la peinture sans concession du milieu de la télévision. Quand je vous disais qu’en lisant le 87° district on avait une idée complète de la société américaine dans toutes ses composantes.

Le 22° La rousse, voit le retour du sourd, le redoutable adversaire des flics du 87° déjà rencontré dans A la bonne heure. Un anonyme au 87° une lettre annonçant que si on ne lui fournit pas 5000 dollars il tuera le responsable des parcs de la ville. Les flics hésitent à prendre la chose au sérieux, l’homme est assassiné. Puis c’est au tour du premier adjoint au maire, pour lequel l’inconnu demandait 50000 dollars. Le 87° a alors deviné qu’elle a affaire à son pire adversaire, le Sourdingue. Pendant ce temps, alors qu’une vague de froid sans précédent s’abat sur la ville, Carella essaie de piéger deux jeunes qui s’amusent à faire brûler les clodos, et d’autres sont sur la piste d’un cambriolage. L’auteur fait ici preuve d’un humour très noir, particulièrement efficace. On sourit souvent aux mésaventures de nos flics préférés, en manque de chance complet, baladés d’un côté à l’autre, tabassés, brulés, perdus, qui ne devront qu’à un immense coup de chance de ne pas laisser trop de plumes dans l’affaire.

McBain-22La mort d’un tatoué démarre comme une affaire assez facile à résoudre. Un couple sauvagement assassiné chez lui. Personne n’a rien entendu, l’homme tient dans la main un fusil qui va être vite identifié, son propriétaire fait donc un coupable parfait. Reste à le trouver. Sauf que quelques détails ne collent pas. C’est Carella et Kling qui sont aux manettes. Un Bert Kling qui est tombé amoureux, mais va avoir du mal à rester fidèle, une des jeunes et séduisante personne rencontrée lors de l’enquête ayant décidé qu’il était à son goût. Nous sommes en 1969, les femmes prennent de plus en plus l’initiative et le jeune Kling va se retrouver fort perturbé. Et par le plus grand des hasards, les flics du 87° vont résoudre une vieille affaire, vieille de 5 ans, joli clin d’œil de l’auteur à lui-même.

En pièces détachées est un puzzle. Dans un appartement, un cambrioleur et un cambriolé se sont entretués. Dans la main de l’un, un bout de papier, une pièce de puzzle. Il s’avère que les deux hommes sont connus des policiers. Affaire réglée donc. Sauf quand un privé débarque au commissariat. Il est sur la piste du butin d’un cambriolage depuis 6 ans, pour le compte d’une assurance. Et il est certain que la pièce de puzzle révèle l’endroit où il est caché. Bien que peu convaincu, Peter Byrnes, le chef des inspecteurs du 87° accepte que Brown et Carella fouillent un peu, en plus de toutes les affaires qu’ils ont sur le feu. L’occasion pour Brown d’être à son tour la cible d’une jolie femme, et de voir que le racisme n’a pas disparu du jour au lendemain. Quant à l’homosexualité, elle n’est pas franchement bien vue …

McBain-25Tout le monde sont là commence à minuit. Entre minuit et deux heures du matin, cette nuit d’octobre, une danseuse de cabaret est assassinée, une femme vient se plaindre que des fantômes ont volé un collier et une broche dans le coffre-fort de sa somptueuse villa, un inconnu, blanc, a lancé une bombe dans une église fréquentée par des noirs et des portoricains. Et ça, ce n’est que pour l’équipe de nuit. La routine du 87°. Un nouveau volume assez différent dans sa forme. Pas de grande enquête ici, mais une multitude de petites affaires, résolues dans la journée (ou la nuit). La chronique de 24 heures du commissariat, pour un tableau de la bêtise, de la haine, du racisme, de la cupidité, du désespoir ordinaires. Tout ça en moins de 200 pages, sans prêche, avec humour et humanité. Du grand art.

Cinq volumes de plus pour aborder les années 70, et New York, de jour, de nuit, belle à en tomber amoureux, laide et dangereuse à faire fuir, vivante, amante parfois meurtrière.

Ed McBain / 87° District volumes 21 à 25 :

(21) 80 millions de voyeurs (Eighty million eyes, 1966), traduit de l’anglais (USA) par André Bénat.

(22) La rousse (Fuzz, 1968), traduit de l’anglais (USA) par Denise May et Pierre de Laubier.

(23) La mort d’un tatoué (Shootgun, 1969), traduit de l’anglais (USA) par Alain Chataigner.

(24) En pièces détachées (Jigsaw, 1970), traduit de l’anglais (USA) par Simone Hilling et Anne-Judith Descombey.

(25) Tout le monde sont là (Hail, hail, the gang’s all here, 1971), traduit de l’anglais (USA) par M. Charvet et Pierre de Laubier.

 

87° District de 16 à 20

Suite du 87° District d’Ed McBain, les volumes 16 à 20.

Le 16° volume, Les heures creuses est assez atypique, et il faut bien avouer que ce n’est pas le meilleur de la série. Il s’agit de trois nouvelles. La première voit Carella et ses collègues enquêter, dans la chaleur écrasante du mois d’août, sur le meurtre d’une jeune femme qui vivait seule. Pour la deuxième nouvelle, nous sommes le 1° avril. Mais cette année pas de blague, c’est la mort qui s’invite. Une jeune homme, couvert de peinture, retrouvé mort dans une ruelle. L’occasion d’aller dans la communauté juive, et de révéler un antisémitisme qui n’a pas disparu partout, même à Isola. Une affaire qui va mettre les nerfs de Meyer Meyer à rude épreuve. La dernière, une fois n’est pas coutume, va nous éloigner d’Isola, pour suivre Cotton Hawes qui amène une de ses conquête faire du ski. Bien entendu, il va y avoir un meurtre, et le week-end en amoureux va tourner court.

McBain-17Pour le 17° Dix plus un, volume nous sommes au printemps. Or comme le dit Ed McBain « Rien n’a le droit de mourir au printemps. Il y a une loi qui le dit (…) Cet article interdit formellement la mort entre le 21 mars et le 21 juin, mais il y en a toujours qui transgressent la loi, il n’y a rien à faire« . Et un homme va se faire abattre, d’une balle en pleine tête. Puis un autre, et un autre … Sans lien apparent. Le cauchemar des flics du 87° semble prendre forme : Un canardeur. La même chose qu’un tireur d’élite militaire, mais sans l’excuse de l’armée. Dialogues scintillants, humour noir, intrigue savamment tricotée. Du pur bonheur.

McBain-18La hache se déroule en hiver. Un début de mois de janvier déprimant, sans neige, plafond bas, nuages gris, froid. Un homme est retrouvé dans le sous-sol d’un immeuble, une hache plantée dans le crâne. Ed McBain manie ici magnifiquement le comique de répétition, avec un pauvre Steve Carella confronté à plusieurs « couples » mère-fils particulièrement difficiles. Lui et son collègue vont affronter le froid, la folie, le racisme, et pour finir la tristesse d’un meurtre pour quelques misérables pièces … Mais je n’en dis pas plus pour ne rien dévoiler de l’intrigue. Un régal.

Le 19°, Entre deux chaises, est une fois de plus atypique. Les hommes du 87° District ne seront que croisés, aperçus, cherchés puis évités par un homme venu, en plein hiver, de sa campagne, vendre la production d’articles en bois de sa petite fabrique. Un homme un peu simple, perdu dans la grande ville. L’occasion de nous la faire voir avec d’autres yeux que ceux des flics blasés du 87°.

McBain-20Cause toujours, ma poupée, est sans doute le plus dramatique de cette série de cinq. Bert Kling ne se remet toujours pas de la mort de sa fiancée et se rend insupportable, Steve Carella va se retrouver en très grand danger, et même si la victime, sauvagement assassinée à coup de couteaux est mannequin, la folie sordide n’est pas très loin. Une vraie course contre la montre parfaitement orchestrée par le Maître.

Comme on le voit, en cinq volumes, une fois de plus, on voit la ville en toutes saisons, et dans différents milieux sociaux. Une étude complète et surtout un vrai plaisir de lecture, sans cesse renouvelé.

Ed McBain / 87° District volumes 16 à 20 :

(16) Les heures creuses (The empty hours, 1962), traduit de l’anglais (USA) par G. Louedec

(17) Dix plus un (Ten plus one, 1963), traduit de l’anglais (USA) par Rosine Fitzgérald et Pierre de Laubier.

(18) La hache (Ax, 1964), traduit de l’anglais (USA) par Jane Fillon.

(19) Entre deux chaises (He who hesitates, 1965), traduit de l’anglais (USA) par Jane Fillon.

(20) Cause toujours, ma poupée (Doll, 1965), traduit de l’anglais (USA) par Rosine Fitzgérald et Pierre de Laubier.

 

87° District, volumes 11 à 15

De temps en temps, quand j’ai besoin de souffler ou de lire du très bon sans risque de me tromper, je continue l’intégrale du 87° District d’Ed McBain. Dont voici les cinq volumes suivants.

McBain 12Nous sommes maintenant en 1960. Et il pleut sur Isola dans La main dans le sac. Genero, un des flics de base du 87° voit une silhouette en manteau oublier un sac à un abris bus. Quand il veut le rendre, la silhouette a déjà pris le bus. Une grosse surprise attend Genero, dans le sac : une main. Un suspense parfaitement maîtrisé, des dialogues toujours au cordeau, un tour dans le milieu des impresarios de seconde zone et des clubs de striptease, et un petit coup de flash sur Hernandez, flic d’origine portoricaine qui subit les agressions du flic le plus imbécile et raciste du 87°, et qui se trouvera au centre d’une historie à venir.

Toujours en 1960 dans A la bonne heure. Nous sommes au printemps, le roman débute sur une magnifique description du personnage principal de la série en ce mois d’avril : Isola, alias New York. Puis on rentre dans le vif du sujet de façon très intrigante : un commerçant reçoit des menaces de mort. Soit il quitte un local, pourtant très quelconque, avant la fin du mois, soit on le tuera. Un mystère incompréhensible pour Meyer Meyer qui le reçoit. Ailleurs, d’autres commerçants sont menacés, mais le tableau d’ensemble n’apparaît pas … Incroyable construction par un génie du crime qui va revenir plus tard dans la série : Le Sourd, adversaire redoutable du 87° district, qui déjà en 1960, s’amuse à provoquer la police, comme le feront bien plus tard les serial killers. Une plongée également dans une autre époque, où l’on pouvait se balader dans New York en trimballant des bombes, pour aller les déposer dans des endroits publics sans jamais être contrôlé par quiconque.

McBain 13Juillet et canicule pour une incursion dans le quartier portoricain de la ville dans Mourir pour mourir. Un truand qui a déjà échappé plusieurs fois à la police a été repéré dans le quartier. Tout le 87° va venir au rendez-vous, devant une population partagée entre ceux qui voient dans le tueur un héros qui affronte une police raciste pour qui tout portoricain est un délinquant, et ceux pour qui il est un tueur qui jette le discrédit sur toute une population et tout un quartier. Mais même au sein du 87°, entre Hernandez qui veut prouver qu’on peut être d’origine portoricaine et être un bon flic, respectueux de la loi et de la population quelle que soit son origine, et Parker sale con raciste, tout n’est pas qu’ordre, calme et sérénité. Ajoutez à cela des jeunes qui rivalisent de provocations et de violence arbitraire juste pour « se faire respecter » et appartenir à tel ou tel gang en vue, et vous avez un épisode toujours aussi prenant, mais particulièrement noir, sombre et social. Un épisode qui nous montre que les problèmes liés à une immigration mal reçue et mal intégrée, à des jeunes de quartiers difficiles qui se sentent repoussés et rejetés et réagissent violemment, ne date pas d’aujourd’hui. Et que malheureusement les discours et le manque de réactions intelligentes sont les mêmes depuis, au moins, 1960.

McBain 15Démarrage particulièrement dramatique pour Le dément à lunettes. Un massacre en apparence arbitraire et absurde dans une librairie : trois morts. Steve Carella et Bert Kling sont envoyés sur place. Claire, la fiancée de Bert est une des victimes. Un volume particulièrement émouvant qui illustre bien comment cette série permet de suivre l’évolution de la société des années 50 à nos jours. Ici, au centre de l’enquête, la question de l’avortement, interdit en 1961 aux US. Avec toutes les conséquences de l’interdiction sur les jeunes femmes qui, pour une raison ou une autre, veulent avorter et sont obligées de la faire de façon illégale, au risque de leur vie. Avec également les questions autour de ceux et celles qui luttent pour le droit, et les questions autour de l’application de la loi par les flics. Tout cela, comme toujours sans jamais tomber dans le pamphlet ou le prêche, juste en racontant avec cette facilité apparente qui est la marque du génie d’Ed McBain.

On termine avec On suicide. Un volume moins dramatique, plus concentré sur l’intrigue, qui met en lumière les difficultés des relations humaines, en ce printemps 1962 qui semble pourtant inspirer bonne humeur et espoir. Même Steve Carella, qui vient d’échouer à empêcher le suicide d’une jeune fille est morose. Quand deux jeunes se suicident à leur tour en s’empoisonnant au gaz, il lui semble que quelque chose cloche dans la scène. Une enquête va le confronter aux mensonges des uns et des autres. Un épisode émouvant et comme toujours parfaitement mené.

Ed McBain / 87° District volumes 11 à 15 :

(11) La main dans le sac (Give the boys a great big hand, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(12) A la bonne heure (The heckler, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Claire Céra.

(13) Mourir pour mourir (See them die, 1960), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Georges Monny.

(14) Le dément à lunettes (Lady, lady, I Dit it !, 1961), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean Charles Provost.

(15) On suicide (Like love, 1962), traduit de l’anglais (USA) par Chantal Wourgaft.

87° District, 6 à 10.

En cette toute fin de vacances j’ai poursuivi l’intégrale du 87° district du génialissime Ed McBain.

Les suivants : Crédit illimité, Souffler n’est pas tuer, Soupe au poulet, Pas d’avenir pour le futur, Rançon sur un thème mineur.

Isola donc, réplique imaginaire, mais pas tant que ça de Manhattan. Isola, son 87° district, ses flics. Steve Carella, et sa femme Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient. Cotton Hawes, nouveau venu dans l’équipe, grand, costaud, qui tombe amoureux chaque fois qu’il croise une belle et se fait petit à petit à ce quartier populaire. Bert Kling, le petit jeune dont on se moque encore gentiment …

McBain 07C’est l’été, la chaleur est étouffante, un passant se fait descendre dans la rue dans la grande tradition des règlements de compte de l’époque de la prohibition. Peu de chance qu’il s’agisse d’un problème de gangs, les méthodes ont changé. Et comme la victime était maître chanteur, les suspects sont légion. C’est Crédit illimité.

Un tueur joue avec les nerfs des inspecteurs du 87° en pleine canicule. Il annonce pour le soir même qu’il va tuer La dame. Quelle dame ? Et pourquoi les avertir ? C’est tout cela qu’il va falloir résoudre avant 20h00 dans Souffler n’est pas tuer.

Deux romans où on sent la chaleur, la moiteur dans des bureaux de flics où les ventilateurs font ce qu’ils peuvent, la fatigue quand il faut monter dans les étages. Les bouches à incendie ouvertes, avec les gamins autour.

De romans où le sens de la construction et des dialogues de l’auteur font merveille, où son humour fait mouche. Avec cette scène particulièrement jouissive dans le second qui voit McBain avec le talent d’un maître du burlesque, enchaîner avec malice les anicroches qui vont retarder l’équipe de flics. Du grand art.

McBain 08Mais que dire alors de Soupe au poulet ? C’est l’automne, les journées sont belles après la chaleur estivale. Sauf cette fin d’après-midi où une femme rentre dans la salle des inspecteurs, un flingue à la main, une bouteille de nitro dans le sac. Elle prend tout le monde en otage le temps que Carella rentre. Puis elle le tuera. C’est lui qui a arrêté son mari qui vient de mourir en prison. Un chef-d’œuvre d’humour, de rythme, de suspense tout en légèreté et en finesse. Et en prime, de magnifique pages sur Isola, ville femme, ville tentatrice, ville sensuelle à la tombée de la nuit.

Les deux suivants, s’ils sont peut-être moins enjoués n’en sont pas moins intéressants, et nous montrent comment l’œuvre de McBain est le témoin des évolutions d’un demi-siècle d’histoire des US.

Que ce soit les affres de la sœur de Carella et de son futur beau-frère le jour de leur mariage, ou le monstre de « technologie » qui permet aux kidnappeurs d’un gamin de contacter le père, il va être amusant de suivre l’évolution des mœurs et de la technique entre ces romans qui ne datent que de 1959, et les derniers. Quant à la comparaison avec notre monde, et celui qui n’est, finalement, que celui de mes parents, elle est vertigineuse.

A noter également qu’outre nous décrire différentes saisons de la ville, Rançon sur un thème mineur nous amène pour la première fois dans le monde des riches et puissants.

La rentrée étant là et bien là, la suite risque d’attendre un peu.

Ed McBain / 87° District volumes 6 à 10 :

(6) Crédit illimité (Killer’s payoff, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Christophe Claro.

(7) Souffler n’est pas tuer (Lady killer, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean-François Merle.

(8) Soupe au poulet (Killer’s wedge, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Philippe Aronson.

(9) Pas d’avenir pour le futur (‘Till death, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Jean-François Merle.

(10) Rançon sur un thème mineur (King ‘s ransom, 1959), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin et Sylvie Fontaine.

87° District, le début de l’intégrale

Cela faisait longtemps que j’en avais envie, et que je ne m’y mettais que peu à peu, dans le désordre. Les vacances ont été l’occasion d’installer un peu de méthode dans la chose. J’ai récupéré tous les 87° district du génialissime Ed McBain, et je les attaque dans l’ordre, depuis le premier.

Je vous tiendrai au courant, et peut-être vous donnerai envie, petit à petit. Là j’ai lu les cinq premiers, à savoir : Du balai !, Le sonneur, Le fourgue, Faites-moi confiance, Victime au choix.

McBain 01Isola, création littéraire d’Ed McBain, un quartier d’une très grande ville, de La grande ville, copie bien évidemment de Manhattan. Une création qui évite à l’auteur de se tenir au courant des changements de districts, de nomination au sein de l’administration et des forces de l’ordre, mais qui, ces détails sans intérêts mis à part, est Manhattan.

Dans cette ville des flics maintiennent l’ordre comme ils peuvent. Et parmi ces flics un groupe, ceux du 87° district. Un quartier proche des quartiers riches, mais un quartier violent, agité.

Au départ aucun héros, juste des flics : Steve Carella, d’origine italienne, qui va très vite épouser une très belle brune, Teddy, sourde-muette dont il est follement amoureux. Meyer Meyer, juif au nom ridicule, conséquence de l’humour particulier de son père, patient, imperturbable, chauve à trente ans. Arthur Brown, grand, costaud, noir. Le lieutenant Peter Byrnes qui dirige la brigade … Et Bert Kling, agent de ville, le petit jeune qui va rapidement intégrer l’équipe avec d’autres …

Au départ ils devaient tous être à égalité, sans personnage principal, au point que dans le volume 3 Ed McBain avait l’intention de tuer Steve Carella. Mais il dut se rendre à l’évidence, certains de ses personnages, même s’ils ne sont pas présents dans tous les volumes (comme le volume 2 où Steve est en voyage de noce) devaient être immortels.

McBain 02On va donc suivre plusieurs enquêtes? Certaines relèvent de l’intime, des drames passionnels, des vengeances. D’autres vont mettre en avant tel ou tel sujet : les gangs de jeunes qui commencent à inquiéter la bonne société américaine dans ces années cinquante, le solitude dans la grande ville, les violences faites aux femmes, les flics ripoux, le chantage … On va connaître les problèmes d’une vie de flic, les répartitions de vacances, le danger, la peur de celles qui restent à la maison. On va avoir une radiographie de la société américaine entre 1956 et 1958.

Tout cela c’est ce à quoi on pense quand on a refermé les bouquins. Mais pendant la lecture, on est complètement embarqués par l’écriture géniale de l’auteur. Son sens du rythme et du tempo, sa façon de jouer avec le lecteur pour faire monter le suspense.

Le final de Faites-moi confiance est un exemple magistral de ce talent : Tout d’abord, nous sommes dans les années cinquante, pas de téléphones portables, pas de bippers ! Tout le suspense tient dans la façon jouissive dont McBain chorégraphie les ratés entre différents personnages qui n’arrivent pas à se joindre et donc retardent, jusqu’à la dernière seconde, la transmission de l’information qui permettra d’arrêter le tueur. Et tout cela, bien entendu, alors que deux personnes sont en danger de mort. Du grand art.

Du grand art aussi ses dialogues fantastiques, qu’il s’agisse d’interrogatoires ou d’échanges de vannes entre flics. Et un sens de l’humour fin, subtil, qui fait mouche à chaque fois.

La géniale mise en place de la fine équipe. A lire, absolument, pour tout amateur de polars. Mais attention, les 87° districts, c’est comme les pistaches. On en lit un, on se dit qu’on va arrêter, mais on a ouvert le suivant sans même s’en rendre compte.

Ed McBain / 87° District volumes 1 à 5 :

(1) Du balai ! (Cop hater, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Chabolet et Raoul Amblard.

(2) Le sonneur (The mugger, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Jean Rosenthal.

(3) Le fourgue (The Pusher, 1956), traduit de l’anglais (USA) par Henri Robillot.

(4) Faites-moi confiance (The con man, 1957), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

(5) Victime au choix (The killer’s choice, 1958), traduit de l’anglais (USA) par Louis Saurin.

Un 87° District pour les vacances

De temps en temps, beaucoup trop rarement, je récupère sur ma table de nuit un volume omnibus qui traine toujours là, et je lis un roman de l’incontournable série du 87°District d’Ed McBain. Cette fois c’était Après le trépas qui figure dans le volume 4.

McBainNous sommes dans les derniers jours avant Noël, les new-yorkais, pardon, les habitants d’Isola, sont dans l’attente d’une tempête de neige annoncée par la météo. Mais il n’y a pas de trêve pour les flics du 87° district : Steve Carella qui pourtant en a vu d’autres, ne peut s’empêcher de tiquer quand Gerald Fletcher, avocat d’assise, déclare devant le cadavre de sa femme éventrée : « Bien content qu’elle soit morte ».

Fletcher vient juste de rentrer chez lui, la fenêtre de la cuisine est ouverte, celle de la chambre brisée, il manque des couverts en argent, et sa femme est morte. Ce qui le réjouit. Car il ne risque rien. Et le camé qui a commis le crime n’étant pas bien malin, Steve et ses collègues ne vont pas tarder à l’arrêter. Mais Carella ne peut s’empêcher de penser que quelque chose cloche.

C’est toujours un vrai plaisir de se plonger dans les enquêtes des flics du 87° District d’Isola. Un vrai plaisir tant l’écriture a cette qualité rare, qu’Ed McBain partageait avec son compère Elmore Leonard, de laisser l’impression qu’il est facile, pour ne pas dire évident, d’écrire comme ça. Tout semble couler de source : les descriptions, les réflexions des personnages, l’évolution de l’enquête et encore plus, les dialogues. C’est vrai non ?

Ca semble tellement simple et juste qu’il doit suffire de … Suffire de quoi ? Là est tout le mystère. Parce que si c’était si simple, on n’aurait pas de pavés indigestes de 600 pages, ni de dialogues écrits par des aspirants Audiard lourdingues, ni des péripéties tirées par les cheveux, ni des leçons de morale à deux balles, ni … Si c’était si simple, il y aurait plein d’Ed McBain. Or il n’y en a qu’un.

Et avec cette écriture si simple, si vous lisez les chroniques du 87° District, vous saurez tout de la vie à New-York entre 1950 et 2000. L’évolution des mœurs, des techniques, des relations entre les gens, des quartiers de la ville, du langage, des habitudes de vie … Vous saurez tout ça, vous sourirez souvent (il a de l’humour le diable), vous tremblerez parfois, vous enragerez avec Steve et ses collègues. Vous connaîtrez New-York en toute saison, vous croiserez tous ses habitants, vous en haïrez certains, aimerez d’autres, vous compatirez et vous pleurerez.

Lisez le 87° District, et si vous ne connaissez pas, lisez en plusieurs, l’ampleur et la richesse de l’œuvre prennent alors tout leur sens et on devient accro.

Ed McBain / Après le trépas (Sadie when she died, 1972), Omnibus, Volume 4 (2003), traduit de l’anglais (USA) par Janine Hérisson et Pierre de Laubier.

Un petit McBain, pour le plaisir

J’ai profité des vacances pour faire quelque chose que je devrais faire plus souvent : faire une petite pause 87° District du grand Ed McBain. Cette pause s’appelle Tout le monde sont là.

Minuit, une nouvelle journée commence. Mais rien ne change pour l’équipe de nuit du 87° district qui est en poste depuis 20h00 et devra tenir jusqu’à 06h00, heure à laquelle l’équipe de jour viendra la relayer. Cette nuit il y a abondance : le meurtre d’une actrice à la sortie de son théâtre, une jeune fille portée disparue, une ivrogne dans une cellule, un marine séduit puis assommé et détroussé … une nuit presque normale à laquelle l’équipe de jour ajoutera un flic qui se fait tirer dessus, un agent immobilier tabassé devant sa famille … la routine du 87° district.

Un roman assez atypique, anti héros, anti mafia, anti serial killer au QI flamboyant. Juste 24 heures de la vie d’une équipe de flics confrontés au crime dans toute sa bêtise la plus crasse. 24 heures pas du tout glamour, pas du tout cinématographiques. La plupart des criminels sont complètement idiots et arrêtés quelques heures après leurs exploits.

Mais quel talent d’écriture ! L’amorce du roman est tout simplement magistrale. En quelques lignes on est plongés dans ce commissariat, on le connaît, on le sent, on sent la fatigue dans ses propres os, on sait parfaitement où on est et on a envie de suivre Carella et se collègues jusqu’au bout du monde.

Ajoutez à cela un sens du dialogue absolument inouï (seul Elmore Leonard à mon humble avis peut se vanter d’écrire des dialogues qui sonnent aussi vrais, qui semblent aussi évidents) et vous avez une nouvelle perle noire à ajouter au collier de la saga du 87°.

J’ai la chance de ne pas les avoir tous lu, et j’ai toujours un Omnibus sur la table de nuit. Cette fois, promis juré, je n’attendrai pas aussi longtemps pour retrouver Isola et ses flics. Et si je puis me permettre un conseil aux heureux qui ne connaissent pas McBain, essayez, lisez-en au moins trois ou quatre d’affilé, après vous serez mordus.

Ed McBain / Tout le monde sont là (Hail, Hail, the Gang’s all here, 1971), Omnibus n°4 (2003), traduit de l’américain par M. Charvet, revu et augmenté par Pierre de Laubier.